Non classé

NJO LEA : LE REVE BRISE

Il était une fois, Eugène Njo Léa, un homme qui, rêvant d’une nouvelle vie au terme d’une carrière professionnelle étincelante, ayant imaginé et entrepris une œuvre de rupture fondatrice de notre football, pour en faire une soupape sociale et une activité à haute intensité de main-d’œuvre génératrice de revenus, s’engagea ingénument dans un dédale de traquenards, de combines et de quolibets dont il ne put, ensuite, s’extraire. –

 Voulant introduire la transparence là où la corruption, massive et systématique, se pratiquait à ciel ouvert, il enragea de voir, soudain, tous les indicateurs au rouge. On ne lui a pas volé sa retraite ; on lui a assassiné son rêve.

Issu, en 1929, de l’Ecole supérieure de Yaoundé qui formait, en ce temps, l’élite locale auxiliarisée par l’administration coloniale, son père reçut pour premier poste d’affectation Batouri. C’est là, dans cette ville construite par les Allemands et qui faisait encore figure de capitale régionale pour l’Est Cameroun, que naquit, deux années plus tard, l’aîné de ses garçons. Celui-ci entreprendra ses études primaires dans sa ville natale, puis, Garoua où une nouvelle affectation conduira son père. Revenu à Douala, suite au décès prématuré de ce dernier, Eugène Njo Léa obtient le Certificat d’études primaires élémentaires à l’Ecole régionale d’Akwa, y fait le cours de sélection (classe de sixième) et, ensuite, fait partie de la première promotion du collège de Nkongsamba où explosent ses talents de footballeur. Déjà, il enthousiasme le stade d’Akwa. Epoustouflant avant-centre de l’équipe du Vent des Sports encore appelée Vent Lalanne, du nom du Français, grand amateur et grand mécène du football résidant Douala, il opère aux côtés de Likabo Louis Pergaud, collégien, comme lui, à Nkongsamba – un merveilleux dribbleur pour lequel le football n’est qu’un jeu et qui, plus tard, s’attirera les foudres de son entraîneur à Limoges qui a une conception radicalement différente – et d’un certain Edimo Nganga, un ailier racé, puissant et déterminé qui fera, peu après, les beaux jours de Sochaux, en division d’élite du championnat de France. Admis au brevet élémentaire en 1951, Eugène Njo Léa part pour la France, titulaire d’une bourse d’étude. Elève au lycée Claude Fauriel à Saint – Etienne, il est, tout d’abord, boudé par le club de la ville. Roche-La-Molière, petite bourgade du voisinage, lui offre l’occasion d’exprimer son talent et c’est la sensation. La marche vers l’apothéose commence, lui ouvrant toutes grandes les portes de l’Association sportive de Saint-Etienne (Asse). Les Verts ne lui permettent pas seulement de troquer son statut d’amateur marron – c’est-à-dire rétribué, mais ne tirant pas l’essentiel de ses revenus de son activité de footballeur – contre celui de joueur professionnel, ils lui déroulent le tapis rouge de la renommée.

Constituant, avec le Hollandais Kees Rijvers et l’Algérien Rachid Mékloufi le trio magique de l’attaque stéphanoise du milieu des années 50 qui affolait les défenses les plus rôdées et même les plus rugueuses, Eugène Njo Léa, véritable feu-follet, était un avant-centre prompt comme l’éclair, incisif, percutant, infatigable, susceptible, à tout moment, de perforer les rideaux défensifs les plus hermétiques. Champion de France en 1957 avec L’AS Saint-Étienne qui accédait, pour la première fois, à cette haute performance, Eugène Njo Léa sera, également, en septembre de la même année, à la pointe de l’attaque des Verts lors de la première confrontation, en coupe des clubs champions, avec les fameux Glasgows Rangers. En cinq saisons, il portera 135 fois la tunique verte du club stéphanois, inscrivant 70 buts à son compteur personnel, après avoir été le second meilleur buteur de la saison 1956/1957, derrière l’excellent Just Fontaine. Pareil palmarès ne pouvait que lui servir de sésame pour les clubs les plus huppés, tandis que son éclosion attise toutes les convoitises. Las de faire la navette entre Saint-Étienne et Lyon durant son cycle de licence, il quitta les Verts pour l’Olympique Lyonnais (OL) et, plus tard, dans la perspective de sa formation de troisième cycle et à l’Institut des hautes études d’Outre-Mer, l’OL pour le prestigieux maillot blanc rayé de bleu de Racing club de Paris (actuel Paris Saint-Germain). Il participe aux fameux tournois de Paris où le très fameux Santos FC de Pelé se produit, tous les ans, en exhibition face aux meilleures formations européennes ; donnant la réplique aux meilleurs joueurs du moment : Pelé, Di Stéphano, Gento, Continho, Pépé …. Mais, déjà, le destin le sollicitait ailleurs.

La parenthèse diplomatique sera de courte durée. Diplômé de l’Iheom, Eugène Njo Léa compte, notamment, parmi ses promotionnaires, le président Paul Biya, l’ex-président Abdou Diouf, Diallo Telli, le premier secrétaire général de l’OUA. D’abord stagiaire à la représentation diplomatique du Cameroun auprès de l’Organisation des Nations unies, il est, auréolé de sa réputation d’artiste du ballon rond, tour à tour, chargé de la création de l’ambassade du Cameroun à Londres (dont le premier titulaire fut l’ambassadeur Epié), puis à Madrid (dont le premier titulaire fut l’ambassadeur Magloire Nguiamba). Exilé par Sekou Touré aux fonctions internationales afin de lui permettre d’avoir les coudées franches à l’intérieur, Diallo Telli, son ami, le sollicite pour l’aider à la mise en place des structures de l’Oua. Tous deux s’épuisent, en vain, à une entreprise qui relevait, en réalité, des travaux d’Hercule. Diallo Telli s’en retourna en Guinée briser son rêve sur les récifs de l’Afrique qui, vaille que vaille, veut se persuader que tout va bien. Eugène Njo Léa ne savait pas qu’un destin analogue l’attendait. Le premier expira dans les affres des geôles de Sékou Touré ; le second dans ceux du dénuement et de l’indifférence.

n Le rêve brisé d’Eugène Njo Léa, qui fut, grâce au football, un étudiant opulent, roulant en voiture décapotable, vivant en somptueux appartement, fut de permettre à d’autres de vivre ce qu’il a vécu et même davantage encore ! Pour cela, assurer la promotion du football comme secteur de développement. Permettre la réalisation des potentialités africaines, en général, camerounaises, en particulier, dans ce domaine par l’avènement du professionnalisme. Artisan, avec Just Fontaine et Me Jacques Bertrand, de l’Union nationale des footballeurs professionnels, le syndicat des footballeurs français, Eugène Njo Léa affichait son ambition dès le 16 novembre 1961, lors de la création de la première organisation professionnelle chargée de la défense des intérêts matériels des footballeurs professionnels français : ’’Pour nous autres, Africains, martelait-il, le football n’est pas un objet de contemplation, mais un instrument de combat contre le sous-développement et pour l’affirmation de notre personnalité.’’ C’est dans cette logique qu’arrivant en 1987 à Yaoundé, avec une armada de 40 journalistes, de représentants d’équipes, partenaires techniques (Lens, Nancy, Laval, Reims), de représentants de la Société de banque suisse, partenaire financier, de sponsors et des équipementiers, il ne sollicitait, pour la mise en œuvre de son projet de football semi-professionnel, que la caution des autorités camerounaises et l’aval de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Le projet consistait en la mise à la disposition du Cameroun de moyens financements devant permettre la création d’infrastructures viables, la formation et le recyclage des formateurs, la formation des footballeurs, depuis le stade des poussins jusqu’à celui des seniors. Etait également compris, un volet de construction par l’autorité publique, via ses démembrements communaux, des infrastructures adéquates appelées, après amortissement, à devenir la propriété des clubs. Le tout conduisant à l’organisation d’un championnat compétitif, mais assorti de conditions de transparence, notamment de l’obligation d’une gestion financière saine avec des contrôles efficaces aussi bien au niveau de la Ligue que des clubs engagés dans le processus de football semi-professionnel, de celle aussi d’un contrôle efficace de la billetterie, depuis l’émission jusqu’à la vente en passant par la distribution. Le projet bousculant les arcanes mentaux généralement admis, visant à mettre un terme à l’hémorragie organisée du football camerounais a été vite ravalé au statut d’épiphénomène. Il capota malgré sa pertinence et les appuis politiques, diplomatiques, économiques et financiers de haut niveau qui le portaient. Comment, dès lors, s’étonner de l’absence de formatage du football au pays de Roger Milla ? Comment s’étonner des infrastructures dérisoires au pays de Samuel Eto’o ? Comment s’étonner de l’indigence du championnat national dont on ignore jusqu’au moral des principaux acteurs ? Comment une réforme limpide peut-elle se perdre ainsi dans la cacophonie ? Si le rêve brisé de Njo Léa hante encore dans ce pays des femmes et des hommes de bonne volonté, c’est aussi avec l’amertume de savoir que quelque part, nonobstant les injonctions que l’on sait, on s’est entêté, avec les dégâts que l’on voit, à refuser à César ce qui appartenait à César.

Sam Ekoka Ewande
Publié le 31-10-2006
La Nouvelle Expression

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Positions : Le griot, le Prince et la chanson

Les critiques défavorables ou louangeuses des artistes ont marqué la vie politique camerounaise.
Jean Baptiste Ketchateng


Octobre 1992. Le Cameroun est en ébullition, car le pays va connaître sa première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance en 1960. Paul Biya, qui vient de sauver sa majorité parlementaire en ralliant à sa cause une partie de l’opposition, fait face à l’aile réputée dure de la contestation politique. John Fru Ndi, président du Sdf et porte-étendard de la coalition baptisée Union pour le changement, représente le challenger annoncé par la presse proche de l’opposition pour battre le président sortant. A la télévision, le " Chairman " du Sdf et ses supporters se font accompagner par la chanson " Liberté " d’Anne Marie Nzié. A peine les premières notes de cette campagne en chanson ont-elles été jouées que l’artiste est interviewée par la télévision nationale et déclare qu’elle n’a pas " chanté cette chanson pour le Sdf, mais pour le Rdpc ".

Liberté était pourtant devenue une sorte de chant de ralliement des opposants au système. Sur le parvis de la salle des fêtes d’Akwa, ou dans les marches conduites par Samuel Eboua, patron de la Coordination des partis de l’opposition, cet air grisant de changement était repris en choeur par des milliers de Camerounais aspirant à la… liberté. Pourtant, Anne Marie Nzié se refusera à voir dans cette chanson un hymne pour la " révolution " qui grondait de partout. Ce, malgré le texte de la chanson qui aurait pu servir effectivement à remercier le " Dieu tout-puissant " de la liberté que l’on allait retrouver. Cet épisode connu de l’itinéraire d’un morceau intéressé à la vie de la cité cache des textes forts en thème qui ont connu des destinées différentes, le plus souvent en relation avec leur degré d’impertinence.

Idiba
Jean Bikoko Aladin, auteur d’une chanson écrite à la fin des années 1960 et reprise en 1986, avait ainsi dû se tasser devant les interrogations de la police politique. " Les phrases: Hi ki djam li gwé ngen, yag ba haoussa ba gwé ngen, explique un fan du chanteur d’assiko, s’adressaient à Ahidjo. Il lui disait à mots voilés qu’il partira un jour du pouvoir. Que chaque chose dure un temps." Sous-entendu, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, était un dirigeant illégitime et inefficace aux yeux de Bikoko. Qui n’hésita d’ailleurs pas à rééditer la prophétie avec Paul Biya dans sa reprise. " Il ne faut donc pas confondre la citation du groupe régional avec la personne au pouvoir qui est finalement désignée ", soutient notre fan.
Pour Henriette Ekwe, militante de l’Upc, l’histoire du Cameroun a souvent été marquée par des chansons de ce type du fait de l’autoritarisme des régimes Ahidjo et Biya qui poussait des adversaires du système à contester comme elle : dans la clandestinité. Usant de chemins détournés, explique-t-elle, Francis Bebey a ainsi critiqué le système en place à travers sa chanson " Idiba ". " Il disait que le ciel est calme mais que celui qui a la direction des affaires n’est pas à la hauteur ", soutient Mme Ekwe. Classé dans le rayon des grands succès de la musique camerounaise, " Idiba " a été reprise par plusieurs artistes dont Manu Dibango.

Egalement célèbres, les chansons de Lapiro de Mbanga, " héritier " de Jean Bikoko et Francis Bebey, se firent plus directement critiques à l’égard du pouvoir. " Kop Nye ", " Surface de réparation " des albums de l’enfant-chéri puis vomi de la contestation politique des années 1990 précèdera " Mimba wi "et les autres succès de Ndinga Man. " Il était cohérent, quand il disait que Jacques Chirac for Ngola en parlant de Basile Emah, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, n’avait pas raison de pourchasser les vendeurs à la sauvette qui ne demandaient qu’à travailler normalement eux aussi. En 1989, Mimba wi s’adressait bien à Biya le big katika qui semblait simplement ne pas connaître les souffrances du peuple. " Jacques Simo, courtier en assurances parle ainsi avec emphase des belles heures de Lapiro, dont il ne " ratait jamais un album, une parole ou un concert ". Le populaire chanteur après avoir dressé un tableau critique du Cameroun, sans vitrioler clairement le promoteur du Renouveau, ne fait plus foule.

" Je ne le classerai pas parmi les griots du système, mais tout le monde peut constater qu’il continue à parler durement de ceux qui nous gouvernent alors que ceux-ci nous ont fait voir qu’il avait retourné sa veste ". Les hommes de pouvoir à Yaoundé et les stratèges qui ont pensé le sauvetage du Renouveau avaient tout au moins réussi à faire dire à ce chanteur qui, sans appareil politique, s’était hissé par la seule force de ses chansons dans l’équipe de direction de la Coordination de l’opposition, que les villes-mortes n’étaient plus la solution. Un effort que Paul Biya comme son prédécesseur n’ont pas dû réaliser pour d’autres comme Jojo Ngalle, André Marie Tala, Georges Seba ou Archangelo.

Bikutsi
Le premier est resté célèbre pour son Makossa à la gloire du promoteur de la " Rigueur et de la Moralisation ", tandis que le deuxième n’entend plus à la radio nationale son admiration pour les " Douze ans de progrès " d’Ahmadou Ahidjo à la tête de l’Etat. " Va de l’avant Paul Biya ", demeure un air fort connu sur les ondes de la Crtv, après la disparition de l’accordéoniste de Moneko’o. Tout comme la chanson du défunt Samuel Eno Belinga, concoctée aux premières heures du " Renouveau donné aux Camerounaises et aux Camerounais ", trône toujours en générique de fin des journaux d’information de la radio de service public.

Onguené Essono, dans une étude publiée par Politique Africaine en décembre 1996 et intitulée Démocratie en chansons: les bikut-si du Cameroun, relève que les chansons de ce rythme, en relation avec la gestion de la cité, ont deux fonctions : laudative et cathartique. " Les présidents Ahidjo et Biya ont eu droit aux Bikut-si célébrant leur action et leurs missions. Biya est même l’élu et l’envoyé de Dieu, qui mérite respect et vénération. "Papa Paul, assume ta tâche, c’est Dieu lui-même qui te l’a confiée. " " A travers la chanson politique, se révèle le fidèle engagement et l’indéfectible attachement au père de la Nation, membre du clan. ", écrit le chercheur.

Pourtant, relève-t-il, le bikutsi " refuse [aussi] l’idolâtrie et la torture. Comme code de la société, la chanson libère les refoulements et vide les rancœurs… On interpelle le pouvoir pour dénoncer vivement et nommément les tares sociales et leurs auteurs. Dans une mélodie funèbre et lugubre, les femmes de Nkol-Afeme se désolent et explosent: " Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? " Un peu comme Sala Bekono, qui crie dans " Bese ba yem " vers " Mot Nnam ", le chef Biya en disant " Bia bo ya ? ". Une interrogation reprise par une génération de nouveaux chanteurs tels que Longue Longue, Junior Sengard, Krotal et Koppo qui se dit fatigué de ce Cameroun dont il veut seulement " go ". Comme si les chansons depuis lors n’avaient pas changé le prince.

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Positions : Le griot, le Prince et la chanson

Les critiques défavorables ou louangeuses des artistes ont marqué la vie politique camerounaise.
Jean Baptiste Ketchateng


Octobre 1992. Le Cameroun est en ébullition, car le pays va connaître sa première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance en 1960. Paul Biya, qui vient de sauver sa majorité parlementaire en ralliant à sa cause une partie de l’opposition, fait face à l’aile réputée dure de la contestation politique. John Fru Ndi, président du Sdf et porte-étendard de la coalition baptisée Union pour le changement, représente le challenger annoncé par la presse proche de l’opposition pour battre le président sortant. A la télévision, le " Chairman " du Sdf et ses supporters se font accompagner par la chanson " Liberté " d’Anne Marie Nzié. A peine les premières notes de cette campagne en chanson ont-elles été jouées que l’artiste est interviewée par la télévision nationale et déclare qu’elle n’a pas " chanté cette chanson pour le Sdf, mais pour le Rdpc ".

Liberté était pourtant devenue une sorte de chant de ralliement des opposants au système. Sur le parvis de la salle des fêtes d’Akwa, ou dans les marches conduites par Samuel Eboua, patron de la Coordination des partis de l’opposition, cet air grisant de changement était repris en choeur par des milliers de Camerounais aspirant à la… liberté. Pourtant, Anne Marie Nzié se refusera à voir dans cette chanson un hymne pour la " révolution " qui grondait de partout. Ce, malgré le texte de la chanson qui aurait pu servir effectivement à remercier le " Dieu tout-puissant " de la liberté que l’on allait retrouver. Cet épisode connu de l’itinéraire d’un morceau intéressé à la vie de la cité cache des textes forts en thème qui ont connu des destinées différentes, le plus souvent en relation avec leur degré d’impertinence.

Idiba
Jean Bikoko Aladin, auteur d’une chanson écrite à la fin des années 1960 et reprise en 1986, avait ainsi dû se tasser devant les interrogations de la police politique. " Les phrases: Hi ki djam li gwé ngen, yag ba haoussa ba gwé ngen, explique un fan du chanteur d’assiko, s’adressaient à Ahidjo. Il lui disait à mots voilés qu’il partira un jour du pouvoir. Que chaque chose dure un temps." Sous-entendu, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, était un dirigeant illégitime et inefficace aux yeux de Bikoko. Qui n’hésita d’ailleurs pas à rééditer la prophétie avec Paul Biya dans sa reprise. " Il ne faut donc pas confondre la citation du groupe régional avec la personne au pouvoir qui est finalement désignée ", soutient notre fan.
Pour Henriette Ekwe, militante de l’Upc, l’histoire du Cameroun a souvent été marquée par des chansons de ce type du fait de l’autoritarisme des régimes Ahidjo et Biya qui poussait des adversaires du système à contester comme elle : dans la clandestinité. Usant de chemins détournés, explique-t-elle, Francis Bebey a ainsi critiqué le système en place à travers sa chanson " Idiba ". " Il disait que le ciel est calme mais que celui qui a la direction des affaires n’est pas à la hauteur ", soutient Mme Ekwe. Classé dans le rayon des grands succès de la musique camerounaise, " Idiba " a été reprise par plusieurs artistes dont Manu Dibango.

Egalement célèbres, les chansons de Lapiro de Mbanga, " héritier " de Jean Bikoko et Francis Bebey, se firent plus directement critiques à l’égard du pouvoir. " Kop Nye ", " Surface de réparation " des albums de l’enfant-chéri puis vomi de la contestation politique des années 1990 précèdera " Mimba wi "et les autres succès de Ndinga Man. " Il était cohérent, quand il disait que Jacques Chirac for Ngola en parlant de Basile Emah, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, n’avait pas raison de pourchasser les vendeurs à la sauvette qui ne demandaient qu’à travailler normalement eux aussi. En 1989, Mimba wi s’adressait bien à Biya le big katika qui semblait simplement ne pas connaître les souffrances du peuple. " Jacques Simo, courtier en assurances parle ainsi avec emphase des belles heures de Lapiro, dont il ne " ratait jamais un album, une parole ou un concert ". Le populaire chanteur après avoir dressé un tableau critique du Cameroun, sans vitrioler clairement le promoteur du Renouveau, ne fait plus foule.

" Je ne le classerai pas parmi les griots du système, mais tout le monde peut constater qu’il continue à parler durement de ceux qui nous gouvernent alors que ceux-ci nous ont fait voir qu’il avait retourné sa veste ". Les hommes de pouvoir à Yaoundé et les stratèges qui ont pensé le sauvetage du Renouveau avaient tout au moins réussi à faire dire à ce chanteur qui, sans appareil politique, s’était hissé par la seule force de ses chansons dans l’équipe de direction de la Coordination de l’opposition, que les villes-mortes n’étaient plus la solution. Un effort que Paul Biya comme son prédécesseur n’ont pas dû réaliser pour d’autres comme Jojo Ngalle, André Marie Tala, Georges Seba ou Archangelo.

Bikutsi
Le premier est resté célèbre pour son Makossa à la gloire du promoteur de la " Rigueur et de la Moralisation ", tandis que le deuxième n’entend plus à la radio nationale son admiration pour les " Douze ans de progrès " d’Ahmadou Ahidjo à la tête de l’Etat. " Va de l’avant Paul Biya ", demeure un air fort connu sur les ondes de la Crtv, après la disparition de l’accordéoniste de Moneko’o. Tout comme la chanson du défunt Samuel Eno Belinga, concoctée aux premières heures du " Renouveau donné aux Camerounaises et aux Camerounais ", trône toujours en générique de fin des journaux d’information de la radio de service public.

Onguené Essono, dans une étude publiée par Politique Africaine en décembre 1996 et intitulée Démocratie en chansons: les bikut-si du Cameroun, relève que les chansons de ce rythme, en relation avec la gestion de la cité, ont deux fonctions : laudative et cathartique. " Les présidents Ahidjo et Biya ont eu droit aux Bikut-si célébrant leur action et leurs missions. Biya est même l’élu et l’envoyé de Dieu, qui mérite respect et vénération. "Papa Paul, assume ta tâche, c’est Dieu lui-même qui te l’a confiée. " " A travers la chanson politique, se révèle le fidèle engagement et l’indéfectible attachement au père de la Nation, membre du clan. ", écrit le chercheur.

Pourtant, relève-t-il, le bikutsi " refuse [aussi] l’idolâtrie et la torture. Comme code de la société, la chanson libère les refoulements et vide les rancœurs… On interpelle le pouvoir pour dénoncer vivement et nommément les tares sociales et leurs auteurs. Dans une mélodie funèbre et lugubre, les femmes de Nkol-Afeme se désolent et explosent: " Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? " Un peu comme Sala Bekono, qui crie dans " Bese ba yem " vers " Mot Nnam ", le chef Biya en disant " Bia bo ya ? ". Une interrogation reprise par une génération de nouveaux chanteurs tels que Longue Longue, Junior Sengard, Krotal et Koppo qui se dit fatigué de ce Cameroun dont il veut seulement " go ". Comme si les chansons depuis lors n’avaient pas changé le prince.

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Positions : Le griot, le Prince et la chanson

Les critiques défavorables ou louangeuses des artistes ont marqué la vie politique camerounaise.
Jean Baptiste Ketchateng


Octobre 1992. Le Cameroun est en ébullition, car le pays va connaître sa première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance en 1960. Paul Biya, qui vient de sauver sa majorité parlementaire en ralliant à sa cause une partie de l’opposition, fait face à l’aile réputée dure de la contestation politique. John Fru Ndi, président du Sdf et porte-étendard de la coalition baptisée Union pour le changement, représente le challenger annoncé par la presse proche de l’opposition pour battre le président sortant. A la télévision, le " Chairman " du Sdf et ses supporters se font accompagner par la chanson " Liberté " d’Anne Marie Nzié. A peine les premières notes de cette campagne en chanson ont-elles été jouées que l’artiste est interviewée par la télévision nationale et déclare qu’elle n’a pas " chanté cette chanson pour le Sdf, mais pour le Rdpc ".

Liberté était pourtant devenue une sorte de chant de ralliement des opposants au système. Sur le parvis de la salle des fêtes d’Akwa, ou dans les marches conduites par Samuel Eboua, patron de la Coordination des partis de l’opposition, cet air grisant de changement était repris en choeur par des milliers de Camerounais aspirant à la… liberté. Pourtant, Anne Marie Nzié se refusera à voir dans cette chanson un hymne pour la " révolution " qui grondait de partout. Ce, malgré le texte de la chanson qui aurait pu servir effectivement à remercier le " Dieu tout-puissant " de la liberté que l’on allait retrouver. Cet épisode connu de l’itinéraire d’un morceau intéressé à la vie de la cité cache des textes forts en thème qui ont connu des destinées différentes, le plus souvent en relation avec leur degré d’impertinence.

Idiba
Jean Bikoko Aladin, auteur d’une chanson écrite à la fin des années 1960 et reprise en 1986, avait ainsi dû se tasser devant les interrogations de la police politique. " Les phrases: Hi ki djam li gwé ngen, yag ba haoussa ba gwé ngen, explique un fan du chanteur d’assiko, s’adressaient à Ahidjo. Il lui disait à mots voilés qu’il partira un jour du pouvoir. Que chaque chose dure un temps." Sous-entendu, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, était un dirigeant illégitime et inefficace aux yeux de Bikoko. Qui n’hésita d’ailleurs pas à rééditer la prophétie avec Paul Biya dans sa reprise. " Il ne faut donc pas confondre la citation du groupe régional avec la personne au pouvoir qui est finalement désignée ", soutient notre fan.
Pour Henriette Ekwe, militante de l’Upc, l’histoire du Cameroun a souvent été marquée par des chansons de ce type du fait de l’autoritarisme des régimes Ahidjo et Biya qui poussait des adversaires du système à contester comme elle : dans la clandestinité. Usant de chemins détournés, explique-t-elle, Francis Bebey a ainsi critiqué le système en place à travers sa chanson " Idiba ". " Il disait que le ciel est calme mais que celui qui a la direction des affaires n’est pas à la hauteur ", soutient Mme Ekwe. Classé dans le rayon des grands succès de la musique camerounaise, " Idiba " a été reprise par plusieurs artistes dont Manu Dibango.

Egalement célèbres, les chansons de Lapiro de Mbanga, " héritier " de Jean Bikoko et Francis Bebey, se firent plus directement critiques à l’égard du pouvoir. " Kop Nye ", " Surface de réparation " des albums de l’enfant-chéri puis vomi de la contestation politique des années 1990 précèdera " Mimba wi "et les autres succès de Ndinga Man. " Il était cohérent, quand il disait que Jacques Chirac for Ngola en parlant de Basile Emah, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, n’avait pas raison de pourchasser les vendeurs à la sauvette qui ne demandaient qu’à travailler normalement eux aussi. En 1989, Mimba wi s’adressait bien à Biya le big katika qui semblait simplement ne pas connaître les souffrances du peuple. " Jacques Simo, courtier en assurances parle ainsi avec emphase des belles heures de Lapiro, dont il ne " ratait jamais un album, une parole ou un concert ". Le populaire chanteur après avoir dressé un tableau critique du Cameroun, sans vitrioler clairement le promoteur du Renouveau, ne fait plus foule.

" Je ne le classerai pas parmi les griots du système, mais tout le monde peut constater qu’il continue à parler durement de ceux qui nous gouvernent alors que ceux-ci nous ont fait voir qu’il avait retourné sa veste ". Les hommes de pouvoir à Yaoundé et les stratèges qui ont pensé le sauvetage du Renouveau avaient tout au moins réussi à faire dire à ce chanteur qui, sans appareil politique, s’était hissé par la seule force de ses chansons dans l’équipe de direction de la Coordination de l’opposition, que les villes-mortes n’étaient plus la solution. Un effort que Paul Biya comme son prédécesseur n’ont pas dû réaliser pour d’autres comme Jojo Ngalle, André Marie Tala, Georges Seba ou Archangelo.

Bikutsi
Le premier est resté célèbre pour son Makossa à la gloire du promoteur de la " Rigueur et de la Moralisation ", tandis que le deuxième n’entend plus à la radio nationale son admiration pour les " Douze ans de progrès " d’Ahmadou Ahidjo à la tête de l’Etat. " Va de l’avant Paul Biya ", demeure un air fort connu sur les ondes de la Crtv, après la disparition de l’accordéoniste de Moneko’o. Tout comme la chanson du défunt Samuel Eno Belinga, concoctée aux premières heures du " Renouveau donné aux Camerounaises et aux Camerounais ", trône toujours en générique de fin des journaux d’information de la radio de service public.

Onguené Essono, dans une étude publiée par Politique Africaine en décembre 1996 et intitulée Démocratie en chansons: les bikut-si du Cameroun, relève que les chansons de ce rythme, en relation avec la gestion de la cité, ont deux fonctions : laudative et cathartique. " Les présidents Ahidjo et Biya ont eu droit aux Bikut-si célébrant leur action et leurs missions. Biya est même l’élu et l’envoyé de Dieu, qui mérite respect et vénération. "Papa Paul, assume ta tâche, c’est Dieu lui-même qui te l’a confiée. " " A travers la chanson politique, se révèle le fidèle engagement et l’indéfectible attachement au père de la Nation, membre du clan. ", écrit le chercheur.

Pourtant, relève-t-il, le bikutsi " refuse [aussi] l’idolâtrie et la torture. Comme code de la société, la chanson libère les refoulements et vide les rancœurs… On interpelle le pouvoir pour dénoncer vivement et nommément les tares sociales et leurs auteurs. Dans une mélodie funèbre et lugubre, les femmes de Nkol-Afeme se désolent et explosent: " Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? " Un peu comme Sala Bekono, qui crie dans " Bese ba yem " vers " Mot Nnam ", le chef Biya en disant " Bia bo ya ? ". Une interrogation reprise par une génération de nouveaux chanteurs tels que Longue Longue, Junior Sengard, Krotal et Koppo qui se dit fatigué de ce Cameroun dont il veut seulement " go ". Comme si les chansons depuis lors n’avaient pas changé le prince.

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Positions : Le griot, le Prince et la chanson

Les critiques défavorables ou louangeuses des artistes ont marqué la vie politique camerounaise.
Jean Baptiste Ketchateng


Octobre 1992. Le Cameroun est en ébullition, car le pays va connaître sa première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance en 1960. Paul Biya, qui vient de sauver sa majorité parlementaire en ralliant à sa cause une partie de l’opposition, fait face à l’aile réputée dure de la contestation politique. John Fru Ndi, président du Sdf et porte-étendard de la coalition baptisée Union pour le changement, représente le challenger annoncé par la presse proche de l’opposition pour battre le président sortant. A la télévision, le " Chairman " du Sdf et ses supporters se font accompagner par la chanson " Liberté " d’Anne Marie Nzié. A peine les premières notes de cette campagne en chanson ont-elles été jouées que l’artiste est interviewée par la télévision nationale et déclare qu’elle n’a pas " chanté cette chanson pour le Sdf, mais pour le Rdpc ".

Liberté était pourtant devenue une sorte de chant de ralliement des opposants au système. Sur le parvis de la salle des fêtes d’Akwa, ou dans les marches conduites par Samuel Eboua, patron de la Coordination des partis de l’opposition, cet air grisant de changement était repris en choeur par des milliers de Camerounais aspirant à la… liberté. Pourtant, Anne Marie Nzié se refusera à voir dans cette chanson un hymne pour la " révolution " qui grondait de partout. Ce, malgré le texte de la chanson qui aurait pu servir effectivement à remercier le " Dieu tout-puissant " de la liberté que l’on allait retrouver. Cet épisode connu de l’itinéraire d’un morceau intéressé à la vie de la cité cache des textes forts en thème qui ont connu des destinées différentes, le plus souvent en relation avec leur degré d’impertinence.

Idiba
Jean Bikoko Aladin, auteur d’une chanson écrite à la fin des années 1960 et reprise en 1986, avait ainsi dû se tasser devant les interrogations de la police politique. " Les phrases: Hi ki djam li gwé ngen, yag ba haoussa ba gwé ngen, explique un fan du chanteur d’assiko, s’adressaient à Ahidjo. Il lui disait à mots voilés qu’il partira un jour du pouvoir. Que chaque chose dure un temps." Sous-entendu, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, était un dirigeant illégitime et inefficace aux yeux de Bikoko. Qui n’hésita d’ailleurs pas à rééditer la prophétie avec Paul Biya dans sa reprise. " Il ne faut donc pas confondre la citation du groupe régional avec la personne au pouvoir qui est finalement désignée ", soutient notre fan.
Pour Henriette Ekwe, militante de l’Upc, l’histoire du Cameroun a souvent été marquée par des chansons de ce type du fait de l’autoritarisme des régimes Ahidjo et Biya qui poussait des adversaires du système à contester comme elle : dans la clandestinité. Usant de chemins détournés, explique-t-elle, Francis Bebey a ainsi critiqué le système en place à travers sa chanson " Idiba ". " Il disait que le ciel est calme mais que celui qui a la direction des affaires n’est pas à la hauteur ", soutient Mme Ekwe. Classé dans le rayon des grands succès de la musique camerounaise, " Idiba " a été reprise par plusieurs artistes dont Manu Dibango.

Egalement célèbres, les chansons de Lapiro de Mbanga, " héritier " de Jean Bikoko et Francis Bebey, se firent plus directement critiques à l’égard du pouvoir. " Kop Nye ", " Surface de réparation " des albums de l’enfant-chéri puis vomi de la contestation politique des années 1990 précèdera " Mimba wi "et les autres succès de Ndinga Man. " Il était cohérent, quand il disait que Jacques Chirac for Ngola en parlant de Basile Emah, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, n’avait pas raison de pourchasser les vendeurs à la sauvette qui ne demandaient qu’à travailler normalement eux aussi. En 1989, Mimba wi s’adressait bien à Biya le big katika qui semblait simplement ne pas connaître les souffrances du peuple. " Jacques Simo, courtier en assurances parle ainsi avec emphase des belles heures de Lapiro, dont il ne " ratait jamais un album, une parole ou un concert ". Le populaire chanteur après avoir dressé un tableau critique du Cameroun, sans vitrioler clairement le promoteur du Renouveau, ne fait plus foule.

" Je ne le classerai pas parmi les griots du système, mais tout le monde peut constater qu’il continue à parler durement de ceux qui nous gouvernent alors que ceux-ci nous ont fait voir qu’il avait retourné sa veste ". Les hommes de pouvoir à Yaoundé et les stratèges qui ont pensé le sauvetage du Renouveau avaient tout au moins réussi à faire dire à ce chanteur qui, sans appareil politique, s’était hissé par la seule force de ses chansons dans l’équipe de direction de la Coordination de l’opposition, que les villes-mortes n’étaient plus la solution. Un effort que Paul Biya comme son prédécesseur n’ont pas dû réaliser pour d’autres comme Jojo Ngalle, André Marie Tala, Georges Seba ou Archangelo.

Bikutsi
Le premier est resté célèbre pour son Makossa à la gloire du promoteur de la " Rigueur et de la Moralisation ", tandis que le deuxième n’entend plus à la radio nationale son admiration pour les " Douze ans de progrès " d’Ahmadou Ahidjo à la tête de l’Etat. " Va de l’avant Paul Biya ", demeure un air fort connu sur les ondes de la Crtv, après la disparition de l’accordéoniste de Moneko’o. Tout comme la chanson du défunt Samuel Eno Belinga, concoctée aux premières heures du " Renouveau donné aux Camerounaises et aux Camerounais ", trône toujours en générique de fin des journaux d’information de la radio de service public.

Onguené Essono, dans une étude publiée par Politique Africaine en décembre 1996 et intitulée Démocratie en chansons: les bikut-si du Cameroun, relève que les chansons de ce rythme, en relation avec la gestion de la cité, ont deux fonctions : laudative et cathartique. " Les présidents Ahidjo et Biya ont eu droit aux Bikut-si célébrant leur action et leurs missions. Biya est même l’élu et l’envoyé de Dieu, qui mérite respect et vénération. "Papa Paul, assume ta tâche, c’est Dieu lui-même qui te l’a confiée. " " A travers la chanson politique, se révèle le fidèle engagement et l’indéfectible attachement au père de la Nation, membre du clan. ", écrit le chercheur.

Pourtant, relève-t-il, le bikutsi " refuse [aussi] l’idolâtrie et la torture. Comme code de la société, la chanson libère les refoulements et vide les rancœurs… On interpelle le pouvoir pour dénoncer vivement et nommément les tares sociales et leurs auteurs. Dans une mélodie funèbre et lugubre, les femmes de Nkol-Afeme se désolent et explosent: " Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? " Un peu comme Sala Bekono, qui crie dans " Bese ba yem " vers " Mot Nnam ", le chef Biya en disant " Bia bo ya ? ". Une interrogation reprise par une génération de nouveaux chanteurs tels que Longue Longue, Junior Sengard, Krotal et Koppo qui se dit fatigué de ce Cameroun dont il veut seulement " go ". Comme si les chansons depuis lors n’avaient pas changé le prince.

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

close

Log In

Forgot password?

Forgot password?

Enter your account data and we will send you a link to reset your password.

Your password reset link appears to be invalid or expired.

Log in

Privacy Policy

Add to Collection

No Collections

Here you'll find all collections you've created before.