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Prospèr Magloire Seme : Une bande de terre camerounaise occupée par des Equatoguinéens

Selon le Fonds mondial pour la nature (Wwf), un organisme international qui appui le gouvernement camerounais en matière d’assistance technique dans la gestion des aires protégées, le parc de Campo-Ma’an est un véritable réservoir de la biodiversité avec plus de 1500 espèces végétales, 80 espèces de mammifères de grande taille [plus de 300 éléphants], 302 espèces d’oiseaux et 122 espèces de reptiles. C’est ce potentiel à la fois faunique et floristique qu’est appelé à protéger le ministère de la Forêt et de la Faune à travers le service de la conservation installé à Campo. Une unité dont les agents soufflent le chaud et le froid à la fois à cause des braconniers mieux armés parfois venus d’un pays voisin, et même de leurs conditions de travail et très précaires.

Une précarité qui n’a cependant rien à envier à celle des populations riveraines de ce parc étendu sur plus de 264.000 hectares, lesquelles ne comprennent toujours pas pourquoi il leur est interdit de prélever des produits dans ce qu’elles considèrent comme l’une de leurs richesses les plus importantes (la forêt) avec la pêche ; au prétexte que les animaux et les arbres doivent être protégés. C’est sur ces réalités et autres incompréhensions que le conservateur du parc national de Campo-Ma’an lève un pan de voile dans cette discussion.

Le parc national de Campo-Ma’an existe depuis l’an 2000. 9 ans après, est-ce que le conservateur que vous êtes pense que les populations ont accepté le fait qu’une bonne partie de leurs ressources forestières et animales leurs soit interdite d’exploitation?
C’est une disposition du gouvernement. Pour moi, il ne s’agit pas de savoir si les gens sont contents ou pas. Quand le gouvernement prend une décision, on doit simplement l’appliquer. Par ailleurs, je pense qu’il y a déjà plus de 10 ans de sensibilisation sur l’opportunité, l’intérêt et le bien fondé de la décision de créer ce parc. Je ne veux pas dire que ce travail de sensibilisation a été bien fait ou non. Mais avant que nous n’arrivions, beaucoup d’efforts avaient déjà été déployés. Mais l’on constate qu’il y a toujours des incompréhensions.

Ces incompréhensions sont de quelles natures ?
Les incompréhensions sont de trois ordres. D’abord, nous avons des problèmes de communication. Si vous vous adressez, par exemple, à un pygmée, vous n’allez pas utiliser les mêmes termes que lorsque vous vous adressez à une autorité administrative. Il y a sept ethnies autour du parc. Ce qui signifie sept cultures différentes. Il faut donc aborder ces personnes de manière différentes. Ce qui fait qu’il y a une complexité en matière de communication dans la zone couverte par le parc de Campo-Ma’an. Ensuite, il y a des préoccupations d’ordre sociales. Les populations veulent qu’on parvienne rapidement à établir un lien direct entre la conservation de la biodiversité que vise le parc et le développement. Or, la formation que nous avons reçu nous oblige à réfléchir en nous mettant dans un camp. Quand vous êtes dans le développement vous faites le développement, et quand vous êtes dans la conservation, vous faites de la conservation. La passerelle entre les deux n’est pas encore clairement établie. Enfin, il y a des préoccupations d’ordre sécuritaire. Il y a beaucoup d’armes qui circulent dans le coin. On ne sait pas toujours qui port tel type d’arme. Cela peut nous entraîner des dégâts terribles. Vous voyez qu’il y a un de nos éléments qui a un bras coupé. C’est à la suite d’une opération de lutte anti-braconnage que cela est arrivé. Les problèmes de sécurité sont fondamentaux dans ce que nous faisons.

Eu égard à la pauvreté ambiante autour des parcs, une opinion pense que créer une aire protégée s’apparente à sacrifier les intérêts des populations à l’autel de la protection des animaux et des arbres. Cette remarque n’est-elle pas pertinente?
Le parc a certes l’ambition d’assurer la protection de l’environnement. Mais dans la définition du parc, on doit également s’occuper de l’environnement social. Je crois que ce dernier élément n’a pas été suffisamment expliqué aux populations. C’est la raison pour laquelle nous arrivons à des confusions que nous voyons aujourd’hui. En ce qui concerne le parc de Campo-Ma’an, nous voulons être du côté des populations pour les aider à porter leurs préoccupations sociales vers les décideurs pour que ces populations n’aient pas l’impression est le parc est là simplement pour leur imposer des contraintes.
Le prélèvement des ressources ne se fait plus dans le parc, qui a englouti une bonne partie des richesses dont pouvaient se prévaloir les riverains. Est-ce que des initiatives économiques compensatoires ont été mises en place pour permettre aux populations de ne pas être déséquilibrées dans leur quotidien ?
Le parc n’a pas englouti toutes les richesses. La preuve est qu’il y a des Ufa [unité forestière aménagée] dans la zone qui sont exploitées. Il y a également une trentaine d’initiative de forêts communautaires qui sont dans la périphérie du parc. Le parc aurait pu s’opposer à ces initiatives. Mais, nous les encourageons plutôt et les accompagnons. Il y a également des initiatives écotouristiques. Le parc vient de distribuer des équipements aux responsables des forêts communautaires et des initiatives d’écotourisme pour un montant de 22 millions de Fcfa. Cela montre bien la volonté du parc à encourager le développement des initiatives génératrices de revenus autour du parc.

Le parc est généralement présenté comme une richesse écologique qui recèle également de richesses économiques. Comment peut-on rentabiliser un parc comme celui de Campo-Ma’an ?
Le parc n’est pas simplement un réservoir de bois. Le parc dispose également d’un potentiel écotouristique impressionnant, que l’on n’a pas toujours su valoriser jusqu’ici. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut renforcer les capacités des groupes locaux, afin qu’ils puissent se prendre en charge, qu’ils comprennent que le développement ne doit pas être supporté par des acteurs externes. A Campo-Ma’an, nous avons le problème de la promotion de l’image touristique de la zone.

Quelles sont les richesses du parc national de Campo-Ma’an, qui sont susceptibles d’attirer les touristes ?
Ce parc est reconnu pour son potentiel bioécologique. On y recense au moins 300 espèces d’oiseaux, dont certains font la liaison entre l’Europe et l’Afrique du Sud en passant régulièrement par Campo. Le parc a la chance de bénéficier d’une façade maritime qui regorge de certaines espèces marines comme la tortue marine et même des baleines que l’on observe à la périphérie de la zone du parc. Il y a également une bordure frontalière qui confère à ce parc un certain intérêt transfrontalier… Et à cause de la capacité d’hébergement de la ville de Kribi, on peut recevoir beaucoup de touristes ici.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la protection du parc ?
Les problèmes sont multiples. Le premier d’entre eux et celui du personnel. Lorsque vous avez un personnel qui a des problèmes de salaires, il devient difficile de les envoyer en forêt. L’année dernière, les gens ont eu huit mois d’arriérés de salaire. Et depuis janvier 2009, ils sont sans salaire. Le deuxième problème c’est l’équipement. Il y a un seul véhicule sur le parc en ce moment, qui doit courir sur 800.000 hectares à peu près. Jusque-là nous avions des motos qui avaient 12 ans d’âge [l’ambassade des Usa en a offert huit neuves lundi dernier]. Il fallait s’arrêter tous les 5 Km pour effectuer des rafistolages. En troisième lieu, nous avons des problèmes de financement. Un parc comme celui de Campo-Ma’an nécessite 5 milliards de Fcfa pour son plan d’aménagement. C’est-à-dire environ un milliard par an. Mais nous ne réussissons pas à mobiliser 20% de cette somme annuellement.

Quel est l’impact du braconnage sur le parc de Campo-Ma’an?
L’impact du braconnage est beaucoup plus accentué sur les petits et moyens mammifères. Pour l’instant, on n’observe pas beaucoup ce phénomène sur les éléphants, les chimpanzés et les gorilles. Par contre, sur les antilopes la pression est forte. Car, ils servent à alimenter les marchés qui sont tout au tour du parc. Où l’on trouve des gens au pouvoir d’achat élevé, qui sont demandeurs de viande de brousse. Par exemple, la masse salariale à Hevecam est autour de 5 milliards de Fcfa, alors que dans toute la zone périphérique la pauvreté est ambiante. Donc, les gens pensent que pour avoir un peu de pétrole, il faut tuer un animal et allé le vendre à Hevecam. Vous voyez donc qu’un pôle économique comme Hevecam est également un producteur de braconniers.

Dans le parc, le prélèvement des ressources est-il strictement interdit ou alors simplement réglementé ?
Le principe normal de la réglementation est que les seules activités autorisées dan un parc sont le tourisme et la recherche. Le parc de Campo-Ma’an est le seul dans lequel le plan d’aménagement a autorisé la collecte et l’exploitation d’un certain nombre de produits. Mais il faut que cela se fasse à but domestique. Nous avons le mandat d’initier des conventions avec les populations pour la collecte d’un certain nombre de produits. Mais il faut définir la nature de ces produits, la période de l’année où il faut les prélever, les quotas autorisés. Nous allons bientôt démarrer les négociations avec les populations locales, afin d’arriver à la signature de ces contrats de cogestion.

La ville de Campo est située à un jet de pierre de la Guinée Equatoriale. Est-ce que vous faites face au braconnage transfrontalier ?
Le braconnage transfrontalier est extrêmement puissant dans la zone. Nos frères d’en face sont lourdement armés. Ils entrent généralement dans le parc pour abattre des éléphants. Ce phénomène est difficile à résoudre par les autorités du parc, puisqu’il s’agit d’une affaire qui engage deux pays et il faut faire appel à d’autres compétences pour éradiquer ce phénomène. Dans la zone de l’Ufa de Wijma, la 09024, il y a une bande de 15 km fois 60 km qui est entièrement occupée par des Equatoguinéens. Et aucun Camerounais n’y met les pieds. Même l’exploitant forestier a déjà abandonné cette partie-là. Il s’agit des questions de souveraineté qui ne relèvent pas de la compétence des autorités du parc.

Entretien avec Brice R. Mbodiam, à Campo

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Prospèr Magloire Seme : Une bande de terre camerounaise occupée par des Equatoguinéens

Selon le Fonds mondial pour la nature (Wwf), un organisme international qui appui le gouvernement camerounais en matière d’assistance technique dans la gestion des aires protégées, le parc de Campo-Ma’an est un véritable réservoir de la biodiversité avec plus de 1500 espèces végétales, 80 espèces de mammifères de grande taille [plus de 300 éléphants], 302 espèces d’oiseaux et 122 espèces de reptiles. C’est ce potentiel à la fois faunique et floristique qu’est appelé à protéger le ministère de la Forêt et de la Faune à travers le service de la conservation installé à Campo. Une unité dont les agents soufflent le chaud et le froid à la fois à cause des braconniers mieux armés parfois venus d’un pays voisin, et même de leurs conditions de travail et très précaires.

Une précarité qui n’a cependant rien à envier à celle des populations riveraines de ce parc étendu sur plus de 264.000 hectares, lesquelles ne comprennent toujours pas pourquoi il leur est interdit de prélever des produits dans ce qu’elles considèrent comme l’une de leurs richesses les plus importantes (la forêt) avec la pêche ; au prétexte que les animaux et les arbres doivent être protégés. C’est sur ces réalités et autres incompréhensions que le conservateur du parc national de Campo-Ma’an lève un pan de voile dans cette discussion.

Le parc national de Campo-Ma’an existe depuis l’an 2000. 9 ans après, est-ce que le conservateur que vous êtes pense que les populations ont accepté le fait qu’une bonne partie de leurs ressources forestières et animales leurs soit interdite d’exploitation?
C’est une disposition du gouvernement. Pour moi, il ne s’agit pas de savoir si les gens sont contents ou pas. Quand le gouvernement prend une décision, on doit simplement l’appliquer. Par ailleurs, je pense qu’il y a déjà plus de 10 ans de sensibilisation sur l’opportunité, l’intérêt et le bien fondé de la décision de créer ce parc. Je ne veux pas dire que ce travail de sensibilisation a été bien fait ou non. Mais avant que nous n’arrivions, beaucoup d’efforts avaient déjà été déployés. Mais l’on constate qu’il y a toujours des incompréhensions.

Ces incompréhensions sont de quelles natures ?
Les incompréhensions sont de trois ordres. D’abord, nous avons des problèmes de communication. Si vous vous adressez, par exemple, à un pygmée, vous n’allez pas utiliser les mêmes termes que lorsque vous vous adressez à une autorité administrative. Il y a sept ethnies autour du parc. Ce qui signifie sept cultures différentes. Il faut donc aborder ces personnes de manière différentes. Ce qui fait qu’il y a une complexité en matière de communication dans la zone couverte par le parc de Campo-Ma’an. Ensuite, il y a des préoccupations d’ordre sociales. Les populations veulent qu’on parvienne rapidement à établir un lien direct entre la conservation de la biodiversité que vise le parc et le développement. Or, la formation que nous avons reçu nous oblige à réfléchir en nous mettant dans un camp. Quand vous êtes dans le développement vous faites le développement, et quand vous êtes dans la conservation, vous faites de la conservation. La passerelle entre les deux n’est pas encore clairement établie. Enfin, il y a des préoccupations d’ordre sécuritaire. Il y a beaucoup d’armes qui circulent dans le coin. On ne sait pas toujours qui port tel type d’arme. Cela peut nous entraîner des dégâts terribles. Vous voyez qu’il y a un de nos éléments qui a un bras coupé. C’est à la suite d’une opération de lutte anti-braconnage que cela est arrivé. Les problèmes de sécurité sont fondamentaux dans ce que nous faisons.

Eu égard à la pauvreté ambiante autour des parcs, une opinion pense que créer une aire protégée s’apparente à sacrifier les intérêts des populations à l’autel de la protection des animaux et des arbres. Cette remarque n’est-elle pas pertinente?
Le parc a certes l’ambition d’assurer la protection de l’environnement. Mais dans la définition du parc, on doit également s’occuper de l’environnement social. Je crois que ce dernier élément n’a pas été suffisamment expliqué aux populations. C’est la raison pour laquelle nous arrivons à des confusions que nous voyons aujourd’hui. En ce qui concerne le parc de Campo-Ma’an, nous voulons être du côté des populations pour les aider à porter leurs préoccupations sociales vers les décideurs pour que ces populations n’aient pas l’impression est le parc est là simplement pour leur imposer des contraintes.
Le prélèvement des ressources ne se fait plus dans le parc, qui a englouti une bonne partie des richesses dont pouvaient se prévaloir les riverains. Est-ce que des initiatives économiques compensatoires ont été mises en place pour permettre aux populations de ne pas être déséquilibrées dans leur quotidien ?
Le parc n’a pas englouti toutes les richesses. La preuve est qu’il y a des Ufa [unité forestière aménagée] dans la zone qui sont exploitées. Il y a également une trentaine d’initiative de forêts communautaires qui sont dans la périphérie du parc. Le parc aurait pu s’opposer à ces initiatives. Mais, nous les encourageons plutôt et les accompagnons. Il y a également des initiatives écotouristiques. Le parc vient de distribuer des équipements aux responsables des forêts communautaires et des initiatives d’écotourisme pour un montant de 22 millions de Fcfa. Cela montre bien la volonté du parc à encourager le développement des initiatives génératrices de revenus autour du parc.

Le parc est généralement présenté comme une richesse écologique qui recèle également de richesses économiques. Comment peut-on rentabiliser un parc comme celui de Campo-Ma’an ?
Le parc n’est pas simplement un réservoir de bois. Le parc dispose également d’un potentiel écotouristique impressionnant, que l’on n’a pas toujours su valoriser jusqu’ici. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut renforcer les capacités des groupes locaux, afin qu’ils puissent se prendre en charge, qu’ils comprennent que le développement ne doit pas être supporté par des acteurs externes. A Campo-Ma’an, nous avons le problème de la promotion de l’image touristique de la zone.

Quelles sont les richesses du parc national de Campo-Ma’an, qui sont susceptibles d’attirer les touristes ?
Ce parc est reconnu pour son potentiel bioécologique. On y recense au moins 300 espèces d’oiseaux, dont certains font la liaison entre l’Europe et l’Afrique du Sud en passant régulièrement par Campo. Le parc a la chance de bénéficier d’une façade maritime qui regorge de certaines espèces marines comme la tortue marine et même des baleines que l’on observe à la périphérie de la zone du parc. Il y a également une bordure frontalière qui confère à ce parc un certain intérêt transfrontalier… Et à cause de la capacité d’hébergement de la ville de Kribi, on peut recevoir beaucoup de touristes ici.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la protection du parc ?
Les problèmes sont multiples. Le premier d’entre eux et celui du personnel. Lorsque vous avez un personnel qui a des problèmes de salaires, il devient difficile de les envoyer en forêt. L’année dernière, les gens ont eu huit mois d’arriérés de salaire. Et depuis janvier 2009, ils sont sans salaire. Le deuxième problème c’est l’équipement. Il y a un seul véhicule sur le parc en ce moment, qui doit courir sur 800.000 hectares à peu près. Jusque-là nous avions des motos qui avaient 12 ans d’âge [l’ambassade des Usa en a offert huit neuves lundi dernier]. Il fallait s’arrêter tous les 5 Km pour effectuer des rafistolages. En troisième lieu, nous avons des problèmes de financement. Un parc comme celui de Campo-Ma’an nécessite 5 milliards de Fcfa pour son plan d’aménagement. C’est-à-dire environ un milliard par an. Mais nous ne réussissons pas à mobiliser 20% de cette somme annuellement.

Quel est l’impact du braconnage sur le parc de Campo-Ma’an?
L’impact du braconnage est beaucoup plus accentué sur les petits et moyens mammifères. Pour l’instant, on n’observe pas beaucoup ce phénomène sur les éléphants, les chimpanzés et les gorilles. Par contre, sur les antilopes la pression est forte. Car, ils servent à alimenter les marchés qui sont tout au tour du parc. Où l’on trouve des gens au pouvoir d’achat élevé, qui sont demandeurs de viande de brousse. Par exemple, la masse salariale à Hevecam est autour de 5 milliards de Fcfa, alors que dans toute la zone périphérique la pauvreté est ambiante. Donc, les gens pensent que pour avoir un peu de pétrole, il faut tuer un animal et allé le vendre à Hevecam. Vous voyez donc qu’un pôle économique comme Hevecam est également un producteur de braconniers.

Dans le parc, le prélèvement des ressources est-il strictement interdit ou alors simplement réglementé ?
Le principe normal de la réglementation est que les seules activités autorisées dan un parc sont le tourisme et la recherche. Le parc de Campo-Ma’an est le seul dans lequel le plan d’aménagement a autorisé la collecte et l’exploitation d’un certain nombre de produits. Mais il faut que cela se fasse à but domestique. Nous avons le mandat d’initier des conventions avec les populations pour la collecte d’un certain nombre de produits. Mais il faut définir la nature de ces produits, la période de l’année où il faut les prélever, les quotas autorisés. Nous allons bientôt démarrer les négociations avec les populations locales, afin d’arriver à la signature de ces contrats de cogestion.

La ville de Campo est située à un jet de pierre de la Guinée Equatoriale. Est-ce que vous faites face au braconnage transfrontalier ?
Le braconnage transfrontalier est extrêmement puissant dans la zone. Nos frères d’en face sont lourdement armés. Ils entrent généralement dans le parc pour abattre des éléphants. Ce phénomène est difficile à résoudre par les autorités du parc, puisqu’il s’agit d’une affaire qui engage deux pays et il faut faire appel à d’autres compétences pour éradiquer ce phénomène. Dans la zone de l’Ufa de Wijma, la 09024, il y a une bande de 15 km fois 60 km qui est entièrement occupée par des Equatoguinéens. Et aucun Camerounais n’y met les pieds. Même l’exploitant forestier a déjà abandonné cette partie-là. Il s’agit des questions de souveraineté qui ne relèvent pas de la compétence des autorités du parc.

Entretien avec Brice R. Mbodiam, à Campo

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Prospèr Magloire Seme : Une bande de terre camerounaise occupée par des Equatoguinéens

Selon le Fonds mondial pour la nature (Wwf), un organisme international qui appui le gouvernement camerounais en matière d’assistance technique dans la gestion des aires protégées, le parc de Campo-Ma’an est un véritable réservoir de la biodiversité avec plus de 1500 espèces végétales, 80 espèces de mammifères de grande taille [plus de 300 éléphants], 302 espèces d’oiseaux et 122 espèces de reptiles. C’est ce potentiel à la fois faunique et floristique qu’est appelé à protéger le ministère de la Forêt et de la Faune à travers le service de la conservation installé à Campo. Une unité dont les agents soufflent le chaud et le froid à la fois à cause des braconniers mieux armés parfois venus d’un pays voisin, et même de leurs conditions de travail et très précaires.

Une précarité qui n’a cependant rien à envier à celle des populations riveraines de ce parc étendu sur plus de 264.000 hectares, lesquelles ne comprennent toujours pas pourquoi il leur est interdit de prélever des produits dans ce qu’elles considèrent comme l’une de leurs richesses les plus importantes (la forêt) avec la pêche ; au prétexte que les animaux et les arbres doivent être protégés. C’est sur ces réalités et autres incompréhensions que le conservateur du parc national de Campo-Ma’an lève un pan de voile dans cette discussion.

Le parc national de Campo-Ma’an existe depuis l’an 2000. 9 ans après, est-ce que le conservateur que vous êtes pense que les populations ont accepté le fait qu’une bonne partie de leurs ressources forestières et animales leurs soit interdite d’exploitation?
C’est une disposition du gouvernement. Pour moi, il ne s’agit pas de savoir si les gens sont contents ou pas. Quand le gouvernement prend une décision, on doit simplement l’appliquer. Par ailleurs, je pense qu’il y a déjà plus de 10 ans de sensibilisation sur l’opportunité, l’intérêt et le bien fondé de la décision de créer ce parc. Je ne veux pas dire que ce travail de sensibilisation a été bien fait ou non. Mais avant que nous n’arrivions, beaucoup d’efforts avaient déjà été déployés. Mais l’on constate qu’il y a toujours des incompréhensions.

Ces incompréhensions sont de quelles natures ?
Les incompréhensions sont de trois ordres. D’abord, nous avons des problèmes de communication. Si vous vous adressez, par exemple, à un pygmée, vous n’allez pas utiliser les mêmes termes que lorsque vous vous adressez à une autorité administrative. Il y a sept ethnies autour du parc. Ce qui signifie sept cultures différentes. Il faut donc aborder ces personnes de manière différentes. Ce qui fait qu’il y a une complexité en matière de communication dans la zone couverte par le parc de Campo-Ma’an. Ensuite, il y a des préoccupations d’ordre sociales. Les populations veulent qu’on parvienne rapidement à établir un lien direct entre la conservation de la biodiversité que vise le parc et le développement. Or, la formation que nous avons reçu nous oblige à réfléchir en nous mettant dans un camp. Quand vous êtes dans le développement vous faites le développement, et quand vous êtes dans la conservation, vous faites de la conservation. La passerelle entre les deux n’est pas encore clairement établie. Enfin, il y a des préoccupations d’ordre sécuritaire. Il y a beaucoup d’armes qui circulent dans le coin. On ne sait pas toujours qui port tel type d’arme. Cela peut nous entraîner des dégâts terribles. Vous voyez qu’il y a un de nos éléments qui a un bras coupé. C’est à la suite d’une opération de lutte anti-braconnage que cela est arrivé. Les problèmes de sécurité sont fondamentaux dans ce que nous faisons.

Eu égard à la pauvreté ambiante autour des parcs, une opinion pense que créer une aire protégée s’apparente à sacrifier les intérêts des populations à l’autel de la protection des animaux et des arbres. Cette remarque n’est-elle pas pertinente?
Le parc a certes l’ambition d’assurer la protection de l’environnement. Mais dans la définition du parc, on doit également s’occuper de l’environnement social. Je crois que ce dernier élément n’a pas été suffisamment expliqué aux populations. C’est la raison pour laquelle nous arrivons à des confusions que nous voyons aujourd’hui. En ce qui concerne le parc de Campo-Ma’an, nous voulons être du côté des populations pour les aider à porter leurs préoccupations sociales vers les décideurs pour que ces populations n’aient pas l’impression est le parc est là simplement pour leur imposer des contraintes.
Le prélèvement des ressources ne se fait plus dans le parc, qui a englouti une bonne partie des richesses dont pouvaient se prévaloir les riverains. Est-ce que des initiatives économiques compensatoires ont été mises en place pour permettre aux populations de ne pas être déséquilibrées dans leur quotidien ?
Le parc n’a pas englouti toutes les richesses. La preuve est qu’il y a des Ufa [unité forestière aménagée] dans la zone qui sont exploitées. Il y a également une trentaine d’initiative de forêts communautaires qui sont dans la périphérie du parc. Le parc aurait pu s’opposer à ces initiatives. Mais, nous les encourageons plutôt et les accompagnons. Il y a également des initiatives écotouristiques. Le parc vient de distribuer des équipements aux responsables des forêts communautaires et des initiatives d’écotourisme pour un montant de 22 millions de Fcfa. Cela montre bien la volonté du parc à encourager le développement des initiatives génératrices de revenus autour du parc.

Le parc est généralement présenté comme une richesse écologique qui recèle également de richesses économiques. Comment peut-on rentabiliser un parc comme celui de Campo-Ma’an ?
Le parc n’est pas simplement un réservoir de bois. Le parc dispose également d’un potentiel écotouristique impressionnant, que l’on n’a pas toujours su valoriser jusqu’ici. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut renforcer les capacités des groupes locaux, afin qu’ils puissent se prendre en charge, qu’ils comprennent que le développement ne doit pas être supporté par des acteurs externes. A Campo-Ma’an, nous avons le problème de la promotion de l’image touristique de la zone.

Quelles sont les richesses du parc national de Campo-Ma’an, qui sont susceptibles d’attirer les touristes ?
Ce parc est reconnu pour son potentiel bioécologique. On y recense au moins 300 espèces d’oiseaux, dont certains font la liaison entre l’Europe et l’Afrique du Sud en passant régulièrement par Campo. Le parc a la chance de bénéficier d’une façade maritime qui regorge de certaines espèces marines comme la tortue marine et même des baleines que l’on observe à la périphérie de la zone du parc. Il y a également une bordure frontalière qui confère à ce parc un certain intérêt transfrontalier… Et à cause de la capacité d’hébergement de la ville de Kribi, on peut recevoir beaucoup de touristes ici.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la protection du parc ?
Les problèmes sont multiples. Le premier d’entre eux et celui du personnel. Lorsque vous avez un personnel qui a des problèmes de salaires, il devient difficile de les envoyer en forêt. L’année dernière, les gens ont eu huit mois d’arriérés de salaire. Et depuis janvier 2009, ils sont sans salaire. Le deuxième problème c’est l’équipement. Il y a un seul véhicule sur le parc en ce moment, qui doit courir sur 800.000 hectares à peu près. Jusque-là nous avions des motos qui avaient 12 ans d’âge [l’ambassade des Usa en a offert huit neuves lundi dernier]. Il fallait s’arrêter tous les 5 Km pour effectuer des rafistolages. En troisième lieu, nous avons des problèmes de financement. Un parc comme celui de Campo-Ma’an nécessite 5 milliards de Fcfa pour son plan d’aménagement. C’est-à-dire environ un milliard par an. Mais nous ne réussissons pas à mobiliser 20% de cette somme annuellement.

Quel est l’impact du braconnage sur le parc de Campo-Ma’an?
L’impact du braconnage est beaucoup plus accentué sur les petits et moyens mammifères. Pour l’instant, on n’observe pas beaucoup ce phénomène sur les éléphants, les chimpanzés et les gorilles. Par contre, sur les antilopes la pression est forte. Car, ils servent à alimenter les marchés qui sont tout au tour du parc. Où l’on trouve des gens au pouvoir d’achat élevé, qui sont demandeurs de viande de brousse. Par exemple, la masse salariale à Hevecam est autour de 5 milliards de Fcfa, alors que dans toute la zone périphérique la pauvreté est ambiante. Donc, les gens pensent que pour avoir un peu de pétrole, il faut tuer un animal et allé le vendre à Hevecam. Vous voyez donc qu’un pôle économique comme Hevecam est également un producteur de braconniers.

Dans le parc, le prélèvement des ressources est-il strictement interdit ou alors simplement réglementé ?
Le principe normal de la réglementation est que les seules activités autorisées dan un parc sont le tourisme et la recherche. Le parc de Campo-Ma’an est le seul dans lequel le plan d’aménagement a autorisé la collecte et l’exploitation d’un certain nombre de produits. Mais il faut que cela se fasse à but domestique. Nous avons le mandat d’initier des conventions avec les populations pour la collecte d’un certain nombre de produits. Mais il faut définir la nature de ces produits, la période de l’année où il faut les prélever, les quotas autorisés. Nous allons bientôt démarrer les négociations avec les populations locales, afin d’arriver à la signature de ces contrats de cogestion.

La ville de Campo est située à un jet de pierre de la Guinée Equatoriale. Est-ce que vous faites face au braconnage transfrontalier ?
Le braconnage transfrontalier est extrêmement puissant dans la zone. Nos frères d’en face sont lourdement armés. Ils entrent généralement dans le parc pour abattre des éléphants. Ce phénomène est difficile à résoudre par les autorités du parc, puisqu’il s’agit d’une affaire qui engage deux pays et il faut faire appel à d’autres compétences pour éradiquer ce phénomène. Dans la zone de l’Ufa de Wijma, la 09024, il y a une bande de 15 km fois 60 km qui est entièrement occupée par des Equatoguinéens. Et aucun Camerounais n’y met les pieds. Même l’exploitant forestier a déjà abandonné cette partie-là. Il s’agit des questions de souveraineté qui ne relèvent pas de la compétence des autorités du parc.

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Prospèr Magloire Seme : Une bande de terre camerounaise occupée par des Equatoguinéens

Selon le Fonds mondial pour la nature (Wwf), un organisme international qui appui le gouvernement camerounais en matière d’assistance technique dans la gestion des aires protégées, le parc de Campo-Ma’an est un véritable réservoir de la biodiversité avec plus de 1500 espèces végétales, 80 espèces de mammifères de grande taille [plus de 300 éléphants], 302 espèces d’oiseaux et 122 espèces de reptiles. C’est ce potentiel à la fois faunique et floristique qu’est appelé à protéger le ministère de la Forêt et de la Faune à travers le service de la conservation installé à Campo. Une unité dont les agents soufflent le chaud et le froid à la fois à cause des braconniers mieux armés parfois venus d’un pays voisin, et même de leurs conditions de travail et très précaires.

Une précarité qui n’a cependant rien à envier à celle des populations riveraines de ce parc étendu sur plus de 264.000 hectares, lesquelles ne comprennent toujours pas pourquoi il leur est interdit de prélever des produits dans ce qu’elles considèrent comme l’une de leurs richesses les plus importantes (la forêt) avec la pêche ; au prétexte que les animaux et les arbres doivent être protégés. C’est sur ces réalités et autres incompréhensions que le conservateur du parc national de Campo-Ma’an lève un pan de voile dans cette discussion.

Le parc national de Campo-Ma’an existe depuis l’an 2000. 9 ans après, est-ce que le conservateur que vous êtes pense que les populations ont accepté le fait qu’une bonne partie de leurs ressources forestières et animales leurs soit interdite d’exploitation?
C’est une disposition du gouvernement. Pour moi, il ne s’agit pas de savoir si les gens sont contents ou pas. Quand le gouvernement prend une décision, on doit simplement l’appliquer. Par ailleurs, je pense qu’il y a déjà plus de 10 ans de sensibilisation sur l’opportunité, l’intérêt et le bien fondé de la décision de créer ce parc. Je ne veux pas dire que ce travail de sensibilisation a été bien fait ou non. Mais avant que nous n’arrivions, beaucoup d’efforts avaient déjà été déployés. Mais l’on constate qu’il y a toujours des incompréhensions.

Ces incompréhensions sont de quelles natures ?
Les incompréhensions sont de trois ordres. D’abord, nous avons des problèmes de communication. Si vous vous adressez, par exemple, à un pygmée, vous n’allez pas utiliser les mêmes termes que lorsque vous vous adressez à une autorité administrative. Il y a sept ethnies autour du parc. Ce qui signifie sept cultures différentes. Il faut donc aborder ces personnes de manière différentes. Ce qui fait qu’il y a une complexité en matière de communication dans la zone couverte par le parc de Campo-Ma’an. Ensuite, il y a des préoccupations d’ordre sociales. Les populations veulent qu’on parvienne rapidement à établir un lien direct entre la conservation de la biodiversité que vise le parc et le développement. Or, la formation que nous avons reçu nous oblige à réfléchir en nous mettant dans un camp. Quand vous êtes dans le développement vous faites le développement, et quand vous êtes dans la conservation, vous faites de la conservation. La passerelle entre les deux n’est pas encore clairement établie. Enfin, il y a des préoccupations d’ordre sécuritaire. Il y a beaucoup d’armes qui circulent dans le coin. On ne sait pas toujours qui port tel type d’arme. Cela peut nous entraîner des dégâts terribles. Vous voyez qu’il y a un de nos éléments qui a un bras coupé. C’est à la suite d’une opération de lutte anti-braconnage que cela est arrivé. Les problèmes de sécurité sont fondamentaux dans ce que nous faisons.

Eu égard à la pauvreté ambiante autour des parcs, une opinion pense que créer une aire protégée s’apparente à sacrifier les intérêts des populations à l’autel de la protection des animaux et des arbres. Cette remarque n’est-elle pas pertinente?
Le parc a certes l’ambition d’assurer la protection de l’environnement. Mais dans la définition du parc, on doit également s’occuper de l’environnement social. Je crois que ce dernier élément n’a pas été suffisamment expliqué aux populations. C’est la raison pour laquelle nous arrivons à des confusions que nous voyons aujourd’hui. En ce qui concerne le parc de Campo-Ma’an, nous voulons être du côté des populations pour les aider à porter leurs préoccupations sociales vers les décideurs pour que ces populations n’aient pas l’impression est le parc est là simplement pour leur imposer des contraintes.
Le prélèvement des ressources ne se fait plus dans le parc, qui a englouti une bonne partie des richesses dont pouvaient se prévaloir les riverains. Est-ce que des initiatives économiques compensatoires ont été mises en place pour permettre aux populations de ne pas être déséquilibrées dans leur quotidien ?
Le parc n’a pas englouti toutes les richesses. La preuve est qu’il y a des Ufa [unité forestière aménagée] dans la zone qui sont exploitées. Il y a également une trentaine d’initiative de forêts communautaires qui sont dans la périphérie du parc. Le parc aurait pu s’opposer à ces initiatives. Mais, nous les encourageons plutôt et les accompagnons. Il y a également des initiatives écotouristiques. Le parc vient de distribuer des équipements aux responsables des forêts communautaires et des initiatives d’écotourisme pour un montant de 22 millions de Fcfa. Cela montre bien la volonté du parc à encourager le développement des initiatives génératrices de revenus autour du parc.

Le parc est généralement présenté comme une richesse écologique qui recèle également de richesses économiques. Comment peut-on rentabiliser un parc comme celui de Campo-Ma’an ?
Le parc n’est pas simplement un réservoir de bois. Le parc dispose également d’un potentiel écotouristique impressionnant, que l’on n’a pas toujours su valoriser jusqu’ici. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut renforcer les capacités des groupes locaux, afin qu’ils puissent se prendre en charge, qu’ils comprennent que le développement ne doit pas être supporté par des acteurs externes. A Campo-Ma’an, nous avons le problème de la promotion de l’image touristique de la zone.

Quelles sont les richesses du parc national de Campo-Ma’an, qui sont susceptibles d’attirer les touristes ?
Ce parc est reconnu pour son potentiel bioécologique. On y recense au moins 300 espèces d’oiseaux, dont certains font la liaison entre l’Europe et l’Afrique du Sud en passant régulièrement par Campo. Le parc a la chance de bénéficier d’une façade maritime qui regorge de certaines espèces marines comme la tortue marine et même des baleines que l’on observe à la périphérie de la zone du parc. Il y a également une bordure frontalière qui confère à ce parc un certain intérêt transfrontalier… Et à cause de la capacité d’hébergement de la ville de Kribi, on peut recevoir beaucoup de touristes ici.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la protection du parc ?
Les problèmes sont multiples. Le premier d’entre eux et celui du personnel. Lorsque vous avez un personnel qui a des problèmes de salaires, il devient difficile de les envoyer en forêt. L’année dernière, les gens ont eu huit mois d’arriérés de salaire. Et depuis janvier 2009, ils sont sans salaire. Le deuxième problème c’est l’équipement. Il y a un seul véhicule sur le parc en ce moment, qui doit courir sur 800.000 hectares à peu près. Jusque-là nous avions des motos qui avaient 12 ans d’âge [l’ambassade des Usa en a offert huit neuves lundi dernier]. Il fallait s’arrêter tous les 5 Km pour effectuer des rafistolages. En troisième lieu, nous avons des problèmes de financement. Un parc comme celui de Campo-Ma’an nécessite 5 milliards de Fcfa pour son plan d’aménagement. C’est-à-dire environ un milliard par an. Mais nous ne réussissons pas à mobiliser 20% de cette somme annuellement.

Quel est l’impact du braconnage sur le parc de Campo-Ma’an?
L’impact du braconnage est beaucoup plus accentué sur les petits et moyens mammifères. Pour l’instant, on n’observe pas beaucoup ce phénomène sur les éléphants, les chimpanzés et les gorilles. Par contre, sur les antilopes la pression est forte. Car, ils servent à alimenter les marchés qui sont tout au tour du parc. Où l’on trouve des gens au pouvoir d’achat élevé, qui sont demandeurs de viande de brousse. Par exemple, la masse salariale à Hevecam est autour de 5 milliards de Fcfa, alors que dans toute la zone périphérique la pauvreté est ambiante. Donc, les gens pensent que pour avoir un peu de pétrole, il faut tuer un animal et allé le vendre à Hevecam. Vous voyez donc qu’un pôle économique comme Hevecam est également un producteur de braconniers.

Dans le parc, le prélèvement des ressources est-il strictement interdit ou alors simplement réglementé ?
Le principe normal de la réglementation est que les seules activités autorisées dan un parc sont le tourisme et la recherche. Le parc de Campo-Ma’an est le seul dans lequel le plan d’aménagement a autorisé la collecte et l’exploitation d’un certain nombre de produits. Mais il faut que cela se fasse à but domestique. Nous avons le mandat d’initier des conventions avec les populations pour la collecte d’un certain nombre de produits. Mais il faut définir la nature de ces produits, la période de l’année où il faut les prélever, les quotas autorisés. Nous allons bientôt démarrer les négociations avec les populations locales, afin d’arriver à la signature de ces contrats de cogestion.

La ville de Campo est située à un jet de pierre de la Guinée Equatoriale. Est-ce que vous faites face au braconnage transfrontalier ?
Le braconnage transfrontalier est extrêmement puissant dans la zone. Nos frères d’en face sont lourdement armés. Ils entrent généralement dans le parc pour abattre des éléphants. Ce phénomène est difficile à résoudre par les autorités du parc, puisqu’il s’agit d’une affaire qui engage deux pays et il faut faire appel à d’autres compétences pour éradiquer ce phénomène. Dans la zone de l’Ufa de Wijma, la 09024, il y a une bande de 15 km fois 60 km qui est entièrement occupée par des Equatoguinéens. Et aucun Camerounais n’y met les pieds. Même l’exploitant forestier a déjà abandonné cette partie-là. Il s’agit des questions de souveraineté qui ne relèvent pas de la compétence des autorités du parc.

Entretien avec Brice R. Mbodiam, à Campo

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Patrice Ndedi Penda, Le char des dieux, Editions CLE, 3ème : Transparency national :

Une pièce à l’écriture vive et militante en faveur d’une Afrique spoliée, tant par des étrangers que par ses élites. –




Sept personnages, une foule. L’histoire d’un royaume convoité par les puissances occidentales, représentées par des consuls et gouverneurs. Dans ce royaume fier des exploits de ses guerriers, des richesses énormes provoquent des rivalités entre lesdites puissances. Et ces rivalités entre puissances divisent l’élite gouvernante : il y a les pro Allemands et les pro Anglais, etc.. Au sommet, le roi voit son prince héritier, éduqué et formé au métier des arts en Allemagne, s’assimiler à ses anciens maîtres au point de commander ses troupes dans la langue de Goethe. Cette ambiance de convoitise, de perte de repères, de rivalités occidentales et de conflits internes à la cour, débouche sur la prise du pouvoir par le chef des guerriers, poussé par le consul anglais. C’est un coup d’État au cours duquel le roi est tué, tandis que l’héritier est assassiné par le représentant de la Couronne. Le nouveau roi liquide certains ennemis, soumet ou corrompt d’autres. Et le peuple se met à ses pieds.

Le nouveau chef du royaume affiche les contradictions de tout putschiste africain. Il annule un traité accordant des avantages exorbitants à l’Allemagne ainsi que l’idée d’exproprier les populations indigènes au profit d’une nouvelle colonie allemande, mais il a à peine pris le pouvoir qu’il a cédé tout le royaume aux Anglais, dont il se dit l’ami. La foule, comme toutes les foules, ne se pose aucune question : manipulée, contrainte ou naïve, elle acclame le nouveau roi et puis se tait. C’est ainsi " Le char des dieux " de Patrice Ndedi Penda.
Mbimbia, le théâtre de ces événements, pourrait tout aussi être n’importe quel pays d’Afrique, d’hier ou d’aujourd’hui. Car à côté de l’influence occidentale, les intrigues de palais et les convoitises de toutes sortes, il règne dans ce royaume, le phénomène de la corruption, symbolisé par le contrôleur du trésor. Frère du roi, il n’hésite cependant pas à céder aux offres mirobolantes des Occidentaux qui veulent contrôler les biens du royaume; à la mort de son frère, il retourne la veste au profit du putschiste qui l’élève à la diginité de "contrôleur général du trésor, Pair du royaume et confident particulier du roi".

La pièce de Ndedi Penda, rééditée aux éditions Clé, dédiée cette fois-ci à Thomas Sankara, décrit notre Afrique dans sa naïveté. L’action, qu’elle se situe à une époque de rois dans les brousses, ne s’éloigne cependant pas de la vie actuelle de nos États en prise à une mondialisation assimilatrice, dévoreuse des faibles, à la corruption immonde des élites, à la nonchalance des peuples, etc.
Le char des dieux , à n’en pas douter, est une œuvre de maître. Écriture classique pour un découpage atypique cependant, avec un seul acte (en fait un tableau en un seul lieu mais sans la même unité au niveau du temps) et 5 scènes au rythme soutenu. Une écriture qui ne donne même plus de liberté à l’autre auteur, le metteur en scène, tellement les didascalies sont abondantes et précises. Auteur et metteur en scène, Patrice Ndedi Penda livre, avec Le char des dieux, un spectacle clé en mains.

Cette réédition subit également la forte personnalité de l’auteur qui y introduit une conclusion. En fait un discours qui relate son combat contre la corruption et la domination occidentale, qui l’a amené à affronter les personnes influentes du régime politique de son pays. Il relate ainsi avec douleur, la disparition de son journal, Galaxie, qu’un ponte du pouvoir de Yaoundé a contraint à la faillite lorsque ses manœuvres de détournement ont été dévoilées. Alors, il finit par un souhait : "mon ultime espoir est de voir la jeunesse africaine se mobiliser, et particulièrement la jeunesse camerounaise, pour une société meilleure où l’égalité des chances sera ouverte à tous et le pouvoir aux mains des hommes intègres, compétents, intelligents, imaginatifs et de haute moralité".

* Journaliste et comédien

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