Joseph Mayi Ongla : Le Cameroun cultive l’amnésie
Le chef service régional du patrimoine culturel du Littoral rappelle le rôle de l’histoire dans la vie d’un peuple. –
Concrètement, comment préserver le patrimoine?
J’ai la mort dans l’âme puisque tout a été détruit chez nous. Nous n’avons pas eu l’idée de préserver le patrimoine dès le départ. Lorsque je faisais des recherches sur le patrimoine, j’ai visité une église, l’église baptiste et étroitement rattachée à la boulangerie Zépol qui a pratiquement été divisée en deux. Cette église est pourtant chargée d’histoire, l’on aurait pu préserver son environnement pour lui donner une certaine visibilité pour qu’ainsi, les générations présentes et celles à venir, connaissent l’histoire de cet édifice religieux. On note également la " pagode " à Bonanjo, qui est particulièrement étouffée. Les photos de la pagode il y a un siècle la montre dans toute sa splendeur et son authenticité. Aujourd’hui, la pagode n’est plus la pagode parce qu’elle a été envahie.
Ce devoir incombe-t-il aux populations ou à l’administration ?
Il nous incombe à tous, mais d’abord à l’administration. Parce que cette dernière a le devoir d’assurer le bien être des citoyens et celui-ci passe par la culture, cela rentre dans les missions régaliennes de l’Etat. Malheureusement chez nous, la culture est un parent pauvre. On privilégie la construction des écoles, la santé en oubliant qu’il faut préserver notre âme qui est notre culture. Les collectivités territoriales décentralisées ont le devoir de faire vivre la culture dans leur localité.
Pour préserver notre identité, devrons-nous détruire les monuments en mémoire de l’oppresseur, tel que le suggère Mboua Massock ?
Mboua Massock a posé un problème réel. Il ne s’agit pas pour nous de détruire ce qui est une partie de notre histoire, notamment les monuments du colon, mais plutôt de construire pour nous-mêmes. Où sont nos héros ? Chaque pays a quand même ses grands hommes. Que faisons nous de nôtres. Malheureusement au Cameroun, nous cultivons l’amnésie, mais elle va nous coûter cher un de ces jours.
Nous constatons que la Communauté urbaine de douala, dans son projet de réhabilitation du patrimoine culturel privilégie les bâtiments aux monuments. D’après vous, qu’est ce qui doit être prioritaire entre les deux ?
Ce qui est prioritaire c’est ce qui est fonctionnel c’est-à-dire les bâtiments. Parce qu’on va restaurer ces bâtiments, leur donner leur lustre d’antan, avec les mêmes matériaux et les rendre fonctionnels. C’est-à-dire y loger des services, des commerces par exemple.
Propos recueillis par M.N.M

