Le premier conseil des programmes de cette entreprise a mis en lumière les principaux freins.
Justin Blaise Akono
Pendant trois jours la semaine dernière, la Cameroon radio and television (Crtv) s’est arrêtée pour examiner sa grille des programmes dans le cadre du premier conseil des programmes. Les directeurs des programmes des deux supports (radio et télévision), les chefs des stations provinciales, régionales et urbaines ainsi que d’autres responsables étaient réunis à la Tour de Mballa II, du 14 au 16 novembre dernier. Ce, en compagnie de certains responsables de la société civile, à l’instar du docteur Samuel Essoungou Ndemba, président d’une association des consommateurs, Pauline Biyong, ainsi que des représentants des entreprises " partenaires ". Sans aller du dos de la cuillère, les responsables de la Crtv ont fait un diagnostic plus que sévère, reconnaissant leurs insuffisances tant en radio qu’en télévision, dans l’optique de trouver des esquisses de solution et pouvoir offrir aux auditeurs et téléspectateurs une grille des programmes plus attractive en 2007.
Il ressort de l’autocritique que la Crtv a mal à ses programmes. Non pas du fait de la concurrence née de l’arrivée des chaînes internationales ou privées nationales, mais à cause de la dégradation des prestations fournies à l’antenne, dont la qualité laisse à désirer désormais, du journal aux documentaires, en passant par les émissions de divertissement. Ce qui a pour conséquence éloigner les auditeurs, les téléspectateurs et les éventuels annonceurs. Certaines émissions sont faites par intermittence. D’autres sont de mauvaise qualité technique ou professionnelle. Antenne mal tenue, incohérences dans les signatures… Conséquence, la chaîne de radio et télévision publique n’attire plus grand monde. Le professeur Enow Tanjong de l’Université de Buea fera remarquer que " les personnels de la Crtv ne semblent pas suffisamment imprégnés des goûts du public et des exigences du service public ". Ce qui a pour conséquence la pauvreté des programmes d’éducation civique.
Finances
Les participants ont aussi identifié la qualité approximative des personnels du poste national de la Crtv, les incohérences dans les heures d’ouverture et de fermeture de l’antenne, tout comme une grande disparité dans le traitement entre les journalistes des langues locales et les autres. La Crtv se propose de procéder régulièrement au casting des animateurs et journalistes aptes à assurer l’antenne. Elle souhaite, par ailleurs, se servir de l’expertise du personnel à la retraite, à travers un contrat de collaboration. La Cameroon Radio and Television se dit prête à ouvrir la porte aux producteurs externes, pour la télévision par exemple. Et pourtant, c’est dans cet organe de presse que se trouvent la plupart des talents du pays, a-t-on l’habitude de clamer dans certains milieux.
"L’antenne radio de la Crtv sera beaucoup plus attrayante. Il faudra supprimer les émissions, qui ne sont pas régulièrement produites et améliorer celles qui peuvent l’être ", a déclaré Célestin Boten, le directeur des programmes de la Crtv radio. La directrice des programmes de la Crtv télé, Sally Messio, qui a dénoncé, dans le rapport de la commission télévision qu’elle lisait, le laxisme de certains chroniqueurs, a annoncé la création de quatre nouvelles émissions. Elle a indiqué que ces émissions viendront remplacer celles, irrégulières, appelées à disparaître. Les participants ont pris la résolution de respecter les standards en la matière.
Le nerf de la guerre est le sujet qui a visiblement divisé les personnels de la Crtv. Car certaines émissions ont vu leur budget diminué de moitié. " Les émissions de plateaux sont passées de 100.000 Fcfa à 50.000 Fcfa. Elles coûtaient 400.000 Fcfa avant ", a noté Sally Messio. Elle a averti que : " Tout le monde a applaudi. Mais, personne n’ira faire une émission. Les producteurs d’émissions ont de la volonté. Il ne faut pas rêver. S’il n’y a pas de moyens, nous ne pourrons pas faire la grille comme nous le souhaitons ", a-t-elle déclaré, tout en demandant que " ces moyens financiers soient mis à la disposition des personnes concernées dans les temps les meilleurs et que la procédure de décaissement des moyens financiers soit allégée ". Un micro programme de 5 à 6 minutes coûtera 5.000 Fcfa pendant qu’une émission publique coûtera un million de Fcfa. Selon le rapport de la commission budget et logistique lu par Barbara Etoa, 78% des productions sont bloqués à cause des procédures, du reste décriées par les participants.
Collaboration
Le téléspectateur attend de la Crtv (radio et télévision) des programmes de qualité. Programmes dont la production exige d’énormes moyens financiers pour faire face à la concurrence nationale et internationale, et appliquer le souci du directeur général résumé en trois idées : échanges, interactivité et participation au débat citoyen. Or, à Mballa, la courbe financière semble décroissante, du fait, estiment les participants, de la timidité pour les annonceurs à faire confiance à " la mère et le mastodonte de l’audiovisuel " au Cameroun. Selon un rapport d’un cadre de la Crtv, étiqueté de " néo taliban " il y a quelques temps lorsque que le mémorandum était d’actualité à Mballa II, rapport destiné au comité ad hoc de restructuration et de réhabilitation de la Crtv, " le budget annuel de la Crtv a chuté, passant de 22 milliards Fcfa à moins de 17 milliards Fcfa, soit une portion réelle de 13 milliards Fcfa pour le fonctionnement. Pendant ce temps, les effectifs sont passés de 1838 à 2100 agents. Or, le plan de ventilation de la maison prévoit 1465 personnes ".
" La Crtv ne pourra jamais produire toute seule tout ce dont elle a besoin pour remplir sa grille des programmes ", a reconnu le directeur général Amadou Vamoulke. Aussi, a-t-il annoncé une rencontre avec les producteurs indépendants, avant la prochaine rentrée des programmes. Ceux concernés sont les producteurs à même de refléter la culture camerounaise. Les différentes résolutions et recommandations prises, le directeur général ne souhaite pas les voir moisir dans les tiroirs. Raison pour laquelle, il a suggéré la création d’une commission de suivi pour la mise en œuvre effective de cette nouvelle dynamique.
Mais, le Dg n’a pas dit à ses collaborateurs comment fera-t-il pour remobiliser les troupes en attente des moyens financiers adéquats pour pouvoir produire des émissions dont ils rêvent et équiper la maison à travers la mise en place des studios numériques de production, soit un dans chaque station provinciale et un studio complet à la Crtv télé, ainsi que la réhabilitation du matériel existant et le recyclage des techniciens. Téléspectateurs et auditeurs, bien qu’ayant plusieurs choix, attendent aussi beaucoup de ces promesses du premier conseil des programmes, eux qui paient leur redevance audiovisuelle.
Mutations 21 Nov 2006