Joséphine Ndagnou : « Paris à tout prix » sort dans deux mois
La réalisatrice a donné les dernières nouvelles sur son film lors d’une rencontre hier à Yaoundé.
Propos recueillis par Justin Blaise Akono –
Où en est-on avec le tournage de votre long métrage "Paris à tout prix" ?
Le film vit les dernières étapes de la post-production à Paris. Si tout va bien je ramène le film dans quatre semaines. Je préfère parler du mois d’août prochain. Le plan de distribution est en cours de négociation avec Cinénews, qui est un interlocuteur incontournable au Cameroun.
Apparemment vous ne vous êtes pas encore décidée sur l’affiche finale…
Cela n’est pas vrai en ce qui concerne les affiches, car elles exigent que l’image soit percutante et attrayante pour la promotion du film. Raison pour laquelle plusieurs affiches sont conçues.
Et les péripéties de la réalisation du film ?
Enormes! Il y en a eu tellement. A chaque étape, je ne savais pas comment passer à l’étape suivante. Car, il n’y avait pas un budget prévisionnel pour l’exécution de ce projet. C’est au fur et à mesure, avec des petits bouts de ficelles, que j’ai avancé. Je me demande parfois comment j’ai fait pour arriver jusqu’au bout. Tel qu’il a été conçu et exécuté, ce film oscille entre 250 et 260 millions Fcfa. Il y a eu des apports en nature et beaucoup de concession par-ci par-là.
Pourquoi montez-vous le film à Paris alors qu’il y a des techniciens sur place au Cameroun?
Nous avons des techniciens qui ont beaucoup de volonté et qui ont vraiment envie de faire des choses. Malheureusement, le cinéma a besoin de personnes expérimentées lorsqu’il doit être exporté. Ce que nous n’avons pas. Ce n’est pas de leur faute. Combien de longs métrages tournons-nous par an? Pas assez ! Ce que j’observe en ce moment me rassure et m’encourage. Car, il y a une jeune génération qui aime le cinéma. Le cinéma, comme tout art, ne doit pas être élitiste. Toute personne qui veut s’exprimer doit pouvoir le faire. Même si on fait des navets, ce n’est pas grave. A partir du moment où l’on retrouve un son et une image signés de quelqu’un, il faut le respecter. Il faut aussi dire que, dans ces conditions, on ne s’améliore pas beaucoup, compte tenu des difficultés financières, logistiques. Mais, à force de tourner, on aura l’expérience pour faire des choses.
Vous avez tourné en numérique alors qu’on sait que le privilège, dans les grands festivals, est accordé à la pellicule. Est-ce à dire que vous ne serez pas, par exemple, au Fespaco?
Ceci ne veut pas dire cela. J’y serai. Le numérique est venu sauver les gens, qui veulent faire le cinéma sans moyen comme les Africains. Le film peut sortir au Cameroun en numérique. Dès que j’aurai un peu d’argent, il sera kinescopé pour les festivals et tous les autres rendez-vous du cinéma.
"Paris à tout prix": quelle est la trame du film?
"Paris à tout prix" est né d’une révolte qui bouillonnait en moi et d’une colère de voir de jeunes Africains se jeter à corps perdus dans le désert, les océans et les mers pour fuir la misère à la grande indifférence générale. Je crois que les solutions apportées sur les problèmes d’immigration ne sont pas les bonnes. J’ai pensé contribuer à la réflexion. Selon moi, on ne peut pas vider ainsi tout un continent de sa force vive et de ses bras valides au service de l’Europe, qui n’en veut d’ailleurs pas, alors que l’Afrique en a besoin. J’ai l’impression que les jeunes Africains n’aiment plus l’Afrique. Il faut leur donner l’envie d’aimer l’Afrique. Autant les Européens doivent arrêter de piller l’Afrique pour bâtir leurs pays et faire mourir les Africains dans les mers. A travers ce film, j’ai voulu voir le problème en amont et en aval, mais ramener quand même la file chez elle pour montrer que les Africains doivent rester chez eux pour bâtir l’Afrique, car leur départ signe la mort de l’Afrique.

