Non classé

Remember Jean Zoa (1998- 2008)

Hommage :


Il y a dix ans disparaissait à Yaoundé le 1er archevêque métropolitain camerounais de Yaoundé
Par Daniel Boo*


Vendredi 20 mars 1998. Il fait beau sur Yaoundé…
L’énorme boule incandescente – jaune or ! – irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, où du beau monde endimanché a pris place et attend, en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga, et des mille et une couleurs d’un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l’Homme – président et sa suite : la quasi – intégralité du gratin politico – administratif ; militaro – diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, devant la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et robes immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu’accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s’affairent pieusement autour d’un autel hautement fleuri ; illuminé de bougies, et embaumé d’encens…

Dignité ecclésiastique ; règles de l’art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d’une ‘pierre particulière’, la ‘grave’ solennité du tout dernier Hommage en la Cité – capitale rendu à l’un des tout premiers Evêques (1955) de l’Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 – 1998), décédé une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv – radio et télévision…
Au moment où l’Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s’apprête à retrouver le prône, l’on ne se doute guère qu’il ne prononcera jamais cette homélie funèbre – là ! De fait – et contre toute attente ! – le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun – lorsqu’il n’y en avait qu’une seule en 1962 – s’écroule aussitôt sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d’urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, il ne s’en relèvera plus jamais…

‘Evénement dans l’Evénement !’ Pour tout dire !
Et l’Histoire de retenir qu’en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), " un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ". Deux Evêques – pionniers, dans le même train de la mort – l’on n’en eût pas dit plus ! Le train de l’un en ayant (bel et bien) caché celui de l’autre.
Trois décennies auparavant, les deux Evêques-pionniers, présents à Rome pour Vatican II, représentaient bel et bien, à titre exclusif, l’Eglise catholique qui est au Cameroun, en ce Concile estampillé par leurs homonymes respectifs, Jean et Paul : ouvert en l’occurrence par Jean XXIII ce 11 octobre 1962, pour être clos par Paul VI, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Pourquoi ne pas établir quelque rapprochement entre le présent " drame ecclésiastique " du dernier jour des deux Evêques-là – Jean et Paul – considérés bon an mal an comme étant des francs, voire, des bons ennemis cordiaux – et qui, aussi carrément, adviennent à se tenir la main pour tirer la révérence en partant de ce monde ?
Certes, quel que soit le bout par lequel on voudra bien décrypter ladite situation, ne sommes – nous toujours pas en présence, tout bien considéré, de quelque ‘mystère’ de plus, à élucider tôt ou tard ; à insérer dans tous les cas parmi les ‘faits marquants’ de l’antique Eglise romaine ? A ranger à tout le moins parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II – convoqué par Jean, pour être clos par Paul – et qui, en définitive, aura littéralement, sinon, bel et bien reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, promptement, enfourchait de facto, bravement et fièrement, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le train de la mort
Insondable destinée, dirait – on au demeurant sans risque de se tromper.
Certes, 36 ans auparavant, l’on revoit la séquence de ce mémorable train, comme une légende prophétique : nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l’obligation de ‘faire face’ au pouvoir temporel. Pour la cause de la vérité ! De boire, jusqu’à la lie, sa coupe pastorale ! C’était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l’ouest du pays, pour avoir… ‘distribué des tracts’ ! Parquées dans le fourgon d’un train, à destination de Yaoundé. A l’arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une " messe de requiem pour les 25 disparus " ; en faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n’oubliera jamais ce ‘bras de fer’ du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d’une enquête gouvernementale dont les résultats – suivez notre regard ! – ne seront jamais connus…

Il y a de cela dix (10) ans tombait le soldat du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille – les armes à la main ! Et l’Histoire de retenir, pour le pasteur qu’il fut, qu’il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière, et ce, au cours d’un ultime direct médiatico-religieux ! Au terme d’un épiscopat dont l’une des principales caractéristiques aura été "l’usage approprié, sinon, efficace et à bon escient, de la magie des médias"…
Des formules enlevées prononcées ex cathedra, et d’avance, expressément confectionnées pour frapper les esprits : du "Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits" à cette ‘corruption de nos routes’, perpétrée par des " mendiants déguisés (sic) ", c’est bel et bien cette voix orthophonique, plus ou moins métallisée, de tel Prélat de l’Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement…
Resquiescat in pace !

* Cell: 96 60 12 53
afrisolar@yahoo.de

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Il y a dix ans disparaissait à Yaoundé le 1er archevêque métropolitain camerounais de Yaoundé
Par Daniel Boo*


Vendredi 20 mars 1998. Il fait beau sur Yaoundé…
L’énorme boule incandescente – jaune or ! – irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, où du beau monde endimanché a pris place et attend, en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga, et des mille et une couleurs d’un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l’Homme – président et sa suite : la quasi – intégralité du gratin politico – administratif ; militaro – diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, devant la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et robes immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu’accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s’affairent pieusement autour d’un autel hautement fleuri ; illuminé de bougies, et embaumé d’encens…

Dignité ecclésiastique ; règles de l’art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d’une ‘pierre particulière’, la ‘grave’ solennité du tout dernier Hommage en la Cité – capitale rendu à l’un des tout premiers Evêques (1955) de l’Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 – 1998), décédé une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv – radio et télévision…
Au moment où l’Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s’apprête à retrouver le prône, l’on ne se doute guère qu’il ne prononcera jamais cette homélie funèbre – là ! De fait – et contre toute attente ! – le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun – lorsqu’il n’y en avait qu’une seule en 1962 – s’écroule aussitôt sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d’urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, il ne s’en relèvera plus jamais…

‘Evénement dans l’Evénement !’ Pour tout dire !
Et l’Histoire de retenir qu’en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), " un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ". Deux Evêques – pionniers, dans le même train de la mort – l’on n’en eût pas dit plus ! Le train de l’un en ayant (bel et bien) caché celui de l’autre.
Trois décennies auparavant, les deux Evêques-pionniers, présents à Rome pour Vatican II, représentaient bel et bien, à titre exclusif, l’Eglise catholique qui est au Cameroun, en ce Concile estampillé par leurs homonymes respectifs, Jean et Paul : ouvert en l’occurrence par Jean XXIII ce 11 octobre 1962, pour être clos par Paul VI, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Pourquoi ne pas établir quelque rapprochement entre le présent " drame ecclésiastique " du dernier jour des deux Evêques-là – Jean et Paul – considérés bon an mal an comme étant des francs, voire, des bons ennemis cordiaux – et qui, aussi carrément, adviennent à se tenir la main pour tirer la révérence en partant de ce monde ?
Certes, quel que soit le bout par lequel on voudra bien décrypter ladite situation, ne sommes – nous toujours pas en présence, tout bien considéré, de quelque ‘mystère’ de plus, à élucider tôt ou tard ; à insérer dans tous les cas parmi les ‘faits marquants’ de l’antique Eglise romaine ? A ranger à tout le moins parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II – convoqué par Jean, pour être clos par Paul – et qui, en définitive, aura littéralement, sinon, bel et bien reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, promptement, enfourchait de facto, bravement et fièrement, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le train de la mort
Insondable destinée, dirait – on au demeurant sans risque de se tromper.
Certes, 36 ans auparavant, l’on revoit la séquence de ce mémorable train, comme une légende prophétique : nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l’obligation de ‘faire face’ au pouvoir temporel. Pour la cause de la vérité ! De boire, jusqu’à la lie, sa coupe pastorale ! C’était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l’ouest du pays, pour avoir… ‘distribué des tracts’ ! Parquées dans le fourgon d’un train, à destination de Yaoundé. A l’arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une " messe de requiem pour les 25 disparus " ; en faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n’oubliera jamais ce ‘bras de fer’ du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d’une enquête gouvernementale dont les résultats – suivez notre regard ! – ne seront jamais connus…

Il y a de cela dix (10) ans tombait le soldat du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille – les armes à la main ! Et l’Histoire de retenir, pour le pasteur qu’il fut, qu’il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière, et ce, au cours d’un ultime direct médiatico-religieux ! Au terme d’un épiscopat dont l’une des principales caractéristiques aura été "l’usage approprié, sinon, efficace et à bon escient, de la magie des médias"…
Des formules enlevées prononcées ex cathedra, et d’avance, expressément confectionnées pour frapper les esprits : du "Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits" à cette ‘corruption de nos routes’, perpétrée par des " mendiants déguisés (sic) ", c’est bel et bien cette voix orthophonique, plus ou moins métallisée, de tel Prélat de l’Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement…
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L’énorme boule incandescente – jaune or ! – irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, où du beau monde endimanché a pris place et attend, en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga, et des mille et une couleurs d’un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l’Homme – président et sa suite : la quasi – intégralité du gratin politico – administratif ; militaro – diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, devant la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et robes immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu’accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s’affairent pieusement autour d’un autel hautement fleuri ; illuminé de bougies, et embaumé d’encens…

Dignité ecclésiastique ; règles de l’art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d’une ‘pierre particulière’, la ‘grave’ solennité du tout dernier Hommage en la Cité – capitale rendu à l’un des tout premiers Evêques (1955) de l’Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 – 1998), décédé une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv – radio et télévision…
Au moment où l’Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s’apprête à retrouver le prône, l’on ne se doute guère qu’il ne prononcera jamais cette homélie funèbre – là ! De fait – et contre toute attente ! – le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun – lorsqu’il n’y en avait qu’une seule en 1962 – s’écroule aussitôt sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d’urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, il ne s’en relèvera plus jamais…

‘Evénement dans l’Evénement !’ Pour tout dire !
Et l’Histoire de retenir qu’en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), " un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ". Deux Evêques – pionniers, dans le même train de la mort – l’on n’en eût pas dit plus ! Le train de l’un en ayant (bel et bien) caché celui de l’autre.
Trois décennies auparavant, les deux Evêques-pionniers, présents à Rome pour Vatican II, représentaient bel et bien, à titre exclusif, l’Eglise catholique qui est au Cameroun, en ce Concile estampillé par leurs homonymes respectifs, Jean et Paul : ouvert en l’occurrence par Jean XXIII ce 11 octobre 1962, pour être clos par Paul VI, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Pourquoi ne pas établir quelque rapprochement entre le présent " drame ecclésiastique " du dernier jour des deux Evêques-là – Jean et Paul – considérés bon an mal an comme étant des francs, voire, des bons ennemis cordiaux – et qui, aussi carrément, adviennent à se tenir la main pour tirer la révérence en partant de ce monde ?
Certes, quel que soit le bout par lequel on voudra bien décrypter ladite situation, ne sommes – nous toujours pas en présence, tout bien considéré, de quelque ‘mystère’ de plus, à élucider tôt ou tard ; à insérer dans tous les cas parmi les ‘faits marquants’ de l’antique Eglise romaine ? A ranger à tout le moins parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II – convoqué par Jean, pour être clos par Paul – et qui, en définitive, aura littéralement, sinon, bel et bien reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, promptement, enfourchait de facto, bravement et fièrement, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le train de la mort
Insondable destinée, dirait – on au demeurant sans risque de se tromper.
Certes, 36 ans auparavant, l’on revoit la séquence de ce mémorable train, comme une légende prophétique : nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l’obligation de ‘faire face’ au pouvoir temporel. Pour la cause de la vérité ! De boire, jusqu’à la lie, sa coupe pastorale ! C’était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l’ouest du pays, pour avoir… ‘distribué des tracts’ ! Parquées dans le fourgon d’un train, à destination de Yaoundé. A l’arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une " messe de requiem pour les 25 disparus " ; en faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n’oubliera jamais ce ‘bras de fer’ du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d’une enquête gouvernementale dont les résultats – suivez notre regard ! – ne seront jamais connus…

Il y a de cela dix (10) ans tombait le soldat du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille – les armes à la main ! Et l’Histoire de retenir, pour le pasteur qu’il fut, qu’il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière, et ce, au cours d’un ultime direct médiatico-religieux ! Au terme d’un épiscopat dont l’une des principales caractéristiques aura été "l’usage approprié, sinon, efficace et à bon escient, de la magie des médias"…
Des formules enlevées prononcées ex cathedra, et d’avance, expressément confectionnées pour frapper les esprits : du "Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits" à cette ‘corruption de nos routes’, perpétrée par des " mendiants déguisés (sic) ", c’est bel et bien cette voix orthophonique, plus ou moins métallisée, de tel Prélat de l’Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement…
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Par Daniel Boo*


Vendredi 20 mars 1998. Il fait beau sur Yaoundé…
L’énorme boule incandescente – jaune or ! – irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, où du beau monde endimanché a pris place et attend, en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga, et des mille et une couleurs d’un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l’Homme – président et sa suite : la quasi – intégralité du gratin politico – administratif ; militaro – diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, devant la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et robes immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu’accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s’affairent pieusement autour d’un autel hautement fleuri ; illuminé de bougies, et embaumé d’encens…

Dignité ecclésiastique ; règles de l’art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d’une ‘pierre particulière’, la ‘grave’ solennité du tout dernier Hommage en la Cité – capitale rendu à l’un des tout premiers Evêques (1955) de l’Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 – 1998), décédé une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv – radio et télévision…
Au moment où l’Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s’apprête à retrouver le prône, l’on ne se doute guère qu’il ne prononcera jamais cette homélie funèbre – là ! De fait – et contre toute attente ! – le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun – lorsqu’il n’y en avait qu’une seule en 1962 – s’écroule aussitôt sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d’urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, il ne s’en relèvera plus jamais…

‘Evénement dans l’Evénement !’ Pour tout dire !
Et l’Histoire de retenir qu’en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), " un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ". Deux Evêques – pionniers, dans le même train de la mort – l’on n’en eût pas dit plus ! Le train de l’un en ayant (bel et bien) caché celui de l’autre.
Trois décennies auparavant, les deux Evêques-pionniers, présents à Rome pour Vatican II, représentaient bel et bien, à titre exclusif, l’Eglise catholique qui est au Cameroun, en ce Concile estampillé par leurs homonymes respectifs, Jean et Paul : ouvert en l’occurrence par Jean XXIII ce 11 octobre 1962, pour être clos par Paul VI, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Pourquoi ne pas établir quelque rapprochement entre le présent " drame ecclésiastique " du dernier jour des deux Evêques-là – Jean et Paul – considérés bon an mal an comme étant des francs, voire, des bons ennemis cordiaux – et qui, aussi carrément, adviennent à se tenir la main pour tirer la révérence en partant de ce monde ?
Certes, quel que soit le bout par lequel on voudra bien décrypter ladite situation, ne sommes – nous toujours pas en présence, tout bien considéré, de quelque ‘mystère’ de plus, à élucider tôt ou tard ; à insérer dans tous les cas parmi les ‘faits marquants’ de l’antique Eglise romaine ? A ranger à tout le moins parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II – convoqué par Jean, pour être clos par Paul – et qui, en définitive, aura littéralement, sinon, bel et bien reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, promptement, enfourchait de facto, bravement et fièrement, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le train de la mort
Insondable destinée, dirait – on au demeurant sans risque de se tromper.
Certes, 36 ans auparavant, l’on revoit la séquence de ce mémorable train, comme une légende prophétique : nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l’obligation de ‘faire face’ au pouvoir temporel. Pour la cause de la vérité ! De boire, jusqu’à la lie, sa coupe pastorale ! C’était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l’ouest du pays, pour avoir… ‘distribué des tracts’ ! Parquées dans le fourgon d’un train, à destination de Yaoundé. A l’arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une " messe de requiem pour les 25 disparus " ; en faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n’oubliera jamais ce ‘bras de fer’ du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d’une enquête gouvernementale dont les résultats – suivez notre regard ! – ne seront jamais connus…

Il y a de cela dix (10) ans tombait le soldat du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille – les armes à la main ! Et l’Histoire de retenir, pour le pasteur qu’il fut, qu’il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière, et ce, au cours d’un ultime direct médiatico-religieux ! Au terme d’un épiscopat dont l’une des principales caractéristiques aura été "l’usage approprié, sinon, efficace et à bon escient, de la magie des médias"…
Des formules enlevées prononcées ex cathedra, et d’avance, expressément confectionnées pour frapper les esprits : du "Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits" à cette ‘corruption de nos routes’, perpétrée par des " mendiants déguisés (sic) ", c’est bel et bien cette voix orthophonique, plus ou moins métallisée, de tel Prélat de l’Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement…
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LAPIRO DE MBANGA : « Ce que j’ai fait avec Fochivé… »

Lapiro de Mbanga. On s’en souvient. L’artiste musicien, devenu leader d’opinion et propulsé au-devant de la scène à la faveur des soubresauts démocratiques du début des années 1990 au Cameroun revient sur la scène. –

 

A la faveur du débat sur une éventuelle modification de la Constitution du 18 janvier 1996, il vient de mettre sur le marché un single intitulé “ Constitution constipée ”. Lapiro livre son opinion à travers le texte de cette musique que de nombreux Camerounais ont tôt fait d’adopter.
Sur la voix du succès – comme No make erreur, Kop niè, ou alors Minba we – l’artiste “ subversif ” rebondit au moment où le bas peuple semble manquer un leader qui communie avec lui avec une arme qu’il affectionne : la musique et la danse. L’enfant de Mbanga dans le Moungo est contre la modification de l’article 6 alinéa 2 de la Constitution relatif à la limitation des mandats à la tête de l’Etat. Son souhait c’est que Biya termine son deuxième septennat et laisse la place à un autre. Peu importe que ce dernier soit du Rdpc ou d’un parti politique d’opposition.
Lapiro de Mbanga, de son vrai nom Lambo Sandjo Pierre Roger est né dimanche 3 novembre 1957 à la maternité de Mbanga. Son père, Sandjo Roger Blancher, a été président de la Chambre d’agriculture, des pêches et d’élevage du Cameroun. Sa mère, Lombo Dorette, a passé une vie de ménagère plutôt heureuse. Ses géniteurs ne lui avaient pas prédit un avenir de musicien. C’est ainsi qu’après son Certificat d’études primaires en 1973, il est inscrit en enseignement technique commercial, filière steno-dactylo. Deux ans après, il choisit définitivement la musique. Il commence comme batteur, puis bassiste, avant de devenir chanteur. Son premier album sort en 1978 sous le titre “ Coni Njomba ”. Il vit alors au Nigeria. Il revient au Cameroun en 1981 avant de tenter une autre aventure au Gabon en 1982. Quatre ans plus tard, il revient au Cameroun et explose. Déjà dix albums aujourd’hui et un single, avec en prime le Prix de la Fondation Afrique en créations en 1993.
Mais c’est à l’occasion de l’affaire Monga – Njawé – Le Messager en 1990 qu’il se révèle au public comme un véritable leader d’opinion. Il décriait alors l’injustice dont Célestin Monga et Pius Njawé étaient les victimes. Puis sont venues les combats pour la démocratie avec l’avènement du multipartisme. Il y a joué un rôle important.
Dans l’entretien ci-contre, il parle de son engagement actuel contre une modification éventuelle de la Constitution, des événements qui l’ont marqué en 2007 et de sa place dans l’espace politique aujourd’hui. Surtout, il donne sa version des faits sur ses relations avec Fochivé et la dynamique de l’opposition politique au début des années 90.
Ce faisant, Lapiro de Mbanga inaugure ainsi un nouvel espace que Le Messager offre pour le débat sur les politiques publiques au Cameroun. “Cartes sur table” revient donc et entend donner chaque vendredi la parole au gouvernement, à l’opposition et à la société civile pour débattre d’une question d’actualité ayant un impact sur la vie des Camerounais
.
ATD

Constitution, droit d’auteur, années de braise, présidentielle 2011,…
Lapiro de Mbanga se confesse enfin

Vous avez saisi l’opportunité du débat sur la révision de la Constitution au Cameroun pour mettre sur le marché un nouvel album intitulé “ Constitution constipée ”. Quel est le message essentiel de ce single ?
Personnellement, je suis convaincu que la Constitution au Cameroun pose de nombreux problèmes. Depuis la rencontre de Foumban en 1961, où les Anglophones et les Francophones devaient se mettre ensemble pour former un Etat fédéral et partager le pouvoir, il y a toujours eu une duperie dans l’élaboration et surtout l’application de la Constitution. Mais il faut déjà que celle qu’on a aujourd’hui puisse s’appliquer avant qu’on envisage de la changer. Dans la Constitution de 1996, l’article 6 alinéa 2 concernant le septennat est surtout le seul qui est aujourd’hui appliqué. A peine doit-on arriver à accomplir cet article que quelques affamés et aventuriers, de même que des intellectuels en manque de notoriété, se mettent à s’agiter. De grâce, M. Biya est fonctionnaire depuis le début des années 60. Quel autre Camerounais a déjà travaillé autant que lui ? Il mérite un repos ; il faut qu’il passe la main. Ce que l’on attend en urgence c’est la mise sur pied du Sénat et des Régions, afin que chaque collectivité ait des responsables élus. M. Biya peut le faire pour sortir la tête haute.
Il dit que sa priorité c’est la lutte contre la pauvreté. Il va arrêter la pauvreté par où ? Qui vous a dit que le Cameroun est pauvre ? Pensez-vous que tous les Chinois qui débarquent dans ce pays viennent chercher la pauvreté ? Regardez l’immeuble de la Snh… pensez-vous que c’est un immeuble pour un pays pauvre ?

Quelles sont, selon vous, les chances du Rdpc d’investir un candidat qui puisse passer avec succès les épreuves électorales de 2011 ?
Le Rdpc est un grand parti dans ce pays. Mais le multipartisme semble irréversible. Si tous les Camerounais ont chacun une carte d’électeur, si les élections en 2011 sont transparentes et que le Rdpc gagne, je serai le premier à dire : “ Bravo, félicitations ! ” Mais que ce soit clair, il ne faut pas que l’on tente de nous remettre ce qu’on vit depuis 1990 c’est-à-dire les fraudes. Qu’on permette d’abord aux Camerounais de s’exprimer. Voyez-vous, nous ne savons toujours pas combien de citoyens le Cameroun compte aujourd’hui. Comment, sans cette référence, on peut savoir combien de Camerounais vont voter ? Où sont les résultats du recensement général de la population ? On peut toutefois à partir du système d’identification se repérer. Chaque fois que l’on délivre une carte d’identité, on donne en même temps au détenteur une carte d’électeur. Il appartiendra alors au Minatd de récupérer le fichier à la Sûreté nationale pour l’exploiter (…)

L’opposition telle qu’elle est structurée aujourd’hui est-elle capable de gagner une élection présidentielle au Cameroun ?
Il y a de grandes figures dans l’opposition camerounaise. Mais le système est tellement vicié que c’est devenu une histoire de clans, de lobbies… C’est ainsi que celui qui n’est pas dans le noyau dur d’un parti n’a même pas le droit de s’exprimer. Dans mon propre parti (le Sdf), le 8.2 [Article d’auto exclusion, ndlr] met beaucoup de gens dehors. Le Rdpc met les gens en prison même à deux heures du matin mais ils n’ont jamais dit “ vous n’êtes plus dans le parti ”. Je parle du Sdf ici parce qu’il fait partie des quatre grands partis, c’est-à-dire ceux qui recouvrent le triangle national, les autres étant le Rdpc, l’Undp, et l’Upc. Avec la fragilité que je constate dans ces partis, je me demande si on peut arriver au pouvoir.
Quand le Sdf part d’une quarantaine de sièges à l’Assemblée nationale à une vingtaine, puis une quinzaine, c’est qu’il y a problème. Il faut que ce parti s’arrête un instant pour revoir pourquoi en 90 il avait le vent en poupe, et examiner ce qui cause son émiettement en ce moment. Quand un responsable du parti en est exclu, il part avec des gens. Moi par exemple je ne suis pas président de cellule ou quoi que ce soit mais j’ai mon staff dans cette ville [Mbanga, ndlr]. Si demain on me frappe du 8.2 je pars avec eux ! Muna n’est par exemple pas parti avec deux personnes seulement. Quand Samuel Eboua est parti de l’Undp, il a emmené avec lui des militants. Ce qui fut le plus grand parti (l’Upc) semble ne plus exister, tout simplement parce qu’il s’est émietté en plusieurs morceaux. Chacun est parti avec une dynamique.

Que faut-il faire pour que les choses ne se passent pas comme vous le craignez ?
S’il est vrai que les partis politiques de l’opposition doivent se remettre en cause, il est important que l’article 6 alinéa 2 de la Constitution ne soit pas changé. Si on avait dit aux Camerounais qu’on voulait changer cette Constitution en laissant telles quelles les dispositions sur la limitation des mandats, ils n’auraient probablement pas trouvé de problème.

Il y a un certain nombre d’événements qui ont marqué l’année 2007. Parmi ceux-ci, la tuerie de Bakassi qui a fait 21 morts à un moment où on pensait que le conflit frontalier relevait désormais de l’histoire ancienne. Comment appréciez-vous ce rebondissement ?
Le problème de Bakassi devait être classé comme secret d’Etat. Mais si un colonel, celui qui commandait l’opération Delta a été interpellé, je crois qu’il doit avoir une responsabilité dans ce qui est arrivé. Quand des militaires se plaignent parce que leurs frères d’arme sont tombés et indexent le ministre délégué en charge de la Défense ainsi que certains hauts gradés, on comprend que le malaise est désormais profond dans l’armée. Il suffit qu’un fou allume la mèche et ce serait parti pour on ne sait pas combien de temps. Les gens ont emmagasiné l’argent, ils ont volé ; qu’ils nous laissent au moins vivre en paix !

En 2007 également, les Camerounais ont vécu l’expulsion massive de leurs compatriotes d’un pays voisin aujourd’hui perçu comme un el dorado. C’est la troisième fois que ce sort leur est réservé. Quelles réflexions cela vous suggère-t-il ?
C’est le gouvernement camerounais qui en est responsable. L’el dorado c’est plutôt au Cameroun. Les Chinois partent je ne sais de quel continent pour venir se chercher chez nous. Les Equato-guinéens n’en sont pas responsables. Quand je suis arrivé au Gabon en 1981, les Equato étaient considérés comme des parias. Ils rendent simplement ce qu’ils ont vécu. Le Cameroun attend quoi pour déclarer son el dorado avec tout ce pétrole que nous avons ?

En matière de culture, quel point faites-vous au terme de 2007 pour la lutte contre la piraterie qui est un combat phare pour vous ?
Le Premier ministre Inoni Ephraïm m’a menti, parce que je comptais sur lui pour impulser la lutte contre la piraterie. Il a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. De même, le ministère de la Culture nous prend 4% de l’argent issu des droits des artistes pour la même cause. Mais on ne voit rien. Pourtant il existe au sein de ce ministère un comité national de lutte contre la piraterie dont je suis d’ailleurs membre en ma qualité de représentant de la Cameroon music corporation (Cmc). C’est un comité qui n’a jamais rien fait sur le terrain. Les gouverneurs au niveau des provinces ne sont au courant de rien, c’est-à-dire qu’ils ne reçoivent aucune information du ministère pour impulser cette lutte dans leurs territoires de commandement respectifs.

Le gouvernement a édicté un certain nombre de mesures visant à alléger la fiscalité de certains produits de consommation. Paradoxalement, en 2007, le panier de la ménagère a continué à maigrir. Comment appréciez-vous cette situation ?
Cela veut simplement dire que le Cameroun n’est pas gouverné. Le peuple ne respecte pas ce que les dirigeants disent parce qu’il ne se reconnaît pas dans leurs décisions. Les commerçants augmentent toujours les prix parce qu’ils se disent “ parlez pour vous, nous ici on se fiche ! ” Même quand le ministre du Commerce est allé dans les marchés pour indiquer les prix du sel, du riz, … rien n’a évolué (…) Le problème de la ménagère ce n’est pas qu’on impose au commerçants de baisser les prix, mais qu’on améliore son pouvoir d’achat. Il faut augmenter les salaires des fonctionnaires et de tous autres travailleurs. Il faut faire évoluer le Smig [Salaire minimum interprofessionnel garanti, ndlr] au Cameroun. Quand je paie une bonne à 20.000 Fcfa, comment imaginez-vous qu’elle puisse avec cela louer une maison, se soigner, manger, … Aujourd’hui, on me donne ce qu’on veut pour le droit d’auteur, comme on veut et quand on veut. Comment vais-je vivre avec la marmaille d’enfants que j’ai ?

Combien d’enfants avez-vous, avec combien de femmes ?
J’en ai beaucoup ; je suis un chef et je ne peux pas dire le nombre de mes enfants. J’en aurai davantage tant que je vivrai. Nous ne sommes pas nombreux. Les Chinois sont un milliard et demi. C’est pourquoi ils envahissent le monde. Dieu a dit dans Bible “ allez, multipliez-vous, remplissez la terre. ”

Lapiro fut à l’orée des années 90 un leader populaire très respecté au Cameroun. Du coup, il y a eu une décote. Vous avez été comme honnis par le peuple qui vous a pourtant porté au pinacle. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Ceux qui ont pensé à la décote, c’est justement ceux qui n’étaient pas avec Lapiro de Mbanga. Même Jésus-Christ n’avait pas tout le monde avec lui. Depuis 1985 quand je me mets à chanter pour décrier les tares de la société au Cameroun, je suis le seul à prendre ce risque. C’est vrai que tous les laissés-pour-compte voyaient en Lapiro un messie. Mais j’empêchais les bouffeurs de continuer à bouffer. Je n’étais pas l’ami de ces derniers. Aujourd’hui c’est une surprise de constater que six de mes clips sont diffusés successivement sur la Crtv-télé. Or mes chansons étaient toujours censurées sur cette chaîne. Mais vous comprenez que les gens qui couraient derrière Lapiro de Mbanga et qui avaient 20 ans en 1987 en ont 40 aujourd’hui : ils ne peuvent plus le faire. Ils ont vieilli et m’apprécient maintenant différemment. Ce qui est étonnant c’est que quand je vais aujourd’hui à un concert et je vois des jeunes qui ont l’âge de mes enfants venir scander “ Lapiro Lapiro Lapiro ”, je me dis que ce nom est immortel. D’où vient-il que ces enfants qui ne connaissent rien de cette affaire viennent courir derrière moi ? Cela dit, j’ai été victime d’un coup parce que j’empêchais les gens de tourner en rond.

C’était les gens du pouvoir, de l’opposition ou de la société civile?
Les trois mélangés. Parce qu’en 90, 91 et 92, il y avait une guerre de positionnement pour le partage du gâteau. Comme je n’appartenais à aucun parti politique, j’étais le seul qui ne parlait que pour le peuple. Ils se sont dits : “ Si on continue à garder ce mec, il va nous emmerder parce que c’est lui que le peuple écoute et non nous. ” Il fallait absolument tuer Lapiro pour maintenir la magouille.

On vous a accusé à cette époque d’avoir pactisé avec le pouvoir pour casser le jeu de l’opposition. Qu’en est-il exactement, quand vous prenez du recul avec le temps ?
Il n’y avait aucun jeu de l’opposition. Vous ne pouvez pas avoir des partis qui pendant 5 heures de temps n’arrivent pas à trouver un président de séance d’une réunion, et dire que ce sont des formations qui voulaient travailler pour le bien du peuple. Ces gens étaient tout, sauf des amis. Vous vous en rendez compte aujourd’hui avec l’émiettement qu’il y a eu par la suite. Par exemple, Kodock n’est plus avec les autres membres de l’Upc ; Bernard Muna n’est plus dans le Sdf ; Samuel Eboua est parti de l’Undp, … Moi j’ai eu le malheur de voir cette conspiration contre le peuple beaucoup plus tôt. Depuis la première réunion de la coordination des partis politiques de l’opposition en 1991 à Bamenda, j’avais voté contre les villes mortes. Quand on vient faire la deuxième réunion à Douala pour reconduire les villes mortes, j’ai toujours voté contre.

Pourquoi étiez-vous contre les villes mortes ?
Ça n’aidait personne. On ne peut pas avoir pour adversaire Biya et demander aux populations de rester affamées au quartier. Je prends un exemple : pouvez-vous demander aux bendskineurs de faire un mois ou une semaine sans conduire leurs motos parce que vous voulez aller combattre Biya ? La seule chose qu’il fallait appeler le peuple à faire dans tout le Cameroun à l’époque c’est ce que la Sanaga Maritime et le Nyong et Kelle ont fait depuis 1992 pour que Biya ne gagne jamais les élections là-bas.

Certaines sources affirment que vous traitiez directement avec l’ancien délégué général à la Sûreté nationale, Jean Fochivé qui jouait le jeu du pouvoir Rdpc. Comment l’avez-vous rencontré et de quoi avez-vous parlé ?
J’ai effectivement rencontré Fochivé. A l’époque, je suis l’un des vice-présidents de l’Organisation camerounaise des droits de l’homme, tout comme Me Ngalle Miano et Pius N. Njawé. Me Tchoungang en est le président. Il y a un problème à l’Université de Yaoundé avec des leaders estudiantins en 91, Schwarzkopf et autres. Dans l’ensemble, les étudiants revendiquaient de meilleures conditions d’études. Il fallait que les leaders fassent un mémorandum que nous devions nous charger de remettre à qui de droit. C’est ainsi que Me Charles Tchoungang a rencontré Jean Fochivé à l’Hôtel Méridien à Douala. En ce moment-là, les trois leaders du parlement estudiantin étaient activement recherchés. On les accusait d’avoir tué un étudiant qu’ils qualifiaient de traître. Ils logeaient alors chez Djeukam Tchameni, président d’une autre association, Cap Liberté. Je ne peux pas vous dire ce qu’il y a eu entre Djeukam Tchameni et Charles Tchoungang. Toutefois, quand ce dernier a rencontré Fochivé, ils ont discuté avec Albert Dzongang et c’est ainsi qu’on m’a demandé d’aller rencontrer Jean Fochivé pour prendre un sauf conduit (laissez-passer).
Je suis donc mis en mission par Me Tchoungang. Quand Fochivé me reçoit, il commence à me raconter qu’il est l’ami intime de mon père. A l’issue de la conversation, le délégué à la Sûreté me délivre donc le laissez-passer. Dzongang loue une Runner [voiture tout terrain de luxe, ndlr] que l’on met à ma disposition. C’est avec ce véhicule que je vais chez Djeukam Tchameni récupérer les étudiants. Je les accompagne à Bamenda afin qu’ils écrivent leur mémorandum. C’est moi qu’on choisit pour faire ce travail parce que le Cameroun est à feu et à sang ; la seule personne reconnue par le peuple et que les autorités acceptent c’est moi. Quand ces leaders estudiantins terminent leur réunion de laquelle sort le mémorandum, je récupère le document que je m’en vais remettre à mon président, Me Tchoungang. C’est lui qui l’achemine aux autorités. C’est ainsi que la bombe des étudiants est désamorcée.

Après cet épisode, on vous considère désormais comme un pion du gouvernement dont l’objectif est de saper les stratégies de l’opposition ; ce qui s’est en quelque sorte confirmé avec vos prises de position dans l’une des réunions de coordination tenue à Douala…
Quand je reviens à Douala pour une autre réunion de l’opposition, j’affirme que l’on ne peut pas envoyer tous les jours les enfants dans la rue pour se faire tuer. Je leur dis : “ Aucune guerre ne finit au front ; toutes se terminent sur une table de négociation ”. Il y a certes la pression de la rue, mais il faudrait qu’il y ait aussi quelque part une négociation pour l’alternance au pouvoir. Les gens ont commencé à dire qu’il n’en est pas question. C’est ainsi que j’ai enfermé les leaders dans la salle et j’ai donné la clef aux vigiles. Fru Ndi était sorti deux minutes avant et il m’a dit : “ Vraiment maintiens-les, il faut qu’il y ait une résolution ”. La décision qu’il en sort c’est que les leaders doivent rencontrer le Premier ministre pour une concertation. C’est là la naissance de la tripartite.
Quand on va à Yaoundé pour la rencontre, ils veulent remettre les villes mortes. Je dis non parce qu’on n’a pas encore fait le bilan des autres villes mortes. C’est à ce moment que je me désolidarise. La raison est simple : on avait déjà cassé beaucoup d’infrastructures, brûlé de nombreuses autres, et on racontait partout que c’est Lapiro qui se promène dans tout le pays pour demander aux populations de poser ces actes ! C’est là que je me dis qu’il faudrait informer l’opinion de ce que je ne suis pas d’accord avec certaines actions.

Vous avez donc boycotté l’opposition… En guise de représailles, vos biens ont été détruits. On attribue cette destruction aux vendeurs à la sauvette qui estimaient que vous les aviez trahis. Comment appréciez-vous cet acte une quinzaine d’années après ?
Ma boite de nuit ainsi que mes voitures ont été incendiés. Mais je peux dire aujourd’hui que ce ne sont pas les opposants qui l’ont fait, mais le gouvernement. Il fallait tuer le mythe Lapiro. Le gouvernement pouvait manipuler les politiciens mais pas Lapiro de Mbanga. Mes biens étaient gardés pas la police mais le jour où on y met du feu les policiers ne sont pas là. C’est quand ça brûle qu’ils reviennent.

Certaines informations font état de ce que vous aviez fait un arrangement avec Fochivé. Il devait vous donner 20 millions de Fcfa. Il en a avancé 2 et devait terminer le reste quand vous auriez progressé dans le processus de sape de l’opposition. Avez-vous finalement reçu tout cet argent-là ?
Non, je n’ai jamais reçu l’argent de Fochivé. Au contraire, j’ai perdu mes économies dans cette affaire. J’ai vécu un an et demi à l’Hôtel Mont Febe où j’avais une ardoise de 15 millions de Fcfa. J’en ai payé 8. Il en reste sept que je n’arrive toujours pas à payer. J’ai en fait été contraint à l’exil à Yaoundé. Puis je suis allé en Europe où j’ai passé plus d’un an avant de revenir au Cameroun.

Etes-vous prêt à jouer un quelconque rôle dans la perspective de 2011 qui s’annonce charnière comme dans les années 90, du fait du débat sur les possibilités d’alternance au sommet de l’Etat ?
Je n’ai pas le droit de baisser les bras. Mais j’ai toujours dit que jouer les premiers rôles n’est pas mon ambition. J’ai pris la responsabilité d’interpeller les dirigeants en leur disant : “ Vous en êtes en train de mal faire ; ça ne veut pas dire quittez je vais faire à votre place ! ” Je joue ma partition, c’est tout. Je demande simplement aux Camerounais de ne pas céder à la provocation quant à cette tentative d’une révision de la Constitution. Je suis prêt à faire des motions pour qu’on ne change pas maintenant. Mais qu’on se comprenne bien : j’ai toujours dit que les Constitutions au Cameroun ne sont pas bonnes, depuis 1961. Mais c’est ce braquage que l’on veut faire tout de suite pour maintenir M. Biya au pouvoir qui m’embête. De grâce, le Rdpc est un grand parti et il peut nous produire d’autres présidents si l’opposition ne fait pas mieux en 2011.

Qui voyez-vous alors comme présidentiable aujourd’hui dans le Rdpc en dehors de Biya ?
Il y a beaucoup de personnes parmi lesquelles Gilbert Tsimi Evouna, l’actuel délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé. Il a une carrure pour être président de la République. Je le sens comme ça. Il y a aussi des ministres qui ont montré qu’ils peuvent faire autrement. Il y a également des gens comme Adama Modi ; des gens qui prennent le courage de rompre avec les anciennes habitudes. Je veux dire aux Rdpcistes que le miracle de Jésus-Christ ou le messie pour eux n’est pas Paul Barthélemy Biya. Il y a d’autres Camerounais dans ce parti qui peuvent faire des choses… Je ne suis pas de ceux qui pensent que les meilleurs sont seulement dans l’opposition et les mauvais dans le Rdpc. Il y a des bons et des mauvais partout. 

Par Entretien mené à Mbanga par Alexandre T. DJIMELI
Le MESSAGER

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