Cinéma : Le prix de l’ambition sur petit écran
« Nsaa Nyus Lipem », la série réalisée par Jean Marc Lingom, bientôt sur la Crtv.
Eugène Dipanda – En terme d’audience, les télénovelas sud américaines pourraient bientôt connaître un recul sur les chaînes de télévision camerounaises, où elles semblaient de plus en plus occuper une place prépondérante dans les programmes. A la télévision publique nationale, en tout cas, un sitcom typiquement local est annoncé dans les tout prochains jours. Il s’agit de la série de dix épisodes intitulée "Nsaa Nyus Lipem" (le prix de l’ambition en langue bassa), dont la projection en grande première a eu lieu hier, mardi 29 mai 2007, au Centre culturel camerounais de Yaoundé.
"Nsaa Nyus Lipem", selon les explications de Jean Marc Lingom, son réalisateur, raconte le quotidien d’une famille pauvre et vivant en zone rurale, et dont le chef, en s’appuyant sur ses fils, se bat bec et ongle pour pouvoir relever le niveau. Dans le rôle principal, on redécouvre le bien connu Salomon Tatfo, révélé à la télévision nationale il y a plus de vingt ans dans une autre série, "L’orphelin", sous le nom évocateur d’Essola. Et si l’on s’en tient aux deux premiers épisodes diffusés hier au Centre culturel camerounais, l’homme n’a rien perdu de son talent. Malgré le poids de l’âge, Ngambi (son pseudonyme dans la série) a en effet conservé son humour et sa maîtrise de l’art oratoire. Une qualité que l’on observera par ailleurs chez la plupart des comédiens de la série "Nsaa Nyus Lipem", qui semblent avoir abattu un travail préparatoire de fourmis en amont de cette réalisation.
Concurrence
Jean Marc Lingom l’a d’ailleurs confirmé à demis mots, lorsqu’il a confessé que "Le prix de l’ambition est une œuvre rédigé depuis… 1978! "Elle totalise quelque 1400 pages. Mais, pour la série, nous n’en avons retenu qu’une centaine de pages que nous avons compulsées en dix épisodes de 26 minutes chacun", indique-t-il. Un couronnement qui a été rendu possible grâce au soutien du ministère de la Culture intervenu en 2004, à travers son désormais incontournable compte d’affectation spéciale ; mais également grâce à un appui décisif de la Crtv, qui est partie prenante du projet en tant que coproducteur de la série. "Les télénovelas africaines, si elles sont intéressantes, peuvent avoir la chance de concurrencer les productions brésiliennes et mexicaines massivement diffusées en Afrique", affirmait récemment le chercheur-anthropologue français Jean François Werner. C’était au cours d’une conférence qu’il animait au Musée d’art africain de l’Institut fondamental d’Afrique noire à Dakar (Ifan), dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).
La preuve, une étude réalisée entre 2001 et 2002 dans la banlieue de Dakar, à Guédiawaye et Médina Gounass, sur le phénomène des télénovelas locales sur le public, surtout féminin, a révélé qu’elles sont mieux reçues que les productions venant d’ailleurs.
Reste maintenant à savoir, dans un contexte fortement concurrentiel, si la mayonnaise prendra effectivement pour "Nsaa Nyus Lipem". Malgré la modicité de leurs moyens logistiques, les éditions Lingwa Productions et Louis Wafeu Teinze, le producteur délégué de la série, semblent, en tout cas, croire en une future adhésion massive des Camerounais à leur projet. A travers son délégué provincial pour le Centre, le ministère de la Culture, lui, s’est dit ravi par l’aboutissement du projet et, surtout, de la volonté affichée par les promoteurs pour faire vivre la culture camerounaise.

