Manu Dibango:« Je suis content d’être là »
Peu après sa descente d’avion, Manu Dibango a accordé une interview exclusive à CT.
Bienvenue, Manu Dibango. Quels sont les premiers mots que vous avez envie de dire ?
Je suis content d’être là. Le président de la République a émis la volonté de fêter mon demi-siècle de carrière, je ne peux que dire toute ma joie, voilà. Encore une fois, je suis content d’être là. Je sens maintenant mes cinquante ans de carrière, quoi (rires).
La séparation a été relativement longue. Que promettez-vous au public local ?
Vous savez, avec la télévision et Internet, les gens me voient partout, ils savent comment ça se passe, etc. En revanche, c’est la première fois que je viens avec mon grand orchestre. J’ai joué un peu partout dans le monde avec, sauf au Cameroun. Donc les gens auront ne serait-ce que cette occasion-là de le découvrir, et de voir pourquoi je me bagarre pour la musique. Ensuite, nous avons quand même quelques invités importants. On a fait venir le Soweto String Quartet d’Afrique du Sud, on a fait venir Meiway pour les plus jeunes. Et peut-être avec un peu de chance, Mc Solaar sera là – il est en tournée en ce moment mais s’il trouve 24 heures, il viendra. Maintenant il y a les artistes locaux, André Marie Tala, etc. Il y a du monde. Vous savez, une fête ça se prépare. Il ne faut pas voir les choses d’une manière maigrichonne (rires).
Un mot à l’endroit de ce public ?
Je le remercie de me supporter depuis longtemps. Il n’y a pas de problème, je me sens chez moi.
Il y a eu, par le passé, une espèce de désamour entre Manu et le Cameroun…
Ça ne va pas recommencer, cette histoire-là, pour le jour où je viens pour le cinquantième anniversaire de ma carrière musicale ! D’ailleurs, à ce sujet, je souhaite aux uns et autres, à vous autres, de pouvoir faire ce que vous aimez pendant cinquante ans. C’est ça qui compte. OK ? Le président de la République a voulu que le pays me rende hommage. Je ne pense pas que ce genre de chose arrive souvent. Et même si ça arrive, c’est toujours personnalisé. Moi je suis content de cela, parce que ça signifie qu’il y a une reconnaissance de quelque chose. A partir de là, qu’est-ce que vous pouvez dire ? Quand le président et le pays vous reconnaissent pour ce que vous avez déjà fait, que dire de plus quand on est enfant du pays ? Pour ce que vous avez évoqué, c’est normal qu’il y ait des bons et des mauvais jours. C’est passionnel, vous savez. L’essentiel c’est que, à un moment donné, on arrive à quelque chose de positif.
Comment va se présenter la suite ?
Moi, ce qui m’intéresse, c’est la renaissance de la culture camerounaise. C’est peut-être l’occasion d’en parler enfin. Je pense à la culture en général : la musique, le ballet, la peinture, le théâtre, etc. C’est peut-être l’occasion de remettre tout ça à plat. Parce qu’il y a tellement de prédispositions, de talents dans ce pays. Les gens sont tellement doués. C’est un constat : quand on est à l’extérieur, les plus grands musiciens qui travaillent sont souvent des Camerounais – je dis musiciens et non chanteurs. Je fais toujours la différence.
Manu Dibango a-t-il des propositions concrètes pour œuvrer à cette renaissance ?
On en parlera au bon moment (rires).
Cinquante ans de carrière, ça n’arrive pas à tout le monde. Quels sont vos secrets ?
Vous savez, une carrière se fait en dents de scie. L’essentiel c’est qu’au bout, vous soyez vivant. Il y a beaucoup de gens qui étaient aussi doués que moi et qui ne sont pas arrivés là, soit pour des raisons de santé, soit en raison d’un manque d’inspiration, soit à cause de déceptions ou de beaucoup d’autres choses encore. Prenez Francis Bebey. Il est décédé à 72 ans. Mongo Beti, il est mort à quel âge ? C’est pour vous dire qu’il y a des gens dans ce pays qui ont fait des choses. La différence c’est que le Bon Dieu a voulu que je sois encore en activité – parce que je ne suis pas à la retraite. Je suis content d’avoir le passé que j’ai eu. Si en plus ça permet d’apporter quelque chose pour demain, tant mieux.
Parlons de demain, justement…
On ne peut pas parler de demain, parce qu’il faut d’abord que je rende compte aux autorités qui m’ont invité. L’avenir se tisse entre ces autorités-là et nous autres artistes. Je vais voir ce qu’elles ont à l’esprit à ce sujet. Ce sont les autorités qui m’ont fait venir, et c’est sans doute pour de bonnes raisons. Examinons-les d’abord, et on fera la synthèse après (rires).
Propos recueillis par Alliance NYOBIA

