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Charlotte Dipanda :  » J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans « 

Nous recevons une personnalité qui sera probablement une future grande dame de la musique camerounaise et africaine. Elle a choisi très tôt de se consacrer à la musique sous la houlette d’un  mentor : Jeannot Hens, aujourd’hui décédé. Un début á l’âge de 14 ans dans des cabarets de la ville de Douala. Puis un départ, il y a huit, pour la France afin de voir d’autres horizons et s’ouvrir á d’autres courants musicaux. Puis un grand retour avec un premier Album Mispa …Charlotte Dipanda était invitée, il y a quelques mois, dans l’émission “Entretien”, qui est diffusée tous les jeudis  à 22 heures sur STV2

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Vous avez choisi Mispa comme titre de votre album. C’est le nom de votre grand-mère. Est-ce elle qui vous a élevé ?
Tout à fait! Ma mère nous a eus très jeune et ma grand-mère a un peu récupéré les enfants de tout le monde (mes tantes et oncles), voilà comment on s’est tous retrouvés á vivre chez les grands parents.

Comment était-elle avec vous, plutôt sévère ou « mère poule » dans l’éducation qu’elle vous a donnée ?
Je dirais plutôt « grand-mère poule » ! Elle savait parfaitement tempérer les tensions qu’il pouvait y avoir entre mère et fille.

Pourquoi les relations étaient-elles conflictuelles avec votre mère, est-ce parce que vous avez choisi de faire de la musique très tôt?
Oui ! J’ai commencé à me passionner pour la musique très tôt. C’est tout à fait compréhensible qu’une mère, à cette époque, n’accepte pas que sa fille de 13 ans puisse vouloir quitter l’école pour faire de la musique.

Mais d’où vous vient cette passion?
Ce qui est paradoxal est que mes oncles jouaient à des instruments de musique, ma grand-mère et même ma mère chantaient peut-être, mais ne le faisaient pas de manière très professionnelle. Et moi je débarque, je ne veux que faire de la musique. En fait, je trouvais l’école un peu ennuyeuse ! Les maths trop compliquées, la philosophie, je ne comprenais que dalle ! Alors j’ai préféré chanter à  aller à l’école.

Il semble que vous commencez à chanter dans les cabarets, très jeune…

J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans.

Qui vous y a entraînée ?

Je n’avais pas besoin d’être entrainée …Il faut savoir que j’ai fait mes études à l’Ouest, à Mbouda, chez un oncle policier. Pendant les vacances, je suis arrivée à Douala et je n’ai plus eu envie de retourner à l’Ouest. Là-bas, je n’avais que la possibilité d’aller chanter à l’église, le dimanche. J’avais envie de m’y intéresser plus sérieusement. Et j’arrive donc ces vacances, c’était lors de la célébration de la fête de la musique et je décide d’aller à la manifestation la plus proche de mon quartier, à la Salle des fêtes d’Akwa. Je découvre la scène, le public. Je rencontre un groupe de jeunes rappeurs camerounais qui répétait une chanson qu’ils étaient censés chanter. Ils mimaient une mélodie et je me suis dit qu’il leur manquait quelque chose ! Je leur propose une voix féminine et, spontanément, je vais apprendre leur refrain. Voilà comment je me retrouve en train de me produire à la fête de la musique, de façon hasardeuse. Et nous remportons le premier prix.

Etait-ce grâce à vous ?
Je ne sais pas ! Peut être !

Comment vous retrouvez-vous à jouer dans des cabarets ensuite?
Je me retrouve dans les cabarets grâce à un artiste : Longuè Longuè. A chaque édition de la fête de la musique, c’est lui qui gagnait. C’est Longuè Longuè qui me parle pour la première fois de chanter en cabaret et, à l’époque, il chantait dans un endroit qui s’appelle Echos de Bonanjo, qui n’était pas vraiment un cabaret, mais un endroit où on pouvait chanter de 17h à 20h donc. Il se dit que j’aurais le temps d’aller à l’école. Il m’y emmène et je me souviens que j’étais au lycée Joss. A la fin des cours, j’enlevais juste le haut de ma tenue, puis je devenais une jeune fille normale.

Qu’est-ce que vos parents pensaient de tout cela ?

Le souvenir que j’ai est que très peu de personnes m’ont soutenue dans cette démarche-là ! Personne ne semblait comprendre que c’était ce que je voulais faire. Ma mère m’a dit d’arrêter, mais il a fallu que je fasse un choix.

Gagniez-vous bien votre vie en chantant dans les cabarets ?
Pas grand-chose, en plus, je faisais cela par passion !

Quel type de musique vous interprétiez ?
Céline Dion, Mariah Carey, Tony Braxton et il faut dire que j’étais branchée variétés américaines, comme tous les jeunes au lycée à cette époque là.

Au total, combien de temps vous passez en cabaret ?
Presque trois ans ! Je chantais à Douala et un peu à Yaoundé, après que l’album avec Jeannot Hens est sorti.

Justement, comment est-ce que vous rencontrez Jeannot Hens ?
Les jeunes hommes avec lesquels je squattais la scène du 21 juin pour la fête de la musique, ce sont eux qui me parlent de Jeannot Hens pour la première fois. Il préparait son album et il avait besoin d’une voix pour faire les chœurs, et ils me disent que ce serait l’occasion de flirter avec l’univers du studio, vu que je commençais à peine. Et à l’époque, Jeannot était un guitariste très doué, qui travaillait avec Petit Pays et son groupe les Sans visa.

 
Est-ce que lui ne préférait pas chanter ?
En fait, quand il fait appel à moi, c’est vraiment pour faire les chœurs et il chante lui-même ses chansons .Quand on arrive chez lui, il est assis sur son lit et il joue à la guitare, moi je tombe donc sous le charme de sa mélodie…Je rencontrais un mec assez introverti jouant magnifiquement à la guitare et,  tout de suite, j’ai eu envie de travailler avec lui …

Comment se fait-il que Jeannot qui souhaite chanter lui-même ses chansons se retrouve en train de vous laisser la place, parce que  c’est vous qui faites la voix principale au final…
Jeannot préparait cet album depuis deux ans pratiquement. Il se trouve qu’il n’était pas encore tombé d’accord avec son producteur, qui est Pascal Embon. Pendant les répétitions, je me suis permise de faire les voix lead en m’amusant et j’ai appris, par la suite, que je pourrais peut- être chanter la voix principale. C’est finalement de cette manière que je ferai donc la voix principale.

Il faut dire que l’album a été un succès mais pensez-vous que la promotion a été bonne, est-ce que cet album vous a lancée ?
Je pense que cet album s’est fait une petite santé naturellement ! C’est vrai qu’on a fait de la promotion, mais j’envisageais déjà de partir du Cameroun et ce n’était pas évident pour moi de suivre Jeannot en concert. En fait, quand j’ai accepté la collaboration, j’ai pensé m’approprier inconsciemment l’album mais, ce n’était pas le cas, malheureusement : il était à Jeannot Hens. Je crois que tous les deux on a sous-estimé cet album. Il passe à la radio et tout le monde dit que le nouvel album de Jeannot Hens. Cependant, on entendait une voix de femme, raison pour laquelle quelques journalistes et animateurs prennent l’initiative de présenter Charlotte Dipanda, via cet album-là. Et on peut dire que cela a créé de petits problèmes entre nous.

Sur le plan financier, est-ce que l’on peut dire que l’album vous a apporté quelques avantages ?
Oui, un peu. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas l’aspect financier. Cela m’importait peu. Je voyais cette aventure bien au-delà.

N’avez-vous pas été abusée  par le producteur ?

Non, pas du tout !

Parmi les titres qui vous ont fait connaître il y a, entre autres, Ndando et Longuè : de quoi parlent-ils ?

Ndando parle de discrimination.  Dans cette chanson, Jeannot dit : « je n’ai pas d’amis parce que je n’ai pas d’argent, je ne représente rien… ».  Longuè, c’est une chanson qui donne des conseils à une jeune fille qui est presque en train de s’égarer.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?

Pas du tout ! Moi j’ai toujours écouté  les conseils.

Ces titres, vous avez souhaité les reprendre dans votre premier album, Mispa, pourquoi ?

Simplement pour rendre hommage à celui qui m’a tenu la main. Pour moi, cela me paraissait naturel et j’avais l’impression que le projet avec Jeannot n’était pas achevé. Donc, j’ai voulu, à travers cet album, faire des concerts comme je n’avais pas pu le faire, afin que tout le monde vive l’émotion de la chanson et surtout pour que Jeannot continue à vivre.

Au moment où sort cet album avec Jeannot Hens, vous décidez de partir. Qu’est-ce qui vous pousse à partir et dans quelles conditions partez-vous ?
Je pars parce que j’avais l’impression d’avoir déjà fait le tour. J’étais toujours à la recherche de quelque chose, j’avais envie de grandir. Il faut dire que le cabaret a quelque chose de spécial. C’est que, tous les soirs, vous chantez les mêmes chansons pendant un bon nombre d’années. A un moment donné, cela devient monotone surtout pour ceux qui ont de l’ambition. Je pars parce que je rencontre d’autres artistes qui me proposent de faire autre chose : des concerts, je me rends compte que c’est très enrichissant.

Pourquoi avoir choisi la France pour destination, alors que votre mère vit aux Etats-Unis ?
Je choisis la France pour la « proximité ». Pour moi, l’Amérique c’était trop loin. J’estimais aussi que la France, c’était le carrefour des musiques du monde et j’aurai peut-être plus de chance là-bas.

Est-ce vrai que Lokua Kanza a joué un rôle dans votre décision de partir ?

Oui, tout à fait ! Je le rencontre, de façon inopinée, un soir au cabaret. Il était venu au Cameroun pour un concert et il était question qu’il recrute deux choristes sur place. Ce qui fait qu’il écumait un peu tous les cabarets. Après mon tour de chant- c’était au Sénat-, je descends et je vais m’asseoir près des autres artistes. Lui, il était déjà installé. Il me regarde et me complimente sur ma façon de chanter et je crois que, sur le coup, j’ai rougi ! Après, il nous propose de boire un pot avec les autres musiciens et c’est ainsi que, Bill Muicha et moi, il nous choisit pour l’accompagner. Au cours de nos discussions, il me fait réaliser indirectement qu’il y a plus de possibilités ailleurs…Par la suite, le cabaret à Douala ne m’intéressait plus vraiment. Alors, je décide de partir à Yaoundé, où je chante au Kaba Ngondo.

Avez-vous de la famille et qui vous accueille en France ?
Quand j’arrive, je vais voir une grande cousine que je ne connais pas personnellement, mais dont je connais les frères et sœurs qui sont au Cameroun. Je constate que c’est tellement différent de ce que l’on peut imaginer. Tout est différent ! Le climat, les mœurs …et, avec le temps, je me demandais si c’était finalement une bonne idée ! Peu après,  j’appelle Lokua et il m’invite, naturellement. A l’époque, il habitait en banlieue parisienne et avait un studio d’enregistrement chez lui, où il préparait l’album de Papa Wemba …C’était magnifique ! Ayant vu comment je mimais un tout petit peu alors, il me demande si je n’ai pas envie de poser une voix sur l’album qui n’est pas encore fini. Finalement, je fais les chœurs dans cet album et une voix lead avec papa Wemba. Je me rends donc compte que c’est une opportunité en or !

Dans le milieu musical camerounais, il y a quand même quelques vieux ténors. Avez-vous été encadrée par les anciens ?

Pas vraiment ! Les anciens, ils nous encadrent et ils ont leur définition de l’encadrement. J’ai subi beaucoup de bizutage… Mais après, il m’est arrivé de travailler pour des artistes célèbres comme Manu Dibango, Rokia Traoré, Lokua, Alpha Blondy, avec lequel j’ai fait des scènes aussi, sans oublier Axelle Red.

Vous avez aussi travaillé avec des Chinois, des Malgaches, etc. Comment cela se passe, comment arrivez vous à gérez tous ses rythmes ?
Vous savez, ce n’est pas facile, mais, c’est mon métier ! La musique a un langage universel, sauf, peut-être, au niveau de la langue. Mais les codes sont les mêmes. Pour moi, c’est très enrichissant. C’est un exercice que je prends beaucoup de plaisir à faire. Surtout que c’est un milieu où la compétition est très rude.

Cette fois-ci,  puisque vous êtes sollicitée, gagnez-vous bien votre vie ?
Oui, c’est le cas.

Quand est- ce que vous décidez de faire votre premier album solo ?
C’est quand mon fils naît ! Je n’avais plus envie de faire la choriste. Je me suis dit qu’un jour, je devrais mieux, lui expliquer mon travail. Alors, j’ai eu envie de m’affirmer ; déjà en tant que mère, mais aussi en tant que chanteuse.

Votre premier album est intitulé Mispa, c’est en hommage à votre grand-mère. Quelles ont été les conditions techniques  de sa réalisation ?
L’enregistrement nous a pris environ deux mois, mais, la composition, un peu plus de temps. J’ai travaillé avec Julien Pestre, Guy N’sanguè (le bassiste des Kassav), mon arrangeur et réalisateur. Douze titres, dont deux repris en hommage à Jeannot Hens. Il y a des ballades acoustiques et des titres qui sonnent un peu afro-jazz-rock. On a beaucoup mélangé les sonorités. D’ailleurs, je crois que je vais vous chanter le titre Mbasan, qui est une histoire d’amour…

Il y a quelques mois, vous avez donné deux concerts au Centre culturel français de Douala et un hommage vous a été rendu par la Gabonaise Annie Flore Batchielilys ; il parait que vous avez pleuré. Vous avez la larme facile ?
Oui, c’est mon côté humain. En fait, Annie Flore vient à mon concert et je me rappelle qu’il y a quelques mois, j’allais la soutenir à l’Olympia à Paris et j’admirais son concert. Donc, c’était un honneur pour moi de la voir à mon concert. C’était énorme et, en plus, je ne savais pas qu’elle devait être là.

Êtes-vous satisfaite de cette première sortie sur le Cameroun ?
Oui, surtout le fait que ce soit inattendu, pas prémédité. Je continue de vivre ce moment que m’a offert le public de mon pays. Le disque est sorti en Europe le 18 mai et je suis partie plus forte et plus confiante, vu l’accueil que j’ai eu ici.

Etait-ce important pour vous ce retour à la maison (Cameroun) ?

Oui, car il fallait que je retourne chez moi tâter le terrain et me rendre compte que j’ai une vraie force ici ! Je venais en me disant que j’espère que l’on suivra mon regard, que l’on comprendra mes styles. Je me suis rendue compte qu’on parle la même langue et, pour moi, c’était vachement important !

Vous revenez en prélude à l’inauguration du Palais des sports pour un autre concert, comment sont liés ces évènements là ?
Il y a un grand monsieur qui arrive pour le concert à Douala, c’est Ferdinand Nana Payong, qui suit ma carrière depuis longtemps et qui y a contribué énormément. J’ai, par ailleurs, joué dans un cabaret, le Kaba Ngondo, dont il était le patron. Je l’ai vu ce soir et, avec la coopération d’Abraham, qui est un peu mon attaché de presse ici, on lui propose de présenter cette soirée-là. Voilà comment Ferdinand Nana Payong, naturellement, comme il s’occupe de l’inauguration du Palais des sports, a fait appel à moi pour que je présente cet album au public de Yaoundé.

Avez-vous quand même eu l’occasion de visiter le Palais des sports en question ?
Oui, je l’ai trouvé splendide ! Je crois que j’ai une longueur d’avance sur ceux qui ne sont pas encore allés le voir. Le sentiment général que j’ai eu là-bas était que j’avais l’impression de ne pas du tout être au Cameroun, j’étais fière de me dire que nous pouvons avoir ce genre d’endroit au Cameroun. C’est beau, c’est concret !

Vous vous êtes également produite au Palais des congrès de Yaoundé, qu’attendiez-vous de ce spectacle là ?
Yaoundé, c’est un public que je connaissais très peu, parce que j’ai plus été une fille de Douala. J’étais curieuse de savoir ce que le public de Yaoundé pensait de moi, j’étais très confiante, surtout au vu de l’engouement que cela a suscité dans les médias aussi.  Le fait que j’ai été bien accueillie à Yaoundé m’a beaucoup rassurée et je me suis alors dit que je ne suis pas, tant que cela, une étrangère pour ce public-là. Il faut dire que les milliers de spectateurs qui sont venus au Palais des congrès n’ont pas été déçus !

Puisque, maintenant, vous êtes passée de l’autre coté, est-ce que vous pensez abandonner les chœurs ?
Je me suis rendue compte que c’est quelque chose que j’aime fondamentalement faire, accompagner les autres artistes.  Je n’aurai peut-être plus la même disponibilité, mais, à chaque fois que j’en aurais l’occasion, je le ferai volontiers !

Peut-être maintenant, en tant qu’artiste confirmée, vous allez élever les standards, en termes de cachet…
Vous comprenez mieux !

Quel artiste, avec lequel vous avez travaillé, vous a le plus marqué ?

Je dirais Lokua Kanza. Et il est possible que l’on sente des influences de sa musique dans mon album. Je sais et je suis sûre que tous les Camerounais l’apprécient et continueront de le savourer.  C’est tout ce qu’un artiste peut demander !

Propos recueillis par
Thierry Ngogang

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Charlotte Dipanda :  » J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans « 

Nous recevons une personnalité qui sera probablement une future grande dame de la musique camerounaise et africaine. Elle a choisi très tôt de se consacrer à la musique sous la houlette d’un  mentor : Jeannot Hens, aujourd’hui décédé. Un début á l’âge de 14 ans dans des cabarets de la ville de Douala. Puis un départ, il y a huit, pour la France afin de voir d’autres horizons et s’ouvrir á d’autres courants musicaux. Puis un grand retour avec un premier Album Mispa …Charlotte Dipanda était invitée, il y a quelques mois, dans l’émission “Entretien”, qui est diffusée tous les jeudis  à 22 heures sur STV2

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Vous avez choisi Mispa comme titre de votre album. C’est le nom de votre grand-mère. Est-ce elle qui vous a élevé ?
Tout à fait! Ma mère nous a eus très jeune et ma grand-mère a un peu récupéré les enfants de tout le monde (mes tantes et oncles), voilà comment on s’est tous retrouvés á vivre chez les grands parents.

Comment était-elle avec vous, plutôt sévère ou « mère poule » dans l’éducation qu’elle vous a donnée ?
Je dirais plutôt « grand-mère poule » ! Elle savait parfaitement tempérer les tensions qu’il pouvait y avoir entre mère et fille.

Pourquoi les relations étaient-elles conflictuelles avec votre mère, est-ce parce que vous avez choisi de faire de la musique très tôt?
Oui ! J’ai commencé à me passionner pour la musique très tôt. C’est tout à fait compréhensible qu’une mère, à cette époque, n’accepte pas que sa fille de 13 ans puisse vouloir quitter l’école pour faire de la musique.

Mais d’où vous vient cette passion?
Ce qui est paradoxal est que mes oncles jouaient à des instruments de musique, ma grand-mère et même ma mère chantaient peut-être, mais ne le faisaient pas de manière très professionnelle. Et moi je débarque, je ne veux que faire de la musique. En fait, je trouvais l’école un peu ennuyeuse ! Les maths trop compliquées, la philosophie, je ne comprenais que dalle ! Alors j’ai préféré chanter à  aller à l’école.

Il semble que vous commencez à chanter dans les cabarets, très jeune…

J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans.

Qui vous y a entraînée ?

Je n’avais pas besoin d’être entrainée …Il faut savoir que j’ai fait mes études à l’Ouest, à Mbouda, chez un oncle policier. Pendant les vacances, je suis arrivée à Douala et je n’ai plus eu envie de retourner à l’Ouest. Là-bas, je n’avais que la possibilité d’aller chanter à l’église, le dimanche. J’avais envie de m’y intéresser plus sérieusement. Et j’arrive donc ces vacances, c’était lors de la célébration de la fête de la musique et je décide d’aller à la manifestation la plus proche de mon quartier, à la Salle des fêtes d’Akwa. Je découvre la scène, le public. Je rencontre un groupe de jeunes rappeurs camerounais qui répétait une chanson qu’ils étaient censés chanter. Ils mimaient une mélodie et je me suis dit qu’il leur manquait quelque chose ! Je leur propose une voix féminine et, spontanément, je vais apprendre leur refrain. Voilà comment je me retrouve en train de me produire à la fête de la musique, de façon hasardeuse. Et nous remportons le premier prix.

Etait-ce grâce à vous ?
Je ne sais pas ! Peut être !

Comment vous retrouvez-vous à jouer dans des cabarets ensuite?
Je me retrouve dans les cabarets grâce à un artiste : Longuè Longuè. A chaque édition de la fête de la musique, c’est lui qui gagnait. C’est Longuè Longuè qui me parle pour la première fois de chanter en cabaret et, à l’époque, il chantait dans un endroit qui s’appelle Echos de Bonanjo, qui n’était pas vraiment un cabaret, mais un endroit où on pouvait chanter de 17h à 20h donc. Il se dit que j’aurais le temps d’aller à l’école. Il m’y emmène et je me souviens que j’étais au lycée Joss. A la fin des cours, j’enlevais juste le haut de ma tenue, puis je devenais une jeune fille normale.

Qu’est-ce que vos parents pensaient de tout cela ?

Le souvenir que j’ai est que très peu de personnes m’ont soutenue dans cette démarche-là ! Personne ne semblait comprendre que c’était ce que je voulais faire. Ma mère m’a dit d’arrêter, mais il a fallu que je fasse un choix.

Gagniez-vous bien votre vie en chantant dans les cabarets ?
Pas grand-chose, en plus, je faisais cela par passion !

Quel type de musique vous interprétiez ?
Céline Dion, Mariah Carey, Tony Braxton et il faut dire que j’étais branchée variétés américaines, comme tous les jeunes au lycée à cette époque là.

Au total, combien de temps vous passez en cabaret ?
Presque trois ans ! Je chantais à Douala et un peu à Yaoundé, après que l’album avec Jeannot Hens est sorti.

Justement, comment est-ce que vous rencontrez Jeannot Hens ?
Les jeunes hommes avec lesquels je squattais la scène du 21 juin pour la fête de la musique, ce sont eux qui me parlent de Jeannot Hens pour la première fois. Il préparait son album et il avait besoin d’une voix pour faire les chœurs, et ils me disent que ce serait l’occasion de flirter avec l’univers du studio, vu que je commençais à peine. Et à l’époque, Jeannot était un guitariste très doué, qui travaillait avec Petit Pays et son groupe les Sans visa.

 
Est-ce que lui ne préférait pas chanter ?
En fait, quand il fait appel à moi, c’est vraiment pour faire les chœurs et il chante lui-même ses chansons .Quand on arrive chez lui, il est assis sur son lit et il joue à la guitare, moi je tombe donc sous le charme de sa mélodie…Je rencontrais un mec assez introverti jouant magnifiquement à la guitare et,  tout de suite, j’ai eu envie de travailler avec lui …

Comment se fait-il que Jeannot qui souhaite chanter lui-même ses chansons se retrouve en train de vous laisser la place, parce que  c’est vous qui faites la voix principale au final…
Jeannot préparait cet album depuis deux ans pratiquement. Il se trouve qu’il n’était pas encore tombé d’accord avec son producteur, qui est Pascal Embon. Pendant les répétitions, je me suis permise de faire les voix lead en m’amusant et j’ai appris, par la suite, que je pourrais peut- être chanter la voix principale. C’est finalement de cette manière que je ferai donc la voix principale.

Il faut dire que l’album a été un succès mais pensez-vous que la promotion a été bonne, est-ce que cet album vous a lancée ?
Je pense que cet album s’est fait une petite santé naturellement ! C’est vrai qu’on a fait de la promotion, mais j’envisageais déjà de partir du Cameroun et ce n’était pas évident pour moi de suivre Jeannot en concert. En fait, quand j’ai accepté la collaboration, j’ai pensé m’approprier inconsciemment l’album mais, ce n’était pas le cas, malheureusement : il était à Jeannot Hens. Je crois que tous les deux on a sous-estimé cet album. Il passe à la radio et tout le monde dit que le nouvel album de Jeannot Hens. Cependant, on entendait une voix de femme, raison pour laquelle quelques journalistes et animateurs prennent l’initiative de présenter Charlotte Dipanda, via cet album-là. Et on peut dire que cela a créé de petits problèmes entre nous.

Sur le plan financier, est-ce que l’on peut dire que l’album vous a apporté quelques avantages ?
Oui, un peu. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas l’aspect financier. Cela m’importait peu. Je voyais cette aventure bien au-delà.

N’avez-vous pas été abusée  par le producteur ?

Non, pas du tout !

Parmi les titres qui vous ont fait connaître il y a, entre autres, Ndando et Longuè : de quoi parlent-ils ?

Ndando parle de discrimination.  Dans cette chanson, Jeannot dit : « je n’ai pas d’amis parce que je n’ai pas d’argent, je ne représente rien… ».  Longuè, c’est une chanson qui donne des conseils à une jeune fille qui est presque en train de s’égarer.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?

Pas du tout ! Moi j’ai toujours écouté  les conseils.

Ces titres, vous avez souhaité les reprendre dans votre premier album, Mispa, pourquoi ?

Simplement pour rendre hommage à celui qui m’a tenu la main. Pour moi, cela me paraissait naturel et j’avais l’impression que le projet avec Jeannot n’était pas achevé. Donc, j’ai voulu, à travers cet album, faire des concerts comme je n’avais pas pu le faire, afin que tout le monde vive l’émotion de la chanson et surtout pour que Jeannot continue à vivre.

Au moment où sort cet album avec Jeannot Hens, vous décidez de partir. Qu’est-ce qui vous pousse à partir et dans quelles conditions partez-vous ?
Je pars parce que j’avais l’impression d’avoir déjà fait le tour. J’étais toujours à la recherche de quelque chose, j’avais envie de grandir. Il faut dire que le cabaret a quelque chose de spécial. C’est que, tous les soirs, vous chantez les mêmes chansons pendant un bon nombre d’années. A un moment donné, cela devient monotone surtout pour ceux qui ont de l’ambition. Je pars parce que je rencontre d’autres artistes qui me proposent de faire autre chose : des concerts, je me rends compte que c’est très enrichissant.

Pourquoi avoir choisi la France pour destination, alors que votre mère vit aux Etats-Unis ?
Je choisis la France pour la « proximité ». Pour moi, l’Amérique c’était trop loin. J’estimais aussi que la France, c’était le carrefour des musiques du monde et j’aurai peut-être plus de chance là-bas.

Est-ce vrai que Lokua Kanza a joué un rôle dans votre décision de partir ?

Oui, tout à fait ! Je le rencontre, de façon inopinée, un soir au cabaret. Il était venu au Cameroun pour un concert et il était question qu’il recrute deux choristes sur place. Ce qui fait qu’il écumait un peu tous les cabarets. Après mon tour de chant- c’était au Sénat-, je descends et je vais m’asseoir près des autres artistes. Lui, il était déjà installé. Il me regarde et me complimente sur ma façon de chanter et je crois que, sur le coup, j’ai rougi ! Après, il nous propose de boire un pot avec les autres musiciens et c’est ainsi que, Bill Muicha et moi, il nous choisit pour l’accompagner. Au cours de nos discussions, il me fait réaliser indirectement qu’il y a plus de possibilités ailleurs…Par la suite, le cabaret à Douala ne m’intéressait plus vraiment. Alors, je décide de partir à Yaoundé, où je chante au Kaba Ngondo.

Avez-vous de la famille et qui vous accueille en France ?
Quand j’arrive, je vais voir une grande cousine que je ne connais pas personnellement, mais dont je connais les frères et sœurs qui sont au Cameroun. Je constate que c’est tellement différent de ce que l’on peut imaginer. Tout est différent ! Le climat, les mœurs …et, avec le temps, je me demandais si c’était finalement une bonne idée ! Peu après,  j’appelle Lokua et il m’invite, naturellement. A l’époque, il habitait en banlieue parisienne et avait un studio d’enregistrement chez lui, où il préparait l’album de Papa Wemba …C’était magnifique ! Ayant vu comment je mimais un tout petit peu alors, il me demande si je n’ai pas envie de poser une voix sur l’album qui n’est pas encore fini. Finalement, je fais les chœurs dans cet album et une voix lead avec papa Wemba. Je me rends donc compte que c’est une opportunité en or !

Dans le milieu musical camerounais, il y a quand même quelques vieux ténors. Avez-vous été encadrée par les anciens ?

Pas vraiment ! Les anciens, ils nous encadrent et ils ont leur définition de l’encadrement. J’ai subi beaucoup de bizutage… Mais après, il m’est arrivé de travailler pour des artistes célèbres comme Manu Dibango, Rokia Traoré, Lokua, Alpha Blondy, avec lequel j’ai fait des scènes aussi, sans oublier Axelle Red.

Vous avez aussi travaillé avec des Chinois, des Malgaches, etc. Comment cela se passe, comment arrivez vous à gérez tous ses rythmes ?
Vous savez, ce n’est pas facile, mais, c’est mon métier ! La musique a un langage universel, sauf, peut-être, au niveau de la langue. Mais les codes sont les mêmes. Pour moi, c’est très enrichissant. C’est un exercice que je prends beaucoup de plaisir à faire. Surtout que c’est un milieu où la compétition est très rude.

Cette fois-ci,  puisque vous êtes sollicitée, gagnez-vous bien votre vie ?
Oui, c’est le cas.

Quand est- ce que vous décidez de faire votre premier album solo ?
C’est quand mon fils naît ! Je n’avais plus envie de faire la choriste. Je me suis dit qu’un jour, je devrais mieux, lui expliquer mon travail. Alors, j’ai eu envie de m’affirmer ; déjà en tant que mère, mais aussi en tant que chanteuse.

Votre premier album est intitulé Mispa, c’est en hommage à votre grand-mère. Quelles ont été les conditions techniques  de sa réalisation ?
L’enregistrement nous a pris environ deux mois, mais, la composition, un peu plus de temps. J’ai travaillé avec Julien Pestre, Guy N’sanguè (le bassiste des Kassav), mon arrangeur et réalisateur. Douze titres, dont deux repris en hommage à Jeannot Hens. Il y a des ballades acoustiques et des titres qui sonnent un peu afro-jazz-rock. On a beaucoup mélangé les sonorités. D’ailleurs, je crois que je vais vous chanter le titre Mbasan, qui est une histoire d’amour…

Il y a quelques mois, vous avez donné deux concerts au Centre culturel français de Douala et un hommage vous a été rendu par la Gabonaise Annie Flore Batchielilys ; il parait que vous avez pleuré. Vous avez la larme facile ?
Oui, c’est mon côté humain. En fait, Annie Flore vient à mon concert et je me rappelle qu’il y a quelques mois, j’allais la soutenir à l’Olympia à Paris et j’admirais son concert. Donc, c’était un honneur pour moi de la voir à mon concert. C’était énorme et, en plus, je ne savais pas qu’elle devait être là.

Êtes-vous satisfaite de cette première sortie sur le Cameroun ?
Oui, surtout le fait que ce soit inattendu, pas prémédité. Je continue de vivre ce moment que m’a offert le public de mon pays. Le disque est sorti en Europe le 18 mai et je suis partie plus forte et plus confiante, vu l’accueil que j’ai eu ici.

Etait-ce important pour vous ce retour à la maison (Cameroun) ?

Oui, car il fallait que je retourne chez moi tâter le terrain et me rendre compte que j’ai une vraie force ici ! Je venais en me disant que j’espère que l’on suivra mon regard, que l’on comprendra mes styles. Je me suis rendue compte qu’on parle la même langue et, pour moi, c’était vachement important !

Vous revenez en prélude à l’inauguration du Palais des sports pour un autre concert, comment sont liés ces évènements là ?
Il y a un grand monsieur qui arrive pour le concert à Douala, c’est Ferdinand Nana Payong, qui suit ma carrière depuis longtemps et qui y a contribué énormément. J’ai, par ailleurs, joué dans un cabaret, le Kaba Ngondo, dont il était le patron. Je l’ai vu ce soir et, avec la coopération d’Abraham, qui est un peu mon attaché de presse ici, on lui propose de présenter cette soirée-là. Voilà comment Ferdinand Nana Payong, naturellement, comme il s’occupe de l’inauguration du Palais des sports, a fait appel à moi pour que je présente cet album au public de Yaoundé.

Avez-vous quand même eu l’occasion de visiter le Palais des sports en question ?
Oui, je l’ai trouvé splendide ! Je crois que j’ai une longueur d’avance sur ceux qui ne sont pas encore allés le voir. Le sentiment général que j’ai eu là-bas était que j’avais l’impression de ne pas du tout être au Cameroun, j’étais fière de me dire que nous pouvons avoir ce genre d’endroit au Cameroun. C’est beau, c’est concret !

Vous vous êtes également produite au Palais des congrès de Yaoundé, qu’attendiez-vous de ce spectacle là ?
Yaoundé, c’est un public que je connaissais très peu, parce que j’ai plus été une fille de Douala. J’étais curieuse de savoir ce que le public de Yaoundé pensait de moi, j’étais très confiante, surtout au vu de l’engouement que cela a suscité dans les médias aussi.  Le fait que j’ai été bien accueillie à Yaoundé m’a beaucoup rassurée et je me suis alors dit que je ne suis pas, tant que cela, une étrangère pour ce public-là. Il faut dire que les milliers de spectateurs qui sont venus au Palais des congrès n’ont pas été déçus !

Puisque, maintenant, vous êtes passée de l’autre coté, est-ce que vous pensez abandonner les chœurs ?
Je me suis rendue compte que c’est quelque chose que j’aime fondamentalement faire, accompagner les autres artistes.  Je n’aurai peut-être plus la même disponibilité, mais, à chaque fois que j’en aurais l’occasion, je le ferai volontiers !

Peut-être maintenant, en tant qu’artiste confirmée, vous allez élever les standards, en termes de cachet…
Vous comprenez mieux !

Quel artiste, avec lequel vous avez travaillé, vous a le plus marqué ?

Je dirais Lokua Kanza. Et il est possible que l’on sente des influences de sa musique dans mon album. Je sais et je suis sûre que tous les Camerounais l’apprécient et continueront de le savourer.  C’est tout ce qu’un artiste peut demander !

Propos recueillis par
Thierry Ngogang

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Non classé

Charlotte Dipanda :  » J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans « 

Nous recevons une personnalité qui sera probablement une future grande dame de la musique camerounaise et africaine. Elle a choisi très tôt de se consacrer à la musique sous la houlette d’un  mentor : Jeannot Hens, aujourd’hui décédé. Un début á l’âge de 14 ans dans des cabarets de la ville de Douala. Puis un départ, il y a huit, pour la France afin de voir d’autres horizons et s’ouvrir á d’autres courants musicaux. Puis un grand retour avec un premier Album Mispa …Charlotte Dipanda était invitée, il y a quelques mois, dans l’émission “Entretien”, qui est diffusée tous les jeudis  à 22 heures sur STV2

Image

Vous avez choisi Mispa comme titre de votre album. C’est le nom de votre grand-mère. Est-ce elle qui vous a élevé ?
Tout à fait! Ma mère nous a eus très jeune et ma grand-mère a un peu récupéré les enfants de tout le monde (mes tantes et oncles), voilà comment on s’est tous retrouvés á vivre chez les grands parents.

Comment était-elle avec vous, plutôt sévère ou « mère poule » dans l’éducation qu’elle vous a donnée ?
Je dirais plutôt « grand-mère poule » ! Elle savait parfaitement tempérer les tensions qu’il pouvait y avoir entre mère et fille.

Pourquoi les relations étaient-elles conflictuelles avec votre mère, est-ce parce que vous avez choisi de faire de la musique très tôt?
Oui ! J’ai commencé à me passionner pour la musique très tôt. C’est tout à fait compréhensible qu’une mère, à cette époque, n’accepte pas que sa fille de 13 ans puisse vouloir quitter l’école pour faire de la musique.

Mais d’où vous vient cette passion?
Ce qui est paradoxal est que mes oncles jouaient à des instruments de musique, ma grand-mère et même ma mère chantaient peut-être, mais ne le faisaient pas de manière très professionnelle. Et moi je débarque, je ne veux que faire de la musique. En fait, je trouvais l’école un peu ennuyeuse ! Les maths trop compliquées, la philosophie, je ne comprenais que dalle ! Alors j’ai préféré chanter à  aller à l’école.

Il semble que vous commencez à chanter dans les cabarets, très jeune…

J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans.

Qui vous y a entraînée ?

Je n’avais pas besoin d’être entrainée …Il faut savoir que j’ai fait mes études à l’Ouest, à Mbouda, chez un oncle policier. Pendant les vacances, je suis arrivée à Douala et je n’ai plus eu envie de retourner à l’Ouest. Là-bas, je n’avais que la possibilité d’aller chanter à l’église, le dimanche. J’avais envie de m’y intéresser plus sérieusement. Et j’arrive donc ces vacances, c’était lors de la célébration de la fête de la musique et je décide d’aller à la manifestation la plus proche de mon quartier, à la Salle des fêtes d’Akwa. Je découvre la scène, le public. Je rencontre un groupe de jeunes rappeurs camerounais qui répétait une chanson qu’ils étaient censés chanter. Ils mimaient une mélodie et je me suis dit qu’il leur manquait quelque chose ! Je leur propose une voix féminine et, spontanément, je vais apprendre leur refrain. Voilà comment je me retrouve en train de me produire à la fête de la musique, de façon hasardeuse. Et nous remportons le premier prix.

Etait-ce grâce à vous ?
Je ne sais pas ! Peut être !

Comment vous retrouvez-vous à jouer dans des cabarets ensuite?
Je me retrouve dans les cabarets grâce à un artiste : Longuè Longuè. A chaque édition de la fête de la musique, c’est lui qui gagnait. C’est Longuè Longuè qui me parle pour la première fois de chanter en cabaret et, à l’époque, il chantait dans un endroit qui s’appelle Echos de Bonanjo, qui n’était pas vraiment un cabaret, mais un endroit où on pouvait chanter de 17h à 20h donc. Il se dit que j’aurais le temps d’aller à l’école. Il m’y emmène et je me souviens que j’étais au lycée Joss. A la fin des cours, j’enlevais juste le haut de ma tenue, puis je devenais une jeune fille normale.

Qu’est-ce que vos parents pensaient de tout cela ?

Le souvenir que j’ai est que très peu de personnes m’ont soutenue dans cette démarche-là ! Personne ne semblait comprendre que c’était ce que je voulais faire. Ma mère m’a dit d’arrêter, mais il a fallu que je fasse un choix.

Gagniez-vous bien votre vie en chantant dans les cabarets ?
Pas grand-chose, en plus, je faisais cela par passion !

Quel type de musique vous interprétiez ?
Céline Dion, Mariah Carey, Tony Braxton et il faut dire que j’étais branchée variétés américaines, comme tous les jeunes au lycée à cette époque là.

Au total, combien de temps vous passez en cabaret ?
Presque trois ans ! Je chantais à Douala et un peu à Yaoundé, après que l’album avec Jeannot Hens est sorti.

Justement, comment est-ce que vous rencontrez Jeannot Hens ?
Les jeunes hommes avec lesquels je squattais la scène du 21 juin pour la fête de la musique, ce sont eux qui me parlent de Jeannot Hens pour la première fois. Il préparait son album et il avait besoin d’une voix pour faire les chœurs, et ils me disent que ce serait l’occasion de flirter avec l’univers du studio, vu que je commençais à peine. Et à l’époque, Jeannot était un guitariste très doué, qui travaillait avec Petit Pays et son groupe les Sans visa.

 
Est-ce que lui ne préférait pas chanter ?
En fait, quand il fait appel à moi, c’est vraiment pour faire les chœurs et il chante lui-même ses chansons .Quand on arrive chez lui, il est assis sur son lit et il joue à la guitare, moi je tombe donc sous le charme de sa mélodie…Je rencontrais un mec assez introverti jouant magnifiquement à la guitare et,  tout de suite, j’ai eu envie de travailler avec lui …

Comment se fait-il que Jeannot qui souhaite chanter lui-même ses chansons se retrouve en train de vous laisser la place, parce que  c’est vous qui faites la voix principale au final…
Jeannot préparait cet album depuis deux ans pratiquement. Il se trouve qu’il n’était pas encore tombé d’accord avec son producteur, qui est Pascal Embon. Pendant les répétitions, je me suis permise de faire les voix lead en m’amusant et j’ai appris, par la suite, que je pourrais peut- être chanter la voix principale. C’est finalement de cette manière que je ferai donc la voix principale.

Il faut dire que l’album a été un succès mais pensez-vous que la promotion a été bonne, est-ce que cet album vous a lancée ?
Je pense que cet album s’est fait une petite santé naturellement ! C’est vrai qu’on a fait de la promotion, mais j’envisageais déjà de partir du Cameroun et ce n’était pas évident pour moi de suivre Jeannot en concert. En fait, quand j’ai accepté la collaboration, j’ai pensé m’approprier inconsciemment l’album mais, ce n’était pas le cas, malheureusement : il était à Jeannot Hens. Je crois que tous les deux on a sous-estimé cet album. Il passe à la radio et tout le monde dit que le nouvel album de Jeannot Hens. Cependant, on entendait une voix de femme, raison pour laquelle quelques journalistes et animateurs prennent l’initiative de présenter Charlotte Dipanda, via cet album-là. Et on peut dire que cela a créé de petits problèmes entre nous.

Sur le plan financier, est-ce que l’on peut dire que l’album vous a apporté quelques avantages ?
Oui, un peu. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas l’aspect financier. Cela m’importait peu. Je voyais cette aventure bien au-delà.

N’avez-vous pas été abusée  par le producteur ?

Non, pas du tout !

Parmi les titres qui vous ont fait connaître il y a, entre autres, Ndando et Longuè : de quoi parlent-ils ?

Ndando parle de discrimination.  Dans cette chanson, Jeannot dit : « je n’ai pas d’amis parce que je n’ai pas d’argent, je ne représente rien… ».  Longuè, c’est une chanson qui donne des conseils à une jeune fille qui est presque en train de s’égarer.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?

Pas du tout ! Moi j’ai toujours écouté  les conseils.

Ces titres, vous avez souhaité les reprendre dans votre premier album, Mispa, pourquoi ?

Simplement pour rendre hommage à celui qui m’a tenu la main. Pour moi, cela me paraissait naturel et j’avais l’impression que le projet avec Jeannot n’était pas achevé. Donc, j’ai voulu, à travers cet album, faire des concerts comme je n’avais pas pu le faire, afin que tout le monde vive l’émotion de la chanson et surtout pour que Jeannot continue à vivre.

Au moment où sort cet album avec Jeannot Hens, vous décidez de partir. Qu’est-ce qui vous pousse à partir et dans quelles conditions partez-vous ?
Je pars parce que j’avais l’impression d’avoir déjà fait le tour. J’étais toujours à la recherche de quelque chose, j’avais envie de grandir. Il faut dire que le cabaret a quelque chose de spécial. C’est que, tous les soirs, vous chantez les mêmes chansons pendant un bon nombre d’années. A un moment donné, cela devient monotone surtout pour ceux qui ont de l’ambition. Je pars parce que je rencontre d’autres artistes qui me proposent de faire autre chose : des concerts, je me rends compte que c’est très enrichissant.

Pourquoi avoir choisi la France pour destination, alors que votre mère vit aux Etats-Unis ?
Je choisis la France pour la « proximité ». Pour moi, l’Amérique c’était trop loin. J’estimais aussi que la France, c’était le carrefour des musiques du monde et j’aurai peut-être plus de chance là-bas.

Est-ce vrai que Lokua Kanza a joué un rôle dans votre décision de partir ?

Oui, tout à fait ! Je le rencontre, de façon inopinée, un soir au cabaret. Il était venu au Cameroun pour un concert et il était question qu’il recrute deux choristes sur place. Ce qui fait qu’il écumait un peu tous les cabarets. Après mon tour de chant- c’était au Sénat-, je descends et je vais m’asseoir près des autres artistes. Lui, il était déjà installé. Il me regarde et me complimente sur ma façon de chanter et je crois que, sur le coup, j’ai rougi ! Après, il nous propose de boire un pot avec les autres musiciens et c’est ainsi que, Bill Muicha et moi, il nous choisit pour l’accompagner. Au cours de nos discussions, il me fait réaliser indirectement qu’il y a plus de possibilités ailleurs…Par la suite, le cabaret à Douala ne m’intéressait plus vraiment. Alors, je décide de partir à Yaoundé, où je chante au Kaba Ngondo.

Avez-vous de la famille et qui vous accueille en France ?
Quand j’arrive, je vais voir une grande cousine que je ne connais pas personnellement, mais dont je connais les frères et sœurs qui sont au Cameroun. Je constate que c’est tellement différent de ce que l’on peut imaginer. Tout est différent ! Le climat, les mœurs …et, avec le temps, je me demandais si c’était finalement une bonne idée ! Peu après,  j’appelle Lokua et il m’invite, naturellement. A l’époque, il habitait en banlieue parisienne et avait un studio d’enregistrement chez lui, où il préparait l’album de Papa Wemba …C’était magnifique ! Ayant vu comment je mimais un tout petit peu alors, il me demande si je n’ai pas envie de poser une voix sur l’album qui n’est pas encore fini. Finalement, je fais les chœurs dans cet album et une voix lead avec papa Wemba. Je me rends donc compte que c’est une opportunité en or !

Dans le milieu musical camerounais, il y a quand même quelques vieux ténors. Avez-vous été encadrée par les anciens ?

Pas vraiment ! Les anciens, ils nous encadrent et ils ont leur définition de l’encadrement. J’ai subi beaucoup de bizutage… Mais après, il m’est arrivé de travailler pour des artistes célèbres comme Manu Dibango, Rokia Traoré, Lokua, Alpha Blondy, avec lequel j’ai fait des scènes aussi, sans oublier Axelle Red.

Vous avez aussi travaillé avec des Chinois, des Malgaches, etc. Comment cela se passe, comment arrivez vous à gérez tous ses rythmes ?
Vous savez, ce n’est pas facile, mais, c’est mon métier ! La musique a un langage universel, sauf, peut-être, au niveau de la langue. Mais les codes sont les mêmes. Pour moi, c’est très enrichissant. C’est un exercice que je prends beaucoup de plaisir à faire. Surtout que c’est un milieu où la compétition est très rude.

Cette fois-ci,  puisque vous êtes sollicitée, gagnez-vous bien votre vie ?
Oui, c’est le cas.

Quand est- ce que vous décidez de faire votre premier album solo ?
C’est quand mon fils naît ! Je n’avais plus envie de faire la choriste. Je me suis dit qu’un jour, je devrais mieux, lui expliquer mon travail. Alors, j’ai eu envie de m’affirmer ; déjà en tant que mère, mais aussi en tant que chanteuse.

Votre premier album est intitulé Mispa, c’est en hommage à votre grand-mère. Quelles ont été les conditions techniques  de sa réalisation ?
L’enregistrement nous a pris environ deux mois, mais, la composition, un peu plus de temps. J’ai travaillé avec Julien Pestre, Guy N’sanguè (le bassiste des Kassav), mon arrangeur et réalisateur. Douze titres, dont deux repris en hommage à Jeannot Hens. Il y a des ballades acoustiques et des titres qui sonnent un peu afro-jazz-rock. On a beaucoup mélangé les sonorités. D’ailleurs, je crois que je vais vous chanter le titre Mbasan, qui est une histoire d’amour…

Il y a quelques mois, vous avez donné deux concerts au Centre culturel français de Douala et un hommage vous a été rendu par la Gabonaise Annie Flore Batchielilys ; il parait que vous avez pleuré. Vous avez la larme facile ?
Oui, c’est mon côté humain. En fait, Annie Flore vient à mon concert et je me rappelle qu’il y a quelques mois, j’allais la soutenir à l’Olympia à Paris et j’admirais son concert. Donc, c’était un honneur pour moi de la voir à mon concert. C’était énorme et, en plus, je ne savais pas qu’elle devait être là.

Êtes-vous satisfaite de cette première sortie sur le Cameroun ?
Oui, surtout le fait que ce soit inattendu, pas prémédité. Je continue de vivre ce moment que m’a offert le public de mon pays. Le disque est sorti en Europe le 18 mai et je suis partie plus forte et plus confiante, vu l’accueil que j’ai eu ici.

Etait-ce important pour vous ce retour à la maison (Cameroun) ?

Oui, car il fallait que je retourne chez moi tâter le terrain et me rendre compte que j’ai une vraie force ici ! Je venais en me disant que j’espère que l’on suivra mon regard, que l’on comprendra mes styles. Je me suis rendue compte qu’on parle la même langue et, pour moi, c’était vachement important !

Vous revenez en prélude à l’inauguration du Palais des sports pour un autre concert, comment sont liés ces évènements là ?
Il y a un grand monsieur qui arrive pour le concert à Douala, c’est Ferdinand Nana Payong, qui suit ma carrière depuis longtemps et qui y a contribué énormément. J’ai, par ailleurs, joué dans un cabaret, le Kaba Ngondo, dont il était le patron. Je l’ai vu ce soir et, avec la coopération d’Abraham, qui est un peu mon attaché de presse ici, on lui propose de présenter cette soirée-là. Voilà comment Ferdinand Nana Payong, naturellement, comme il s’occupe de l’inauguration du Palais des sports, a fait appel à moi pour que je présente cet album au public de Yaoundé.

Avez-vous quand même eu l’occasion de visiter le Palais des sports en question ?
Oui, je l’ai trouvé splendide ! Je crois que j’ai une longueur d’avance sur ceux qui ne sont pas encore allés le voir. Le sentiment général que j’ai eu là-bas était que j’avais l’impression de ne pas du tout être au Cameroun, j’étais fière de me dire que nous pouvons avoir ce genre d’endroit au Cameroun. C’est beau, c’est concret !

Vous vous êtes également produite au Palais des congrès de Yaoundé, qu’attendiez-vous de ce spectacle là ?
Yaoundé, c’est un public que je connaissais très peu, parce que j’ai plus été une fille de Douala. J’étais curieuse de savoir ce que le public de Yaoundé pensait de moi, j’étais très confiante, surtout au vu de l’engouement que cela a suscité dans les médias aussi.  Le fait que j’ai été bien accueillie à Yaoundé m’a beaucoup rassurée et je me suis alors dit que je ne suis pas, tant que cela, une étrangère pour ce public-là. Il faut dire que les milliers de spectateurs qui sont venus au Palais des congrès n’ont pas été déçus !

Puisque, maintenant, vous êtes passée de l’autre coté, est-ce que vous pensez abandonner les chœurs ?
Je me suis rendue compte que c’est quelque chose que j’aime fondamentalement faire, accompagner les autres artistes.  Je n’aurai peut-être plus la même disponibilité, mais, à chaque fois que j’en aurais l’occasion, je le ferai volontiers !

Peut-être maintenant, en tant qu’artiste confirmée, vous allez élever les standards, en termes de cachet…
Vous comprenez mieux !

Quel artiste, avec lequel vous avez travaillé, vous a le plus marqué ?

Je dirais Lokua Kanza. Et il est possible que l’on sente des influences de sa musique dans mon album. Je sais et je suis sûre que tous les Camerounais l’apprécient et continueront de le savourer.  C’est tout ce qu’un artiste peut demander !

Propos recueillis par
Thierry Ngogang

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Non classé

Charlotte Dipanda :  » J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans « 

Nous recevons une personnalité qui sera probablement une future grande dame de la musique camerounaise et africaine. Elle a choisi très tôt de se consacrer à la musique sous la houlette d’un  mentor : Jeannot Hens, aujourd’hui décédé. Un début á l’âge de 14 ans dans des cabarets de la ville de Douala. Puis un départ, il y a huit, pour la France afin de voir d’autres horizons et s’ouvrir á d’autres courants musicaux. Puis un grand retour avec un premier Album Mispa …Charlotte Dipanda était invitée, il y a quelques mois, dans l’émission “Entretien”, qui est diffusée tous les jeudis  à 22 heures sur STV2

Image

Vous avez choisi Mispa comme titre de votre album. C’est le nom de votre grand-mère. Est-ce elle qui vous a élevé ?
Tout à fait! Ma mère nous a eus très jeune et ma grand-mère a un peu récupéré les enfants de tout le monde (mes tantes et oncles), voilà comment on s’est tous retrouvés á vivre chez les grands parents.

Comment était-elle avec vous, plutôt sévère ou « mère poule » dans l’éducation qu’elle vous a donnée ?
Je dirais plutôt « grand-mère poule » ! Elle savait parfaitement tempérer les tensions qu’il pouvait y avoir entre mère et fille.

Pourquoi les relations étaient-elles conflictuelles avec votre mère, est-ce parce que vous avez choisi de faire de la musique très tôt?
Oui ! J’ai commencé à me passionner pour la musique très tôt. C’est tout à fait compréhensible qu’une mère, à cette époque, n’accepte pas que sa fille de 13 ans puisse vouloir quitter l’école pour faire de la musique.

Mais d’où vous vient cette passion?
Ce qui est paradoxal est que mes oncles jouaient à des instruments de musique, ma grand-mère et même ma mère chantaient peut-être, mais ne le faisaient pas de manière très professionnelle. Et moi je débarque, je ne veux que faire de la musique. En fait, je trouvais l’école un peu ennuyeuse ! Les maths trop compliquées, la philosophie, je ne comprenais que dalle ! Alors j’ai préféré chanter à  aller à l’école.

Il semble que vous commencez à chanter dans les cabarets, très jeune…

J’ai commencé à écumer les cabarets vers l’âge de 15 ans.

Qui vous y a entraînée ?

Je n’avais pas besoin d’être entrainée …Il faut savoir que j’ai fait mes études à l’Ouest, à Mbouda, chez un oncle policier. Pendant les vacances, je suis arrivée à Douala et je n’ai plus eu envie de retourner à l’Ouest. Là-bas, je n’avais que la possibilité d’aller chanter à l’église, le dimanche. J’avais envie de m’y intéresser plus sérieusement. Et j’arrive donc ces vacances, c’était lors de la célébration de la fête de la musique et je décide d’aller à la manifestation la plus proche de mon quartier, à la Salle des fêtes d’Akwa. Je découvre la scène, le public. Je rencontre un groupe de jeunes rappeurs camerounais qui répétait une chanson qu’ils étaient censés chanter. Ils mimaient une mélodie et je me suis dit qu’il leur manquait quelque chose ! Je leur propose une voix féminine et, spontanément, je vais apprendre leur refrain. Voilà comment je me retrouve en train de me produire à la fête de la musique, de façon hasardeuse. Et nous remportons le premier prix.

Etait-ce grâce à vous ?
Je ne sais pas ! Peut être !

Comment vous retrouvez-vous à jouer dans des cabarets ensuite?
Je me retrouve dans les cabarets grâce à un artiste : Longuè Longuè. A chaque édition de la fête de la musique, c’est lui qui gagnait. C’est Longuè Longuè qui me parle pour la première fois de chanter en cabaret et, à l’époque, il chantait dans un endroit qui s’appelle Echos de Bonanjo, qui n’était pas vraiment un cabaret, mais un endroit où on pouvait chanter de 17h à 20h donc. Il se dit que j’aurais le temps d’aller à l’école. Il m’y emmène et je me souviens que j’étais au lycée Joss. A la fin des cours, j’enlevais juste le haut de ma tenue, puis je devenais une jeune fille normale.

Qu’est-ce que vos parents pensaient de tout cela ?

Le souvenir que j’ai est que très peu de personnes m’ont soutenue dans cette démarche-là ! Personne ne semblait comprendre que c’était ce que je voulais faire. Ma mère m’a dit d’arrêter, mais il a fallu que je fasse un choix.

Gagniez-vous bien votre vie en chantant dans les cabarets ?
Pas grand-chose, en plus, je faisais cela par passion !

Quel type de musique vous interprétiez ?
Céline Dion, Mariah Carey, Tony Braxton et il faut dire que j’étais branchée variétés américaines, comme tous les jeunes au lycée à cette époque là.

Au total, combien de temps vous passez en cabaret ?
Presque trois ans ! Je chantais à Douala et un peu à Yaoundé, après que l’album avec Jeannot Hens est sorti.

Justement, comment est-ce que vous rencontrez Jeannot Hens ?
Les jeunes hommes avec lesquels je squattais la scène du 21 juin pour la fête de la musique, ce sont eux qui me parlent de Jeannot Hens pour la première fois. Il préparait son album et il avait besoin d’une voix pour faire les chœurs, et ils me disent que ce serait l’occasion de flirter avec l’univers du studio, vu que je commençais à peine. Et à l’époque, Jeannot était un guitariste très doué, qui travaillait avec Petit Pays et son groupe les Sans visa.

 
Est-ce que lui ne préférait pas chanter ?
En fait, quand il fait appel à moi, c’est vraiment pour faire les chœurs et il chante lui-même ses chansons .Quand on arrive chez lui, il est assis sur son lit et il joue à la guitare, moi je tombe donc sous le charme de sa mélodie…Je rencontrais un mec assez introverti jouant magnifiquement à la guitare et,  tout de suite, j’ai eu envie de travailler avec lui …

Comment se fait-il que Jeannot qui souhaite chanter lui-même ses chansons se retrouve en train de vous laisser la place, parce que  c’est vous qui faites la voix principale au final…
Jeannot préparait cet album depuis deux ans pratiquement. Il se trouve qu’il n’était pas encore tombé d’accord avec son producteur, qui est Pascal Embon. Pendant les répétitions, je me suis permise de faire les voix lead en m’amusant et j’ai appris, par la suite, que je pourrais peut- être chanter la voix principale. C’est finalement de cette manière que je ferai donc la voix principale.

Il faut dire que l’album a été un succès mais pensez-vous que la promotion a été bonne, est-ce que cet album vous a lancée ?
Je pense que cet album s’est fait une petite santé naturellement ! C’est vrai qu’on a fait de la promotion, mais j’envisageais déjà de partir du Cameroun et ce n’était pas évident pour moi de suivre Jeannot en concert. En fait, quand j’ai accepté la collaboration, j’ai pensé m’approprier inconsciemment l’album mais, ce n’était pas le cas, malheureusement : il était à Jeannot Hens. Je crois que tous les deux on a sous-estimé cet album. Il passe à la radio et tout le monde dit que le nouvel album de Jeannot Hens. Cependant, on entendait une voix de femme, raison pour laquelle quelques journalistes et animateurs prennent l’initiative de présenter Charlotte Dipanda, via cet album-là. Et on peut dire que cela a créé de petits problèmes entre nous.

Sur le plan financier, est-ce que l’on peut dire que l’album vous a apporté quelques avantages ?
Oui, un peu. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas l’aspect financier. Cela m’importait peu. Je voyais cette aventure bien au-delà.

N’avez-vous pas été abusée  par le producteur ?

Non, pas du tout !

Parmi les titres qui vous ont fait connaître il y a, entre autres, Ndando et Longuè : de quoi parlent-ils ?

Ndando parle de discrimination.  Dans cette chanson, Jeannot dit : « je n’ai pas d’amis parce que je n’ai pas d’argent, je ne représente rien… ».  Longuè, c’est une chanson qui donne des conseils à une jeune fille qui est presque en train de s’égarer.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait ?

Pas du tout ! Moi j’ai toujours écouté  les conseils.

Ces titres, vous avez souhaité les reprendre dans votre premier album, Mispa, pourquoi ?

Simplement pour rendre hommage à celui qui m’a tenu la main. Pour moi, cela me paraissait naturel et j’avais l’impression que le projet avec Jeannot n’était pas achevé. Donc, j’ai voulu, à travers cet album, faire des concerts comme je n’avais pas pu le faire, afin que tout le monde vive l’émotion de la chanson et surtout pour que Jeannot continue à vivre.

Au moment où sort cet album avec Jeannot Hens, vous décidez de partir. Qu’est-ce qui vous pousse à partir et dans quelles conditions partez-vous ?
Je pars parce que j’avais l’impression d’avoir déjà fait le tour. J’étais toujours à la recherche de quelque chose, j’avais envie de grandir. Il faut dire que le cabaret a quelque chose de spécial. C’est que, tous les soirs, vous chantez les mêmes chansons pendant un bon nombre d’années. A un moment donné, cela devient monotone surtout pour ceux qui ont de l’ambition. Je pars parce que je rencontre d’autres artistes qui me proposent de faire autre chose : des concerts, je me rends compte que c’est très enrichissant.

Pourquoi avoir choisi la France pour destination, alors que votre mère vit aux Etats-Unis ?
Je choisis la France pour la « proximité ». Pour moi, l’Amérique c’était trop loin. J’estimais aussi que la France, c’était le carrefour des musiques du monde et j’aurai peut-être plus de chance là-bas.

Est-ce vrai que Lokua Kanza a joué un rôle dans votre décision de partir ?

Oui, tout à fait ! Je le rencontre, de façon inopinée, un soir au cabaret. Il était venu au Cameroun pour un concert et il était question qu’il recrute deux choristes sur place. Ce qui fait qu’il écumait un peu tous les cabarets. Après mon tour de chant- c’était au Sénat-, je descends et je vais m’asseoir près des autres artistes. Lui, il était déjà installé. Il me regarde et me complimente sur ma façon de chanter et je crois que, sur le coup, j’ai rougi ! Après, il nous propose de boire un pot avec les autres musiciens et c’est ainsi que, Bill Muicha et moi, il nous choisit pour l’accompagner. Au cours de nos discussions, il me fait réaliser indirectement qu’il y a plus de possibilités ailleurs…Par la suite, le cabaret à Douala ne m’intéressait plus vraiment. Alors, je décide de partir à Yaoundé, où je chante au Kaba Ngondo.

Avez-vous de la famille et qui vous accueille en France ?
Quand j’arrive, je vais voir une grande cousine que je ne connais pas personnellement, mais dont je connais les frères et sœurs qui sont au Cameroun. Je constate que c’est tellement différent de ce que l’on peut imaginer. Tout est différent ! Le climat, les mœurs …et, avec le temps, je me demandais si c’était finalement une bonne idée ! Peu après,  j’appelle Lokua et il m’invite, naturellement. A l’époque, il habitait en banlieue parisienne et avait un studio d’enregistrement chez lui, où il préparait l’album de Papa Wemba …C’était magnifique ! Ayant vu comment je mimais un tout petit peu alors, il me demande si je n’ai pas envie de poser une voix sur l’album qui n’est pas encore fini. Finalement, je fais les chœurs dans cet album et une voix lead avec papa Wemba. Je me rends donc compte que c’est une opportunité en or !

Dans le milieu musical camerounais, il y a quand même quelques vieux ténors. Avez-vous été encadrée par les anciens ?

Pas vraiment ! Les anciens, ils nous encadrent et ils ont leur définition de l’encadrement. J’ai subi beaucoup de bizutage… Mais après, il m’est arrivé de travailler pour des artistes célèbres comme Manu Dibango, Rokia Traoré, Lokua, Alpha Blondy, avec lequel j’ai fait des scènes aussi, sans oublier Axelle Red.

Vous avez aussi travaillé avec des Chinois, des Malgaches, etc. Comment cela se passe, comment arrivez vous à gérez tous ses rythmes ?
Vous savez, ce n’est pas facile, mais, c’est mon métier ! La musique a un langage universel, sauf, peut-être, au niveau de la langue. Mais les codes sont les mêmes. Pour moi, c’est très enrichissant. C’est un exercice que je prends beaucoup de plaisir à faire. Surtout que c’est un milieu où la compétition est très rude.

Cette fois-ci,  puisque vous êtes sollicitée, gagnez-vous bien votre vie ?
Oui, c’est le cas.

Quand est- ce que vous décidez de faire votre premier album solo ?
C’est quand mon fils naît ! Je n’avais plus envie de faire la choriste. Je me suis dit qu’un jour, je devrais mieux, lui expliquer mon travail. Alors, j’ai eu envie de m’affirmer ; déjà en tant que mère, mais aussi en tant que chanteuse.

Votre premier album est intitulé Mispa, c’est en hommage à votre grand-mère. Quelles ont été les conditions techniques  de sa réalisation ?
L’enregistrement nous a pris environ deux mois, mais, la composition, un peu plus de temps. J’ai travaillé avec Julien Pestre, Guy N’sanguè (le bassiste des Kassav), mon arrangeur et réalisateur. Douze titres, dont deux repris en hommage à Jeannot Hens. Il y a des ballades acoustiques et des titres qui sonnent un peu afro-jazz-rock. On a beaucoup mélangé les sonorités. D’ailleurs, je crois que je vais vous chanter le titre Mbasan, qui est une histoire d’amour…

Il y a quelques mois, vous avez donné deux concerts au Centre culturel français de Douala et un hommage vous a été rendu par la Gabonaise Annie Flore Batchielilys ; il parait que vous avez pleuré. Vous avez la larme facile ?
Oui, c’est mon côté humain. En fait, Annie Flore vient à mon concert et je me rappelle qu’il y a quelques mois, j’allais la soutenir à l’Olympia à Paris et j’admirais son concert. Donc, c’était un honneur pour moi de la voir à mon concert. C’était énorme et, en plus, je ne savais pas qu’elle devait être là.

Êtes-vous satisfaite de cette première sortie sur le Cameroun ?
Oui, surtout le fait que ce soit inattendu, pas prémédité. Je continue de vivre ce moment que m’a offert le public de mon pays. Le disque est sorti en Europe le 18 mai et je suis partie plus forte et plus confiante, vu l’accueil que j’ai eu ici.

Etait-ce important pour vous ce retour à la maison (Cameroun) ?

Oui, car il fallait que je retourne chez moi tâter le terrain et me rendre compte que j’ai une vraie force ici ! Je venais en me disant que j’espère que l’on suivra mon regard, que l’on comprendra mes styles. Je me suis rendue compte qu’on parle la même langue et, pour moi, c’était vachement important !

Vous revenez en prélude à l’inauguration du Palais des sports pour un autre concert, comment sont liés ces évènements là ?
Il y a un grand monsieur qui arrive pour le concert à Douala, c’est Ferdinand Nana Payong, qui suit ma carrière depuis longtemps et qui y a contribué énormément. J’ai, par ailleurs, joué dans un cabaret, le Kaba Ngondo, dont il était le patron. Je l’ai vu ce soir et, avec la coopération d’Abraham, qui est un peu mon attaché de presse ici, on lui propose de présenter cette soirée-là. Voilà comment Ferdinand Nana Payong, naturellement, comme il s’occupe de l’inauguration du Palais des sports, a fait appel à moi pour que je présente cet album au public de Yaoundé.

Avez-vous quand même eu l’occasion de visiter le Palais des sports en question ?
Oui, je l’ai trouvé splendide ! Je crois que j’ai une longueur d’avance sur ceux qui ne sont pas encore allés le voir. Le sentiment général que j’ai eu là-bas était que j’avais l’impression de ne pas du tout être au Cameroun, j’étais fière de me dire que nous pouvons avoir ce genre d’endroit au Cameroun. C’est beau, c’est concret !

Vous vous êtes également produite au Palais des congrès de Yaoundé, qu’attendiez-vous de ce spectacle là ?
Yaoundé, c’est un public que je connaissais très peu, parce que j’ai plus été une fille de Douala. J’étais curieuse de savoir ce que le public de Yaoundé pensait de moi, j’étais très confiante, surtout au vu de l’engouement que cela a suscité dans les médias aussi.  Le fait que j’ai été bien accueillie à Yaoundé m’a beaucoup rassurée et je me suis alors dit que je ne suis pas, tant que cela, une étrangère pour ce public-là. Il faut dire que les milliers de spectateurs qui sont venus au Palais des congrès n’ont pas été déçus !

Puisque, maintenant, vous êtes passée de l’autre coté, est-ce que vous pensez abandonner les chœurs ?
Je me suis rendue compte que c’est quelque chose que j’aime fondamentalement faire, accompagner les autres artistes.  Je n’aurai peut-être plus la même disponibilité, mais, à chaque fois que j’en aurais l’occasion, je le ferai volontiers !

Peut-être maintenant, en tant qu’artiste confirmée, vous allez élever les standards, en termes de cachet…
Vous comprenez mieux !

Quel artiste, avec lequel vous avez travaillé, vous a le plus marqué ?

Je dirais Lokua Kanza. Et il est possible que l’on sente des influences de sa musique dans mon album. Je sais et je suis sûre que tous les Camerounais l’apprécient et continueront de le savourer.  C’est tout ce qu’un artiste peut demander !

Propos recueillis par
Thierry Ngogang

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Bernard Ouandji : L’Afrique est moins exposée à la crise financière

Il en parle d’abord avec beaucoup de passion. C’est bien dans ces méandres, ceux de la finance et de l’économie, que le titulaire d’un Master of Business Administration (Mba) obtenu en 1977 à la Wharton School of Finance, université de Pennsylvanie, a passé l’essentiel de sa carrière.
Entretien mené par Junior Binyam et Leyla Kaigama (stagiaire) –




D’abord en qualité de cadre à la Société nationale d’investissement puis conseiller spécial au ministère des Finances à une époque où le Cameroun est frappé de plein fouet par la crise économique et bancaire. Va s’ensuivre pour Bernard Ouandji une carrière de consultant puis de fonctionnaire international qui va le conduire pour le compte du Programme des nations unies pour le développement (Pnud) au Burundi, en Angola et au Togo.

Un périple qui l’avait éloigné des médias camerounais, la presse privée notamment, pour lesquels il n’a jamais fait l’économie de son expertise pour éclairer une opinion peu au fait des subtilités de la finance internationale et dont les inquiétudes sont à la dimension de la psychose qui gagne le monde occidental du fait de la crise financière. A quoi rime cette dernière et quels en sont les origines et les répercussions éventuelles sur l’Afrique et le Cameroun sont des préoccupations ? Il a accepté de répondre.

Dans l’essentiel des pays occidentaux, on a les chefs d’Etats qui montent au créneau et qui sont résolument en ordre de bataille pour les mesures drastiques et faire face à la crise financière, à quoi rime cette crise?
On a connu dans le passé d’autres crises financières, à l’époque la mondialisation ne battait pas son plein. Au début des années 80, une grave crise monétaire a sévi, couplée avec des taux de changes insoutenables. L’Administration républicaine avait fait monter les taux d’intérêts à court terme aux Etats-Unis, dans le but de lutter contre l’inflation. De ce fait, le dollar était monté très haut ; ici le dollar avait dépassé 10 francs français, c’est-à-dire plus de 500 francs CFA en mars 1985. Cette crise avait nécessité une intervention concertée des banques centrales américaines, japonaises et européennes pour faire atterrir le dollar ; et la crise fut dénouée. En octobre 1987, il y eut une grande crise boursière à Wall Street dont on avait dit qu’elle était comparable à celle de 1929. Il a été possible à chaque fois de résoudre la crise, en déployant la panoplie des instruments d’intervention ; mais les choses ont recommencé de plus belle.

Qu’est ce qui se passe exactement pour qu’on atteigne ce niveau de hantise, ce niveau de mobilisation?
Cette fois-ci, l’Amérique fait face à une crise financière, qui se superpose à un malaise qui perdure depuis quelques années, à savoir la faiblesse du dollar sur le marché des changes, faiblesse qui a pour corollaire la hausse des prix du pétrole. “En effet, les exportateurs de pétrole ont tendance à augmenter les prix du pétrole dès lors que le dollar faiblit, afin de préserver leur pouvoir d’achat. En fait il y a des passerelles entre les différents malaises qui affectent la scène économique et financière mondiale”.

De quoi s’agit-il exactement ?
“Le taux d’intérêt est l’outil fondamental qu’il faut utiliser pour analyser la crise actuelle”, car c’est avant tout une situation de risque de taux qui s’est matérialisé tant en Amérique qu’en Europe. Le taux d’intérêt se décline de plusieurs façons : en premier lieu il y a le taux de base de la Federal Reserve Bank – le FED – qui est le taux à travers lequel la banque centrale américaine émet de la monnaie sur le marché pour aider à résoudre les problèmes de liquidités. On rappelle que les banques empruntent à court terme chez les déposants pour financer les prêts de plus longue maturité par le processus d’intermédiation. Sur le taux de base du FED s’indexe également le taux auquel le Gouvernement emprunte par le biais des bons du Trésor, généralement juste un demi-point au dessus du taux de base de la réserve. Secundo il y a le prime rate, qui est le taux applicable aux signatures de meilleure qualité, par exemple quand les banques prêtent aux grandes entreprises bien cotées. Le prime rate est également indexé sur le taux de base du FED avec une marge bénéficiaire plus avantageuse par rapport aux bons du trésor. Les banques gardent les bons du trésor comme volant de liquidités mais leurs bénéfices reposent essentiellement sur la vente des actifs à long terme L’indexation veut dire que lorsque le FED augmente son taux de bas, les banques augmentent le prime rate ; et inversement. Le Trésor américain est un grand intervenant sur le marché des capitaux. Lorsque l’administration républicaine a pris fonction en 2001, le budget fédéral était excédentaire. Mais il a fallu financer les efforts de guerre par l’émission de bons de trésor et c’était un facteur supplémentaire de hausse d’intérêt.

Qu’en est-il des emprunts des particuliers, notamment les fameux subprimes ?
Tous les taux se tiennent. L’évolution des taux touche également les prêts au logement souscrits par les ménages sous la forme des prêts hypothécaires de maturité allant jusqu’à 30 ans. En 2003 tous les taux d’intérêt étaient très bas et notamment le taux sur les prêts au logement, le prime rate touchant un plancher de 4%, contre 8% en fin 2007. Cette opportunité a favorisé l’expansion des prêts au logement ; une multitude d’emprunteurs marginaux se sont engouffrés dans la brèche pour acquérir des logements, les prêts étant adossés sur la valeur de la maison. “Cette catégorie d’emprunteurs est dite sub-prime parce que, avant le début de l’expansion du crédit, leurs revenus et leur apport personnel auraient été jugés insuffisants eu égard aux règles prudentielles”. D’où leur vulnérabilité aux variations négatives des conditions du marché. Ces emprunteurs marginaux ont été les premiers à être durement frappés par le retournement du marché.

La situation qu’on vit actuellement serait une situation de rareté de ressources? Qu’est ce qui s’est passé?
Oui, les ressources sont devenues à la fois rares et chères. En effet, “le FED a augmenté son taux de base de 1,13% environ en 2003 à 5.02% environ depuis fin 2007. En conséquence le refinancement des banques est devenu très onéreux” ; c’est même un exercice périlleux chez les banques qui ont accordé des crédits immobiliers à 5 .82% en 2003 et doivent se refinancer aujourd’hui à 5.02% auprès du FED alors qu’en 2003 elles se refinançaient à 1,13% seulement. En somme rareté des ressources et diminution de la profitabilité des banques.

Mais on cite aussi des difficultés sur des actifs financiers pas forcément liés à l’immobilier, pourquoi ?
Le taux d’intérêt toujours est l’outil fondamental de notre analyse parce que le risque de taux lorsqu’il se matérialise, a pour effet direct de faire baisser le prix des obligations. Les emprunts à long terme, qu’il s’agisse des prêts hypothécaires des ménages ou des obligations à 30 ans des entreprises, sont très sensibles aux variations des taux d’intérêts. Entre le prix d’une obligation et le taux d’intérêt il y a un effet de levier, car lorsque le taux du marché monte, le prix des obligations baisse ; et l’inverse est vrai car c’est le calcul actuariel qui établit ce théorème. Spécifiquement, lorsque le taux d’intérêt varie de 1 point, la valeur actuelle d’une obligation à 30 ans doit varier de 5% voire 7% s’il s’agit d’obligations à coupon zéro. Cependant, il n’y a pas de risque de taux sur les bons à court terme c’est-à-dire une variation de taux de 1% n’influe guère sur le prix des bons à trois mois. Or il se trouve qu’à partir de 2005, les autorités américaines ont commencé à relever les taux d’intérêts aux Etats-Unis et cumulativement la hausse a atteint environ 3 points. En conséquence les prix des obligations à long terme seraient affectés à la baisse.

Est-ce-à-dire que les banques qui avaient prêté sur le long terme, parce qu’il y a cette croissance au niveau des prêts immobiliers, elles sont donc en train de perdre de l’argent?
Toute période de hausse des taux d’intérêt est difficile pour les banques qui n’ont pas une base de ressource stable et peu coûteuse. Par ailleurs, . Ces banques sont obligées de passer une provision pour dépréciation des titres mais ça ne veut pas dire que les banques ont déjà perdu cette somme ; ce sont des provisions pour dépréciations des titres si les taux d’intérêts devaient rester en l’état. Dans l’exercice de calcul de provision, le risque de marché est aussi évalué et pris en compte.

La solution pour y remédier c’est donc comme dans le cas des Etats-Unis d’avoir un Etat qui vient combler le gap qui s’est créé?
A côté de l’outil d’analyse qui est le taux d’intérêt, il y a les outils d’intervention. Aux Etats-Unis il y a plusieurs intervenants et il y a le concept de prêteur de dernier ressort. La Federal Reserve Bank, le FED, est la banque centrale qui fixe le taux de base et peut irriguer l’économie en jouant le rôle de prêteur de dernier ressort quand l’ensemble du système financier ou monétaire est menacé parce que le marché interbancaire est soit asséché de liquidités, soit sous le coup de la méfiance entre les banques. C’est la situation actuelle car plus d’une banque se méfie de prêter à sa consœur. Dès lors c’est prévu que le FED est le prêteur en dernier ressort (lender of last resort) qui intervient en créant ex-nihilo de la monnaie pour résoudre les problèmes de liquidités. Pour sa part, le Trésor américain est un gros intervenant parce qu’il émet des bons de Trésors susceptibles d’exercer une pression sur les taux d’intérêts, selon l’ampleur des émissions, d’une part ; le Trésor est un prêteur en dernier ressort parce qu’il peut émettre des bons pour redresser les banques, et de telles émissions sont adossées sur le Budget fédéral des années à venir.

Se retrouve t-on dans une situation où l’Etat est obligé de battre monnaie pour combler le déficit ?
C’est le FED qui bat monnaie. La restriction à une telle création monétaire est la peur de raviver l’inflation, ce qui oblige l’Etat à négocier la création monétaire avec les autorités monétaires du FED, en promettant d’apporter des revenus dans le renflouement, le cas échéant. Mais ça ne veut pas dire que l’Etat va rembourser les prêts à la place des emprunteurs demain. La restructuration bancaire consiste à aider les banques à se recapitaliser, et substituer temporairement les bons du Trésor aux actifs mis en cause. Le Trésor américain va effectuer un portage temporaire des actifs en cause, et ces derniers devraient retourner aux banques une fois la tempête calmée et les comptes assainis.

Ca veut dire que l’Etat met de l’argent pour stabiliser une situation et retire cet argent par la suite…
Les actifs qui sont actuellement en difficulté dans les bilans de ces banques seraient remplacés par des bons du Trésor de moindre rentabilité pour les banques. Mais une banque en détresse peut se satisfaire de cette modalité parce les bons du Trésor peuvent être revendus à tout moment quand elle ressent un besoin de liquidités ; et surtout les bons du Trésor sont revendus sans perte puisqu’il n’y a pas de risque de taux sur les bons à court terme. Dans les mois à venir, les banques en détresse vont faire un portage des bons du trésor pour pouvoir équilibrer leur bilan et chercher une solution pour stabiliser le côté droit du bilan c’est-à-dire pour renforcer les fonds propre et améliorer la base de ressources pendant cette période. Pendant ce temps les banques qui ont déclaré faillite peuvent continuer de fonctionner car elles sont sous la protection du Chapter 11 de la loi américaine sur les faillites. Pendant ce temps on négocie avec un repreneur comme c’est le cas de Merrill Lynch rachetée par Bank of America. Avec le temps et la diminution du risque de marché, quelques banques peuvent se redresser avec succès et recouvrer progressivement leur autonomie ; c’est ce qu’on espère de Fannie Mae et Freddie Mac qui sont de très grosses agences de prêts hypothécaires.

On a l’impression que lorsque le système financier américain éternue, c’est le monde entier qui s’enrhume. Comment donc expliquer ce système de vase communicant qui fait qu’une crise financière qui se déclenche aux Etats-Unis inquiète une bonne partie du monde occidental et même asiatique ?
Les places financières occidentales ont toujours été assez intégrées. Nous avons une situation nouvelle depuis une dizaine d’année. Les pays asiatiques ont accumulé de très larges excédents dans leur commerce avec les Etats-Unis ; or il se trouve qu’ils choisissent de replacer leurs excédents commerciaux aux Etats-Unis. Selon Miller Samuel, une agence immobilière qui publie un indice des prix des maisons de Manhattan à New York, il s’avère qu’en 2007 un acheteur sur trois était un investisseur étranger. La Chine a de gros placements, on avance le chiffre de 455 milliards de dollars ; la Russie, pays exportateur de pétrole et gaz, aurait 155 milliards. La Chine a de gros dépôts à Lehman Brothers, précisément, banque menacée de faillite. Dès lors une menace sur la dépréciation de leurs placements aux Etats-Unis inquiète les investisseurs du monde entier. Mais des banques sont en crise en Europe pour les mêmes causes qu’en Amérique, mais en Europe les solutions impliquent davantage le Trésor et l’apport de l’argent du contribuable, alors que le système américain repose en partie sur les fonds de garantie du FDIC. En Asie, l’ampleur de la crise actuelle est moindre parce que le risque de taux ne s’est pas matérialisé dans deux pays phare. Au Japon, les taux d’intérêt sont proches de zéro car ce pays est englué dans la déflation depuis deux décennies ; donc l’amplitude de variation de taux est affaiblie. En Chine le taux d’intérêt est fixé par l’Administration, tout comme le taux de change.

Comment analysez-vous cette ingérence de l’Etat américain dans une économie libérale ou ultra libérale ?
“Dans le schéma américain, vous avez quatre institutions différentes qui ont le mandat d’intervenir pour apaiser la situation et les quatre ne sont pas toutes issues du Gouvernement”. Actuellement on voit surtout les intervenants qui sont en première ligne, à savoir le Trésor et la Federal Reserve Bank ; la raison en est que ces deux institutions se partagent le rôle de prêteur en dernier ressort du système bancaire et financier. Le FED n’est pas aux ordres de l’Administration. En seconde ligne se trouve la Security and Exchange Commission, organisme qui fut créé en 1934 avec pour rôle de gendarme du marché afin d’en corriger les excès. Les membres de cette commission sont des personnalités indépendantes du Gouvernement et des partis politiques ; leur processus de nomination passe par le Sénat. Toujours en 1934 fut créée le Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), dont le rôle est de procurer une assurance des dépôts et indemniser les épargnants en cas de faillite bancaire. Cette assurance est basée sur une prime entièrement versée par les banques. Le FDIC n’est pas un organisme étatique. Signalons que dans tous les cas de faillite bancaire à ce jour, les épargnants ont été indemnisés. Pour faire face à la situation qui prévaut, le plafond d’indemnisation vient d’être relevé de 100.000 dollars à 250.000 dollars.

C’est une situation assez inédite pour qu’on s’attarde dessus quand on sait que les Etats comme le Cameroun ont été littéralement sommé de se désengager à la fois du secteur financier et même du secteur productif c’est les thérapies que préconisaient à la fin des années 80 les institutions de Breton Wood au sortir de la crise dans laquelle nous étions. Est-ce que avec le recul en regardant ce qui se passe aux Etats-Unis et éventuellement dans les pays comme le Venezuela, est ce qu’on n’a pas trop vite sorti l’Etat camerounais du jeu?
L’intervention de l’Etat américain relève du concept de prêteur en dernier ressort et ce concept ne date pas d’aujourd’hui. Quand on a une économie qui fonctionne sur les règles du marché, on sait qu’en cas de crise on applique le concept pour résoudre la crise. La grande différence entre la résolution d’une crise bancaire en Afrique, et la situation qui prévaut aux Etats-Unis et en Europe c’est que Washington, Paris, Berlin ont largement les moyens pour jouer le rôle de prêteur en dernier ressort. Au contraire vous avez des Etats africains qui ont zappé sur les avancements des fonctionnaires et sur leur dette intérieure courante depuis longtemps; ils ne peuvent jouer un quelconque rôle de prêteur de dernier ressort.
On a l’impression, à voir la réaction des politiques notamment, qu’on n’avait rien vu venir et qu’on est surpris. Est-ce qu’il n’y a pas derrière une manœuvre de spéculation ?
En réponse aux poussées inflationnistes, “la banque centrale européenne a commencé à relever son taux d’escompte en 2004, et le FED a emboîté le pas afin pour que le dollar ne chute pas” ; peine perdue, du reste. Tous sont donc entrés dans une psychose de résurgence de l’inflation suscitée par la hausse de prix de pétrole. Vous demandez si on n’avait rien vu venir. Dans une étude que le Fmi a publiée sur son site internet en juillet 2008, avec pour titre " What goes up must come down " ; l’auteur paraphrase une métaphore bien connue en Amérique qui signifie que les prix montent et baissent en fonction des conditions du marché. L’auteur de l’étude a calculé que les prix des maisons étaient surestimés d’environ 20% dans plusieurs régions des Etats-Unis. Il y a six mois, le Directeur général du Fmi avait déjà tiré sur la sonnette d’alarme dans une déclaration adressée à tous ; elle est également postée sur le net.
Les signes annonciateurs étaient donc déjà cette crise immobilière qu’on vit aux Etats-Unis avec des ménages qui n’arrivant plus honorer leurs traites se sont retrouvés dans la rue…
C’était déjà prévisible. En 2005 j’ai visité les Etats-Unis et j’ai trouvé des gens que je connaissais qui était entrain d’acheter une maison et on leur avait conseillé de prendre ce qu’on appelle ARM (Adjustable Rate Mortage). C’est-à-dire un taux d’intérêt révisable au bout de trois ans ou cinq ans ; parce que les taux d’intérêts peuvent varier. J’ai fait valoir devant mes interlocuteurs que les taux d’intérêts avaient atteint un plancher depuis 2003 et ne pouvaient que remonter. Malheureusement la majorité des gens désireux d’acquérir un logement ont signé des contrats de prêts comportant des taux d’intérêts révisables. Trois ans plus tard quand les taux sont remontés, ils sont en difficulté parce que leurs charges financières mensuelles ont augmenté. Ils vendent leurs maisons et alors comme du coup tout le monde se met à vendre sa maison, le prix s’effondre. D’autres raisons ont poussé certains ménages à vendre, par exemple ont vend pour déménager dans une autre ville à cause d’un nouveau poste de travail ; ou encore pour cause de liquidation d’héritage ou de divorce etc. Mais quand même ce n’est pas toute l’Amérique qui est en faillite ; le flux des ventes de maisons par rapport au stock de maisons atteint à peine 5%, selon l’étude du Fmi précitée. Et la Federal Housing Enterprise Oversight, le nombre de prêts hypothécaires dans la catégorie subprime qui ont été déclarés sinistré est de 4%, contre à peine 1% sur l’ensemble des prêts et 0,5% des prêts sous le prime rate.

Pour revenir au taux d’intérêt, est ce que ce n’est pas une décision de souveraineté qui le fixe, qu’est ce qui impose sa fluctuation ?
Les taux d’intérêts sont liés à la capacité des bases d’une part et ceux qui ont des surplus d’autre part et aussi par la demande exercée par les emprunteurs. Nous avons vu dans les dernières années une hausse du coût de l’énergie, une hausse des pressions inflationnistes qui ont poussé les autorités à utiliser le relèvement du taux d’intérêt comme instrument pour lutter contre l’inflation. Dès lors que nous serions dans une phase où les pressions inflationnistes vont diminuer par exemple si le prix du pétrole commence à diminuer, on aura une différence d’appréciation pouvant encourager les banques centrales européennes et américaines à diminuer le taux d’intérêt.

On n’est pas dans une perspective de chute des cours du pétrole étant donné que la demande, notamment celle de la Chine et de l’Inde, se fait de plus en plus forte et que la production ne suit pas. Dans cette situation, c’est la faillite du monde alors ?
Le pétrole est une denrée stratégique, son prix obéit à deux logique : la logique de sécurité et la logique du marché. Donc lorsqu’il y a des problèmes de sécurité, attaque de pirates, insécurité, terrorisme, notamment dans les zones productrices de pétrole, cela a tendance à faire bouger les cours. Quant à la logique du marché c’est tout simplement la logique de l’offre et de la demande d’un bien ; ainsi, le prix d’équilibre d’un bien fût-il le pétrole, c’est son coût de revient augmentée d’une marge concurrence et compétitive. En juin 1983, en pleine tourmente du marché pétrolier, Le Monde publiait une contribution du Pdg d’Elf à l’époque, Michel Pecqueur. Il affirmait sa conviction qu’à moyen terme, le prix du pétrole devait stabiliser autour de 18 dollars le baril, évalué sur la base du coût de revient plus une marge. En décembre 1985 le prix du baril dégringola de 31 dollars à 9 dollars en l’espace d’une semaine, avant de remonter et fluctuer. En décembre 1999, ce prix retrouvait le niveau de 9 dollars. Actuellement, et dans n’importe quelle région du monde, on peut extraire le pétrole, le pomper dans un pipe-line et le mettre dans les navires à un coût de 30 dollars le baril au maximum. Le marché ne peut pas indéfiniment absorber un pétrole à 130 dollars le baril, c’est pourquoi tôt ou tard le prix du pétrole doit baisser significativement pour se rapprocher du prix de revient ; le baril de pétrole autour de 60 dollars est une perspective peu lointaine et une telle évolution devrait assainir la situation économique pour tous.

Est-ce que le marché financier est quelque chose d’aussi instable et précaire pour qu’on enregistre ce type de crise à répétition ?
Ce n’est pas la première fois que vous avez des variations de taux d’intérêts qui amplifient la variation des valeurs des actifs, parfois on anticipe simplement ces variations de taux. Le risque de taux c’est le risque de dépréciation des actifs financiers causé par une variation des taux d’intérêts et les risques du marché proviennent donc des facteurs tels que l’inflation, le taux d’énergie, le taux de croissance, le taux d’investissement, la peur d’une récession etc. Dans la situation actuelle nous avons donc cette de combinaison de risque de taux et de risque de marché superposés, ce qui a amplifié la crise.

L’Etat américain a décidé de mettre quelque 700 milliards dans son système financier. Mais la bourse de Wall Street est toujours dans l’expectative et ne décolle pas. Est-ce à dire que les solutions proposées par le trésor seraient inopérantes?
Un trader de Chicago interviewé sur Cnn affirmait bien avant l’adoption du plan de 700 milliards qu’une telle injection reviendrait à verser de l’argent sur le problème sans pour autant résoudre le problème. Il se peut qu’en fin de compte qu’on n’ait pas besoin de débourser jusqu’à 700 milliards pour résoudre la crise financière actuelle. Cette somme provient d’une évaluation du risque de dépréciation des titres. On ne vend jamais tout le portefeuille à la fois ; de plus ce sont des provisions qui sont faites par des établissements financiers exposés à ces risques potentiels et ici comme en Assurance, les provisions ont un caractère subjectif car on peut provisionner à 10%, 20%, 30% selon l’appréciation subjective faite du risque encouru. En l’occurrence les provisions sont très élevées à cause du taux d’intérêt et de la crainte d’une récession générale de l’économie ; mais elles pourraient diminuer si les autres compartiments de l’économie s’améliorent suffisamment pour autoriser une baisse des taux d’intérêt.

Est-ce que ce ne sont pas des situations politiques qui ont conduit à la crise financière du moment?
Les causes sont des paramètres économiques mais il est certain que pour s’en sortir il faudra des négociations politiques impliquant le G8, certes mais pourquoi pas les nouveaux acteurs qui sont devenus incontournables. Et pour avoir des effets durables, ces négociations devraient porter sur la monnaie et les finances bien sûr, et également sur les prix de l’énergie et pourquoi pas des biens alimentaires aussi.

Qu’est ce que l’Afrique a à redouter d’une situation pareille ?
La vulnérabilité est très grande aux Etats-Unis parce le système financier est très développé ; à titre d’indication, le ratio des prêts par rapport aux dépôts qui mesure le degré d’intermédiation est loin au-dessus de 3 à 1 aux Etats-Unis ; mais juste de 1 à 1 dans des grands pays d’Europe comme le Royaume Uni, l’Allemagne et en également en Afrique du Sud ; au-dessous de 0,6 à 1 en Chine, Inde. Quant aux pays africains, l’Afrique du Sud mise à part, ils sont peu bancarisés, et les pays francophones encore moins. Dans la Zone franc, les banques éprouvent de la peine à se trouver des réemplois à leurs ressources. Nombre de nos banques sont des filiales de banques occidentales et pourraient perdre leurs avoirs dans les comptes de correspondants et leurs placements si cela se trouve. Mais la plupart des banques centrales africaines diversifient leurs placements et sont ainsi moins exposées. D’une façon générale nos pays africains sont peu bancarisés, et corollairement peu développés.

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