Mansour Wade : « La disparition des salles, un drame général »
Mansour Wade, réalisateur sénégalais. –
Pouvez-vous nous résumer le film que vous présentez au festival cette année?
Mon film, « Les feux de Mansaré », est une métaphore sur l’Afrique d’aujourd’hui. C’est un film sur les problèmes actuels du continent : le pillage de ses ressources, la violence, le trafic d’armes, les enfants soldats, etc. Le film pose des problèmes et pose des questions en même temps.
Qu’est-ce qu’une production cinématographique peut changer à ces fléaux ?
Je pense que le cinéaste appose son regard sur ces problèmes d’abord. Et même s’il s’en défend, il fait quand même de la politique. Le cinéma est une force. En posant tel ou tel problème, on informe, on attire l’attention de gens qui n’étaient peut-être pas au fait de certaines réalités. Ça apporte quelque chose de positif.
Les films africains apparaissent rarement au tableau d’honneur lors des grandes cérémonies de récompense à travers le monde. Qu’est-ce qui leur manque ?
Il leur manque des moyens. Il nous faudrait les mêmes moyens qu’ont ces films qu’on voit dans les grands festivals. Le cinéma c’est une question d’argent, pas seulement d’idées. Il est extrêmement rare d’apprendre qu’un film africain a eu un milliard de francs Cfa de budget. Ça tournera généralement autour de la moitié de cette somme, ou un peu au-dessus. Si un film africain pouvait obtenir trois à cinq milliards de francs, on pourrait mettre beaucoup plus de travail sur le plan artistique. Plus on a les moyens, plus on a la possibilité de s’exprimer. Faire intervenir un grand décorateur, un bon musicien, etc. Sans moyens, le cinéaste reste confiné au cinéma d’essai, se voit distribué dans de petites salles…
La distribution est aussi liée aux moyens ?
Pour distribuer un film, il faut encore des moyens ! Beaucoup de moyens ! Il faut assurer la communication, la publicité, etc. Et aujourd’hui, même un film africain ne peut pas être vu dans nos propres pays. Pratiquement toutes les salles ont disparu. C’est dramatique. A une époque, Dakar comptait près de 73 salles de cinéma. Aujourd’hui, ces espaces ont été vendus, transformés en centres commerciaux. C’est un drame général.
Propos recueillis par Alliance NYOBIA

