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Thomas Nkono se confie au Messager

ImageC’est à l’Auberge du Vieux Cèdre, un hôtel 3 étoiles, situé à 38 km de Bruxelles, la capitale européenne, aux confins de deux provinces belges : le Brabant-Wallon et le Hainaut, où séjournent les footballeurs camerounais depuis trois jours que nous avons rencontré Thomas Nkono, le nouveau patron des Lions Indomptables. C’est la deuxième fois que l’équipe camerounaise vient s’entraîner en Belgique : la première fois, les fauves de la forêt avaient pris leurs quartiers dans les installations du Sporting club à Charleroi.

Aujourd’hui, les organisateurs du regroupement ont opté pour Tubize, dans la toute nouvelle infrastructure construite pour les Diables Rouges, l’équipe nationale belge. C’est encore François Ngoumou, consultant officieux des Indomptables, qui a servi de facilitateur, tout comme la première fois. Pourquoi les Lions s’entraînent-ils en Belgique ? Parce que géographiquement, la Belgique de par sa position centrale, facilite le regroupement des footballeurs professionnels camerounais évoluant en Europe, justifie François Ngoumou, entraîneur de l’équipe des jeunes de l’Afc de Tubize, principal artisan du match d’entraînement de mardi dernier.
Face à l’hôtel solidement gardé, des supporters camerounais, mais aussi quelques Marocains, tentent d’entrer en relation avec nos sportifs vert-rouge-jaune. Calme, le nouveau patron du banc de touche des Lions Indomptables, irradie la sérénité autour de lui. Alors que d’aucuns se seraient dérobés à la sollicitation, Thomas Nkono accède à notre requête. Sans se départir de cette bonne humeur légendaire qu’on lui connaît, il n’élude aucune question, mêmes les plus gênantes répondant avec une assurance tout à fait étonnante au vu du contexte qui prévaut à 72 heures de la rencontre capitale de dimanche prochain (pour rappel, le dernier match qui opposa l’équipe du Cameroun à celle du Maroc remonte à dix-sept ans. C’était à Dakar en 1992. L’équipe camerounaise avait alors gagné un but à zéro). Dans cet entretien à bâtons rompus, il parle de son accueil, de la méthode de travail qu’il compte mettre en place, de ses rapports avec les joueurs et ses adjoints, de la querelle sur la vieillesse de certains de ses joueurs, des chances de ses poulains, etc. Il est 22 heures 30 mercredi 3 juin 2009 lorsque nous quittons le nouvel entraîneur plutôt confiant. La nuit est tombée. Les joueurs semblent tous déjà dormir dans l’hôtel-villa. Leurs supporters ont aussi rejoint leurs domiciles privés. Chacun a la tête tournée vers la confrontation de dimanche. L’avenir des Lions dans la première coupe du monde en terre africaine se jouera à Mfandéna.

Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de sélectionneur par intérim des Lions Indomptables ?
Je n’avais aucune ambition pour ce poste, je n’attendais pas d’y être nommé ; aussi est-ce avec grande surprise que j’ai accueilli la décision de la tutelle qui a fait confiance à ma personne. C’est une grande responsabilité, c’est une lourde responsabilité par rapport à ce que représente le football pour le Cameroun et pour les Camerounais.

Et comment vos adjoints et les joueurs l’ont-ils accueillie ?
Dans le discours que j’ai tenu à l’endroit des uns et des autres, je me suis appesanti sur le fait que ce qui importe n’est pas la place que l’on occupe, mais l’objectif commun que nous devons nous fixer ; nous devons tous regarder du même côté, du côté où se trouve l’intérêt supérieur de notre pays, et conjuguer nos efforts pour obtenir les résultats que le peuple attend de nous. Tous ont accueilli ma nomination avec respect, et surtout les joueurs dont la plupart sont avec moi depuis huit ans ; ils l’ont pris naturellement et affectueusement. Mais au-delà de tout ceci, il faut démontrer ce soutien en se battant pour le football camerounais, mais aussi et surtout pour moi qui suis aujourd’hui dos au mur…

Les responsabilités qui viennent ainsi de vous être confiées ne vous effraient-elles pas ?
C’est déjà arrivé par le passé, que le destin des Lions soit confié à un Camerounais. On a souvent décrié la fuite de cerveaux en Afrique ; c’est que bien souvent, même à compétence égale, priorité est donnée à l’expatrié. On dirait que nous avons souvent manqué le courage de confier le travail aux nôtres. Je n’ai jamais eu l’ambition d’être nommé à ce poste, je le répète ; je ne sais pas combien de matches je vais conduire pour les Lions, mais mon ambition, c’est que mon passage soit marqué par quelque chose de positif, afin de convaincre de ce que les Camerounais sont capables de prendre en main leur destinée.

Ne redoutez-vous pas que ce qui est souvent arrivé aux entraîneurs camerounais des Lions Indomptables vous arrive aussi ?
Je suis parti du Cameroun il y a 26 ans ; j’ai fait ma vie en Europe où j’ai beaucoup appris. Je préfère me tromper dans mes décisions plutôt que dans des conflits qui n’ont rien à voir avec le football. Je veux dire que je suis autant Européen qu’Africain, et c’est, je crois, un avantage.

Votre prédécesseur Otto Pfister a adressé au peuple camerounais une lettre ouverte publiée dans Le Messager, dans laquelle il dénonce entre autres choses qui l’ont amené à démissionner, le fait pour la hiérarchie de prendre des décisions sans le consulter, le mettant ainsi devant le fait accompli, ce qui réduit son autorité même par rapport à ses adjoints. Thomas Nkono n’a-t-il pas peur de se retrouver lui aussi face à de telles situations un jour ?
Je dois dire que j’ai beaucoup appris d’Otto Pfister, notamment la solidarité ; nous n’avons jamais été solidaires qu’on l’a été sous lui, surtout en temps difficiles. De plus, j’ai l’avantage de bien connaitre mes collègues qui m’accompagnent dans cette aventure : j’ai joué avec Jean-Paul Akono pendant dix ans au Canon de Yaoundé, avant de faire partie de son équipe qui remporta la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sidney. J’ai autant travaillé longtemps avec Ndtoungou et Kaham, donc je ne vois pas bien d’où viendrait le conflit entre nous.

Une certaine opinion réclame en ce moment le départ de certains cadres de l’équipe nationale qu’elle juge vieux ; quelle appréciation faites-vous de cette revendication ?
Ce que je retiens de cette revendication, c’est qu’elle demande le départ de joueurs qui jouent à un haut niveau. Qu’on regarde bien notre équipe nationale : elle a été renouvelée au moins à 95% depuis quelques années. On ne peut exiger des résultats et demander en même temps un changement de ce genre. La relève doit se faire en douceur, les anciens évoluant avec les nouveaux avant de leur céder progressivement la place. Ces cadres dont on parle ont donc un rôle à remplir ; je les ai vu arriver en équipe nationale, ils sont aujourd’hui des messieurs et jouent un rôle important auprès des jeunes. Je crois que nous ferions mieux de laisser le changement s’opérer de manière naturelle au sein des Lions.

Quel est aujourd’hui l’objectif premier de Thomas Nkono à la tête des Lions indomptables ?
Qualifier le Cameroun pour la Coupe du monde de 2010. C’est la première fois que cette compétition se déroulera en sol africain ; imaginez-vous un tel événement en Afrique sans le Cameroun ? C’est comme si on jouait la Coupe du monde sans le Brésil.

Comment avez-vous trouvé la prestation de vos poulains lors du match amical (le tout premier de Thomas Nkono en tant que sélectionneur national) livré mardi soir contre l’équipe de Tubize ici en Belgique ?
C’est un match qui m’a tranquillisé, qui a calmé mes inquiétudes ; j’ai découvert de jeunes mais grands joueurs comme Chago que je ne connaissais pas, même si j’en avais entendu parler. Ou même Chedjou que je ne connaissais pas dans le rôle qu’il a joué : grande puissance, balle au pied… Cela donne un peu de tranquillité à l’entraîneur pour travailler. C’est sûr qu’il y en a d’autres qui évoluent ailleurs et qu’on ne connait pas ; c’est donc l’occasion pour moi de lancer ici un appel afin que ceux-là se signalent s’ils veulent vraiment se faire connaître.

A 72 heures de cette rencontre déterminante contre le Maroc, comment jugez-vous l’esprit et le moral des joueurs ?
Le moral des joueurs est au beau fixe comme on dit ; nous avons commencé à travailler sur la manière de jouer contre le Maroc. Nous avons encore deux séances d’entrainement ici en Belgique, et une dernière à Yaoundé avant le match ; cette dernière sera davantage une séance de reconnaissance de terrain. Ensuite ce sera le repos et la concentration.

On sait que vous devez choisir une vingtaine de joueurs sur la trentaine convoqués pour ce stage en Belgique ; alors, quels Lions face aux Lions de l’Atlas ce dimanche ?
Des Lions Indomptables (rire). C’est un moment difficile, c’est le moment le plus difficile pour un entraineur. La chance que j’ai, c’est que j’ai trois compagnons qui m’accompagneront dans le choix, ainsi nous aurons huit yeux pour choisir de manière collégiale. Nous faisons le point tous les soirs pour arrêter le programme des entrainements ; nous espérons pouvoir choisir facilement de cette manière. C’est la mort dans l’âme que nous laisserons les trois ou quatre joueurs qui ne pourront pas être avec nous cette fois-ci, tellement tous les gars ont du talent.

Que représente pour vous, en définitive, la rencontre de dimanche contre le Maroc ?
C’est un challenge qu’il faut gagner. Et pour gagner nous devons être forts, nous devons être ensemble. Nous nous laissons parfois distraire, mais aujourd’hui l’heure n’est plus à la distraction, mais à l’union ; nous devons nous unir pour aller chercher la victoire. Ceux des Camerounais qui iront au stade devront nous aider, nous soutenir et nous encourager même dans les moments difficiles, afin de nous conduire à la victoire.

Quel message aimeriez-vous adresser aux uns et aux autres à la veille de cette rencontre capitale pour la participation du Cameroun à la Coupe du monde 2010 ?
C’est beaucoup plus aux joueurs que je m’adresserai d’abord ; mon message pour eux est celui de tous les jours : oser, oser et oser encore. Travail, solidarité et respect des autres. Discipline, discipline encore et discipline toujours. A la hiérarchie, je dis merci de m’avoir donné l’opportunité de montrer qu’on peut aussi travailler comme les autres. Aux Camerounais enfin, je dis : confiance, confiance encore en leurs frères, car avec leur confiance, les joueurs s’envoleront vers la victoire, pour la victoire.
 

Par Entretien avec Pius N. NJAWE à Enghien

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ImageC’est à l’Auberge du Vieux Cèdre, un hôtel 3 étoiles, situé à 38 km de Bruxelles, la capitale européenne, aux confins de deux provinces belges : le Brabant-Wallon et le Hainaut, où séjournent les footballeurs camerounais depuis trois jours que nous avons rencontré Thomas Nkono, le nouveau patron des Lions Indomptables. C’est la deuxième fois que l’équipe camerounaise vient s’entraîner en Belgique : la première fois, les fauves de la forêt avaient pris leurs quartiers dans les installations du Sporting club à Charleroi.

Aujourd’hui, les organisateurs du regroupement ont opté pour Tubize, dans la toute nouvelle infrastructure construite pour les Diables Rouges, l’équipe nationale belge. C’est encore François Ngoumou, consultant officieux des Indomptables, qui a servi de facilitateur, tout comme la première fois. Pourquoi les Lions s’entraînent-ils en Belgique ? Parce que géographiquement, la Belgique de par sa position centrale, facilite le regroupement des footballeurs professionnels camerounais évoluant en Europe, justifie François Ngoumou, entraîneur de l’équipe des jeunes de l’Afc de Tubize, principal artisan du match d’entraînement de mardi dernier.
Face à l’hôtel solidement gardé, des supporters camerounais, mais aussi quelques Marocains, tentent d’entrer en relation avec nos sportifs vert-rouge-jaune. Calme, le nouveau patron du banc de touche des Lions Indomptables, irradie la sérénité autour de lui. Alors que d’aucuns se seraient dérobés à la sollicitation, Thomas Nkono accède à notre requête. Sans se départir de cette bonne humeur légendaire qu’on lui connaît, il n’élude aucune question, mêmes les plus gênantes répondant avec une assurance tout à fait étonnante au vu du contexte qui prévaut à 72 heures de la rencontre capitale de dimanche prochain (pour rappel, le dernier match qui opposa l’équipe du Cameroun à celle du Maroc remonte à dix-sept ans. C’était à Dakar en 1992. L’équipe camerounaise avait alors gagné un but à zéro). Dans cet entretien à bâtons rompus, il parle de son accueil, de la méthode de travail qu’il compte mettre en place, de ses rapports avec les joueurs et ses adjoints, de la querelle sur la vieillesse de certains de ses joueurs, des chances de ses poulains, etc. Il est 22 heures 30 mercredi 3 juin 2009 lorsque nous quittons le nouvel entraîneur plutôt confiant. La nuit est tombée. Les joueurs semblent tous déjà dormir dans l’hôtel-villa. Leurs supporters ont aussi rejoint leurs domiciles privés. Chacun a la tête tournée vers la confrontation de dimanche. L’avenir des Lions dans la première coupe du monde en terre africaine se jouera à Mfandéna.

Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de sélectionneur par intérim des Lions Indomptables ?
Je n’avais aucune ambition pour ce poste, je n’attendais pas d’y être nommé ; aussi est-ce avec grande surprise que j’ai accueilli la décision de la tutelle qui a fait confiance à ma personne. C’est une grande responsabilité, c’est une lourde responsabilité par rapport à ce que représente le football pour le Cameroun et pour les Camerounais.

Et comment vos adjoints et les joueurs l’ont-ils accueillie ?
Dans le discours que j’ai tenu à l’endroit des uns et des autres, je me suis appesanti sur le fait que ce qui importe n’est pas la place que l’on occupe, mais l’objectif commun que nous devons nous fixer ; nous devons tous regarder du même côté, du côté où se trouve l’intérêt supérieur de notre pays, et conjuguer nos efforts pour obtenir les résultats que le peuple attend de nous. Tous ont accueilli ma nomination avec respect, et surtout les joueurs dont la plupart sont avec moi depuis huit ans ; ils l’ont pris naturellement et affectueusement. Mais au-delà de tout ceci, il faut démontrer ce soutien en se battant pour le football camerounais, mais aussi et surtout pour moi qui suis aujourd’hui dos au mur…

Les responsabilités qui viennent ainsi de vous être confiées ne vous effraient-elles pas ?
C’est déjà arrivé par le passé, que le destin des Lions soit confié à un Camerounais. On a souvent décrié la fuite de cerveaux en Afrique ; c’est que bien souvent, même à compétence égale, priorité est donnée à l’expatrié. On dirait que nous avons souvent manqué le courage de confier le travail aux nôtres. Je n’ai jamais eu l’ambition d’être nommé à ce poste, je le répète ; je ne sais pas combien de matches je vais conduire pour les Lions, mais mon ambition, c’est que mon passage soit marqué par quelque chose de positif, afin de convaincre de ce que les Camerounais sont capables de prendre en main leur destinée.

Ne redoutez-vous pas que ce qui est souvent arrivé aux entraîneurs camerounais des Lions Indomptables vous arrive aussi ?
Je suis parti du Cameroun il y a 26 ans ; j’ai fait ma vie en Europe où j’ai beaucoup appris. Je préfère me tromper dans mes décisions plutôt que dans des conflits qui n’ont rien à voir avec le football. Je veux dire que je suis autant Européen qu’Africain, et c’est, je crois, un avantage.

Votre prédécesseur Otto Pfister a adressé au peuple camerounais une lettre ouverte publiée dans Le Messager, dans laquelle il dénonce entre autres choses qui l’ont amené à démissionner, le fait pour la hiérarchie de prendre des décisions sans le consulter, le mettant ainsi devant le fait accompli, ce qui réduit son autorité même par rapport à ses adjoints. Thomas Nkono n’a-t-il pas peur de se retrouver lui aussi face à de telles situations un jour ?
Je dois dire que j’ai beaucoup appris d’Otto Pfister, notamment la solidarité ; nous n’avons jamais été solidaires qu’on l’a été sous lui, surtout en temps difficiles. De plus, j’ai l’avantage de bien connaitre mes collègues qui m’accompagnent dans cette aventure : j’ai joué avec Jean-Paul Akono pendant dix ans au Canon de Yaoundé, avant de faire partie de son équipe qui remporta la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sidney. J’ai autant travaillé longtemps avec Ndtoungou et Kaham, donc je ne vois pas bien d’où viendrait le conflit entre nous.

Une certaine opinion réclame en ce moment le départ de certains cadres de l’équipe nationale qu’elle juge vieux ; quelle appréciation faites-vous de cette revendication ?
Ce que je retiens de cette revendication, c’est qu’elle demande le départ de joueurs qui jouent à un haut niveau. Qu’on regarde bien notre équipe nationale : elle a été renouvelée au moins à 95% depuis quelques années. On ne peut exiger des résultats et demander en même temps un changement de ce genre. La relève doit se faire en douceur, les anciens évoluant avec les nouveaux avant de leur céder progressivement la place. Ces cadres dont on parle ont donc un rôle à remplir ; je les ai vu arriver en équipe nationale, ils sont aujourd’hui des messieurs et jouent un rôle important auprès des jeunes. Je crois que nous ferions mieux de laisser le changement s’opérer de manière naturelle au sein des Lions.

Quel est aujourd’hui l’objectif premier de Thomas Nkono à la tête des Lions indomptables ?
Qualifier le Cameroun pour la Coupe du monde de 2010. C’est la première fois que cette compétition se déroulera en sol africain ; imaginez-vous un tel événement en Afrique sans le Cameroun ? C’est comme si on jouait la Coupe du monde sans le Brésil.

Comment avez-vous trouvé la prestation de vos poulains lors du match amical (le tout premier de Thomas Nkono en tant que sélectionneur national) livré mardi soir contre l’équipe de Tubize ici en Belgique ?
C’est un match qui m’a tranquillisé, qui a calmé mes inquiétudes ; j’ai découvert de jeunes mais grands joueurs comme Chago que je ne connaissais pas, même si j’en avais entendu parler. Ou même Chedjou que je ne connaissais pas dans le rôle qu’il a joué : grande puissance, balle au pied… Cela donne un peu de tranquillité à l’entraîneur pour travailler. C’est sûr qu’il y en a d’autres qui évoluent ailleurs et qu’on ne connait pas ; c’est donc l’occasion pour moi de lancer ici un appel afin que ceux-là se signalent s’ils veulent vraiment se faire connaître.

A 72 heures de cette rencontre déterminante contre le Maroc, comment jugez-vous l’esprit et le moral des joueurs ?
Le moral des joueurs est au beau fixe comme on dit ; nous avons commencé à travailler sur la manière de jouer contre le Maroc. Nous avons encore deux séances d’entrainement ici en Belgique, et une dernière à Yaoundé avant le match ; cette dernière sera davantage une séance de reconnaissance de terrain. Ensuite ce sera le repos et la concentration.

On sait que vous devez choisir une vingtaine de joueurs sur la trentaine convoqués pour ce stage en Belgique ; alors, quels Lions face aux Lions de l’Atlas ce dimanche ?
Des Lions Indomptables (rire). C’est un moment difficile, c’est le moment le plus difficile pour un entraineur. La chance que j’ai, c’est que j’ai trois compagnons qui m’accompagneront dans le choix, ainsi nous aurons huit yeux pour choisir de manière collégiale. Nous faisons le point tous les soirs pour arrêter le programme des entrainements ; nous espérons pouvoir choisir facilement de cette manière. C’est la mort dans l’âme que nous laisserons les trois ou quatre joueurs qui ne pourront pas être avec nous cette fois-ci, tellement tous les gars ont du talent.

Que représente pour vous, en définitive, la rencontre de dimanche contre le Maroc ?
C’est un challenge qu’il faut gagner. Et pour gagner nous devons être forts, nous devons être ensemble. Nous nous laissons parfois distraire, mais aujourd’hui l’heure n’est plus à la distraction, mais à l’union ; nous devons nous unir pour aller chercher la victoire. Ceux des Camerounais qui iront au stade devront nous aider, nous soutenir et nous encourager même dans les moments difficiles, afin de nous conduire à la victoire.

Quel message aimeriez-vous adresser aux uns et aux autres à la veille de cette rencontre capitale pour la participation du Cameroun à la Coupe du monde 2010 ?
C’est beaucoup plus aux joueurs que je m’adresserai d’abord ; mon message pour eux est celui de tous les jours : oser, oser et oser encore. Travail, solidarité et respect des autres. Discipline, discipline encore et discipline toujours. A la hiérarchie, je dis merci de m’avoir donné l’opportunité de montrer qu’on peut aussi travailler comme les autres. Aux Camerounais enfin, je dis : confiance, confiance encore en leurs frères, car avec leur confiance, les joueurs s’envoleront vers la victoire, pour la victoire.
 

Par Entretien avec Pius N. NJAWE à Enghien

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Thomas Nkono se confie au Messager

ImageC’est à l’Auberge du Vieux Cèdre, un hôtel 3 étoiles, situé à 38 km de Bruxelles, la capitale européenne, aux confins de deux provinces belges : le Brabant-Wallon et le Hainaut, où séjournent les footballeurs camerounais depuis trois jours que nous avons rencontré Thomas Nkono, le nouveau patron des Lions Indomptables. C’est la deuxième fois que l’équipe camerounaise vient s’entraîner en Belgique : la première fois, les fauves de la forêt avaient pris leurs quartiers dans les installations du Sporting club à Charleroi.

Aujourd’hui, les organisateurs du regroupement ont opté pour Tubize, dans la toute nouvelle infrastructure construite pour les Diables Rouges, l’équipe nationale belge. C’est encore François Ngoumou, consultant officieux des Indomptables, qui a servi de facilitateur, tout comme la première fois. Pourquoi les Lions s’entraînent-ils en Belgique ? Parce que géographiquement, la Belgique de par sa position centrale, facilite le regroupement des footballeurs professionnels camerounais évoluant en Europe, justifie François Ngoumou, entraîneur de l’équipe des jeunes de l’Afc de Tubize, principal artisan du match d’entraînement de mardi dernier.
Face à l’hôtel solidement gardé, des supporters camerounais, mais aussi quelques Marocains, tentent d’entrer en relation avec nos sportifs vert-rouge-jaune. Calme, le nouveau patron du banc de touche des Lions Indomptables, irradie la sérénité autour de lui. Alors que d’aucuns se seraient dérobés à la sollicitation, Thomas Nkono accède à notre requête. Sans se départir de cette bonne humeur légendaire qu’on lui connaît, il n’élude aucune question, mêmes les plus gênantes répondant avec une assurance tout à fait étonnante au vu du contexte qui prévaut à 72 heures de la rencontre capitale de dimanche prochain (pour rappel, le dernier match qui opposa l’équipe du Cameroun à celle du Maroc remonte à dix-sept ans. C’était à Dakar en 1992. L’équipe camerounaise avait alors gagné un but à zéro). Dans cet entretien à bâtons rompus, il parle de son accueil, de la méthode de travail qu’il compte mettre en place, de ses rapports avec les joueurs et ses adjoints, de la querelle sur la vieillesse de certains de ses joueurs, des chances de ses poulains, etc. Il est 22 heures 30 mercredi 3 juin 2009 lorsque nous quittons le nouvel entraîneur plutôt confiant. La nuit est tombée. Les joueurs semblent tous déjà dormir dans l’hôtel-villa. Leurs supporters ont aussi rejoint leurs domiciles privés. Chacun a la tête tournée vers la confrontation de dimanche. L’avenir des Lions dans la première coupe du monde en terre africaine se jouera à Mfandéna.

Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de sélectionneur par intérim des Lions Indomptables ?
Je n’avais aucune ambition pour ce poste, je n’attendais pas d’y être nommé ; aussi est-ce avec grande surprise que j’ai accueilli la décision de la tutelle qui a fait confiance à ma personne. C’est une grande responsabilité, c’est une lourde responsabilité par rapport à ce que représente le football pour le Cameroun et pour les Camerounais.

Et comment vos adjoints et les joueurs l’ont-ils accueillie ?
Dans le discours que j’ai tenu à l’endroit des uns et des autres, je me suis appesanti sur le fait que ce qui importe n’est pas la place que l’on occupe, mais l’objectif commun que nous devons nous fixer ; nous devons tous regarder du même côté, du côté où se trouve l’intérêt supérieur de notre pays, et conjuguer nos efforts pour obtenir les résultats que le peuple attend de nous. Tous ont accueilli ma nomination avec respect, et surtout les joueurs dont la plupart sont avec moi depuis huit ans ; ils l’ont pris naturellement et affectueusement. Mais au-delà de tout ceci, il faut démontrer ce soutien en se battant pour le football camerounais, mais aussi et surtout pour moi qui suis aujourd’hui dos au mur…

Les responsabilités qui viennent ainsi de vous être confiées ne vous effraient-elles pas ?
C’est déjà arrivé par le passé, que le destin des Lions soit confié à un Camerounais. On a souvent décrié la fuite de cerveaux en Afrique ; c’est que bien souvent, même à compétence égale, priorité est donnée à l’expatrié. On dirait que nous avons souvent manqué le courage de confier le travail aux nôtres. Je n’ai jamais eu l’ambition d’être nommé à ce poste, je le répète ; je ne sais pas combien de matches je vais conduire pour les Lions, mais mon ambition, c’est que mon passage soit marqué par quelque chose de positif, afin de convaincre de ce que les Camerounais sont capables de prendre en main leur destinée.

Ne redoutez-vous pas que ce qui est souvent arrivé aux entraîneurs camerounais des Lions Indomptables vous arrive aussi ?
Je suis parti du Cameroun il y a 26 ans ; j’ai fait ma vie en Europe où j’ai beaucoup appris. Je préfère me tromper dans mes décisions plutôt que dans des conflits qui n’ont rien à voir avec le football. Je veux dire que je suis autant Européen qu’Africain, et c’est, je crois, un avantage.

Votre prédécesseur Otto Pfister a adressé au peuple camerounais une lettre ouverte publiée dans Le Messager, dans laquelle il dénonce entre autres choses qui l’ont amené à démissionner, le fait pour la hiérarchie de prendre des décisions sans le consulter, le mettant ainsi devant le fait accompli, ce qui réduit son autorité même par rapport à ses adjoints. Thomas Nkono n’a-t-il pas peur de se retrouver lui aussi face à de telles situations un jour ?
Je dois dire que j’ai beaucoup appris d’Otto Pfister, notamment la solidarité ; nous n’avons jamais été solidaires qu’on l’a été sous lui, surtout en temps difficiles. De plus, j’ai l’avantage de bien connaitre mes collègues qui m’accompagnent dans cette aventure : j’ai joué avec Jean-Paul Akono pendant dix ans au Canon de Yaoundé, avant de faire partie de son équipe qui remporta la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sidney. J’ai autant travaillé longtemps avec Ndtoungou et Kaham, donc je ne vois pas bien d’où viendrait le conflit entre nous.

Une certaine opinion réclame en ce moment le départ de certains cadres de l’équipe nationale qu’elle juge vieux ; quelle appréciation faites-vous de cette revendication ?
Ce que je retiens de cette revendication, c’est qu’elle demande le départ de joueurs qui jouent à un haut niveau. Qu’on regarde bien notre équipe nationale : elle a été renouvelée au moins à 95% depuis quelques années. On ne peut exiger des résultats et demander en même temps un changement de ce genre. La relève doit se faire en douceur, les anciens évoluant avec les nouveaux avant de leur céder progressivement la place. Ces cadres dont on parle ont donc un rôle à remplir ; je les ai vu arriver en équipe nationale, ils sont aujourd’hui des messieurs et jouent un rôle important auprès des jeunes. Je crois que nous ferions mieux de laisser le changement s’opérer de manière naturelle au sein des Lions.

Quel est aujourd’hui l’objectif premier de Thomas Nkono à la tête des Lions indomptables ?
Qualifier le Cameroun pour la Coupe du monde de 2010. C’est la première fois que cette compétition se déroulera en sol africain ; imaginez-vous un tel événement en Afrique sans le Cameroun ? C’est comme si on jouait la Coupe du monde sans le Brésil.

Comment avez-vous trouvé la prestation de vos poulains lors du match amical (le tout premier de Thomas Nkono en tant que sélectionneur national) livré mardi soir contre l’équipe de Tubize ici en Belgique ?
C’est un match qui m’a tranquillisé, qui a calmé mes inquiétudes ; j’ai découvert de jeunes mais grands joueurs comme Chago que je ne connaissais pas, même si j’en avais entendu parler. Ou même Chedjou que je ne connaissais pas dans le rôle qu’il a joué : grande puissance, balle au pied… Cela donne un peu de tranquillité à l’entraîneur pour travailler. C’est sûr qu’il y en a d’autres qui évoluent ailleurs et qu’on ne connait pas ; c’est donc l’occasion pour moi de lancer ici un appel afin que ceux-là se signalent s’ils veulent vraiment se faire connaître.

A 72 heures de cette rencontre déterminante contre le Maroc, comment jugez-vous l’esprit et le moral des joueurs ?
Le moral des joueurs est au beau fixe comme on dit ; nous avons commencé à travailler sur la manière de jouer contre le Maroc. Nous avons encore deux séances d’entrainement ici en Belgique, et une dernière à Yaoundé avant le match ; cette dernière sera davantage une séance de reconnaissance de terrain. Ensuite ce sera le repos et la concentration.

On sait que vous devez choisir une vingtaine de joueurs sur la trentaine convoqués pour ce stage en Belgique ; alors, quels Lions face aux Lions de l’Atlas ce dimanche ?
Des Lions Indomptables (rire). C’est un moment difficile, c’est le moment le plus difficile pour un entraineur. La chance que j’ai, c’est que j’ai trois compagnons qui m’accompagneront dans le choix, ainsi nous aurons huit yeux pour choisir de manière collégiale. Nous faisons le point tous les soirs pour arrêter le programme des entrainements ; nous espérons pouvoir choisir facilement de cette manière. C’est la mort dans l’âme que nous laisserons les trois ou quatre joueurs qui ne pourront pas être avec nous cette fois-ci, tellement tous les gars ont du talent.

Que représente pour vous, en définitive, la rencontre de dimanche contre le Maroc ?
C’est un challenge qu’il faut gagner. Et pour gagner nous devons être forts, nous devons être ensemble. Nous nous laissons parfois distraire, mais aujourd’hui l’heure n’est plus à la distraction, mais à l’union ; nous devons nous unir pour aller chercher la victoire. Ceux des Camerounais qui iront au stade devront nous aider, nous soutenir et nous encourager même dans les moments difficiles, afin de nous conduire à la victoire.

Quel message aimeriez-vous adresser aux uns et aux autres à la veille de cette rencontre capitale pour la participation du Cameroun à la Coupe du monde 2010 ?
C’est beaucoup plus aux joueurs que je m’adresserai d’abord ; mon message pour eux est celui de tous les jours : oser, oser et oser encore. Travail, solidarité et respect des autres. Discipline, discipline encore et discipline toujours. A la hiérarchie, je dis merci de m’avoir donné l’opportunité de montrer qu’on peut aussi travailler comme les autres. Aux Camerounais enfin, je dis : confiance, confiance encore en leurs frères, car avec leur confiance, les joueurs s’envoleront vers la victoire, pour la victoire.
 

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Thomas Nkono se confie au Messager

ImageC’est à l’Auberge du Vieux Cèdre, un hôtel 3 étoiles, situé à 38 km de Bruxelles, la capitale européenne, aux confins de deux provinces belges : le Brabant-Wallon et le Hainaut, où séjournent les footballeurs camerounais depuis trois jours que nous avons rencontré Thomas Nkono, le nouveau patron des Lions Indomptables. C’est la deuxième fois que l’équipe camerounaise vient s’entraîner en Belgique : la première fois, les fauves de la forêt avaient pris leurs quartiers dans les installations du Sporting club à Charleroi.

Aujourd’hui, les organisateurs du regroupement ont opté pour Tubize, dans la toute nouvelle infrastructure construite pour les Diables Rouges, l’équipe nationale belge. C’est encore François Ngoumou, consultant officieux des Indomptables, qui a servi de facilitateur, tout comme la première fois. Pourquoi les Lions s’entraînent-ils en Belgique ? Parce que géographiquement, la Belgique de par sa position centrale, facilite le regroupement des footballeurs professionnels camerounais évoluant en Europe, justifie François Ngoumou, entraîneur de l’équipe des jeunes de l’Afc de Tubize, principal artisan du match d’entraînement de mardi dernier.
Face à l’hôtel solidement gardé, des supporters camerounais, mais aussi quelques Marocains, tentent d’entrer en relation avec nos sportifs vert-rouge-jaune. Calme, le nouveau patron du banc de touche des Lions Indomptables, irradie la sérénité autour de lui. Alors que d’aucuns se seraient dérobés à la sollicitation, Thomas Nkono accède à notre requête. Sans se départir de cette bonne humeur légendaire qu’on lui connaît, il n’élude aucune question, mêmes les plus gênantes répondant avec une assurance tout à fait étonnante au vu du contexte qui prévaut à 72 heures de la rencontre capitale de dimanche prochain (pour rappel, le dernier match qui opposa l’équipe du Cameroun à celle du Maroc remonte à dix-sept ans. C’était à Dakar en 1992. L’équipe camerounaise avait alors gagné un but à zéro). Dans cet entretien à bâtons rompus, il parle de son accueil, de la méthode de travail qu’il compte mettre en place, de ses rapports avec les joueurs et ses adjoints, de la querelle sur la vieillesse de certains de ses joueurs, des chances de ses poulains, etc. Il est 22 heures 30 mercredi 3 juin 2009 lorsque nous quittons le nouvel entraîneur plutôt confiant. La nuit est tombée. Les joueurs semblent tous déjà dormir dans l’hôtel-villa. Leurs supporters ont aussi rejoint leurs domiciles privés. Chacun a la tête tournée vers la confrontation de dimanche. L’avenir des Lions dans la première coupe du monde en terre africaine se jouera à Mfandéna.

Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de sélectionneur par intérim des Lions Indomptables ?
Je n’avais aucune ambition pour ce poste, je n’attendais pas d’y être nommé ; aussi est-ce avec grande surprise que j’ai accueilli la décision de la tutelle qui a fait confiance à ma personne. C’est une grande responsabilité, c’est une lourde responsabilité par rapport à ce que représente le football pour le Cameroun et pour les Camerounais.

Et comment vos adjoints et les joueurs l’ont-ils accueillie ?
Dans le discours que j’ai tenu à l’endroit des uns et des autres, je me suis appesanti sur le fait que ce qui importe n’est pas la place que l’on occupe, mais l’objectif commun que nous devons nous fixer ; nous devons tous regarder du même côté, du côté où se trouve l’intérêt supérieur de notre pays, et conjuguer nos efforts pour obtenir les résultats que le peuple attend de nous. Tous ont accueilli ma nomination avec respect, et surtout les joueurs dont la plupart sont avec moi depuis huit ans ; ils l’ont pris naturellement et affectueusement. Mais au-delà de tout ceci, il faut démontrer ce soutien en se battant pour le football camerounais, mais aussi et surtout pour moi qui suis aujourd’hui dos au mur…

Les responsabilités qui viennent ainsi de vous être confiées ne vous effraient-elles pas ?
C’est déjà arrivé par le passé, que le destin des Lions soit confié à un Camerounais. On a souvent décrié la fuite de cerveaux en Afrique ; c’est que bien souvent, même à compétence égale, priorité est donnée à l’expatrié. On dirait que nous avons souvent manqué le courage de confier le travail aux nôtres. Je n’ai jamais eu l’ambition d’être nommé à ce poste, je le répète ; je ne sais pas combien de matches je vais conduire pour les Lions, mais mon ambition, c’est que mon passage soit marqué par quelque chose de positif, afin de convaincre de ce que les Camerounais sont capables de prendre en main leur destinée.

Ne redoutez-vous pas que ce qui est souvent arrivé aux entraîneurs camerounais des Lions Indomptables vous arrive aussi ?
Je suis parti du Cameroun il y a 26 ans ; j’ai fait ma vie en Europe où j’ai beaucoup appris. Je préfère me tromper dans mes décisions plutôt que dans des conflits qui n’ont rien à voir avec le football. Je veux dire que je suis autant Européen qu’Africain, et c’est, je crois, un avantage.

Votre prédécesseur Otto Pfister a adressé au peuple camerounais une lettre ouverte publiée dans Le Messager, dans laquelle il dénonce entre autres choses qui l’ont amené à démissionner, le fait pour la hiérarchie de prendre des décisions sans le consulter, le mettant ainsi devant le fait accompli, ce qui réduit son autorité même par rapport à ses adjoints. Thomas Nkono n’a-t-il pas peur de se retrouver lui aussi face à de telles situations un jour ?
Je dois dire que j’ai beaucoup appris d’Otto Pfister, notamment la solidarité ; nous n’avons jamais été solidaires qu’on l’a été sous lui, surtout en temps difficiles. De plus, j’ai l’avantage de bien connaitre mes collègues qui m’accompagnent dans cette aventure : j’ai joué avec Jean-Paul Akono pendant dix ans au Canon de Yaoundé, avant de faire partie de son équipe qui remporta la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sidney. J’ai autant travaillé longtemps avec Ndtoungou et Kaham, donc je ne vois pas bien d’où viendrait le conflit entre nous.

Une certaine opinion réclame en ce moment le départ de certains cadres de l’équipe nationale qu’elle juge vieux ; quelle appréciation faites-vous de cette revendication ?
Ce que je retiens de cette revendication, c’est qu’elle demande le départ de joueurs qui jouent à un haut niveau. Qu’on regarde bien notre équipe nationale : elle a été renouvelée au moins à 95% depuis quelques années. On ne peut exiger des résultats et demander en même temps un changement de ce genre. La relève doit se faire en douceur, les anciens évoluant avec les nouveaux avant de leur céder progressivement la place. Ces cadres dont on parle ont donc un rôle à remplir ; je les ai vu arriver en équipe nationale, ils sont aujourd’hui des messieurs et jouent un rôle important auprès des jeunes. Je crois que nous ferions mieux de laisser le changement s’opérer de manière naturelle au sein des Lions.

Quel est aujourd’hui l’objectif premier de Thomas Nkono à la tête des Lions indomptables ?
Qualifier le Cameroun pour la Coupe du monde de 2010. C’est la première fois que cette compétition se déroulera en sol africain ; imaginez-vous un tel événement en Afrique sans le Cameroun ? C’est comme si on jouait la Coupe du monde sans le Brésil.

Comment avez-vous trouvé la prestation de vos poulains lors du match amical (le tout premier de Thomas Nkono en tant que sélectionneur national) livré mardi soir contre l’équipe de Tubize ici en Belgique ?
C’est un match qui m’a tranquillisé, qui a calmé mes inquiétudes ; j’ai découvert de jeunes mais grands joueurs comme Chago que je ne connaissais pas, même si j’en avais entendu parler. Ou même Chedjou que je ne connaissais pas dans le rôle qu’il a joué : grande puissance, balle au pied… Cela donne un peu de tranquillité à l’entraîneur pour travailler. C’est sûr qu’il y en a d’autres qui évoluent ailleurs et qu’on ne connait pas ; c’est donc l’occasion pour moi de lancer ici un appel afin que ceux-là se signalent s’ils veulent vraiment se faire connaître.

A 72 heures de cette rencontre déterminante contre le Maroc, comment jugez-vous l’esprit et le moral des joueurs ?
Le moral des joueurs est au beau fixe comme on dit ; nous avons commencé à travailler sur la manière de jouer contre le Maroc. Nous avons encore deux séances d’entrainement ici en Belgique, et une dernière à Yaoundé avant le match ; cette dernière sera davantage une séance de reconnaissance de terrain. Ensuite ce sera le repos et la concentration.

On sait que vous devez choisir une vingtaine de joueurs sur la trentaine convoqués pour ce stage en Belgique ; alors, quels Lions face aux Lions de l’Atlas ce dimanche ?
Des Lions Indomptables (rire). C’est un moment difficile, c’est le moment le plus difficile pour un entraineur. La chance que j’ai, c’est que j’ai trois compagnons qui m’accompagneront dans le choix, ainsi nous aurons huit yeux pour choisir de manière collégiale. Nous faisons le point tous les soirs pour arrêter le programme des entrainements ; nous espérons pouvoir choisir facilement de cette manière. C’est la mort dans l’âme que nous laisserons les trois ou quatre joueurs qui ne pourront pas être avec nous cette fois-ci, tellement tous les gars ont du talent.

Que représente pour vous, en définitive, la rencontre de dimanche contre le Maroc ?
C’est un challenge qu’il faut gagner. Et pour gagner nous devons être forts, nous devons être ensemble. Nous nous laissons parfois distraire, mais aujourd’hui l’heure n’est plus à la distraction, mais à l’union ; nous devons nous unir pour aller chercher la victoire. Ceux des Camerounais qui iront au stade devront nous aider, nous soutenir et nous encourager même dans les moments difficiles, afin de nous conduire à la victoire.

Quel message aimeriez-vous adresser aux uns et aux autres à la veille de cette rencontre capitale pour la participation du Cameroun à la Coupe du monde 2010 ?
C’est beaucoup plus aux joueurs que je m’adresserai d’abord ; mon message pour eux est celui de tous les jours : oser, oser et oser encore. Travail, solidarité et respect des autres. Discipline, discipline encore et discipline toujours. A la hiérarchie, je dis merci de m’avoir donné l’opportunité de montrer qu’on peut aussi travailler comme les autres. Aux Camerounais enfin, je dis : confiance, confiance encore en leurs frères, car avec leur confiance, les joueurs s’envoleront vers la victoire, pour la victoire.
 

Par Entretien avec Pius N. NJAWE à Enghien

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En vous souhaitant la bienvenue au Cameroun, pouvons-nous avoir vos premières impressions sur votre nouveau pays d’accueil ?
Je voudrais tout d’abord vous remercier pour l’opportunité que vous me donner d’exprimer, à travers votre journal, ma gratitude aux autorités camerounaises. D’abord je voudrais dire merci à Son Excellence Paul Biya, président de la République du Cameroun pour avoir accepté de m’accueillir ici, parce que c’est lui qui a répondu favorablement à la demande d’agrément que S.E. Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire lui a adressé pour m’a accréditer en qualité d’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Côte d’Ivoire près la République du Cameroun. Je voudrais lui dire merci. Mes remerciements s’adressent en deuxième lieu au ministre des Relations extérieures, Monsieur Henri Ayissi Eyebe parce que trois jours après mon arrivée ici, il m’a accueilli chaleureusement pour que je lui présente les copies figurées de mes lettres de créances. Merci enfin au peuple camerounais, en commençant par les autorités de l’aéroport de Douala qui m’ont réservé un accueil chaleureux et qui m’ont exprimé la fraternité africaine. Donc je me sens chez moi ici. Je suis très heureux d’être au Cameroun.

Qu’avez-vous appris du Cameroun depuis votre arrivée ?
J’ai appris à connaître un peuple accueillant, un peuple chaleureux. Ici, tout Africain se retrouverait chez lui. Donc je me sens comme en Côte d’Ivoire. Je peux vous dire que j’ai commencé à fréquenter les restaurants, et la cuisine est très bonne. J’aime beaucoup les feuilles, et ici vous en êtes des spécialistes. Je connais donc déjà…. (Rires). Il y a le beau paysage que j’ai pu voir entre Douala et Yaoundé, la belle forêt équatoriale qui fait toujours plaisir à tout africain.

Vous êtes descendu à Douala lors de votre arrivée au Cameroun et vous êtes à Yaoundé votre lieu de travail. Quelle autre ville camerounaise connaissez-vous également ?
Il faut être sincère, je ne connais que Yaoundé. Je suis descendu à l’aéroport de Douala comme je le disais tantôt, mais je n’ai pas visité la ville. Donc je connais Yaoundé et j’ai pu voir quelques villes en venant ici. J’espère qu’avec le temps, je pourrai visiter tout le pays. C’est un devoir, et c’est même un impératif. On ne peut pas être ambassadeur et ne pas connaître son pays d’accueil.

Quelles similitudes entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire ?
La Côte d’Ivoire et le Cameroun se ressemblent sur plusieurs plans. D’abord nous considérons le Cameroun comme étant le poumon de l’Afrique centrale, que ce soit sur les plans politique et économique. Ce qui est aussi le cas de la Côte d’Ivoire au niveau de l’Afrique de l’ouest. L’économie de la Côte d’Ivoire pèse sur l’ensemble de l’Afrique de l’ouest. Il s’agit donc de deux pays frères qui ont les mêmes potentialités. Quand vous observez bien, au plan culturel, il y a beaucoup de similitudes. La Côte d’Ivoire a plus de 60 ethnies et nous avons une culture diversifiée qui s’organise harmonieusement dans le respect des ethnies. Mes collaborateurs qui connaissent mieux le Cameroun m’ont dit qu’il s’agit de la même chose ici, même si le Cameroun a plus d’ethnies. Au plan économique, la Côte d’Ivoire est un grand pays producteur de nombreuses richesses (café, cacao) pour lesquelles nous occupons les premiers rangs. Vous avez des bananes, des ananas… J’ai retrouvé les mêmes choses ici. Sur le plan du sport, le Cameroun est un pays très respecté en ce qui concerne le football, et tous les africains en sont fiers. Quand les Lions Indomptables jouent, nous nous sentons tous Camerounais. Mais aujourd’hui, les Eléphants sont à l’avant-garde avec nos grands joueurs comme Didier Drogba… qui est d’ailleurs ami à Samuel Eto’o Fils et d’autres grands joueurs camerounais. Nous aimons le football en Côte d’Ivoire et les Camerounais adorent le football. Ces faits font de ces deux nations, des pays frères.
Sur le plan physique, en me promenant, j’ai vu des collines. On m’a dit que Yaoundé est " la ville aux 7 collines ". Nous avons une ville en Côte d’Ivoire, la ville de Man, c’est une ville de l’intérieur à l’ouest de la Côte d’Ivoire que l’on appelle "la ville des 18 montagnes". Il y a le climat doux que l’on a aussi en Côte d’Ivoire. Il y a beaucoup de traits de ressemblances sur le plan physique.
Vous avez le plan politique, le Cameroun est un pays qui connaît la stabilité depuis longtemps, ce que la Côte d’Ivoire a vécu jusqu’à la parenthèse de cette guerre que nous qualifions de " sale guerre ", parce qu’il s’agit d’une guerre inutile qui nous a été imposée. Mais voilà, la Côte d’Ivoire comme le Cameroun sont des pays d’accueil.

Les Camerounais savent de vous que vous avez été six (06) années durant le directeur du Protocole d’Etat auprès de la présidence de la République de Côte d’Ivoire, dont l’un des plus proches collaborateurs du président Laurent Gbagbo. Qui est l’ambassadeur Eugène Allou Wanyou ?
La chose la plus simple, c’est que je suis un ami des Camerounais. Un ami des Camerounais parce que j’ai vécu pendant six ans, quand j’étais étudiant en Italie, avec des amis camerounais. Nous vivions comme des frères. Je les ai rencontrés dès mon arrivée ici au Cameroun, certains en vacances, et d’autres qui revenaient pour travailler. Je me sens Camerounais à cause d’eux. Mais pour répondre à votre question, j’ai effectivement travaillé pendant six ans comme Ambassadeur, Directeur du Protocole d’Etat. Mais bien avant cela, j’ai été Chef de Cabinet du Président de la République de 2000 à 2002. Mais pour aller plus en arrière, depuis 1990 quand le Président Laurent Gbagbo était le chef de l’opposition, premier responsable du Front Populaire Ivoirien (FPI), Parti au pouvoir aujourd’hui, j’ai été l’un de ses collaborateurs. J’étais le Directeur de l’administration du FPI. J’occupais également des fonctions politiques, dont celle de Secrétaire National chargé de l’administration et de l’organisation des manifestations. J’ai également été Secrétaire National chargé des relations avec les Institutions de la République. Mais tout ce travail, je l’ai fait aux côtés du Président Laurent Gbagbo dans l’opposition. J’ai même été le Directeur de publication de " Notre Voie " qui est le journal du FPI. Aujourd’hui, je suis au Cameroun comme Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République de Côte d’Ivoire. C’est une autre dimension. Je suis là pour représenter la Côte d’Ivoire dans toute sa diversité. Je ne suis plus un homme de parti politique. Je représente le Président Laurent Gbagbo et les ministres pris individuellement.

Quelle empreinte entendez-vous apporter aux relations entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun ?
Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun sont très bonnes et anciennes. Mon rôle est de rester dans la même ligne. Respecter les consignes données par le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire qui a beaucoup de respect pour son aîné le Président Paul Biya. Il s’agit d’améliorer ces relations. Son Excellence l’Ambassadeur Paul Ayoman a fait un travail remarquable ici. Il est question de lui emboîter le pas, faire la même chose et dans une certaine mesure, apporter un plus à ces relations. Il faut faire en sorte que notre pays soit dignement représenté ici. Il s’agit de mieux défendre les intérêts de la Côte d’Ivoire et de son peuple. Je pense fondamentalement que c’est ce que nous devons faire. Mais nous pouvons aller plus loin. Nous pouvons reprendre la Commission mixte de Coopération qui a existé entre nos deux pays et qui a connu un arrêt. Il faut redémarrer le train de la coopération, parce qu’avec la Commission mixte, nous aurons une commission qui discutera des aspects politiques, une autre qui discutera des aspects économiques et mêmes culturels. Ceci de manière à nous entendre pour mieux faire développer l’Afrique, tant sur les plans bilatéral en renforçant notre coopération, que multilatéral. Le Cameroun, poumon de l’Afrique centrale et la Côte d’Ivoire poumon de l’Afrique de l’ouest, les deux réunis, ça peut faire bouger l’Afrique, tant au Nord qu’au Sud. C’est ce travail que nous allons faire avec l’aide des diplomates que j’ai trouvé ici.

Vous quittez votre pays au moment où celui-ci aborde la phase décisive du processus de transition devant conduire à l’élection du président de la République. Des inquiétudes fusent au sujet de la tenue de ce scrutin dans les délais prévus c’est-à-dire le 30 novembre 2008. Ces inquiétudes sont-elles de nature à retarder le processus vers un retour définitif à la paix en Côte d’Ivoire ?
En Côte d’Ivoire, nous ne considérons pas cela comme une inquiétude pouvant freiner le processus de paix. Vous savez, j’ai été directeur du protocole d’Etat pendant la guerre. J’ai été nommé le 22 août 2002. Un mois plus tard, c’est-à-dire le 19 septembre, c’était la guerre. J’ai vécu cette guerre de près. C’est donc avec beaucoup d’émotions que j’aborde ce sujet, pour vous dire que les Ivoiriens ont décidé de mettre fin à la guerre. Nous sommes conscients que la guerre est un mal que l’on ne peut conseiller à un autre pays. Si dans un pays africain, parce que nous sommes tous africains, il y a des problèmes graves, il faut que les gens dialoguent au lieu de recourir à la guerre qui fait beaucoup de mal, qui créé la haine, qui créé la misère. Nous avons vécu cela en Côte d’Ivoire. Le chien qui a vu le lion courir, ne court pas de la même façon que celui qui n’a pas encore vu le lion. Nous avons vécu la guerre, et nous n’avons plus droit à l’erreur. La date des élections n’est qu’une question de patience.
Quelque soit la date, l’essentiel est d’aller aux élections pour mettre définitivement fin à la guerre en Côte d’Ivoire. Avec l’Accord de Ouagadougou, la Côte d’Ivoire retrouve la paix. Certains hommes politiques parcourent déjà le pays pour faire leur campagne. Mais quel bonheur ! Quelle chance ! La date n’est qu’un détail. Comme vous ne vivez pas en Côte d’Ivoire, vous ne pouvez pas savoir ce qui s’y est passé. La date ne nous préoccupe pas. Nous savons qu’aller aux élections est un impératif. Mais si vous remarquez bien, pour aller aux élections, mêmes les pays qui ne sont pas en guerre ont toujours de petits problèmes à régler. Les élections prennent beaucoup de temps, parfois un an avant. Alors qu’en Côte d’Ivoire, vous avez des régions où les électeurs ont perdu tous les documents attestant même qu’ils sont Ivoiriens. Il faut reconstituer ces dossiers. Ce n’est pas un travail facile. Mais plus grave, et c’est ce qui demande le plus de patience, c’est que la guerre en Côte d’Ivoire n’a pas eu lieu entre deux armées. La guerre a eu lieu entre l’armée de Côte d’Ivoire et un groupe constitué de quelques déserteurs de l’armée qui se sont entourés de gens désoeuvrés qui aujourd’hui prennent des armes pour se faire de l’argent. Il faut aller doucement avec eux. L’Etat de Côte d’Ivoire a le devoir de donner de l’espoir à ses propres enfants qui se sont engagés innocemment sur le chemin de la guerre. Il faut être patient pour régler ce problème. La date n’est donc qu’un détail.

Votre prédécesseur avait la réputation d’être un homme de terrain qui ne rechignait pas à descendre partout où il était interpellé. Quelle sera votre marque?
Je dis d’emblée que je mets ma présence ici sous le sceau de la continuité. Mon prédécesseur, comme je l’ai souligné plus haut, a fait un travail remarquable. S’il a bien travaillé, je vais suivre son exemple, peut-être en apportant un plus. Bien entendu, chacun de nous a son caractère et sa manière d’aborder les sujets. Je resterai dans la ligne de mon prédécesseur, être toujours aux côtés de ceux qui nous reçoivent ici. Notre premier devoir c’est d’être prêt à accepter toutes les invitations et surtout faire connaître notre pays et mieux défendre ses intérêts. Ceci se fait là où l’on nous invite. Nous sommes prêts à accepter toutes les invitations allant dans ce sens.

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