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Grâce Kama : La musique camerounaise est fiévreuse

Invitée au Massao, la chanteuse parle de la musique camerounaise et de sa carrière…
Propos recueillis par Eugène Dipanda – Qu’est-ce qui explique votre présence au Cameroun à ce moment précis ?
Je suis au Cameroun en ce moment pour participer au Festival international des voix de femmes (Massao). Je profite de cette occasion qui m’est donnée pour rencontrer mon public camerounais qui m’a toujours si chaleureusement accueilli.

Que représente le Massao pour vous ?
Le Festival Massao représente énormément à mes yeux. Je tiens tout d’abord à saluer l’initiative des organisateurs de ce Festival, et à les encourager dans ce dur labeur. C’est aussi pour cela que j’ai accepté d’y participer, afin d’apporter ma modeste contribution à cet édifice. Ce Festival met à l’honneur la gent féminine. Nous devons savoir que la femme a aujourd’hui démontré, je pense, ses capacités, aptitudes et compétences à assumer des responsabilités dans les secteurs économique, social, culturel, politique, etc. Elle a fait ses preuves et il faut aujourd’hui compter avec elle pour faire avancer les choses.
Ce Festival permet également de faire connaître notre culture, et aussi et surtout, de pouvoir échanger et communiquer avec des artistes, promoteurs d’évènements et journalistes venant d’horizons divers. C’est donc un événement très enrichissant, me semble-t-il.

Hormis le Massao, avez-vous un autre programme de spectacles pendants votre séjour au pays?
Lorsque je viens au Cameroun, je suis toujours sollicitée par les discothèques et certains promoteurs d’événements de la place qui apprécient bien mon travail, ce dont je leur suis très reconnaissante. J’en profite pour leur dire "Massoma" (merci). Je me suis produite le week-end dernier au Royal Palace à Douala. Je suis en négociation pour deux autres spectacles dans la capitale économique et un ou deux spectacles à Yaoundé. J’envisage également de tourner un clip vidéo dans notre cher et beau pays. Vous voyez donc, j’ai beaucoup de choses à faire ; et pas le temps de s’ennuyer.

Cela fait bientôt trois ans que votre premier album est sur le marché. Depuis lors, que fait exactement Grâce Kama ? Etes-vous déjà en chantier pour le prochain ?
Un artiste est toujours en chantier, me semble-t-il ; c’est l’éternel recommencement. A peine sortons-nous un album qu’il faut déjà penser au prochain. Il ne faut cependant pas se précipiter pour faire des choses. Pour ma part, je prends toujours tout mon temps pour faire les choses car je suis perfectionniste ; j’aime les choses bien faites ; ne dit-on pas "qui va lentement va sûrement" ?
A quand le prochain album? Cette question est maintenant récurrente et m’est posée systématiquement par les médias lors de mes prestations dans de nombreux pays. Cela me flatte énormément car je me dis que, si le public réclame un nouvel album c’est qu’il a bien apprécié le précédent. Je ne veux donc pas décevoir mon public ; je me dois de lui offrir un album au moins équivalent au précédent, sinon meilleur.
J’ai commencé, c’est vrai, à travailler sur le prochain album et les choses avancent bien. Je dirais par conséquent que c’est pour bientôt, le prochain album de GK. Je réserve d’ailleurs une grande surprise à mon public ; car j’ai un très grand projet pour le Cameroun dans lequel collaborent deux grandes sociétés françaises. Mais, je n’en dirai pas plus pour le moment.

Quel est le regard que jetez-vous sur le niveau de la musique camerounaise aujourd’hui? Pensez-vous qu’elle a des chances de renaissance après la déferlante des musiques étrangères comme le fameux "Coupé-décalé" ?
J’ai l’impression qu’il s’est installé dans notre pays un manque de confiance en soi pour notre musique, qui m’inquiète vraiment ! Il est grand temps de nous ressaisir et sauver notre musique avant qu’il ne soit trop tard. Arrêtons de faire du suivisme. Je le dis haut et fort et je pèse mes mots. Nous avons une musique tellement belle, tellement diverse, tellement riche pour que nous nous permettions de suivre des musiques tendancielles.
J’ai l’habitude de dire, et cela n’engage que moi, que c’est bien le coupé-décalé, mais c’est beaucoup mieux le makossa. Je le pense vraiment. Je suis très ouverte sur le monde. Seulement, on ne peut pas être plus royaliste que le roi. Il nous appartient à nous, et à nous d’abord, de promouvoir notre culture. C’est une lourde responsabilité qui nous incombe et que nous devons assumer, sinon que lèguerons-nous à notre progéniture ? Notre musique a encore tout l’avenir devant lui ; c’est à nous de l’imposer comme le font les autres. Il n’y a pas d’autre solution.
Je constate que la musique camerounaise est aujourd’hui fiévreuse, et nous en sommes les responsables. Mais, elle a des chances de renaître si chacun y met du sien, aussi bien nous artistes que nos responsables culturels et politiques. Il y va de la survie de notre culture…

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Musique : Que valent les distinctions annuelles ?


Les différents promoteurs veulent en faire de grands moments événementiels en Afrique.
Venant Mboua


"La nuit des Masters", "Rts Awards", "Canal d’or"… Voilà quelques espaces de distinction des musiciens et autres et professionnels des arts au Cameroun. Trois espaces parmi les plus connus, mais également trois concepts qui ne font pas toujours l’unanimité au sein du public.
"La nuit des Masters", qui veut "consacrer la maîtrise", selon son promoteur, le journaliste et animateur sur Crtv FM 94, Billy Show, prime les professionnels des métiers de la musique (distributeurs, producteurs, arrangeurs, auteurs compositeurs, interprètes). C’est également la distinction la plus ancienne, qui date de l’an 2000. "La nuit des Masters" émane de l’émission "Bamboula hit parade", une émission quotidienne de la Fm 94, justement présentée par Billy Show. Le processus de nomination commence par la programmation des chansons, qui sont diffusées de février à octobre. Ces chansons sont soumises ainsi à l’appréciation du public qui, chaque soir, leur affecte des points.

Les 50 premières de l’année sont programmées dans la deuxième phase du concours, entre le 1er et le 30 novembre. Enfin, 30 sont retenues et programmées du 1er au 31 décembre. C’est donc de ce dernier groupe qu’émerge la meilleure chanson de l’année. En dehors des auditeurs qui expriment leurs préférences à travers les points, un jury composé de journalistes, animateurs et hommes de culture procède à la désignation des lauréats sur la base du choix des auditeurs. Généralement, "la nuit des Masters" sacre quinze professionnels. Mais cette année, explique Billy Show, "la création n’a pas été formidable, alors nous nous sommes limités à 7 distinctions".

Il faut noter que cette année, le jury était présidé par le journaliste et homme de culture François Bingono Bingono. Selon Billy Show, ce jury retient les critères suivants : la mélodie, les arrangements et le succès d’estime. Billy et son équipe prévoient d’ailleurs une "grande nuit des Masters" au cours de l’année 2007, entre mars et mai, qui procèdera à la remise des prix, un trophée, un diplôme et une enveloppe dont le montant n’est pas encore révélé.
A la Fm concurrente, Radio Tiémeni Siantou (Rts), on a déjà annoncé l’ambition des prix de cette année : "un véhicule flambant neuf pour le meilleur artiste de l’année", souhaite le président du Comité d’organisation des Rts Awards, Martin Désiré Brouta. Jean-Vincent Toko, son réalisateur, et lui-même, ont des ambitions de grands pour cet événement produit par la Rts, dont ils indiquent le budget à 15 millions de francs Cfa. Surtout que Rts Awards ne s’intéresse pas qu’à la musique, mais à tous les arts vivants (théâtre, cinéma, danse) ainsi qu’aux espace de diffusion (cabarets, centres et foyers culturels) et aux hommes du secteur (animateurs, DJ, producteurs, etc.).

Autre différence avec les autres, Rts Awards intègre dans son concours, les musiques étrangères qui marchent au Cameroun. Le processus de nomination est quelque peu complexe ici. Selon Martin Désiré Brouta, "après sélection par les organisateurs, un jury constitué de professionnels du secteur travaille sur les propositions d’animateurs des radios et télévisions sœurs, ainsi que d’informations recueillies auprès des organismes de gestion collective du droit d’auteur". "Ce jury travaille en off et peut faire tout amendement sur les propositions et les critères établis par les organisateurs", soutiennent Brouta et Toko.

Initiatives
La distinction la plus récente est Canal d’or, lancé en 2004 par le service commercial de la chaîne de télévision Canal 2 International. Théodore Danga, le président du Comité d’organisation, annonce la prochaine édition pour le mois de mars. Ici, on procède par l’écoute des téléspectateurs, qui déposent leurs votes sur une ligne téléphonique réservée à cet effet. En outre, les organisateurs consultent aussi la Cmc (Cameroon music corporation) pour avoir les tendances et les chiffres des ventes des Cd et cassettes. Chaque artiste a son numéro de code auquel correspondra la note affectée par les téléspectateurs. Les catégories distinguées sont évidemment les musiciens et les autres professionnels de la musique.

Comme chez Billy Show, Théodore Danga varie le nombre et même le genre à primer selon la qualité et la quantité de la production artistique. Canal d’or espère ainsi "valoriser l’artiste et son art et encourager les artistes. Mais aussi, nous rêvons de créer un événement prestigieux dans le genre Kora, qui se déroule en Afrique du sud". Billy Show pense comme lui que, " compte tenu du potentiel du Cameroun, il nous faut un événement culturel de grande envergure au Cameroun et je crois que la "grande nuit des Masters" le deviendra un jour". Désiré Brouta, humaniste, voudrait "remercier les artistes pour ce qu’ils font pour nous égayer tout le long de l’année; mais nous voulons aussi susciter auprès des artistes, plus de concentration au travail. Il faut qu’ils sachent que faire leur travail, ce n’est pas perdre du temps"

En dehors de ces événements en vue, il existe à la station Crtv du centre, un classement provincial, sous la coordination de l’animateur Bernard Erere, tandis que la jeune Sky radio émettant à Yaoundé, s’y aventure aussi, avec ses animateurs Francis Libéral et Dominique Tita.
Cependant, dans ces initiatives prises ici et là, chaque promoteur pense que son concept est le plus original, le mieux structuré qui mérite de phagocyter les autres, d’où, jusqu’à présent, l’absence d’une synergie pour un événement commun. D’autre part, les notions de genre et de catégorie semblent se mélanger chez les promoteurs et leurs jurys. Ainsi, une chanson primée la meilleure, fait du chanteur "l’artiste de l’année". De même, l’acteur principal d’un téléfilm longuement diffusé devient "le comédien de l’année", etc. Le doyen parmi eux, Billy Show, explique : "une oeuvre se confond avec son créateur. Ainsi, pour nous, lorsqu’une chanson est estimée par un grand nombre de personnes dans la population, nous faisons de son créateur le meilleur artiste".

Tous ces promoteurs se plaignent du manque de moyens financiers, infrastructurels et logistiques dans la réalisation de leurs projets. Les annonceurs se font prier tandis que les pouvoirs publics ne semblent pas encore s’intéresser à l’affaire. Martin Désiré Brouta en est amer : "l’État doit savoir faire plaisir à ses artistes. Que serait une journée sans musique, sans le rire que nous procure le théâtre et le plaisir du cinéma? Ce que nous faisons vient aussi combler le vide laissé par un ministère de la Culture qui dort". Depuis le départ de Henri Bandolo de ce ministère, les créateurs n’ont plus eu droit à une reconnaissance de leur société, de l’envergure des "épis" que ce ministre avait institué. La preuve, cela fait plus d’une décennie que le ministère de la Culture a promis des médailles aux Hommes de culture. Ils attendent toujours. Et, ne serait-ce qu’à cause de cela, les initiatives particulières d’aujourd’hui sont intéressantes.

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Les différents promoteurs veulent en faire de grands moments événementiels en Afrique.
Venant Mboua


"La nuit des Masters", "Rts Awards", "Canal d’or"… Voilà quelques espaces de distinction des musiciens et autres et professionnels des arts au Cameroun. Trois espaces parmi les plus connus, mais également trois concepts qui ne font pas toujours l’unanimité au sein du public.
"La nuit des Masters", qui veut "consacrer la maîtrise", selon son promoteur, le journaliste et animateur sur Crtv FM 94, Billy Show, prime les professionnels des métiers de la musique (distributeurs, producteurs, arrangeurs, auteurs compositeurs, interprètes). C’est également la distinction la plus ancienne, qui date de l’an 2000. "La nuit des Masters" émane de l’émission "Bamboula hit parade", une émission quotidienne de la Fm 94, justement présentée par Billy Show. Le processus de nomination commence par la programmation des chansons, qui sont diffusées de février à octobre. Ces chansons sont soumises ainsi à l’appréciation du public qui, chaque soir, leur affecte des points.

Les 50 premières de l’année sont programmées dans la deuxième phase du concours, entre le 1er et le 30 novembre. Enfin, 30 sont retenues et programmées du 1er au 31 décembre. C’est donc de ce dernier groupe qu’émerge la meilleure chanson de l’année. En dehors des auditeurs qui expriment leurs préférences à travers les points, un jury composé de journalistes, animateurs et hommes de culture procède à la désignation des lauréats sur la base du choix des auditeurs. Généralement, "la nuit des Masters" sacre quinze professionnels. Mais cette année, explique Billy Show, "la création n’a pas été formidable, alors nous nous sommes limités à 7 distinctions".

Il faut noter que cette année, le jury était présidé par le journaliste et homme de culture François Bingono Bingono. Selon Billy Show, ce jury retient les critères suivants : la mélodie, les arrangements et le succès d’estime. Billy et son équipe prévoient d’ailleurs une "grande nuit des Masters" au cours de l’année 2007, entre mars et mai, qui procèdera à la remise des prix, un trophée, un diplôme et une enveloppe dont le montant n’est pas encore révélé.
A la Fm concurrente, Radio Tiémeni Siantou (Rts), on a déjà annoncé l’ambition des prix de cette année : "un véhicule flambant neuf pour le meilleur artiste de l’année", souhaite le président du Comité d’organisation des Rts Awards, Martin Désiré Brouta. Jean-Vincent Toko, son réalisateur, et lui-même, ont des ambitions de grands pour cet événement produit par la Rts, dont ils indiquent le budget à 15 millions de francs Cfa. Surtout que Rts Awards ne s’intéresse pas qu’à la musique, mais à tous les arts vivants (théâtre, cinéma, danse) ainsi qu’aux espace de diffusion (cabarets, centres et foyers culturels) et aux hommes du secteur (animateurs, DJ, producteurs, etc.).

Autre différence avec les autres, Rts Awards intègre dans son concours, les musiques étrangères qui marchent au Cameroun. Le processus de nomination est quelque peu complexe ici. Selon Martin Désiré Brouta, "après sélection par les organisateurs, un jury constitué de professionnels du secteur travaille sur les propositions d’animateurs des radios et télévisions sœurs, ainsi que d’informations recueillies auprès des organismes de gestion collective du droit d’auteur". "Ce jury travaille en off et peut faire tout amendement sur les propositions et les critères établis par les organisateurs", soutiennent Brouta et Toko.

Initiatives
La distinction la plus récente est Canal d’or, lancé en 2004 par le service commercial de la chaîne de télévision Canal 2 International. Théodore Danga, le président du Comité d’organisation, annonce la prochaine édition pour le mois de mars. Ici, on procède par l’écoute des téléspectateurs, qui déposent leurs votes sur une ligne téléphonique réservée à cet effet. En outre, les organisateurs consultent aussi la Cmc (Cameroon music corporation) pour avoir les tendances et les chiffres des ventes des Cd et cassettes. Chaque artiste a son numéro de code auquel correspondra la note affectée par les téléspectateurs. Les catégories distinguées sont évidemment les musiciens et les autres professionnels de la musique.

Comme chez Billy Show, Théodore Danga varie le nombre et même le genre à primer selon la qualité et la quantité de la production artistique. Canal d’or espère ainsi "valoriser l’artiste et son art et encourager les artistes. Mais aussi, nous rêvons de créer un événement prestigieux dans le genre Kora, qui se déroule en Afrique du sud". Billy Show pense comme lui que, " compte tenu du potentiel du Cameroun, il nous faut un événement culturel de grande envergure au Cameroun et je crois que la "grande nuit des Masters" le deviendra un jour". Désiré Brouta, humaniste, voudrait "remercier les artistes pour ce qu’ils font pour nous égayer tout le long de l’année; mais nous voulons aussi susciter auprès des artistes, plus de concentration au travail. Il faut qu’ils sachent que faire leur travail, ce n’est pas perdre du temps"

En dehors de ces événements en vue, il existe à la station Crtv du centre, un classement provincial, sous la coordination de l’animateur Bernard Erere, tandis que la jeune Sky radio émettant à Yaoundé, s’y aventure aussi, avec ses animateurs Francis Libéral et Dominique Tita.
Cependant, dans ces initiatives prises ici et là, chaque promoteur pense que son concept est le plus original, le mieux structuré qui mérite de phagocyter les autres, d’où, jusqu’à présent, l’absence d’une synergie pour un événement commun. D’autre part, les notions de genre et de catégorie semblent se mélanger chez les promoteurs et leurs jurys. Ainsi, une chanson primée la meilleure, fait du chanteur "l’artiste de l’année". De même, l’acteur principal d’un téléfilm longuement diffusé devient "le comédien de l’année", etc. Le doyen parmi eux, Billy Show, explique : "une oeuvre se confond avec son créateur. Ainsi, pour nous, lorsqu’une chanson est estimée par un grand nombre de personnes dans la population, nous faisons de son créateur le meilleur artiste".

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"La nuit des Masters", qui veut "consacrer la maîtrise", selon son promoteur, le journaliste et animateur sur Crtv FM 94, Billy Show, prime les professionnels des métiers de la musique (distributeurs, producteurs, arrangeurs, auteurs compositeurs, interprètes). C’est également la distinction la plus ancienne, qui date de l’an 2000. "La nuit des Masters" émane de l’émission "Bamboula hit parade", une émission quotidienne de la Fm 94, justement présentée par Billy Show. Le processus de nomination commence par la programmation des chansons, qui sont diffusées de février à octobre. Ces chansons sont soumises ainsi à l’appréciation du public qui, chaque soir, leur affecte des points.

Les 50 premières de l’année sont programmées dans la deuxième phase du concours, entre le 1er et le 30 novembre. Enfin, 30 sont retenues et programmées du 1er au 31 décembre. C’est donc de ce dernier groupe qu’émerge la meilleure chanson de l’année. En dehors des auditeurs qui expriment leurs préférences à travers les points, un jury composé de journalistes, animateurs et hommes de culture procède à la désignation des lauréats sur la base du choix des auditeurs. Généralement, "la nuit des Masters" sacre quinze professionnels. Mais cette année, explique Billy Show, "la création n’a pas été formidable, alors nous nous sommes limités à 7 distinctions".

Il faut noter que cette année, le jury était présidé par le journaliste et homme de culture François Bingono Bingono. Selon Billy Show, ce jury retient les critères suivants : la mélodie, les arrangements et le succès d’estime. Billy et son équipe prévoient d’ailleurs une "grande nuit des Masters" au cours de l’année 2007, entre mars et mai, qui procèdera à la remise des prix, un trophée, un diplôme et une enveloppe dont le montant n’est pas encore révélé.
A la Fm concurrente, Radio Tiémeni Siantou (Rts), on a déjà annoncé l’ambition des prix de cette année : "un véhicule flambant neuf pour le meilleur artiste de l’année", souhaite le président du Comité d’organisation des Rts Awards, Martin Désiré Brouta. Jean-Vincent Toko, son réalisateur, et lui-même, ont des ambitions de grands pour cet événement produit par la Rts, dont ils indiquent le budget à 15 millions de francs Cfa. Surtout que Rts Awards ne s’intéresse pas qu’à la musique, mais à tous les arts vivants (théâtre, cinéma, danse) ainsi qu’aux espace de diffusion (cabarets, centres et foyers culturels) et aux hommes du secteur (animateurs, DJ, producteurs, etc.).

Autre différence avec les autres, Rts Awards intègre dans son concours, les musiques étrangères qui marchent au Cameroun. Le processus de nomination est quelque peu complexe ici. Selon Martin Désiré Brouta, "après sélection par les organisateurs, un jury constitué de professionnels du secteur travaille sur les propositions d’animateurs des radios et télévisions sœurs, ainsi que d’informations recueillies auprès des organismes de gestion collective du droit d’auteur". "Ce jury travaille en off et peut faire tout amendement sur les propositions et les critères établis par les organisateurs", soutiennent Brouta et Toko.

Initiatives
La distinction la plus récente est Canal d’or, lancé en 2004 par le service commercial de la chaîne de télévision Canal 2 International. Théodore Danga, le président du Comité d’organisation, annonce la prochaine édition pour le mois de mars. Ici, on procède par l’écoute des téléspectateurs, qui déposent leurs votes sur une ligne téléphonique réservée à cet effet. En outre, les organisateurs consultent aussi la Cmc (Cameroon music corporation) pour avoir les tendances et les chiffres des ventes des Cd et cassettes. Chaque artiste a son numéro de code auquel correspondra la note affectée par les téléspectateurs. Les catégories distinguées sont évidemment les musiciens et les autres professionnels de la musique.

Comme chez Billy Show, Théodore Danga varie le nombre et même le genre à primer selon la qualité et la quantité de la production artistique. Canal d’or espère ainsi "valoriser l’artiste et son art et encourager les artistes. Mais aussi, nous rêvons de créer un événement prestigieux dans le genre Kora, qui se déroule en Afrique du sud". Billy Show pense comme lui que, " compte tenu du potentiel du Cameroun, il nous faut un événement culturel de grande envergure au Cameroun et je crois que la "grande nuit des Masters" le deviendra un jour". Désiré Brouta, humaniste, voudrait "remercier les artistes pour ce qu’ils font pour nous égayer tout le long de l’année; mais nous voulons aussi susciter auprès des artistes, plus de concentration au travail. Il faut qu’ils sachent que faire leur travail, ce n’est pas perdre du temps"

En dehors de ces événements en vue, il existe à la station Crtv du centre, un classement provincial, sous la coordination de l’animateur Bernard Erere, tandis que la jeune Sky radio émettant à Yaoundé, s’y aventure aussi, avec ses animateurs Francis Libéral et Dominique Tita.
Cependant, dans ces initiatives prises ici et là, chaque promoteur pense que son concept est le plus original, le mieux structuré qui mérite de phagocyter les autres, d’où, jusqu’à présent, l’absence d’une synergie pour un événement commun. D’autre part, les notions de genre et de catégorie semblent se mélanger chez les promoteurs et leurs jurys. Ainsi, une chanson primée la meilleure, fait du chanteur "l’artiste de l’année". De même, l’acteur principal d’un téléfilm longuement diffusé devient "le comédien de l’année", etc. Le doyen parmi eux, Billy Show, explique : "une oeuvre se confond avec son créateur. Ainsi, pour nous, lorsqu’une chanson est estimée par un grand nombre de personnes dans la population, nous faisons de son créateur le meilleur artiste".

Tous ces promoteurs se plaignent du manque de moyens financiers, infrastructurels et logistiques dans la réalisation de leurs projets. Les annonceurs se font prier tandis que les pouvoirs publics ne semblent pas encore s’intéresser à l’affaire. Martin Désiré Brouta en est amer : "l’État doit savoir faire plaisir à ses artistes. Que serait une journée sans musique, sans le rire que nous procure le théâtre et le plaisir du cinéma? Ce que nous faisons vient aussi combler le vide laissé par un ministère de la Culture qui dort". Depuis le départ de Henri Bandolo de ce ministère, les créateurs n’ont plus eu droit à une reconnaissance de leur société, de l’envergure des "épis" que ce ministre avait institué. La preuve, cela fait plus d’une décennie que le ministère de la Culture a promis des médailles aux Hommes de culture. Ils attendent toujours. Et, ne serait-ce qu’à cause de cela, les initiatives particulières d’aujourd’hui sont intéressantes.

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"La nuit des Masters", qui veut "consacrer la maîtrise", selon son promoteur, le journaliste et animateur sur Crtv FM 94, Billy Show, prime les professionnels des métiers de la musique (distributeurs, producteurs, arrangeurs, auteurs compositeurs, interprètes). C’est également la distinction la plus ancienne, qui date de l’an 2000. "La nuit des Masters" émane de l’émission "Bamboula hit parade", une émission quotidienne de la Fm 94, justement présentée par Billy Show. Le processus de nomination commence par la programmation des chansons, qui sont diffusées de février à octobre. Ces chansons sont soumises ainsi à l’appréciation du public qui, chaque soir, leur affecte des points.

Les 50 premières de l’année sont programmées dans la deuxième phase du concours, entre le 1er et le 30 novembre. Enfin, 30 sont retenues et programmées du 1er au 31 décembre. C’est donc de ce dernier groupe qu’émerge la meilleure chanson de l’année. En dehors des auditeurs qui expriment leurs préférences à travers les points, un jury composé de journalistes, animateurs et hommes de culture procède à la désignation des lauréats sur la base du choix des auditeurs. Généralement, "la nuit des Masters" sacre quinze professionnels. Mais cette année, explique Billy Show, "la création n’a pas été formidable, alors nous nous sommes limités à 7 distinctions".

Il faut noter que cette année, le jury était présidé par le journaliste et homme de culture François Bingono Bingono. Selon Billy Show, ce jury retient les critères suivants : la mélodie, les arrangements et le succès d’estime. Billy et son équipe prévoient d’ailleurs une "grande nuit des Masters" au cours de l’année 2007, entre mars et mai, qui procèdera à la remise des prix, un trophée, un diplôme et une enveloppe dont le montant n’est pas encore révélé.
A la Fm concurrente, Radio Tiémeni Siantou (Rts), on a déjà annoncé l’ambition des prix de cette année : "un véhicule flambant neuf pour le meilleur artiste de l’année", souhaite le président du Comité d’organisation des Rts Awards, Martin Désiré Brouta. Jean-Vincent Toko, son réalisateur, et lui-même, ont des ambitions de grands pour cet événement produit par la Rts, dont ils indiquent le budget à 15 millions de francs Cfa. Surtout que Rts Awards ne s’intéresse pas qu’à la musique, mais à tous les arts vivants (théâtre, cinéma, danse) ainsi qu’aux espace de diffusion (cabarets, centres et foyers culturels) et aux hommes du secteur (animateurs, DJ, producteurs, etc.).

Autre différence avec les autres, Rts Awards intègre dans son concours, les musiques étrangères qui marchent au Cameroun. Le processus de nomination est quelque peu complexe ici. Selon Martin Désiré Brouta, "après sélection par les organisateurs, un jury constitué de professionnels du secteur travaille sur les propositions d’animateurs des radios et télévisions sœurs, ainsi que d’informations recueillies auprès des organismes de gestion collective du droit d’auteur". "Ce jury travaille en off et peut faire tout amendement sur les propositions et les critères établis par les organisateurs", soutiennent Brouta et Toko.

Initiatives
La distinction la plus récente est Canal d’or, lancé en 2004 par le service commercial de la chaîne de télévision Canal 2 International. Théodore Danga, le président du Comité d’organisation, annonce la prochaine édition pour le mois de mars. Ici, on procède par l’écoute des téléspectateurs, qui déposent leurs votes sur une ligne téléphonique réservée à cet effet. En outre, les organisateurs consultent aussi la Cmc (Cameroon music corporation) pour avoir les tendances et les chiffres des ventes des Cd et cassettes. Chaque artiste a son numéro de code auquel correspondra la note affectée par les téléspectateurs. Les catégories distinguées sont évidemment les musiciens et les autres professionnels de la musique.

Comme chez Billy Show, Théodore Danga varie le nombre et même le genre à primer selon la qualité et la quantité de la production artistique. Canal d’or espère ainsi "valoriser l’artiste et son art et encourager les artistes. Mais aussi, nous rêvons de créer un événement prestigieux dans le genre Kora, qui se déroule en Afrique du sud". Billy Show pense comme lui que, " compte tenu du potentiel du Cameroun, il nous faut un événement culturel de grande envergure au Cameroun et je crois que la "grande nuit des Masters" le deviendra un jour". Désiré Brouta, humaniste, voudrait "remercier les artistes pour ce qu’ils font pour nous égayer tout le long de l’année; mais nous voulons aussi susciter auprès des artistes, plus de concentration au travail. Il faut qu’ils sachent que faire leur travail, ce n’est pas perdre du temps"

En dehors de ces événements en vue, il existe à la station Crtv du centre, un classement provincial, sous la coordination de l’animateur Bernard Erere, tandis que la jeune Sky radio émettant à Yaoundé, s’y aventure aussi, avec ses animateurs Francis Libéral et Dominique Tita.
Cependant, dans ces initiatives prises ici et là, chaque promoteur pense que son concept est le plus original, le mieux structuré qui mérite de phagocyter les autres, d’où, jusqu’à présent, l’absence d’une synergie pour un événement commun. D’autre part, les notions de genre et de catégorie semblent se mélanger chez les promoteurs et leurs jurys. Ainsi, une chanson primée la meilleure, fait du chanteur "l’artiste de l’année". De même, l’acteur principal d’un téléfilm longuement diffusé devient "le comédien de l’année", etc. Le doyen parmi eux, Billy Show, explique : "une oeuvre se confond avec son créateur. Ainsi, pour nous, lorsqu’une chanson est estimée par un grand nombre de personnes dans la population, nous faisons de son créateur le meilleur artiste".

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