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Cinéma : Que font les Chinois au Cameroun ?

Le documentaire de Jean-Daniel Bécache, diffusé jeudi dernier au Ccf de Yaoundé, répond à cette question. –

 

Fièvre jaune », le documentaire de 52 minutes s’ouvre sur le clip de " Munyengue ", titre phare de l’album de Liu du Kamer, musicien chinois décédé en 2006, qui chante le makossa en langue duala. Le film s’intéresse à la présence chinoise au Cameroun, à travers la coopération économique et sanitaire, ses commerçants et ses médecins. Le micro baladé dans les rues de Yaoundé et Douala donne la parole à de jeunes Camerounais aux avis partagés. 

Pour les uns, les produits chinois sont de mauvaise qualité, que ce soit les vêtements, les appareils électroniques ou le maquereau. Pour les autres, les Chinois ont apporté des produits adaptés au faible pouvoir économique du commun des Camerounais.
La coopération entre la Chine et le Cameroun dans le domaine de la santé. En dehors des hôpitaux dits de référence tel l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé, des centres de médecine chinoise naissent dans des quartiers et des villages. Un cas intéressant est celui du Dr Lavenir, médecin camerounais qui pratique la médecine chinoise, et dont le diagnostic se fait par la technique de la chaise magnétique. Et Victor Foultier, un Français qui, lui-même enseigne le bouddhisme à de jeunes Camerounais, d’expliquer que ces gens sont des charlatans dont la méthode se rapproche de la voyance des marabouts. Il ajoute que l’Afrique poreuse est une terre poreuse qui avale tout ce qu’on lui propose. La Chine grignote une partie du marché de la France, ce qui, forcément, ne fait pas plaisir. M. Dupleix, le président du Club France à Yaoundé, s’en plaint d’ailleurs et parle avec condescendance des Chinois : ils exploitent leurs personnels en les faisant travailler 15h par jour, ils ne peuvent pas manger à une même table avec leur chauffeur camerounais comme lui-même le fait…
Le documentaire a été diffusé jeudi dernier au Centre culturel français de Yaoundé, dans une salle où aucun Chinois n’était visible. Pour le cinéaste Gérard Essomba, « ce film est d’une bonne qualité technique, il peut être diffusé partout dans le monde. Il faut noter qu’il a bénéficié de gros moyens financiers ». « Fièvre jaune » est le quatrième documentaire de Jean-Daniel Bécache sur le Cameroun, après “ Faux Blancs "; " Eddy, cinéaste premier " et " Au nom de Jésus ". 

Stéphanie Dongmo

 

Jean-Daniel Bécache :  « La Chine emmerde la France »

Le réalisateur du documentaire « Fièvre jaune » parle de la présence chinoise au Cameroun.

Après avoir vu votre documentaire, on a l’impression qu’il y a une invasion du Cameroun par la Chine. Est-ce ce que vous avez voulu montrer ?
A mon avis, il n’y a pas d’invasion du Cameroun par la Chine, il y a plutôt une opération de séduction économique. Au Cameroun, ils ne sont pas si nombreux que ça, les Chinois ! C’est vrai qu’ils sont beaucoup plus visibles que les Nigérians qui sont, eux, très nombreux et ont été bien intégrés. Donc, il y a une séduction chinoise et non une invasion. Et s’il faut absolument parler d’invasion, disons qu’elle est moins douloureuse que l’invasion coloniale.

Ce film est-il un regard français sur la présence chinoise au Cameroun ?
Non, le film est un regard camerounais. Les Chinois sont un prétexte pour étudier comment les Camerounais réagissent à la présence chinoise.

Pourquoi donner la parole au président du Club France aux propos si plein de préjugés ?
Il donne son point de vue jaloux. C’est tout.

Est-ce un film de commande ? Sinon, d’où vous en est venue l’inspiration ?
Ce n’est pas un film de commande. C’est moi qui décide d’écrire ce film quand j’entends l’anecdote des beignets. Ensuite, je propose le film à une chaîne et elle s’y intéresse dans la mesure où c’est un sujet géopolitique croustillant. Mais la manière dont je l’ai traité est totalement personnelle.

La France s’était servie de la Bible pour pénétrer en Afrique. De quoi se servent les Chinois?
Ils se servent de l’humilité, de leur médecine et de leurs produits peu coûteux. L’humilité est la caractéristique principale de leur culture. Quand ils appliquent leur humilité au commerce, à ce qu’ils ont à vendre, ça donne le résultat que nous avons et qui peut pousser à parler d’invasion.

La France a-t-elle peur de la Chine ?
C’est clair. Elle n’est peut-être pas dite, mais j’ai déjà entendu des choses comme quoi la France était prête à tout offrir au Cameroun s’il arrête de traiter avec la Chine. Mais c’est des choses qu’on ne peut dire officiellement parce qu’on n’a pas de preuves. Comme le dit la représentante du Cameroun au Fmi, Chantal Elombat, dans le documentaire, ça emmerde effectivement les Français, ça les chatouille. Voilà pourquoi ils prennent le prétexte des droits de l’homme en soulignant le fait que les Chinois ferment les yeux sur les questions de gouvernance et d’environnement.

Propos recueillis par
Maurice Simo Djom

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