Cyrille Bojiko : Un album des artistes Mangwa
Le directeur du festival culturel du département des Bamboutos annonce les innovations de la troisième édition.
Propos recueillis par Jules Romuald Nkonlak – La troisième édition du Festival Mangwa s’ouvre le 1er avril prochain à Mbouda. Ça veut dire que, finalement, le concept marche…
L’événement tient la route. C’est une équipe dynamique qui se met au travail. Dès la fin d’une édition, la suivante est déjà en chantier. C’est l’aboutissement d’un long travail. La ville de Mbouda vivra deux semaines intenses d’activités.
Ça veut dire également qu’il y a beaucoup d’argent autour ?
Il y a des moyens logistiques et humains d’abord, et les moyens financiers qui viennent ensuite. Quand le projet est bien structuré, il trouve le financement nécessaire. Ce n’est pas qu’il y a de l’argent au point où on va faire des bénéfices. Ce festival était planifié sur cinq années. La première édition avait une démarche marketing. Il s’agissait de faire connaître le festival. On avait consacré près de 40 % du budget à la communication. Pour la deuxième édition, la démarche était artistique, parce qu’il fallait mettre en valeur l’art. Pour la troisième édition, la démarche est essentiellement culturelle. Si vous jetez un coup d’œil au programme, vous verrez que les danses traditionnelles occupent la majeure partie des éléments prévus. L’année prochaine, la quatrième édition sera touristique. On veut profiter de cet événement pour drainer le maximum d’étrangers dans la ville de Mbouda, pour promouvoir le tourisme culturel chez nous. Et pour la cinquième édition, la démarche sera économique. Il faudra maintenant qu’on puisse faire des bénéfices et les réinjecter plus tard dans la construction d’un musée, ce qui manque cruellement au département des Bamboutos, et pourquoi pas financer d’autres activités culturelles qui puissent permettre au festival de s’autofinancer.
Le nombre de participants, entre la première et la deuxième édition a beaucoup augmenté. On est passé de 40.000 à 70.000 et pour la troisième édition, on en attend 100.000. Qu’est-ce qui peut justifier cet engouement autour d’un événement qui reste, somme toute, bien jeune?
Il y en a qui sont réticents et qui ne viennent pas. D’autres par contre viennent et font des commentaires ensuite. Ça suscite la curiosité de ceux qui veulent savoir ce que Mbouda peut bien faire en matière de culture. L’événement a fait parler de lui et ça attire de plus en plus les foules. Les opérateurs culturels, les opérateurs économiques… Mbouda qui, il y a quelques années encore ne représentait aucun enjeu économique pour certaines entreprises l’est aujourd’hui grâce à ce festival. A travers la ville, certains changements s’opèrent, le nombre de chambres d’hôtel, les restaurants, les salles de jeux, un cybercafé…
Le chef Batcham disait, dans une interview dans un journal, que le festival Mangwa, dont il a été le président d’honneur de la première édition, lui a apporté beaucoup au niveau du tourisme. C’est un fourre-tout culturel, artistique et thématique. On ne s’ennuie pas là-bas.
Vous parlez d’une troisième édition essentiellement culturelle. Ce sera quoi concrètement ses éléments ?
Chaque chef connaît ses meilleurs artistes, poètes compteurs, groupes de danse… On nous les propose et nous procédons à une sélection. C’est un peu gênant que les mêmes groupes représentent le Cameroun lors des manifestations internationales. Ils ne sont pas forcément les meilleurs du pays, mais ils savent se mettre en valeur. Nous donnons la chance à nos danseurs de cultiver le spectacle. Nous voulons amener nos groupes de danse, qui sont déjà pas mal, à cultiver la notion de spectacle. J’aimerais voir un groupe de danse des Bamboutos aller dans de grands festivals internationaux, aller au carnaval de Rio, pourquoi pas. Les Sénégalais, les Gambiens, les Maliens le font. Pourquoi pas des Camerounais ?
Mais Mangw’art, ce n’est pas que la danse…
Il y a des mets qui seront mis en valeur, car il y a des plats de chez nous qui tendent déjà à disparaître. Aujourd’hui on parle du taro avec la sauce jaune, mais on oublie qu’avant la sauce jaune il y avait la sauce noire que l’on faisait avec des racines d’arbre. Il y a également la promotion de l’usage de nos langues. Le film Jésus de Nazareth, qui a été traduit en une langue locale, sera projeté. Il y a les contes qui tendent à disparaître et avec lesquels on peut faire des dessins animés et rapporter de l’argent à la culture au Cameroun.
Parlant d’artistes et de groupes talentueux qui sont dans les villages, l’accompagnement du festival ne pourrait-il pas consister à une aide à la production de leurs œuvres ?
C’est l’une de nos missions. Ce festival est organisé par l’Association Mangwa pour les arts et la culture (Asma) au sein de laquelle il y a toutes les disciplines culturelles. Nous comptons mettre sur le marché un album collectif. Nous avons pensé qu’on pouvait produire chaque année un artiste parmi les jeunes talents du département des Bamboutos, mais il ne faut pas produire pour produire, il faut quelqu’un qui sera compétitif sur le marché. On a déjà deux albums qui viennent de paraître et qui sont formidables. On va essayer d’en trouver comme ça dans les coulisses. Mais déjà, on va produire l’album collectif et l’artiste qui aura la chanson la plus demandée sera produit individuellement. C’est une promesse qui est ferme, l’année prochaine il y aura sur le marché un album des artistes Mangwa.


