The last pictures show VI : Une autre incursion dans l’âme de l’Afrique
L’exposition, fidèle au concept Gondwana, est un pont entre les travaux de 46 plasticiens venus présenter leur maturité artistique. –
L’univers se renouvelle. Un air de fraîcheur flotte sur la 6ème édition de The last pictures show, la plus grosse exposition de peinture, sculpture et poterie du Cameroun. Catherine Pittet, la promotrice présente au public, qui a fait le déplacement pour la Maison du parti de bonanjo à Douala depuis le 6 octobre 2009, les toiles avec la même ferveur et passion qu’il y’a six ans quand elle commençait le projet. Le Gondwana est un lieu de rassemblement pour les arts et la culture d’Afrique, en référence à une époque où les terres étaient encore unies. C’est devenu un rendez-vous très couru pas uniquement pour les européens, mais aussi pour les camerounais qui n’hésitent pas à lever une toile de 900.000Fcfa…signée d’un artiste camerounais. La précision vaut la peine, car The last Pictures show a contribué à sa façon à désacraliser l’art et à le rendre plus accessible au public.
Mais pour Catherine Pittet, il n’y a pas que les camerounais qui méritent d’obtenir cette visibilité, surtout que tous les artistes souffrent de cette absence de vitrine de qualité. C’est pourquoi pour la première fois à cette grande exposition, en dehors des clients réguliers que sont les camerounais, béninois, congolais et ghanéens, il y’a l’entrée des plasticiens nigérians dans le casting. On ne va pas à The last pictures show acte VI, si on est pressé. Il faut effectivement prendre du temps pour apprécier le travail des 46 artistes qui ont exposés leurs œuvres à la maison du parti de Bonanjo. C’est 46 styles de travail, de thématiques et autant de démarches créatives qui sont présentés. Le béninois Valentin Agossou Senabou, le nigérian Agossou Patrick Ighogbedhere et le camerounais Christian Djomagni présentent un travail de sculpture à la maturation étonnante. Le premier redonne vie à des matériaux morts, le second fait des bustes autoportraits qui portent des détails affinés des visages et captent l’expression.
Christian Djomagni laisse voguer son génie créateur. Il propose des statues effilées en matériaux de récupération sur socle de fer. Les vases à allure de Samuel Nicodème Djon sépare ces sculpture de la peinture qui a la plus grosse part dans de Last pictures Show. C’est ici qu’il faut maîtriser les battements de son cœur. «Devant tant beauté et d’approches de travail, on est séduit. La diversité de ces artistes est une réelle richesse», explique Hubert Maheux directeur des Centres culturel français de Douala et Yaoundé. Ici, l’Afrique parle, crie, rie et pleure sous les pinceaux de ces enfants artistes. Ils ont tous quelques choses à dire, avec manière, amour et surtout le souci de communiquer l’émotion.
Ce serait dommage de ne pas aller voir cette gigantesque exposition qui s’achève le 12 octobre 2009. On redécouvre les artistes camerounais que l’on connaît déjà, car ils ne sont pas restés sur les clichés identifiés. Elolongué Weti est parti des cannettes écrasées et des statuettes pour explorer une nouvelle voie.
Ces toiles sont des stades de capsules de bières, sur lesquelles il a peint «Douala, les étapes de la vie».
Il s’interroge sur ce que vaut l’amour, la vie, la peine, la joie couché sur les capsules qui représentent une société portée sur l’alcool. Le plaisir est le même devant la toile de Sebastienne qui présente un couple qui joue l’équilibre pour assurer leur vie entre leur projet et le poids de la famille. Raphaël ché avec la technique de portrait réussi à capter autrement les émotions. Le rayonnement et la lumière viennent du Nigeria avec «Market 2» de Josh Nmesirionye qui une photographie de la place du marché avec des parasols jaunes qui sortent de ce brouhaha d’activités comme de fleurs.
Quand on ressort de cette exposition au bout de 2h, la douce brise qui circule sur l’esplanade de la maison du Parti permet de diluer le «trop vu» de belles toiles. Il apparaît ainsi clairement qu’on vient de vivre un moment mémorable, et on repart avec un supplément d’âme pas seulement du cameroun. Mais de l’Afrique aussi.
Marion Obam

