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Mathias Eric Owona Nguini : La stabilité du Cameroun n’est qu’une apparence

Le politologue analyse les problèmes dominants de l’année qui se termine; il projette un regard sur celle qui commence. –

Le discours de fin d’année du chef de l’Etat à la nation a été placé sous le signe de l’espoir. Il est sorti de son propos habituel impersonnel pour parler de manière engagée.
Mais à l’analyse il convient d’être prudent. En fait d’espoir, il s’agit d’un espoir trop bon marché pour que l’on soit convaincu de sa pertinence. Il y a dans la posture adoptée par le chef de l’Etat camerounais, un certain nombre de visées, notamment transactionnelles en termes de calculs prévisionnels préélectoraux. Ce n’est pas seulement en homme d’Etat que Paul Biya s’est exprimé, mais également en chef politique préoccupé de l’horizon électoral imminent. Et c’est à ce titre qu’il essaie de sortir de sa posture habituelle qui est celle de la promesse évasive, pour dessiner des promesses qui paraissent un peu plus fermes. Maintenant, une chose est de promettre, une autre est de réaliser.

Qu’est-ce apparaîtrait selon vous comme l’acte politique le plus significatif sur le plan interne en 2009 ?
Incontestablement le processus de désignation des membres de l’organe électoral sensé être indépendant qu’est Elecam Aussi bien la désignation de son directeur général et de son adjoint que la désignation de son conseil électoral. A l’occasion de cette décision importante, il est apparu qu’au niveau du pouvoir, on n’avait pas placé cette nomination sous le signe d’un organisme électoral effectivement neutre. Mais il s’agit d’un organisme contrôlé.

En 2009 l’opposition aura été encore inexistante au sein des appareils et à l’assemblée.
L’opposition camerounaise s’est largement distinguée au cours de cette année 2009 par son atonie. Où l’on voit que cette opposition est également frappée par l’inertie et que peut-être même, elle est plus frappée par l’inertie que le pouvoir, même si celui-ci en est fortement affecté. On n’a pas constaté dans le déploiement des différents états-majors des partis politiques d’opposition, de grandes manœuvres, aussi bien en termes de préparations des futures échéances électorales qu’en termes de redéploiement et de réorientation doctrinale. On l’impression qu’elle est largement essoufflée ; les partis d’opposition les plus s’agités ne sont pas nécessairement ceux qui ont la plus grande présence institutionnelle. A l’instar du Manidem, qui essaie tant bien que mal d’animer le front social. Mais qui reste handicapée par son absence de représentation institutionnelle et la difficulté de mobiliser politiquement le potentiel qu’il essaie de se constituer en élargissant le champ politique au plan social.

Cette inertie est une entorse à la démocratie.
Le fait que les différents partis d’opposition et principalement ceux qui sont les plus importants tel que le Social democratic front, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès, l’Union démocratique Camerounaise ou l’Union des populations du Cameroun.. L’inertie dont font preuve ces formations politiques est évidente. C’est une dynamique négative pour l’installation et la consolidation de la démocratie pluraliste au Cameroun. Bien entendu, les responsables de l’opposition pourront évoquer à juste titre, un jeu politique qui n’est pas toujours loyal. Un jeu politique où le groupe au pouvoir à travers sa représentation qu’est le Rdpc, s’assure la part du lion. Mais on peut également constater que les différents leaders de l’opposition et leurs groupes partisans ne sont pas suffisamment combatifs pour préserver leurs positions dans le système démocratique pluraliste camerounais qui devient de plus en plus virtuel.

La société civile et les médias occupent donc cet espace vacant!
Le fait que la société civile et les médias s’activent dans l’espace public n’est pas nécessairement une mauvaise chose pour la qualité et la solidité d’un processus démocratique.
Mais encore convient-il que chacun de ces organes respecte une division du travail qui est nécessaire dans une démocratie pluraliste. Le travail de la société civile n’est pas nécessairement un travail de représentation et d’actions proprement politiques. La société civile a peut-être une certaine capacité de mobilisation et même de pression, mais elle ne peut se substituer aux organes spécifiquement politiques que sont les partis. Et si dans la société civile, on voit naître des ambitions politiques, il est important que ses leaders se constituent en formation politique..

Avec le début du bornage de la frontière terrestre entre le Cameroun et le Nigeria, la visite du pape ainsi que celle de trois chefs d’Etat de la sous région Cemac en une seule année, incontestablement la diplomatie camerounaise a repris sa place.
Cameroun-Nigéria, il faut mettre cette amélioration au compte du gouvernement. Cela montre qu’il parvient a calmer les relations conflictuelles, essaie d’engager un processus de rassérènement avec le voisin. Un processus de réchauffement qui est nécessaire compte tenu des possibilités et potentialités productives qu’il peut y avoir dans une véritable coopération camerouno nigériane. Quant au regain diplomatique en Afrique centrale, cela est aussi un signe positif. Il faut seulement s’interroger s’il s’agit d’une évolution durable. Certainement que la mort d’Omar Bongo Ondimba a contribué à redonner de l’attention à Paul Biya. Maintenant c’est à son niveau qu’il faudrait savoir s’il est prêt à s’engager durablement et de manière consistante dans la gestion des affaires diplomatiques de cette sous-région, et à occuper de manière pertinente le rôle de leader que ses homologues à l’exception de certains, lui promettent.

Le grand banditisme a changé de tactique dans le grand Nord : on prend otages, on revendique rançon
Le s mutations du grand banditisme, fait des coupeurs de routes est tout à fait compréhensible. Ces forces spécifiques du désordre s’adaptent à la riposte qui a été mise en place par le gouvernement en matière militaire et sécuritaire. Et cette mutation peut poser des problèmes à la riposte que l’Etat essaie d’apporter à ce phénomène. Cette réponse s’est manifestée de façon rigoureuse depuis un certain nombre d’années, mais est aujourd’hui contrainte de s’adapter à la mutation de ce phénomène. Et ici, il se pose d’abord un problème d’analyse stratégique. Avant de mettre en place le dispositif opérationnel pour lutter contre le grand banditisme des coupeurs de routes qui est en mutation, il convient d’y voir une menace qui est mouvante. Qui peut à la fois prendre des formes militaires ainsi que des formes criminelles. Donc l’Etat doit savoir analyser stratégiquement la menace pour mettre en place le dispositif qui pourrait y riposter. En intégrant à la fois dans ce dispositif ce qui relève du volet proprement militaire, et ce qui relève du volet policier et en essayant de populariser la lutte contre les coupeurs de routes. Parce que ce qui est essentiel, c’est d’assécher le marécage pour que les mauvais poissons n’y prospèrent plus.

Et les bandits à col blanc, leur nombre a accru en 2009 dans les prisons. Le chef de l’Etat annonce la poursuite de l’Opération épervier en 2010 ?
Je reste extrêmement septique et réservé sur la pertinence de l’Opération épervier. Au niveau juridico technique, au niveau politico stratégique. Cette opération est une opération est à mon avis une mission impossible. Le système politique et social camerounais est trop ancré dans la corruption pour qu’on puisse le résoudre de manière pacifique et efficace par le moyen d’un règlement purement judiciaire, sans pour autant qu’il y eu une révolution légale. C’est-à-dire en restant dans le même système décisionnel et managérial. La corruption est devenue un élément co-constitutif de notre société. Aujourd’hui c’est une évidence, on ne pas discuter. Et pour lutter contre la corruption, on ne peut pas dans ces conditions reposer essentiellement sur les moyens seulement répressifs. Il important de renforcer de manière pertinente et crédible la lutte par la prévention. Et celle-ci passe par la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles qui peuvent permettre au pouvoir public de garantir, de préserver et de consolider l’intégrité dans la gestion publique. Ce sont donc les dispositions constitutionnelles de l’article 66 et la loi d’application qu’il faut pouvoir concrètement mettre en place, en faisant intervenir très rapidement la commission de déclaration des biens et avoirs. Il n’y aura pas de lutte pertinente contre la corruption, tant que les pouvoirs publics, les partis politiques et l’ensemble de la communauté nationale n’auront pas progressé en termes de civisme et culture de la transparence.

Existe-t il une réelle volonté politique pour parvenir à cela?
Les tergiversations des pouvoirs publics quant à la mise en application effective de l’article 66 et de sa loi d’application, montrent que la volonté de lutte contre la corruption est moins ferme qu’il parait. On ne peut pas comprendre que les dispositions constitutionnelles relatives à la déclaration des biens et des avoirs par un certain nombre de gestionnaire de charges étatiques soient disponibles depuis Janvier 1996, et qu’en 2010

« Santé pour tous en 2000 » proclamée il y a 20 ans reste un slogan à la fin de 2009 ?
Le déficit qui se manifeste dans les politiques publiques de la santé n’est que l’expression des déficits qui existent dans les autres secteurs. Ici ce qui nous semble être le problème fondamental, c’est celui de la mise en cohérence des différentes exigences en matière sanitaire. Les exigences de la santé libérale, celle qui est assurée par la médecine libérale, les exigences de la santé publique et celles de la santé communautaire. L’élément décisif pour véritablement démocratiser la santé au Cameroun, c’est précisément de mettre en place des structures qui puissent amener la santé vers les populations. Et qui puissent faire que les populations qui ne sont nécessairement pas dotées de grands moyens, puissent effectivement avoir accès aux services de santé. Ces problèmes ne seront réglés de manière décisive, tant que le Cameroun n’aura pas un système généralisé de couverture des besoins de santé. Et pour avoir un tel système, cela suppose qu’on ait fait au préalable des réformes au niveau de l’économie qui puissent nous permettre de produire suffisamment de ressources dont une part sera consacrée à la redistribution par la voie de l’accès de tous les Camerounais à la santé. A une santé bon marché qui soit en même temps opérationnelle et efficace.

Le chef de l’Etat a crée la veille de son départ pour le sommet de Copenhague un Observatoire de changements climatique
Je crois que la décision du président Biya est un affichage. Autrement dit, il s’est simplement agit de se doter d’un instrument normatif, sans s’assurer nécessairement que celui-ci puisse corresponde à un droit cadral. C’est-à-dire un droit qui soit effectivement traduit dans l’action quotidienne des pouvoirs publics, en matière de prise en charge des problèmes de changements climatiques. Et si on veut mettre en place une stratégie nationale en termes de changements climatiques, il est important de le faire sur une base beaucoup plus consistante. D’abord en termes d’expertises en mobilisant non seulement des experts de l’Etat, mais aussi des experts de la recherche et de la science indépendante, et les experts de la Société civile également. Il est également important que l’on définisse les stratégies qui correspondent aux différents volets d’une véritable politique de lutte contre les changements diplomatiques où on prenne en compte à la fois, les exigences écologiques et les nécessaires adaptations technologiques, que ces exigences appellent.

Quelle lecture faites-vous de la déclaration politique issue de Copenhague ?
La déclaration politique de Copenhague est la manifestation d’un échec. Un échec attendu, un échec prévisible et échec effectivement constaté. Cette déclaration traduit la forte divergence d’intérêts de vie aux opinions qui existent entre les différents acteurs de la scène internationale actuelle. Aussi bien les grands Etats industrialisés qui n’ont pas nécessairement les mêmes intérêts sur la question

La gestion du patrimoine culturel national pose toujours des problèmes. On n’est pas sorti de l’ornière en cette année qui fini
Ce qui pose problème c’est le manque d’un inventaire sérieux du patrimoine culturel national. C’est que la vision culturelle des pouvoirs publics et du n’apparaît pas très cohérente, ni très consistante. On ne peut pas mettre en place une démarche pertinente d’inventaire du patrimoine culturel national, sans qu’on ait au préalable des orientations doctrinales morales fortes, en termes de façonnement culturel de la société et de l’Etat. En l’absence de telles préalables, il n’est pas possible que la démarche d’un inventaire national du patrimoine culturel soit une démarche appropriée, avisée, perspicace et sagace.
Ce qu’il est important de faire, c’est de construire un consensus sur ce qu’on entend par patrimoine culturel national. C’est un trésor qui ne concerne que la République du Cameroun. Où est-ce un trésor qui se compose des richesses culturelles qui viennent des différentes composantes sociales, culturelles et historiques du Cameroun? Et qui trouvent leur place donc dans un grand ensemble culturel. C’est sur la base d’un tel travail dont un certain nombre d’éléments existent, mais n’ont jamais été concrètement réalisés qu’il faut pouvoir opérer, pour déboucher sur une stratégie véritablement pertinente d’inventaire.

Pensez-vous que le fond spécial d’aide aux initiatives culturelles doté d’un milliard de francs par an soit suffisant, ne faut-il pas songer à autre méthode plus efficace ?
Je ne pense pas qu’il faille arrêter une telle initiative, même si elle est insuffisante. Une véritable politique de promotion et de consolidation culturelle nous semble exiger beaucoup plus de moyens.

Avec la création effective de l’université de Maroua et celle du Sud annoncée, ce sont des avancées significatives en matière de l’Enseignement supérieur.
Non, les problèmes de l’éducation en ce qui concerne l’enseignement supérieur ne trouveront pas une solution décisive avec ces initiatives. Cela dit, même si on peut considérer qu’elles sont insuffisantes, c’est déjà bien qu’on aille dans ce sens. Mais encore, il faut pouvoir pour améliorer la qualité du système éducatif camerounais, en arriver à un véritable bilan. Or on n’a pas fait véritable bilan de la réforme universitaire telle quelle a été initié en 1993, et on est passé sans évaluations publiques, ce qui est essentiel à une nouvelle réforme qui est sensée apporter un souffle nouveau à notre système.

Le chef de l’Etat substitue les bourses aux aides ponctuelles. Il a annoncé trois milliards aux universités.
C’est le mode régulation qui a été choisi par le pouvoir. Je serai d’accord avec vous qu’il s’agit d’un mode largement opportuniste, là où il s’agit de mettre en place plutôt un mode systémique et structurant, c’est-à-dire un mécanisme qui soit une gestion permanente de cette question. Et en cela, il est important que l’enseignement supérieur apparaisse comme une priorité pour le pouvoir. On peut tout à fait comprendre que le gouvernement n’ait plus les moyens de financer complètement le système.

Il existe un goulot d’étranglement entre les formations supérieures et le début de l’insertion professionnelle. Les annonces faites par le président vont déboucher ce goulot?
Ces mesures ne peuvent pas permettre de résoudre le problème que pose ce goulot d’étranglement. Parce que ce goulot tient à la structure économique camerounaise. Celle-ci demeure une économie de rente et de traite. C’est-à-dire une économie d’héritage colonial. Cela signifie qu’elle n’est pas constituée autour d’un système de production élargi et massive de richesses. Laquelle production est la condition pour créer les emplois. La fonction publique ne résout pas le problème de l’emploi dans un pays.

Les Lions indomptables, Can et Mondial, la coupe est pleine mais il faut dire qu’on revient de loin !
Je serai beaucoup plus mesuré que vous sur le caractère positif de ce bilan pour une raison simple : en termes de rapports de force footballistique, il n’y avait pas match. A aucun instant, je n’ai jamais pensé que le Cameroun ne se qualifierait pas, parce qu’en face il n’y avait pas l’opposition pour pouvoir empêcher cette qualification. Le seul pays qui potentiellement pouvait le faire, c’était le Maroc. Or ce dernier était dans une mauvaise passe. Et vu le potentiel footballistique qui est celui du Cameroun, cela aurait été une véritable incongruité que nous ne puissions pas battre le Togolais, le Gabon. Je crois qu’en matière de football, le Cameroun fait le service minimum ; car si nous étions bien organisés au niveau managérial, au niveau gestionnaire, le Cameroun serait très prisé et compétitif. Au niveau de la Coupe du monde par exemple, si nous avions seulement le niveau d’organisation qu’il y a en Afrique du nord, notamment en Tunisie et en Egypte, je suis à peu près sûr que les Camerounais seraient déjà au moins, vice champion du monde.
Il faut également dire que si l’arrivée de Paul le Guen a été un élément positif, je crois qu’on n’a pas laissé suffisamment de temps aux techniciens camerounais, même si on a pu voir les limites de leur gestion du match Cameroun-Maroc. Permettez-moi de donner ici, une leçon de stratégie. Aucune équipe nationale de football n’a gagné la coupe du monde, avec un sélectionneur étranger depuis au moins 1958. Si Paul le Guen parvenait à nous ramener ici le trophée de la Coupe du monde, attendons d’abord de voir si nous n’aurions pas un Cameroun-France. On verrait.

Le marché publicitaire est étroit au Cameroun pour jouer son rôle d’accompagnateur dans le développement de la presse au regard de ce qui se passe dans les pays anglophones du continent. Y aurait-il une autre voie de sortie ?
Pour qu’il y ait une véritable éclosion du marché médiatique et celui de la presse en particulier, cela suppose évidement qu’il y ait d’abord des initiatives d’opérateurs privés. Mais la place de l’Etat est une place essentielle. L’Etat camerounais doit donner un contenu concret à sa politique et montrer que le renouveau communicationnel est autre chose qu’un simple slogan incantatoire. Cela doit s’incarner par des mesures de soutien à la presse, comme on en voit dans les pays africains homologues ; il faut que cela soit des mesures significatives. Il ne nous semble pas cependant, que du point de vue des groupes dominants qui sont au pouvoir, il y ait une véritable volonté d’avoir un espace public médiatique qui soit un espace consistant et pluraliste. Parce qu’un tel espace serait autonome, et ne serait plus strictement contrôlé de manière directe ou indirecte par les forces du pouvoir. Or, la logique profonde qui reste visible de notre système gouvernant est toujours une logique moniste et monopolistique venue de la culture du parti unique qui veut que les élites du pouvoir continuent de contrôler l’aspect communicationnel et informationnel, aussi bien par les moyens de la législation et de la réglementation que part le contrôle même des moyens de gestion matérielle. Et vous avez souligné dans votre question, l’étroitesse du marché publicitaire. C’est la preuve que nous ne sommes pas encore véritablement dans un système digne de concurrence médiatique, un système de pluralisme médiatique digne d’une démocratie véritable.

L’aide de l’Etat à la presse est passée de 150 à 280 millions de francs en 2009…
Je vous ai dit qu’il n’y avait pas de volonté parce que s’il y en avait une, cela se manifesterait dans les mesures d’aides. Et on voit des pays de niveau comparable comme le Gabon ou même la Côte d’Ivoire mettre à la disposition de leur presse beaucoup plus de moyens. Au Cameroun apparemment, on préfère tenir la presse en laisse et l’activer pour régler des comptes au sein même de la classe dirigeante. Activant notamment des intrigues journalistiques, politiquement et bureaucratiquement orchestrées. C’est ce type de presse qui est attrayante pour nos élites du pouvoir et non une presse autonome, une presse qui soit digne d’un véritable système pluraliste.

L’Union internationale de la presse francophone a enfin tenu ses assises au Cameroun. Elle a proposé la suppression des peines d’emprisonnement pour délits de presse. Au lendemain de cet évènement, un journaliste a été envoyé en prison avant la fin de l’année.
Notre droit de la presse conserve encore un certain nombre de structures répressives. De structures d’Etat napoléonien et ici le crime de lèse majesté demeure encore et se manifeste à travers l’outrage aux autorités constituées, notamment au président de la République. C’est un moyen commode pour le pouvoir de tenir en laisse une presse souvent insolente. Et l’affaire Jean Bosco Talla l’a encore démontré, même si celui-ci n’est pas tout à fait exempt de tous reproches, on a bien là l’impression qu’il y avait la logique du crime de lèse majesté.

Que pensez-vous du contenu de la presse nationale en ce moment ?
Je ne pense que le contenu se soit particulièrement amélioré, mais ne s’est pas nettement dégradé aussi. En fait cela dépend de chaque sous-secteur du champ médiatique, et du type de l’organe auquel on a à faire face.

Cela fait 50 ans que le Cameroun a obtenu son indépendance…
Ce sont des marques de notre souveraineté. On célèbre cet grand évènement dans l’incohérence gouvernante. Particulièrement en ce qui concerne les questions de mémoires. Il n’y a pas de politique rigoureuse ni de politique sérieuse en matière de mémoires au Cameroun. Parce que le Cameroun refuse de grandir, il refuse d’assumer sa souveraineté légale qui a commencé à être mis en place au moins depuis les années 1960 et ensuite en 1961.

Sous quels auspices entrevoyez-vous 2010 ?
2010 ne nous semble pas être une année décisive, sauf si dans les manœuvres dirigeantes, on en arrive effectivement à bouleverser l’agenda électoral pour y introduire l’échéance de l’élection présidentielle. Mais pour que cela soit mené de manière légitime, il faudrait avoir des adaptations constitutionnelles, pour que cette démarche ne soit pas une démarche hors la loi fondamentale. 2010 nous semble devoir restée une année de routine, pour la simple raison que le malaise du Cameroun est un malaise systémique, c’est un malaise structurel et c’est surtout un malaise qui se traduit dans la configuration de nos institutions politiques et économiques. Ces institutions ne sont pas celles d’une société moderne ou d’une société qui envisage de manière efficace sa modernisation autonome, productive et constructive.
Sans faire dans la contestation systématique quitte à être accusé de propager des calomnies et des mensonges, nous dirons que 2010 ne résoudra pas les problèmes structurels du Cameroun. Et ceux-ci se reflètent dans un certain nombre d’indicateurs qui montrent que le Cameroun n’est pas performant, ni au niveau africain, ni au niveau mondial. S’agissant par exemple du Développement Humain, nous sommes 153 ème sur 192 pays dans le monde. En ce qui concerne nos perceptions dans l’économie globale capitaliste libérale, nous sommes 111ème sur à peu près 133 Etats dans le classement du Competitiv Global Report qui est fait par le Forum économique de Davos. En ce qui concerne le Doing Buisness, nous sommes 171ème sur 183 Etats ; en matière d’industrialisation, 118ème sur 122 sur le rapport de l’Onudi. Le classement des Etats en faillite en 2009, positionne le Cameroun 150ème sur 177. Et en termes d’Instabilité, le Cameroun est le 27ème pays le plus instable au monde ; et les experts ayant effectué ce classement ont fait une alerte spéciale sur notre pays. Voilà quelques indications qui démentent les affirmations de nos dirigeants qui vantent à longueur de journée la soit disant stabilité du Cameroun.

Entretien mené par
Xavier Messé, Léger Ntiga, Dorine Ekwè et
Abel Ntonga(Stagiaire)

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