Marafa Hamidou Yaya : L’homme qui savait tout
Le ministre de l’Administration territoriale était au courant de la préparation des émeutes mais a laissé mourir 40 personnes.
Léger Ntiga
On ne l’avait pas entendu depuis de longs mois. Et surtout pas aux premières heures des chaudes journées des 25, 26, 27, 28 et 29 février 2008. Au cours de cette période en effet, le Cameroun bruit du ras-le-bol des populations – notamment jeunes – ayant pris pour prétexte la grève générale et illimitée des transporteurs. Ils dénoncent la hausse vertigineuse du prix du carburant à la pompe, dont le litre a dépassé depuis longtemps le seuil psychologique de 500 francs. Loin de ces problèmes basiques, le ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya, a choisi de revenir en force cette semaine sur le terrain médiatique.
Il a ainsi indiqué clairement que le leader du Sdf est le commanditaire des violences, pillages et émeutes qui ont fait, selon ses dires, 40 morts, l’incendie de 44 édifices publics et la destruction totale ou partielle de 33 stations-service. Comme le prévoient les fonctions et missions du Minatd, il est un membre du gouvernement très informé. Et par conséquent très au fait des événement en cours, à venir ou passés. Seulement, le ministre d’Etat, au courant de la conspiration, a préféré quitter Yaoundé, la capitale du Cameroun, prise en otage par des "apprentis sorciers" durant la journée du 27 février 2008. Marafa Hamidou Yaya s’est en effet envolé dès le vendredi 23 pour son Nord natal. Ici, il a pris part aux travaux de la conférence de sa section Rdpc d’origine, le lendemain samedi.
Ironie du sort, au courant, le Minatd n’a pas vu venir les incidents qui vont éclater le même soir à Douala, et au cours desquels la gendarmerie a tué deux Camerounais, dont le correspondant local de la Crtv dira, au cours des éditions d’informations du dimanche, qu’il n’y en a eu qu’un seul intervenu des suites d’un accident de la circulation survenu à l’entrée de Douala. On attendra donc la réaction du Minatd, suite aux scènes de violence qui ont abouti à la brutalité sur des personnes et à la destruction de biens publics et privés. A la fois discret, sourd, muet et transparent pendant les jours qui vont suivre, M. Marafa alors que certains autres membres du gouvernement font feu de tout bois et rivalisent de zèle, d’invectives et de contrepèteries, lui, le ministre de l’Intérieur, se terre.
Conséquence: C’est un général qui s’occupe de… l’Administration territoriale dans une ville de Douala, à feu et à sang au cours de la journée du lundi 25 février. Il faudra attendre le jeudi 28, au lendemain de la déclaration déphasée du chef de l’Etat, pour voir le Minatd sortir du bois. Aux côtés du délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), Edgar Alain Mebe Ngo’o, et au prétexte d’être venus rassurer les populations. Pire, il a fallu attendre 20 jours pour voir ce fils de Bacheo (en plein cœur de la ville de Garoua) prendre la parole et dire à quel point il était bien informé du complot. Au fait de la "déstabilisation" du Cameroun par John Fru Ndi, le Chairman du Sdf, Marafa Hamidou Yaya a donc laissé faire.
Putsch manqué
Pourtant, quatre jours auparavant, le Vice-premier ministre chargé de la Justice, Amadou Ali, a souligné que les enquêtes n’étaient pas bouclées. Ce n’est pas la seule dissonance observée dans la communication du gouvernement, au cours de la gestion de la récente crise sociale survenue au Cameroun. Au cours de l’une de ses innombrables sorties, le ministre de la Communication, Jean Pierre Biyiti bi Essam a, en guise de bilan, annoncé que les émeutes du mois de février dernier ont causé "17 morts". Deux jours plus tard, à la faveur du point de presse de Amadou Ali, ce nombre est passé à 24. Puis à 40, sous la dictée de Marafa Hamidou Yaya.
A 58 ans, cet ancien enseignant d’hydrologie à la faculté de sciences de l’université de Yaoundé, revient de loin. "Cette nuit-là, soutient un officier général, Marafa Hamidou Yaya fut extrait du camion à la suite d’une supplique de sa jeune épouse." Le camion était en partance pour Mbalmayo quelques jours après le putsch manqué du 6 avril 1984 pour des exécutions sommaires des mutins et leurs complices. C’est Gilbert Andzé Tsoungi de regrettée mémoire, alors ministre des Forces armées, sensible à la supplique de la jeune dame qui aurait pris la décision de faire descendre du camion celui que ses camarades ont connu aux Etats-Unis comme l’étudiant Hamidou Yaya. Au moment où cet ancien cadre de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) incrimine, sans preuve, le leader du Sdf, des témoins de la scène d’avril 1984 en appellent au souvenir.
Lui à qui une certaine opinion attribue des ambitions pour un destin national qui se construirait sur des réseaux constitués au Cameroun et en dehors à la faveur de son ascension administrative, surtout depuis son entrée au gouvernement le 7 novembre 1992 comme secrétaire d’Etat aux finances. Mais surtout à la faveur de sa longévité comme ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République.

