Gatien Louis Ngangue Embola vient de passer d’une démarche abstraite à un style plus figuratif.
Stéphane TCHAKAM –
Gatien Louis Ngangue Embola vient de passer d’une démarche abstraite à un style plus figuratif.
En voilà au moins un dont on ne pourra pas dire qu’il ne crée pas, qu’il n’innove pas, qu’il n’avance pas. On le dit de bien trop d’artistes plasticiens sur la place de Douala en particulier. A raison d’ailleurs. Enfermés qu’ils sont dans ce qui, croient-ils, marche et qu’ils n’en finissent donc pas de barbouiller. Gatien Louis Ngangue Embola est un peintre décidément à part qui, depuis quelques mois, montre une facette insoupçonnée de son art à lui. A la faveur d’une récente exposition à Douala, l’artiste plasticien a surpris les amateurs et les observateurs qui suivent son travail depuis quelques années. Même s’il est connu sur la scène de nos arts plastiques, Ngangue Embola a quelque chose d’atypique, de singulier. Ce n’est pas le gars inscrit dans la logique du " absolument vendre " en vogue chez un bon nombre. C’est un artiste qui n’a que faire des modes et qui, tout seul, réussit à trouver des synergies avec des peintres à l’étranger et à monter des expositions. Le plus souvent en dehors des circuits habituels.
Sa peinture elle-même, au fil des expositions plutôt régulières, semble poser quelques problèmes à un certain public qui la trouvait trop abstraite avec ces larges étalages de couleurs uniformes et ces formes difficilement rattachables à quoi que soit. Il y avait même comme un malaise et ce n’est pas Ngangue qu’il fallait appeler au secours. Les peintres, c’est bien connu, n’expliquent rien et n’ont au demeurant rien à expliquer. Comme il fallait se débrouiller, le malaise est né et s’est épaissi. A peine se contentait-il de dire " ce que je peins est ce qui me vient. C’est cela mon état d’esprit, mes cogitations, mes rêves qui, parce que je suis un humain, ont un lien avec l’humain. On ne le verra pas de prime abord, mais il existe forcément ".
Sous la difficulté à entrer dans la peinture du jeune homme de 28 ans, il y avait quand même cette utilisation parfaite et maîtrisée de la couleur, fruit de trois ans d’études à l’Institut de formation artistique de Mbalmayo (Ifa) où Ngangue a décroché un baccalauréat artistique AF 2 (option peinture). Oui, ça existe. Et puis, le temps de " Divergence " est arrivé. L’exposition, organisée dans le cadre du programme Talents à l’hôtel Ibis de Douala, en mai dernier, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Une toile de Ngangue montrait une sorte de case avec des couleurs vives, gaies. Une autre montrait des animaux imaginaires, déconstruits. Bon Dieu, quelle surprise ! Sûr de son effet, le peintre souriait simplement. S’il faisait un pas vers autre chose, on en était encore à la transition. " Pour ne pas trop choquer le public ", susurrait-il. Sur le sens de cette nouvelle approche, Ngangue raconte encore que son moi subit manifestement une mutation. Il était trop sombre, c’est vrai. Peu à peu, la lumière apparaît et les dessins, les images et la peinture de Gatien Louis Ngangue Embola l’illustrent à présent. Merci !