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Yaoundé : Le jazz n’a pas dit son dernier mot

 

Aujourd’hui essoufflé, il a pourtant connu son heure de gloire grâce au talent des instrumentistes et à l’encadrement des étrangers.

Du 17 au 20 février dernier, L’Awalé Jazz Festiva a tenu promesse. Pour la deuxième année consécutive en effet, L’Awalé jazz festival est allé à la rencontre d’un public sevré depuis quelques années de pareil rendez-vous depuis les derniers spasmes de "Jazz sans frontières" dont l’hallali avait été sonné en 2007 à la suite d’un fiasco fort retentissant lié à l’absence de la vedette américaine Earl Klugh pourtant annoncé à Yaoundé. Avec ce nouveau projet, les mélomanes de jazz se sont, au cours de ces soirées multiples au restaurant L’Awalé sis au quartier Hippodrome, mis à rêver. Surtout pour les plus âgés qui ne manquent pas à la première occasion de fouiller dans la nostalgie qui les travaille au quotidien pour se retrouver en ces années 1970 où la jazz avait droit de cité à Yaoundé. C’est en effet au début de cette décennie-là et avec l’inauguration quelques années plus tôt de l’Hôtel Mont-Fébé que tout a commencé.

Cela grâce à l’orchestre mis en place et qui comprenait pas moins de 17 membres. Le batteur Steve Ndzana qui en était se souvient: "C’était un grand moment car il est celui qui a permis de poser les fondamentaux à travers des instrumentistes qui allaient plus tard être reconnus comme la première génération de jazzmen de Yaoundé". C’est ainsi que, bien après Douala qui avait déjà vu des stars naissantes comme Daniel Ndoumbé Eyango et Titi avec son orchestre "Les atomes" donner le là dans des espaces comme La jungle, de nouveaux noms allaient apparaître au firmament du jazz camerounais. On parle alors de Roger Minala qui allait plus tard créer Vallée bar qui a donné son nom au Carrefour Vallée au quartier Nlongkack; de Francis Kingué d’Adala Gildo, du saxophoniste Ringo, du trompettiste Ted Mekoulou, des organistes Simon Timbane dit Fraz et Charles Tina et William Medou Ava’a, du guitariste Baba Moussa ou encore de Jean-Pierre Nghonda.

Des figures qui allaient pour se déployer, trouver d’autres espaces d’expression. C’est ainsi que sous la houlette de Jerry Prillaman, des work shops et autres jam sessions seront organisés par le Centre culturel américain. C’est alors le temps béni de la Rue Narvick. Nous sommes là en 1975 et deux ans durant, le jazz va dévoiler toutes ses facettes dans cet espace où Adala Gildo façonne nombre de talents d’avenir. Une fièvre que ne va pas arrêter les travaux de réaménagement de l’espace survenus en 1977 et qui va obliger les instrumentistes à migrer vers le Goethe Institut tout proche (à côté de l’actuel ministère du Contrôle supérieur de l’Etat). Les jam sessions vont donc se poursuivre sous la houlette de Dieter Köster avec les pics tous les mardis soirs. "C’était une belle époque car ce fût l’occasion pour moi et les autres musiciens de faire la connaissance de grands noms du jazz allemand comme Reiner von Essen du Ballet House de Munich, Volker Krieger et bien d’autres", se souvient M. Gildo.

"Sous les manguiers"
Un point de vue que confirme Steve Ndzana pour qui "il n’y avait aucune raison de rechigner à aller apprendre auprès d’eux. Pour moi qui ait beaucoup voyagé, ce n’est qu’ici à Yaoundé que j’ai eu l’occasion de côtoyer les plus grands qui venaient toujours partager avec nous ce feeling envahissant qui avait embrasé nos coeurs et nos membres". De cette époque allait d’ailleurs naître le fameux "Manifeste de jazz made in Cameroon" conçu "pour inciter la création de nos artistes qui pouvaient alors puiser dans le jazz envahissant des ressorts pour mieux valoriser notre musique traditionnelle", se souvient M. Gildo. Ce qui a d’ailleurs fortement influencé le batteur Brice Wassy et son Kù jazz. Durant cette période, de jeunes loups comme Jean-Paul Lietcheu dont le talent va commencer à percer au lendemain du déménagement du Goethe Institut à l’Avenue du président Kennedy vont entrer dans la danse.

Un déménagement qui ne va cependant pas plomber le mouvement qui va élire domicile au Centre culturel français sous la conduite d’un certain Guy Moret, fraîchement débarqué à Yaoundé. Avec Steve Ndzana, il va imaginer le concept "Jazz sous les manguiers". Le deuxième s’en souvient: "A son arrivée, il a tout de suite manifesté son envie pour le jazz et nous avons commencé à voir comment on pouvait réaliser cette envie. C’est ainsi que la formule de départ était de constituer un orchestre au Ccf. Rapidement, je me suis chargé de réunir des membres. Il croyait tellement à ce projet qu’il a décidé de faire venir un instrumentiste de Douala une fois par semaine pour répéter avec nous".

Un beau projet dont le nom de départ était "Jazz expérience" qui allait cependant faire long feu, le groupe n’ayant jamais réussi à se réunir au complet.
Pour Adala Gildo cependant, la naissance de ce festival a pour point de départ "un concert que nous avons donné à l’Université de Yaoundé grâce à l’entregent de Guy Moret et à la disponibilité du chancelier Joseph Owona qui a adhéré tout de suite. Au sortir de ce qui fût une réussite, nous sommes entrés en réunion au Goethe Institut avec les directeurs des centres culturels étrangers, David Ndachi Tagne et moi. Puis, nous sommes allés au ministère de l’Information et de la Culture où je travaillais et avons été reçu par son secrétaire d’Etat Raphaël Onambélé avec qui nous avons discuté d’un projet de festival. C’est d’ailleurs lui qui a donné le nom de Jazz sous les manguiers, une sorte de transformation de Jazz sous les Pommiers ou sous les Platanes qui avaient cours en France".

"Jazz sans frontières"
C’est ainsi que quatre ans durant, le jazz va avoir sa messe à Yaoundé. Jusqu’à ce que le colonel Teyang en hérite du projet "suite à un forcing" selon M. Ndzana. Forcing qui va éloigner les membres originels qui ne se reconnaissent plus sous ce nouveau concept. Les dernières éditions sont donc pénibles et finissent par disparaître. Il faut attendre le tournant des années 2000 pour voir "Jazz sans frontières" entrer en scène avant lui aussi de décéder quelques éditions seulement plus loin. Suivra une traversée du désert jusqu’à ce nouveau concept de L’Awalé qui fait dire à Jean-Paul Lietcheu que "c’est un signal d’un probable retour en selle de ce courant musical, car les musiciens sont encore là. Il faut seulement que les organisateurs de spectacles qui avaient disparus de la scène reviennent."

Un optimisme que ne partage point Steve Ndzana pour qui "le jazz reste avant tout une musique scientifique. Ce qui a tué le jazz c’est cette intrusion de non professionnels dans le milieu avec leur adoubement par un certain public. Du coup, la nouvelle génération a pensé que le travail de fond comme celui de l’écriture des partitions était superflu. Résultat, la scène jazzistique est pauvre. C’est pourquoi je dis aux jeunes qui sont dans le milieu de travailler, rien ne s’obtient sans travail. L’Etat doit aussi penser à créer des conservatoires pour faire pérenniser un art pour lequel les Camerounais ont des prédisposition". Un vœu qui doit habiter de nouveaux jeunes talents comme Henri Ngassa, le dernier d’une lignée qui a déjà donné deux précédents trompettistes dont le père Ignace qui fit les beaux jours de l’orchestre de la police et le jeune Terence qui coule des jours heureux au pays de Goethe. Tout comme le saxophoniste Kayou qui a déposé ses valises en France il y a quelques années où il a retrouvé de glorieux devancier comme Jean-Jacques Elangué ou Jimmy Mvondo.

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Yaoundé : Le jazz n’a pas dit son dernier mot

 

Aujourd’hui essoufflé, il a pourtant connu son heure de gloire grâce au talent des instrumentistes et à l’encadrement des étrangers.

Du 17 au 20 février dernier, L’Awalé Jazz Festiva a tenu promesse. Pour la deuxième année consécutive en effet, L’Awalé jazz festival est allé à la rencontre d’un public sevré depuis quelques années de pareil rendez-vous depuis les derniers spasmes de "Jazz sans frontières" dont l’hallali avait été sonné en 2007 à la suite d’un fiasco fort retentissant lié à l’absence de la vedette américaine Earl Klugh pourtant annoncé à Yaoundé. Avec ce nouveau projet, les mélomanes de jazz se sont, au cours de ces soirées multiples au restaurant L’Awalé sis au quartier Hippodrome, mis à rêver. Surtout pour les plus âgés qui ne manquent pas à la première occasion de fouiller dans la nostalgie qui les travaille au quotidien pour se retrouver en ces années 1970 où la jazz avait droit de cité à Yaoundé. C’est en effet au début de cette décennie-là et avec l’inauguration quelques années plus tôt de l’Hôtel Mont-Fébé que tout a commencé.

Cela grâce à l’orchestre mis en place et qui comprenait pas moins de 17 membres. Le batteur Steve Ndzana qui en était se souvient: "C’était un grand moment car il est celui qui a permis de poser les fondamentaux à travers des instrumentistes qui allaient plus tard être reconnus comme la première génération de jazzmen de Yaoundé". C’est ainsi que, bien après Douala qui avait déjà vu des stars naissantes comme Daniel Ndoumbé Eyango et Titi avec son orchestre "Les atomes" donner le là dans des espaces comme La jungle, de nouveaux noms allaient apparaître au firmament du jazz camerounais. On parle alors de Roger Minala qui allait plus tard créer Vallée bar qui a donné son nom au Carrefour Vallée au quartier Nlongkack; de Francis Kingué d’Adala Gildo, du saxophoniste Ringo, du trompettiste Ted Mekoulou, des organistes Simon Timbane dit Fraz et Charles Tina et William Medou Ava’a, du guitariste Baba Moussa ou encore de Jean-Pierre Nghonda.

Des figures qui allaient pour se déployer, trouver d’autres espaces d’expression. C’est ainsi que sous la houlette de Jerry Prillaman, des work shops et autres jam sessions seront organisés par le Centre culturel américain. C’est alors le temps béni de la Rue Narvick. Nous sommes là en 1975 et deux ans durant, le jazz va dévoiler toutes ses facettes dans cet espace où Adala Gildo façonne nombre de talents d’avenir. Une fièvre que ne va pas arrêter les travaux de réaménagement de l’espace survenus en 1977 et qui va obliger les instrumentistes à migrer vers le Goethe Institut tout proche (à côté de l’actuel ministère du Contrôle supérieur de l’Etat). Les jam sessions vont donc se poursuivre sous la houlette de Dieter Köster avec les pics tous les mardis soirs. "C’était une belle époque car ce fût l’occasion pour moi et les autres musiciens de faire la connaissance de grands noms du jazz allemand comme Reiner von Essen du Ballet House de Munich, Volker Krieger et bien d’autres", se souvient M. Gildo.

"Sous les manguiers"
Un point de vue que confirme Steve Ndzana pour qui "il n’y avait aucune raison de rechigner à aller apprendre auprès d’eux. Pour moi qui ait beaucoup voyagé, ce n’est qu’ici à Yaoundé que j’ai eu l’occasion de côtoyer les plus grands qui venaient toujours partager avec nous ce feeling envahissant qui avait embrasé nos coeurs et nos membres". De cette époque allait d’ailleurs naître le fameux "Manifeste de jazz made in Cameroon" conçu "pour inciter la création de nos artistes qui pouvaient alors puiser dans le jazz envahissant des ressorts pour mieux valoriser notre musique traditionnelle", se souvient M. Gildo. Ce qui a d’ailleurs fortement influencé le batteur Brice Wassy et son Kù jazz. Durant cette période, de jeunes loups comme Jean-Paul Lietcheu dont le talent va commencer à percer au lendemain du déménagement du Goethe Institut à l’Avenue du président Kennedy vont entrer dans la danse.

Un déménagement qui ne va cependant pas plomber le mouvement qui va élire domicile au Centre culturel français sous la conduite d’un certain Guy Moret, fraîchement débarqué à Yaoundé. Avec Steve Ndzana, il va imaginer le concept "Jazz sous les manguiers". Le deuxième s’en souvient: "A son arrivée, il a tout de suite manifesté son envie pour le jazz et nous avons commencé à voir comment on pouvait réaliser cette envie. C’est ainsi que la formule de départ était de constituer un orchestre au Ccf. Rapidement, je me suis chargé de réunir des membres. Il croyait tellement à ce projet qu’il a décidé de faire venir un instrumentiste de Douala une fois par semaine pour répéter avec nous".

Un beau projet dont le nom de départ était "Jazz expérience" qui allait cependant faire long feu, le groupe n’ayant jamais réussi à se réunir au complet.
Pour Adala Gildo cependant, la naissance de ce festival a pour point de départ "un concert que nous avons donné à l’Université de Yaoundé grâce à l’entregent de Guy Moret et à la disponibilité du chancelier Joseph Owona qui a adhéré tout de suite. Au sortir de ce qui fût une réussite, nous sommes entrés en réunion au Goethe Institut avec les directeurs des centres culturels étrangers, David Ndachi Tagne et moi. Puis, nous sommes allés au ministère de l’Information et de la Culture où je travaillais et avons été reçu par son secrétaire d’Etat Raphaël Onambélé avec qui nous avons discuté d’un projet de festival. C’est d’ailleurs lui qui a donné le nom de Jazz sous les manguiers, une sorte de transformation de Jazz sous les Pommiers ou sous les Platanes qui avaient cours en France".

"Jazz sans frontières"
C’est ainsi que quatre ans durant, le jazz va avoir sa messe à Yaoundé. Jusqu’à ce que le colonel Teyang en hérite du projet "suite à un forcing" selon M. Ndzana. Forcing qui va éloigner les membres originels qui ne se reconnaissent plus sous ce nouveau concept. Les dernières éditions sont donc pénibles et finissent par disparaître. Il faut attendre le tournant des années 2000 pour voir "Jazz sans frontières" entrer en scène avant lui aussi de décéder quelques éditions seulement plus loin. Suivra une traversée du désert jusqu’à ce nouveau concept de L’Awalé qui fait dire à Jean-Paul Lietcheu que "c’est un signal d’un probable retour en selle de ce courant musical, car les musiciens sont encore là. Il faut seulement que les organisateurs de spectacles qui avaient disparus de la scène reviennent."

Un optimisme que ne partage point Steve Ndzana pour qui "le jazz reste avant tout une musique scientifique. Ce qui a tué le jazz c’est cette intrusion de non professionnels dans le milieu avec leur adoubement par un certain public. Du coup, la nouvelle génération a pensé que le travail de fond comme celui de l’écriture des partitions était superflu. Résultat, la scène jazzistique est pauvre. C’est pourquoi je dis aux jeunes qui sont dans le milieu de travailler, rien ne s’obtient sans travail. L’Etat doit aussi penser à créer des conservatoires pour faire pérenniser un art pour lequel les Camerounais ont des prédisposition". Un vœu qui doit habiter de nouveaux jeunes talents comme Henri Ngassa, le dernier d’une lignée qui a déjà donné deux précédents trompettistes dont le père Ignace qui fit les beaux jours de l’orchestre de la police et le jeune Terence qui coule des jours heureux au pays de Goethe. Tout comme le saxophoniste Kayou qui a déposé ses valises en France il y a quelques années où il a retrouvé de glorieux devancier comme Jean-Jacques Elangué ou Jimmy Mvondo.

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Yaoundé : Le jazz n’a pas dit son dernier mot

 

Aujourd’hui essoufflé, il a pourtant connu son heure de gloire grâce au talent des instrumentistes et à l’encadrement des étrangers.

Du 17 au 20 février dernier, L’Awalé Jazz Festiva a tenu promesse. Pour la deuxième année consécutive en effet, L’Awalé jazz festival est allé à la rencontre d’un public sevré depuis quelques années de pareil rendez-vous depuis les derniers spasmes de "Jazz sans frontières" dont l’hallali avait été sonné en 2007 à la suite d’un fiasco fort retentissant lié à l’absence de la vedette américaine Earl Klugh pourtant annoncé à Yaoundé. Avec ce nouveau projet, les mélomanes de jazz se sont, au cours de ces soirées multiples au restaurant L’Awalé sis au quartier Hippodrome, mis à rêver. Surtout pour les plus âgés qui ne manquent pas à la première occasion de fouiller dans la nostalgie qui les travaille au quotidien pour se retrouver en ces années 1970 où la jazz avait droit de cité à Yaoundé. C’est en effet au début de cette décennie-là et avec l’inauguration quelques années plus tôt de l’Hôtel Mont-Fébé que tout a commencé.

Cela grâce à l’orchestre mis en place et qui comprenait pas moins de 17 membres. Le batteur Steve Ndzana qui en était se souvient: "C’était un grand moment car il est celui qui a permis de poser les fondamentaux à travers des instrumentistes qui allaient plus tard être reconnus comme la première génération de jazzmen de Yaoundé". C’est ainsi que, bien après Douala qui avait déjà vu des stars naissantes comme Daniel Ndoumbé Eyango et Titi avec son orchestre "Les atomes" donner le là dans des espaces comme La jungle, de nouveaux noms allaient apparaître au firmament du jazz camerounais. On parle alors de Roger Minala qui allait plus tard créer Vallée bar qui a donné son nom au Carrefour Vallée au quartier Nlongkack; de Francis Kingué d’Adala Gildo, du saxophoniste Ringo, du trompettiste Ted Mekoulou, des organistes Simon Timbane dit Fraz et Charles Tina et William Medou Ava’a, du guitariste Baba Moussa ou encore de Jean-Pierre Nghonda.

Des figures qui allaient pour se déployer, trouver d’autres espaces d’expression. C’est ainsi que sous la houlette de Jerry Prillaman, des work shops et autres jam sessions seront organisés par le Centre culturel américain. C’est alors le temps béni de la Rue Narvick. Nous sommes là en 1975 et deux ans durant, le jazz va dévoiler toutes ses facettes dans cet espace où Adala Gildo façonne nombre de talents d’avenir. Une fièvre que ne va pas arrêter les travaux de réaménagement de l’espace survenus en 1977 et qui va obliger les instrumentistes à migrer vers le Goethe Institut tout proche (à côté de l’actuel ministère du Contrôle supérieur de l’Etat). Les jam sessions vont donc se poursuivre sous la houlette de Dieter Köster avec les pics tous les mardis soirs. "C’était une belle époque car ce fût l’occasion pour moi et les autres musiciens de faire la connaissance de grands noms du jazz allemand comme Reiner von Essen du Ballet House de Munich, Volker Krieger et bien d’autres", se souvient M. Gildo.

"Sous les manguiers"
Un point de vue que confirme Steve Ndzana pour qui "il n’y avait aucune raison de rechigner à aller apprendre auprès d’eux. Pour moi qui ait beaucoup voyagé, ce n’est qu’ici à Yaoundé que j’ai eu l’occasion de côtoyer les plus grands qui venaient toujours partager avec nous ce feeling envahissant qui avait embrasé nos coeurs et nos membres". De cette époque allait d’ailleurs naître le fameux "Manifeste de jazz made in Cameroon" conçu "pour inciter la création de nos artistes qui pouvaient alors puiser dans le jazz envahissant des ressorts pour mieux valoriser notre musique traditionnelle", se souvient M. Gildo. Ce qui a d’ailleurs fortement influencé le batteur Brice Wassy et son Kù jazz. Durant cette période, de jeunes loups comme Jean-Paul Lietcheu dont le talent va commencer à percer au lendemain du déménagement du Goethe Institut à l’Avenue du président Kennedy vont entrer dans la danse.

Un déménagement qui ne va cependant pas plomber le mouvement qui va élire domicile au Centre culturel français sous la conduite d’un certain Guy Moret, fraîchement débarqué à Yaoundé. Avec Steve Ndzana, il va imaginer le concept "Jazz sous les manguiers". Le deuxième s’en souvient: "A son arrivée, il a tout de suite manifesté son envie pour le jazz et nous avons commencé à voir comment on pouvait réaliser cette envie. C’est ainsi que la formule de départ était de constituer un orchestre au Ccf. Rapidement, je me suis chargé de réunir des membres. Il croyait tellement à ce projet qu’il a décidé de faire venir un instrumentiste de Douala une fois par semaine pour répéter avec nous".

Un beau projet dont le nom de départ était "Jazz expérience" qui allait cependant faire long feu, le groupe n’ayant jamais réussi à se réunir au complet.
Pour Adala Gildo cependant, la naissance de ce festival a pour point de départ "un concert que nous avons donné à l’Université de Yaoundé grâce à l’entregent de Guy Moret et à la disponibilité du chancelier Joseph Owona qui a adhéré tout de suite. Au sortir de ce qui fût une réussite, nous sommes entrés en réunion au Goethe Institut avec les directeurs des centres culturels étrangers, David Ndachi Tagne et moi. Puis, nous sommes allés au ministère de l’Information et de la Culture où je travaillais et avons été reçu par son secrétaire d’Etat Raphaël Onambélé avec qui nous avons discuté d’un projet de festival. C’est d’ailleurs lui qui a donné le nom de Jazz sous les manguiers, une sorte de transformation de Jazz sous les Pommiers ou sous les Platanes qui avaient cours en France".

"Jazz sans frontières"
C’est ainsi que quatre ans durant, le jazz va avoir sa messe à Yaoundé. Jusqu’à ce que le colonel Teyang en hérite du projet "suite à un forcing" selon M. Ndzana. Forcing qui va éloigner les membres originels qui ne se reconnaissent plus sous ce nouveau concept. Les dernières éditions sont donc pénibles et finissent par disparaître. Il faut attendre le tournant des années 2000 pour voir "Jazz sans frontières" entrer en scène avant lui aussi de décéder quelques éditions seulement plus loin. Suivra une traversée du désert jusqu’à ce nouveau concept de L’Awalé qui fait dire à Jean-Paul Lietcheu que "c’est un signal d’un probable retour en selle de ce courant musical, car les musiciens sont encore là. Il faut seulement que les organisateurs de spectacles qui avaient disparus de la scène reviennent."

Un optimisme que ne partage point Steve Ndzana pour qui "le jazz reste avant tout une musique scientifique. Ce qui a tué le jazz c’est cette intrusion de non professionnels dans le milieu avec leur adoubement par un certain public. Du coup, la nouvelle génération a pensé que le travail de fond comme celui de l’écriture des partitions était superflu. Résultat, la scène jazzistique est pauvre. C’est pourquoi je dis aux jeunes qui sont dans le milieu de travailler, rien ne s’obtient sans travail. L’Etat doit aussi penser à créer des conservatoires pour faire pérenniser un art pour lequel les Camerounais ont des prédisposition". Un vœu qui doit habiter de nouveaux jeunes talents comme Henri Ngassa, le dernier d’une lignée qui a déjà donné deux précédents trompettistes dont le père Ignace qui fit les beaux jours de l’orchestre de la police et le jeune Terence qui coule des jours heureux au pays de Goethe. Tout comme le saxophoniste Kayou qui a déposé ses valises en France il y a quelques années où il a retrouvé de glorieux devancier comme Jean-Jacques Elangué ou Jimmy Mvondo.

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Yaoundé : Le jazz n’a pas dit son dernier mot

 

Aujourd’hui essoufflé, il a pourtant connu son heure de gloire grâce au talent des instrumentistes et à l’encadrement des étrangers.

Du 17 au 20 février dernier, L’Awalé Jazz Festiva a tenu promesse. Pour la deuxième année consécutive en effet, L’Awalé jazz festival est allé à la rencontre d’un public sevré depuis quelques années de pareil rendez-vous depuis les derniers spasmes de "Jazz sans frontières" dont l’hallali avait été sonné en 2007 à la suite d’un fiasco fort retentissant lié à l’absence de la vedette américaine Earl Klugh pourtant annoncé à Yaoundé. Avec ce nouveau projet, les mélomanes de jazz se sont, au cours de ces soirées multiples au restaurant L’Awalé sis au quartier Hippodrome, mis à rêver. Surtout pour les plus âgés qui ne manquent pas à la première occasion de fouiller dans la nostalgie qui les travaille au quotidien pour se retrouver en ces années 1970 où la jazz avait droit de cité à Yaoundé. C’est en effet au début de cette décennie-là et avec l’inauguration quelques années plus tôt de l’Hôtel Mont-Fébé que tout a commencé.

Cela grâce à l’orchestre mis en place et qui comprenait pas moins de 17 membres. Le batteur Steve Ndzana qui en était se souvient: "C’était un grand moment car il est celui qui a permis de poser les fondamentaux à travers des instrumentistes qui allaient plus tard être reconnus comme la première génération de jazzmen de Yaoundé". C’est ainsi que, bien après Douala qui avait déjà vu des stars naissantes comme Daniel Ndoumbé Eyango et Titi avec son orchestre "Les atomes" donner le là dans des espaces comme La jungle, de nouveaux noms allaient apparaître au firmament du jazz camerounais. On parle alors de Roger Minala qui allait plus tard créer Vallée bar qui a donné son nom au Carrefour Vallée au quartier Nlongkack; de Francis Kingué d’Adala Gildo, du saxophoniste Ringo, du trompettiste Ted Mekoulou, des organistes Simon Timbane dit Fraz et Charles Tina et William Medou Ava’a, du guitariste Baba Moussa ou encore de Jean-Pierre Nghonda.

Des figures qui allaient pour se déployer, trouver d’autres espaces d’expression. C’est ainsi que sous la houlette de Jerry Prillaman, des work shops et autres jam sessions seront organisés par le Centre culturel américain. C’est alors le temps béni de la Rue Narvick. Nous sommes là en 1975 et deux ans durant, le jazz va dévoiler toutes ses facettes dans cet espace où Adala Gildo façonne nombre de talents d’avenir. Une fièvre que ne va pas arrêter les travaux de réaménagement de l’espace survenus en 1977 et qui va obliger les instrumentistes à migrer vers le Goethe Institut tout proche (à côté de l’actuel ministère du Contrôle supérieur de l’Etat). Les jam sessions vont donc se poursuivre sous la houlette de Dieter Köster avec les pics tous les mardis soirs. "C’était une belle époque car ce fût l’occasion pour moi et les autres musiciens de faire la connaissance de grands noms du jazz allemand comme Reiner von Essen du Ballet House de Munich, Volker Krieger et bien d’autres", se souvient M. Gildo.

"Sous les manguiers"
Un point de vue que confirme Steve Ndzana pour qui "il n’y avait aucune raison de rechigner à aller apprendre auprès d’eux. Pour moi qui ait beaucoup voyagé, ce n’est qu’ici à Yaoundé que j’ai eu l’occasion de côtoyer les plus grands qui venaient toujours partager avec nous ce feeling envahissant qui avait embrasé nos coeurs et nos membres". De cette époque allait d’ailleurs naître le fameux "Manifeste de jazz made in Cameroon" conçu "pour inciter la création de nos artistes qui pouvaient alors puiser dans le jazz envahissant des ressorts pour mieux valoriser notre musique traditionnelle", se souvient M. Gildo. Ce qui a d’ailleurs fortement influencé le batteur Brice Wassy et son Kù jazz. Durant cette période, de jeunes loups comme Jean-Paul Lietcheu dont le talent va commencer à percer au lendemain du déménagement du Goethe Institut à l’Avenue du président Kennedy vont entrer dans la danse.

Un déménagement qui ne va cependant pas plomber le mouvement qui va élire domicile au Centre culturel français sous la conduite d’un certain Guy Moret, fraîchement débarqué à Yaoundé. Avec Steve Ndzana, il va imaginer le concept "Jazz sous les manguiers". Le deuxième s’en souvient: "A son arrivée, il a tout de suite manifesté son envie pour le jazz et nous avons commencé à voir comment on pouvait réaliser cette envie. C’est ainsi que la formule de départ était de constituer un orchestre au Ccf. Rapidement, je me suis chargé de réunir des membres. Il croyait tellement à ce projet qu’il a décidé de faire venir un instrumentiste de Douala une fois par semaine pour répéter avec nous".

Un beau projet dont le nom de départ était "Jazz expérience" qui allait cependant faire long feu, le groupe n’ayant jamais réussi à se réunir au complet.
Pour Adala Gildo cependant, la naissance de ce festival a pour point de départ "un concert que nous avons donné à l’Université de Yaoundé grâce à l’entregent de Guy Moret et à la disponibilité du chancelier Joseph Owona qui a adhéré tout de suite. Au sortir de ce qui fût une réussite, nous sommes entrés en réunion au Goethe Institut avec les directeurs des centres culturels étrangers, David Ndachi Tagne et moi. Puis, nous sommes allés au ministère de l’Information et de la Culture où je travaillais et avons été reçu par son secrétaire d’Etat Raphaël Onambélé avec qui nous avons discuté d’un projet de festival. C’est d’ailleurs lui qui a donné le nom de Jazz sous les manguiers, une sorte de transformation de Jazz sous les Pommiers ou sous les Platanes qui avaient cours en France".

"Jazz sans frontières"
C’est ainsi que quatre ans durant, le jazz va avoir sa messe à Yaoundé. Jusqu’à ce que le colonel Teyang en hérite du projet "suite à un forcing" selon M. Ndzana. Forcing qui va éloigner les membres originels qui ne se reconnaissent plus sous ce nouveau concept. Les dernières éditions sont donc pénibles et finissent par disparaître. Il faut attendre le tournant des années 2000 pour voir "Jazz sans frontières" entrer en scène avant lui aussi de décéder quelques éditions seulement plus loin. Suivra une traversée du désert jusqu’à ce nouveau concept de L’Awalé qui fait dire à Jean-Paul Lietcheu que "c’est un signal d’un probable retour en selle de ce courant musical, car les musiciens sont encore là. Il faut seulement que les organisateurs de spectacles qui avaient disparus de la scène reviennent."

Un optimisme que ne partage point Steve Ndzana pour qui "le jazz reste avant tout une musique scientifique. Ce qui a tué le jazz c’est cette intrusion de non professionnels dans le milieu avec leur adoubement par un certain public. Du coup, la nouvelle génération a pensé que le travail de fond comme celui de l’écriture des partitions était superflu. Résultat, la scène jazzistique est pauvre. C’est pourquoi je dis aux jeunes qui sont dans le milieu de travailler, rien ne s’obtient sans travail. L’Etat doit aussi penser à créer des conservatoires pour faire pérenniser un art pour lequel les Camerounais ont des prédisposition". Un vœu qui doit habiter de nouveaux jeunes talents comme Henri Ngassa, le dernier d’une lignée qui a déjà donné deux précédents trompettistes dont le père Ignace qui fit les beaux jours de l’orchestre de la police et le jeune Terence qui coule des jours heureux au pays de Goethe. Tout comme le saxophoniste Kayou qui a déposé ses valises en France il y a quelques années où il a retrouvé de glorieux devancier comme Jean-Jacques Elangué ou Jimmy Mvondo.

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Liberté d’expression : Quand l’armée et la police violent l’intimité des médias

En dix jours, gendarmes et policiers sautent sur trois radios émettant à Yaoundé.

Dimanche 5 octobre 2008. 13h. Une dizaine d’éléments de l’armée font irruption au siège de la radio Magic Fm au quartier Essos à Yaoundé. Sans aucun mandat, ils forcent presque l’entrée et foncent dans le bureau du chef de chaîne Jules Elobo.  

 

Panique et inquiétude chez les journalistes de cette radio partenaire de Voice of America. Panique justifiée ! La radio vient tout juste de recommencer à émettre après avoir été muselée pendant plusieurs mois par le pouvoir pour sa liberté de ton dans le débat autour de la révision de la Constitution. Mais cette fois, il s’agit de tout autre chose. Les forces déployées dans les locaux de Magic Fm se présentent comme des éléments de la division de la sécurité militaire (Semil).
Au chef de chaîne de Magic Fm, les gendarmes demandent des nouvelles du colonel à la retraite, René Bikok. Les auditeurs assidus des émissions de débat radiodiffusées du dimanche à Yaoundé l’ont en effet entendu, ce jour-là, critiquer ouvertement les limites de la gestion de l’armée camerounaise faite par la hiérarchie militaire. Les éléments de la Sémil semblent convaincus que l’officier supérieur s’exprimait ainsi depuis le studio de l’émission de débat Température diffusée les dimanches sur la radio Magic Fm. Et ils avouent être à la recherche du colonel à la retraite. M. Elobo indique aux visiteurs qu’ils font fausse route. Les gendarmes sont restés un quart d’heure et ne s’en iront pas sans interroger le journaliste sur le fait que la radio ouvre ses antennes aux gens demandant la démission du ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, après le braquage spectaculaire d’une banque à Limbé. Après leur démonstration de force, les éléments de la Semil sont repartis sans présenter le moindre mandat les autorisant à violer les locaux de Magic Fm.
Ce même dimanche, trois gendarmes surgissent dans les locaux de la Radio Tiémeni Siantou (Rts) au quartier Mvog-Mbi à Yaoundé. S’agissait-il de ceux qui, peu avant, ont débarqué à Magic Fm ? Rien n’est moins sûr. Au régisseur d’antenne trouvé sur place, l’un des gendarmes se présente comme le chef de bataillon Matcham. Les pandores relèvent les noms de tous les invités de l’émission Zap presse diffusée ce jour-là, comme tous les dimanches sur Rts. Ils s’informent sur le sujet concernant l’armée dont les panélistes ont débattu et exigent une copie de l’émission qu’ils n’obtiendront pas du régisseur. L’attaque de Limbé était au menu des débats. Et le colonel à la retraite, Réné Bikok, dont les éléments de la Semil demandaient déjà des nouvelles au chef de chaîne de Magic Fm, faisait partie du panel sous la casquette de spécialiste de la prévention et de la gestion des conflits en Afrique.
Est-ce la sortie médiatique de cet officier supérieur à la retraite qui a ainsi fait paniquer des responsables de l’armée à Yaoundé ? Rien n’est moins sûr. Mais d’aucuns pensent qu’il s’agissait de mettre sous pression des radios à l’audience non négligeable, dans un contexte où le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense est couvert de critiques pour ce qui est considéré comme un laxisme dans la protection militaire de notre façade maritime.
L’on n’avait pas encore fini d’épiloguer sur ces intrusions de militaires dans les salles de rédaction de deux radios à Yaoundé, que la police s’y est mise à son tour. Mardi, 14 octobre dernier en effet, des éléments du Groupement spécial d’opérations (Gso), corps d’élite de la police camerounaise, surgissent dans les locaux d’une autre radio à Yaoundé : Satellite Fm. L’on croit comprendre qu’ils recherchent un journaliste. Alerté, le patron de la radio n’a d’autre choix que d’appeler le délégué général à la sûreté nationale au secours. Joint sur son téléphone portable, Edgard Alain Mebe Ngo’o ordonne un repli de ses hommes. Mais le mal est fait. Les locaux de la radio ont été violés et le déroulement des programmes perturbé.

Claude Tadjon

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