Ces espaces créés par les étrangers sont un moyen efficace de se réaliser artistiquement.
Parfait Tabapsi –

Vendredi 26 septembre prochain, le Centre culturel François Villon (Ccfv) accueillera un spectacle de théâtre dénommé "La Fontaine fables ". Une œuvre mise en scène par Kouam Tawa de la Compagnie Feugham de Bafoussam. Un spectacle qui a bénéficié du réseau des Ccf et des alliances françaises du Cameroun aussi bien pour sa préparation que pour son exécution. Matérialisant l’apport de cette institution française sur le rayonnement de la culture camerounaise.
Car au Cameroun, ils sont nombreux les artistes qui tirent un bénéfice considérable de la présence de ces centres culturels étrangers pour l’organisation de leurs manifestations. S’il ne nous a pas été possible d’avoir les chiffres de cet apport, il n’est cependant pas déplacé de remarquer que la majorité des festivals culturels d’envergure internationale organisé par les compatriotes de Mongo Beti s’adossent très souvent sur le matelas bien moelleux de ces centres. On peut évoquer les cas de ‘Ecrans noirs’ de Basseck ba Kobhio ou des Retic d’Ambroise Mbia. Des activités qui n’occultent point les expositions, résidences, et autres cafés culturels qui y ont souvent lieu. A tel point que ces espaces sont devenus incontournables dans la culture camerounaise telle qu’elle se donne à voir dans les centres urbains.
Mais si le public a souvent l’impression de croire que seule la France accompagne les artistes, il y a que d’autres espaces de même nature, même si de calibre moindre, existent et s’essayent à la problématique de l’art au Cameroun. Il y a par exemple le British Council où, à côté des programmes d’apprentissage de la langue de Shakespeare, se développent des activités périphériques liées à la culture du pays d’accueil. Pour Andrew Nyenty du service de la communication, "les activités culturelles en leur sens premier sont réduites chez nous. Mais si l’on considère la culture au sens large, je peux dire que nos activités touchent des millions de Camerounais. Cela à travers divers programmes que nous avons mis sur pied et qui valorisent les talents de nos compatriotes ".
En le disant, il ne déroge pas aux missions dévolues à son employeur. En effet, le travail ici consiste à " tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les (deux peuples) et de mettre en valeur les idées novatrices ainsi que les réalisations du Royaume Uni".
C’est pourquoi l’accent ici est mis sur l’interactivité et la culture du leadership et du management. Avec des programmes qui permettent aux Camerounais, en lien avec les ressortissants des autres pays du Commonwealth, de prendre conscience en leurs capacités créatrices et d’entrer en connexion avec d’autres peuples. Car l’on soutient ferme ici que la culture ne se limite pas à la seule production, qu’elle a plusieurs ramifications (formation, diffusion, création, etc.)
Accompagnement
A l’Institut Goethe, les Allemands ne sont pas en reste. Eux qui disposent aussi d’une bibliothèque, d’une salle de projection de film pouvant abriter des résidences de création comme ce fut le cas il n’y a pas longtemps avec les jeunes réalisateurs et les écrivains en herbe. D’ailleurs, l’actualité là bas fait les yeux doux à la photographie dont une exposition itinérante d’images du Cameroun se déroule en ce moment même au Cameroun.
Mais le Ccf demeure de loin l’espace le plus sollicité et le plus varié. Avec sa superficie de 1000 mètres carrés, sa salle de spectacle, son cybercafé, son espace réservé à l’exposition et sa bibliothèque, l’offre est grande. A tel point que le centre s’est vu obligé il n’y a pas longtemps d’appuyer sur la pédale du frein. Yves Bourguignon, l’ancien directeur, disait d’ailleurs dans ces mêmes colonnes que "Nous essayons de renvoyer les artistes vers le ministère camerounais de la Culture qui a des moyens financiers nettement plus importants par rapport à ce que nous avons, nous, au Ccf. Notre budget diminue un peu plus chaque année. Nous sommes à des subventions constantes alors que nous devons faire face à des dépenses qui, elles, ne cessent d`augmenter".
Du coup, les artistes se sentent quelque peu mal à l’aise. Même si pour Majors Akoa, promoteur du festival "Yaoundé fou rire", "il faut reconnaître que le Ccf fait beaucoup pour les artistes. C’est à nous, Camerounais, de faire en sorte que notre culture rayonne. Personne d’autre ne le fera pour nous. Et avec la baisse des budgets du Ccf, il est à craindre que les bourses de formation et les appuis divers de ce dernier rapetissent et disparaissent à terme." Un avenir qu’il faut déjà commencer à en dessiner les contours et pour lequel M. Bourguignon disait déjà : "nous demandons (aux artistes) d`aller ailleurs présenter leurs spectacles. Ailleurs signifie hors du Ccf mais également hors du Cameroun. Il y a beaucoup d`opportunités qu`ils peuvent saisir. L`objectif est que les compagnies doivent tendre vers l`économie de leur projet. Il faut que les artistes comprennent qu`il est impératif, lorsqu`ils montent un projet, que ce dernier leur rapporte de l`argent. Ça ne peut pas être autrement."
Zoom
Et le Centre culturel camerounais alors ?
Depuis 1978, un ensemble national a été créé au Cameroun. Il est hébergé au Centre culturel camerounais (Ccc) et comprend trois démembrements : un orchestre, un ballet et le théâtre. Un ensemble qui dépend du ministère de la Culture et dont les missions, selon Francis Kingue qui en assure actuellement la coordination, se résument à "l’animation permanente de tout le pays autant que faire se peut". Ainsi, il doit mettre en exergue les cultures du terroir. Sauf que pendant de longues années, il a connu une descente aux enfers au point que certains ont pensé qu’il avait disparu. Ce que reconnaît M. Kingue qui ajoute cependant dans la foulée que "depuis deux ans que je suis là, l’ensemble fonctionne à peu près normalement. Ce que les gens doivent savoir c’est que nous avons une tutelle qui fixe notre agenda. Nous travaillons au quotidien à valoriser les créations artistiques du terroir, sans pour autant nous enfermer". D’ailleurs, le Ccc qui abrite l’ensemble est rentré en coopération avec la Chine qui a envoyé des émissaires au Cameroun. Aussi, il dispose d’une salle de spectacle qu’il met volontiers à la disposition des artistes qui le souhaitent dans le cadre de la matérialisation de leur projet.