Une chose est sûre. On les connaît peu à Yaoundé. Et ils connaissent peu de monde à Yaoundé. Mais cet anonymat n’a pas déteint la qualité du spectacle que le duo Bum et Cello a offert au Centre culturel français de Yaoundé mardi dernier. –
Peu courue, sinon par les inconditionnels de la musique “ jazz et impro ”, la soirée prévue pour vingt heures a commencé avec quarante minutes de retard.
Le concert s’est ouvert avec l’arrivée sur scène de Cyril Atef (Bum), maigre, le corps blafard, vêtu d’une espèce d’ample pagne orange et effrangé. Il porte un casque du genre “ Astérix et Obélix ”. On dirait un clown. Pendant ce temps, Vincent Segal (Cello), discrètement glissé à l’autre bout de la scène, voûté, recroquevillé sur ses pédales, ne jetant que subrepticement des regards en coin à la salle, oppose une première boucle de violoncelle. Très lente. Boucle à laquelle se superpose un autre. Le public, imperturbable, semble s’adapter à cette ambiance inhabituelle.
“ Que font-il là ? J’espère que je n’ai pas perdu mon argent en venant assister à ce concert ”, s’inquiète un spectateur. La même angoisse habite plusieurs autres spectateurs. Ils s’interrogent. Sur scène, c’est un léger cliquettement de crotales. Rythmes tapotés sur une joue gonflée ou sur un rondin en bois répétés inlassablement par la sarabande des samplers de Bum. Et la musique se construit ainsi par “ superposition de rythmes ”. Quand soudain la basse de Celo se fait rebondissante, la salle exulte.
L’émotion est plus forte lorsque Mama Wanja, un musicien camerounais évoluant en Autriche et deux de ses danseurs viendront accompagner le duo sous des airs de Bikutsi. La salle est en liesse. “ Ils font aussi du Bikutsi ?”, s’interroge un spectateur, surpris par l’habileté et la maîtrise avec laquelle Bum Cello manie les instruments. Et les transes se poursuivent, entraînées par un violoncelle qui “ lance des flammes ”. Le public se reconnaît dans cette danse. Même les diplomates français invités pour l’occasion n’y résistent pas. La scène est envahie. Les applaudissements fusent de partout. Même assis, on bouge la tête, on claque des mains. Bum Cello a gagné son pari. A la fin de la soirée, la satisfaction chez les spectateurs est générale. “Ma joie est immense ; ça été un vrai spectacle. Je ne regrette pas d’avoir fait le déplacement. C’est plutôt à ceux qui ont manqué au rendez-vous de regretter ”, affirme un spectateur.
Par Christian TCHAPMI (Stagiaire)