L’international camerounais revient sur la participation de son pays au tournoi préolympique et parle de l’avenir de la discipline au Cameroun.
Propos recueillis par Bertille Missi Bikoun –
Qui est Nana Harding ?Je suis un basketteur camerounais qui a commencé comme tout le monde. Cela veut dire que nous avons commencé dans la rue. Plus tard, et avec l’aide de la famille, j’ai eu l’opportunité de sortir du pays. En revenant ici [au Cameroun], on veut faire quelque chose de bien, faire en sorte que les camerounais aiment le basket-ball ; parce que nous savons que c’est un sport qui peut se développer au Cameroun. Il faudrait donc que tout le monde s’engage, qu’on intéresse les jeunes.
Comment ?
Il faut que le gouvernement fournisse les infrastructures aux jeunes. Il y a beaucoup qui veulent jouer au basket, mais il n’y a pas les infrastructures et sans infrastructures, ce n’est pas évident. Je pense, pour ma part, que c’est un problème de volonté. Il y a beaucoup des joueurs camerounais à l’étranger, aux Etats-Unis d’Amérique en particulier. Nombreux sont ceux qui veulent jouer au basket-ball. Seulement, chez nous au pays, il n’y a pas d’infrastructures. Nous, nous avons commencé. Certes, certains sont arrivés avant nous et ont fait du bon boulot. Nous venons pour poursuivre cette œuvre-là. Il est question de faire à nouveau aimer le basket-ball aux Camerounais. Au contact des jeunes, nous sentons que cet amour-là a disparu. Il faudrait l’inculquer à nouveau afin qu’une nouvelle génération s’installe et fasse encore rêver les Camerounais.
Qu’est-ce qui serait, d’après vous, à l’origine de ce désintérêt du basket-ball chez les jeunes?
Auparavant, on jouait au basket par amour pour la discipline. Aujourd’hui, les jeunes le font beaucoup plus par intérêt ; même si on ne peut leur dénier cet amour qui les a conduits vers la discipline au départ. Et quant ils voient qu’il n’y a pas d’issue au bout, ils se désintéressent. Plus grave, quand on se rend compte qu’on a passé une partie de sa vie à jouer et que devenu adulte, on ne tire toujours aucun profit de cette pratique-là, c’est un sentiment de frustration qui vous anime. L’amour s’en va quand les jeunes, qui ont joué, se rendent compte qu’il n’y a rien de concret au bout ; que le pratique du basket-ball ne les aide pas à faire grand-chose.
Toutefois, il y a des jeunes qui sont là, qui sont de bons basketteurs et qu’il faudrait absolument encadrer si le Cameroun veut continuer d’afficher bonne figure au niveau international. C’est pourquoi je tire un coup de chapeau à ceux qui sont allés en Angola. Ils y ont fait une très bonne prestation. C’est grâce à cela [2ème à l’issue du championnat d’Afrique des nations, Ndlr] que nous nous sommes retrouvés au tournoi préolympique [à Athènes, du 14 au 24 juillet 2008]. Et si nos prédécesseurs sont arrivés, ce n’était pas pour des raisons financières, mais simplement par amour pour le pays, parce qu’ils voulaient aider le Cameroun. Nous qui sommes allés à Athènes pour le tournoi préolympique étions dans la même lancée. Nous aimons notre pays. Nous aimons le basket-ball. Mais je pense qu’il va falloir que le gouvernement fasse un effort de nous mettre dans des conditions favorables afin que nous continuions de faire ce que nous avons commencé.
Vous avez été l’un des meilleurs joueurs locaux du tournoi préolympique. Comment s’est déroulée cette compétition pour laquelle, à quelques heures de votre entrée en lice, les Camerounais ne voulaient pas jouer ?
Nous avons intégré la sélection nationale parce que nous aimons notre pays et nous pensions que nous pouvions faire quelque chose de bien au cours de ce tournoi. Mais à notre arrivée, nous avons trouvé des problèmes: les joueurs qui étaient en Angola pensaient qu’on allait leur payer le reliquat de la prime de 2,5 millions de Fcfa du dernier championnat d’Afrique. Alors qu’ils attendaient de rentrer en possession de leur dû, les responsables du ministère des Sports n’arrêtaient pas de leur demander d’attendre. Nous avons ainsi fait cinq jours sans nous entraîner avant d’aller à Athènes.
La décision de ne pas disputer les rencontres éliminatoires du tournoi préolympique a été collective. Elle n’est pas le fait d’un joueur, d’un entraîneur ou d’un membre du gouvernement. Elle était celle de toute l’équipe. Il y a eu une concertation des douze joueurs que nous étions. C’est ainsi qu’après avoir entendu les uns et les autres, nous avons décidé que si le reliquat de la prime sus-évoquée n’était pas payé, si les conditions de travail durant ce stage n’étaient pas améliorées, nous ne jouerons pas. Nous avons fixé des délais qui n’avaient pas été respectés.
De leur côté, les responsables du ministère des Sports qui étaient avec nous n’avaient de cesse de nous dire que "le représentant du ministre des Sports arrive". Sans suite. C’est ainsi que nous (les joueurs) avons décidé que s’il n’y a rien de concret, nous n’allons pas jouer. Arrivé en Grèce, sur le lieu de la compétition, on nous tient encore le même langage : "un responsable du ministre des Sports arrive". Ledit responsable que nous n’avons pas vu. Nous nous sommes une fois de plus concertés à la veille du début du tournoi et deux heures avant le premier match. Après le même constat, nous avons maintenu la même résolution à savoir ne pas jouer si les joueurs de l’expédition de Luanda n’avaient pas reçu leur reliquat de prime.
Qu’est-ce qui vous a décidé à jouer ?
(Rires)… 45 minutes avant le premier match, les joueurs se concertaient encore. La grande interrogation était : qu’est-ce qu’on fait ? C’est ainsi que nous nous sommes dit que nous sommes déjà arrivés loin (en Grèce) ; après tout ce qui s’est passé, il faudrait au moins qu’on joue pour nous-mêmes, ensuite pour nos familles. Personne ne nous a forcés la main d’une quelconque manière que ce soit. D’ailleurs, au moment de la décision finale de jouer, nous ne pensions plus au Cameroun. Mais à nous. Nous sommes entrés sur le terrain 10 minutes avant le match. Nous l’avons débuté sans échauffement ni étirement.
Quand on voit votre second match, on se rend compte que l’équipe de Porto Rico était à votre portée. A l’issue de ce second échec, n’avez-vous pas eu des regrets ?
Le tournoi en lui-même était à notre portée. Cela veut dire que si les choses avaient été faites normalement et dans de bonnes conditions, on serait allé aux jeux Olympiques. Et là, je peux me permettre de parler au nom de tous mes coéquipiers. Nous avons joué nos deux matches à fond. Mais compte tenu de ce que nous n’étions pas suffisamment entraînés (il y a eu les cinq jours sans entraînement sans compter tout ce qui s’est par la suite passé), à la fin des rencontres, il y avait un relâchement. Cela veut dire que nous avions un bon groupe, un groupe solide. Seulement, quand vous ne vous êtes pas entraînés ensemble pour connaître les défauts et les qualités des uns et des autres, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Et cela se travaille aux entraînements, lors des matches amicaux. Hormis ces paramètres techniques, le groupe d’Athènes était un groupe solidaire ; nous nous entendions bien. Mais les problèmes survenus pendant le stage nous ont perturbés. Malgré tout cela, de nombreux observateurs ont été agréablement surpris par notre prestation d’Athènes quand ils ont su dans quelles conditions nous étions arrivés dans la capitale de la Grèce. Puisque les gars ont parlé. Les gens n’en croyaient pas leurs yeux et leurs oreilles ; ce d’autant plus que quand on a vu le Cap-Vert qui a eu une bonne prestation, mais qui n’a pas eu beaucoup de chance à Athènes [deux lourdes défaites en deux matches]… Aujourd’hui encore, les gens se posent des questions. Pour eux, si nous avions eu une bonne préparation, notre prestation aurait été bien meilleure.
Au début du tournoi préolympique, vous évoluiez en Pologne. Qu’en est-il ?
Je suis parti de la Pologne pour l’Espagne. Donc on verra bien ce que ça va donner. C’est encore pour moi une autre situation qu’il va falloir prouver. Là-bas, je vais encore essayer de faire parler du Cameroun. Chaque année est un challenge pour moi. Maintenant, je commence à être stable en Europe. Les coaches savent où je suis et où je joue.
Et en dehors du basket-ball, que faites-vous d’autre en Europe ?
Je ne fais que ça. En tant que professionnel, on a deux entraînements par jour. Vous pouvez livrer un match en semaine et un autre le week-end. Donc il n’y a pratiquement pas de temps pour faire autre chose, du moment qu’on est focalisé sur notre profession.
Repères
Noms : Ngueyep Nana Harding
Age: 27 ans
Nationalité : Camerounaise
Taille : 2m03
Club actuel : (D2 Espagne)
Club précédent : PGE Turów Zgorzelec (Pologne)
Poste : ¾ (ailier fort)