Restauration : Du « Nnam ngon » dans des restaurants huppés de Yaoundé
Song Bahanag et Gérémi Njitap sont particulièrement friands de mets locaux. –
Les adeptes de bonne chair n’ont plus forcément besoin d’aller dans un "circuit" pour manger du "Ndomba", du "Koki", du gâteau de concombre (Nnam ngon) ou encore des chenilles. De plus en plus, certains restaurants huppés de Yaoundé proposent ces mets locaux accompagnés de vin de palme ou de jus de fruit naturel. Le Buffet paysan à Etoa-Méki, le Club municipal à la Communauté urbaine de Yaoundé, le Coq blanc à Bastos et les Délices du gourmet… la liste n’est pas exhaustive.
Chacun y va de son doigté culinaire et de sa touche personnelle. Au grand plaisir des papilles gustatives de la clientèle. Mardi 6 octobre 2009, par exemple, aux Délices du gourmet, il était difficile de résister au délicieux poulet fumé à la sauce d’arachides grillées et au "folong sauté" aux éperlans fumés (petits poissons), avec en accompagnement du plantain pilé et du manioc cuit vapeur. C’est ce buffet varié qui confère une notoriété à l’antre exotique de Luc Enyegue. A ce sujet, des indiscrétions disent que lundi 5 octobre 2009, Song Bahanag a particulièrement apprécié le "zom sauté". « Lorsqu’il mange ici, Gérémi Njitap commence toujours par les beignets haricots», indique le restaurateur, l’œil rivé sur un couple mixte qui entre.
Le concept des mets locaux proposés dans les grands restaurants n’est pas nouveau. On mangeait déjà du "Ndolè" ou du "Mbongô" de gibier à la Marmite du Boulevard, au Coq blanc et au Club municipal par exemple. « On les présentait d’abord à la carte, ensuite en buffet. Aujourd’hui, le buffet est varié et les mets plus rares comme les chenilles, l’ékomba ou le sanga sont beaucoup plus présents », explique Stéphane Ndi, restaurateur.
Ici et là, un accent particulier est mis sur le décor fait de matériaux locaux tels que bois, bambou ou paille. Au Buffet paysan, par exemple, on peut déguster un délicieux mets dans une hutte pygmée puis écouter des sonorités locales au cabaret. Au Délices du gourmet, les amateurs de peinture seront séduits par la finesse des toiles réalisées par des artistes camerounais. Cependant, de manière générale, le couvert et la mise du personnel restent très occidentalisés. Les prix, eux, sont quasiment les mêmes et varient entre 5000 et 6000 Fcfa le buffet.
Les motivations des promoteurs de ces espaces sont de deux ordres : vendre les richesses culinaires du pays et surtout, donner aux Camerounais l’envie de fréquenter les restaurants. Le message passe. Car, selon ces derniers, la clientèle afflue ; elle est constituée de Camerounais et d’expatriés. « J’étais le premier étonné de ce que les beignets et le haricot soient exigés par nos clients, que les Chinois soient des inconditionnels de chenilles. Les meilleurs souvenirs de nos convives restent des mets à base de denrées camerounaises, surtout quand je leur ai donné une petite touche de modernité ; tels le "Sanga light", les "safous farcis", le "caviar d’aubergines", explique Emile Engoulou, promoteur du Club Municipal.
Les recettes suivent également. «C’est plus économique de préparer local car les produits sont disponibles au marché. Par ailleurs, nous devons parvenir à codifier nos recettes pour que tous les cuisiniers puissent la faire », suggère Luc Enyegue. Il reconnaît cependant que la préparation des mets locaux nécessite beaucoup plus de temps et d’énergie. Et une batterie de cuisine spéciale : mortier, pierre à écraser, etc.
Votre avis : Que pensez-vous des mets locaux vendus dans des restaurants huppés ?
Célanie Nyemb Mbog, employée d’assurances : « C’est plus rassurant »
C’est dommage que certains restaurants nous imposent des plats européens. Manger du Nnam Ngon et du Eru dans un restaurant huppé, ça fait plaisir. De savoir que les repas sont faits par des professionnels du métier, on est plus rassuré. Je préfère de ce fait y manger et préserver ma santé plutôt que d’aller dans un "tournedos" et attraper une indigestion.
Rebecca Kelly, étudiante en droit : « Ils font la promotion de notre culture »
Ces restaurants font la promotion de la culture camerounaise non seulement auprès des étrangers, mais aussi auprès des autochtones qui ont pris l’habitude de manger des plats étrangers. Ils contribuent à démontrer que les Camerounais savent manger camerounais. De plus, les mets locaux faits dans les restaurants bénéficient d’une meilleure condition d’ hygiène.
July Mireille Nganmegni, attachée commerciale : « Nous allons mieux vendre nos vins »
En tant qu’attachée commerciale dans une entreprise de vente de champagnes et de vins, je ne peux qu’apprécier cette initiative. Elle nous permettra de mieux vendre nos produits. Le vin étant fait pour se marier avec les aliments, il accompagne mieux nos plats camerounais très épicés.
Cathy Yogo

