Jeanne-Louise DJANGA, originaire du Cameroun, livre son premier recueil de poèmes, Au fil du Wouri, qui explore les thèmes classiques de la poésie : la Nature, le Temps, l’Amour… ce dernier étant le plus prépondérant. Tantôt sérieux, tantôt amusants, ses poèmes sont « à offrir et à consommer sans modération » –
Jeanne-Louise DJANGA, présentez-vous donc aux lecteurs.
Camerounaise, née à Yaoundé, je suis originaire du village de Bonékoulé Wouri Bossoua qui se trouve dans l’île Wouri. Mon père, un intellectuel au parcours atypique (directeur des écoles puis financier) m’a insufflé l’amour des livres, des mots et de la musique. Je pense qu’il avait décelé en moi cette aptitude dans la gestuelle du corps et de l’intellect et a nourri des ambitions pour moi : avocat, journaliste… J’ose croire que je ne l’ai pas déçu car ce sont des métiers qui m’interpellent dans la voie que j’ai choisi et qui exigent un sens artistique certain. Chorégraphe, écrivaine et poétesse, c’est à Garoua, une ville du Nord-Cameroun que j’ai débuté dans le corps du ballet du lycée ; mais c’est à Montpellier que ma passion pour la création artistique a pris toute son ampleur sous la houlette de professeurs prestigieux comme Anne-Marie PORRAS, Rudy BRYANS, Rick ODUMS, Tony PIERCE…à qui je rends hommage. J’ai ensuite créé l’association WOURI pour les échanges culturels Afrique-Europe, donné des cours dans diverses maisonsde jeunes et dansé l’Afrique d’hier, d’aujourd’hui et de demain avec ma compagnie de danse « LE WOURI » au festival off de Montpellier.
J’ai publié en juin 2007 un recueil de poèmes « Au fil du Wouri » paru aux éditions l’Harmattan et parallèlement je travaille dans une société en région parisienne comme responsable d’équipe dans le domaine du marketing.
Vous venez de publier votre premier livre, un recueil de poésie. N’est-ce pas un pari de publier de la poésie de nos jours, alors que le public est plus porté vers la prose ?
J’ai toujours aimé les challenges…, les combats peu faciles, la conquête des espaces nouveaux et incertains qui nécessitent le don de soi et des interrogations. Ce livre, je l’ai d’abord fait pour moi, pour assouvir le trop plein d’une passion dévorante longtemps contenue. Le désir, le plaisir d’être lu, de le partager avec les lecteurs me sont venus bien après. Il faut savoir penser à soi pour être capable de penser aux autres.
Au dos du livre, vous expliquez ce que la poésie représentait du temps de votre enfance : Refuge, espérance, rêves d’amour, de liberté… Votre regard a-t-il changé ? Que vous apporte la poésie que ne pourrait vous apporter la prose ?
J’ai gardé le même regard innocent et sans à priori de mon enfance sur la vie et les personnes qui m’entourent, j’ai d’ailleurs l’impression quelquefois d’être en décalage avec certains comportements alentours. La poésie devient alors pour moi un compagnon refuge en ce sens qu’elle me protège des coups, m’apaise, me permet de continuer à vivre en attendant de renaître de mes cendres. Mes textes poétiques sont vrais et aucun n’a un caractère « gratuit » ; ils ont tous une trame, une intrigue qui nous concernent. Contrairement à la prose, ma poésie raconte une histoire et ne recherche pas seulement un effet poétique. La poésie est un exutoire et me libère, ce que ne m’apporterait pas un texte hybride, sans nouvelle, ni histoire.
Votre livre comporte trois parties : Parcours, Amour, Humour : est-ce ainsi que vous vous représentez la vie ?
Oui et c’est l’Amour qui en est le moteur. Cependant, je m’abstiens de plus en plus de faire de la vie un schéma classique. Il faut de tout pour faire une vie. On ne peut vivre éternellement sur les mêmes acquis et les besoins changent au cours de l’existence en fonction de différents critères : l’âge, l’environnement… : aujourd’hui c’est l’amour, demain c’est l’humour, après demain le travail. Le must dans la vie, c’est d’avoir cette trilogie simultanément mais qui peut s’en vanter ? A chaque cycle de vie, correspond un fluide différent.
La rime est omniprésente dans vos textes. Vous le confessez d’ailleurs dans le poème « Ma rime innocente ». C’est comme si vous éprouviez un plaisir particulier à agencer ainsi des sons et des mots.
C’est le cas et je m’amuse beaucoup. Je danse ma vie en l’écrivant et qui dit danse dit musique, rythme, son… J’aime faire la fête, celle des mots.
Des auteurs vous ont-ils particulièrement inspiré ? On croit par exemple retrouver les traces de Guillaume Apollinaire dans le poème « Le pont sur le Wouri » qui rappelle « Sous le pont Mirabeau ».
C’est en effet le cas. Je suis très sensible à l’eau, source de vie qui apaise les maux : « Au fil du Wouri « ou « Au fil de la seine », qu’importe l’endroit où coule cette eau si les gouttes perlent en chacun de nous, nous hydratent, nous rafraîchissent et nous apportent le bien-être.
J’ai des goûts très éclectiques en termes de poésie et je traverse les siècles avec « mon rêve familier » de Verlaine, « Sous le pont Mirabeau » d’Apollinaire, même si je suis plutôt adepte de la poésie du 16ième siècle avec Ronsard, Louise Labé et du 17ième siècle avec de la Fontaine… Les voix et les rythmes de Myriam Makéba, d’Eboa Lottin, Francis Bebey, Manu Dibango ont également éveillé mes papilles poétiques. La littérature et la philosophie aussi avec des auteurs comme Konsalik, Hannah Arendt, Martin Heidegger…
Vos poèmes évoquent aussi bien l’Afrique que l’Europe. Peut-on dire que vous êtes une métisse culturelle ?
Je m’imprègne et m’enrichit de l’Afrique mon continent natal pour y puiser ma force spirituelle et mes racines et de laFrance mon pays d’adoption à qui je rends hommage à travers la langue française. Je n’ai pas de barrières culturelles.
D’autres projets d’écriture ?
Oui, la sortie d’un recueil de nouvelles en 2008.
Auteur : kihindouliss
(paru dans AMINA N°452)
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