Propos liminaire du ministre d’Etat Marafa Hamidou
Propos liminaire du ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya, à l’occasion du point de presse d’hier au Minatd
“ Monsieur le Ministre de la Communication,
Monsieur le Ministre Délégué,
Chers Collaborateurs,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Tout en vous remerciant déjà pour votre mobilisation au présent point de presse, je tiens d’emblée à vous souhaiter la bienvenue dans cette salle de conférence du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. En outre, je vous rassure d’ores et déjà, quant à notre disponibilité à répondre éventuellement à d’autres sollicitations émanant de votre part et concernant le sujet que nous nous proposons d’évoquer avec vous aujourd’hui.
Mesdames et Messieurs les professionnels de la communication,
Suite à un préavis de grève déposé par les syndicats des transporteurs urbains et interurbains du Cameroun et alors même que dans le cadre du dialogue social, des réponses satisfaisantes avaient été apportées aux revendications mises en avant par les syndicalistes, des groupes manipulés et composés essentiellement de jeunes ont entrepris, cinq jours durant, de manifester violemment dans certaines villes du pays et de mettre à exécution un plan diabolique orchestré par des personnes tapies dans l’ombre.
C’est ainsi que du 25 au 29 février dernier, les provinces du Centre, du Littoral, du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Sud-Ouest, ont été le théâtre d’actes de vandalisme et de brigandage intolérables dans un Etat démocratique et civilisé. Plus précisément encore, ce mouvement de contestation illégal n’a concerné que les villes de Yaoundé dans la Province du Centre ; Douala, Nkongsamba, Mbanga, Melong, Njombè, Penja et Loum dans la Province du Littoral ; Bamenda, Kumbo, Santa, Nkambé, Ndop, Bali, Mbengwi et Batibo dans la Province du Nord-Ouest ; Bafoussam, Dschang, Bafang, Kékem, Mbouda et Foumbot dans la Province de l’Ouest et enfin Buéa, Limbé, Muyuka, Tiko, Ekona, Muéa, Ombé, Mutenguéné et Kumba pour ce qui est de la Province du Sud-Ouest. Soit au total, trente une (31) villes sur l’ensemble des villes que compte notre pays. Nous tenons donc à relever le caractère circonscrit de ces événements.
Cela étant et conformément à l’objet de notre invitation qui porte sur le bilan matériel des violences sus-évoquées, les statistiques définitives suivantes peuvent vous être communiquées.
Sur le plan humain, les émeutes des 25, 26, 27, 28 et 29 février, ont provoqué la mort de quarante personnes (40) que nous déplorons. Vous noterez déjà que ce chiffre est en hausse par rapport aux premières estimations officielles qui n’étaient que provisoires et qui n’avaient pas tenu compte des personnes ayant succombé à leurs blessures dans différentes structures hospitalières. Donc, les données que nous vous livrons sont actualisées et définitives.
Ainsi, la ville de Yaoundé dans le Centre a enregistré deux (02) morts dont celle d’un Inspecteur de Police. Dans le Littoral, on a dénombré trente (30) morts dont vingt six (26) à Douala, un (01) à Mbanga, un (01) à Penja et deux (02) à Loum. Dans le Nord-Ouest, cinq (05) morts ont été décomptés dont quatre (04) à Bamenda et un (01) à Santa dans le département de la Mezam. A l’Ouest, il y a eu deux (02) morts dont un (01) dans la ville de Bafoussam et un (01) autre à Dschang. Enfin, le Sud-Ouest a enregistré (01) mort à Muéa dans la périphérie de la ville de Buéa.
Mesdames et Messieurs les journalistes
Je dois dire au surplus qu’à ces morts, il convient d’ajouter de nombreux cas de blessés qu’il serait fastidieux d’énumérer ici. Des statistiques précises existent et font l’objet d’exploitation. Et ces blessés se comptent autant chez les civils que dans les rangs de nos forces de maintien l’ordre.
Il convient de préciser que la collecte de ces statistiques s’est faite avec le concours des autorités administratives et sanitaires et des responsables des forces de sécurité des zones concernées par les troubles. Il s’agit d’un travail de terrain et non de spéculations de mauvais aloi émanant de certaines autorités morales et autres défenseurs des droits de l’homme, de la part desquels on se serait d’ailleurs attendu à plus de retenue, voire de modération et de professionnalisme, et surtout de respect et de compassion pour les victimes elles mêmes, ainsi que pour leurs parents et pour leurs proches.
Bien plus, les cas de décès sus énumérés ne sont pas tous imputables à l’action de la force publique. Au demeurant, je dois saluer l’action, mais surtout la tempérance des forces de maintien de l’ordre qui n’ont pas fait un usage abusif de leurs armes, malgré les nombreuses provocations auxquelles elles étaient sujettes. De manière spécifique à Douala, beaucoup de morts sont le résultat des rixes entre des bandes de gangsters qui ont infiltré la contestation. Le partage des biens volés à la suite d’actes de pillage a donné lieu à des disputes violentes entre les bandits. Et certains ont été victimes du phénomène de justice populaire. Ce que nous déplorons bien évidemment, au demeurant.
Par ailleurs, sur le plan matériel et sans rentrer dans les détails, nous remarquons que les symboles de l’Etat et des structures contribuant au dynamisme de notre économie ont été particulièrement visés. A cet égard, je dois dire que quarante quatre (44) édifices publics ou bâtiments abritant des services publics ont été soit incendiés, soit pillés et saccagés ou encore vandalisés. Parmi les édifices publics incendiés ou saccagés, on peut citer les Sous-Préfectures de Douala 5è, de Kekem et de Santa. On peut également citer les Mairies de Douala 5è, de Nkongsamba 2è et de Bamenda 2è. A ces destructions s’ajoutent celles des Commissariats de Sécurité Publique de Douala 5è et de Kumba 1er ; du Commissariat Spécial de la Mémé à Kumba, de la Brigade de Gendarmerie territoriale de Santa, du Centre Divisionnaire des Impôts n°13 de Douala, ainsi que ceux de Mbanga, Bamenda, Kumbo et, du Centre départemental des Finances de Kumba. La Recette des Finances de Kumba a subi le même sort, ainsi que les Délégations départementales de l’Education de Base, du Développement Urbain et de l’Habitat, des Domaines et des Affaires Foncières de la Mémé à Kumba. Il en est de même de la Délégation provinciale du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille du Nord-Ouest et, des Délégations départementales de l’Education de Base, des Travaux Publics, du Commerce, des Transports et de la Communication du département du Bui à Kumbo. A Yaoundé, c’est le Centre de l’Insertion des Jeunes de Nkomkana qui a été incendié.
Dans les mêmes localités, d’autres bâtiments publics qui n’ont pas été incendiés, saccagés ou pillés ont été fortement dégradés. De nombreux postes de police construits en matériaux provisoires ont été également détruits à Douala et à Bafoussam particulièrement. La furie aveugle des émeutiers les a conduits à casser les tables-bancs du lycée de Bafang-rural dans le Haut-Nkam ainsi qu’au CETIC de Kekem où en plus, des ordinateurs ont été emportés et à détruire l’école catholique de Medjo dans la Menoua. De nombreux véhicules publics ou appartenant à titre privé à des fonctionnaires ont été incendiés ou sérieusement endommagés. Les voiries urbaines et leurs accessoires tels que les équipements d’éclairage public ont été fortement dégradés. Les représentations des concessionnaires des services d’eau et d’électricité ont été très visées par les vandales qui les ont mises à sac ou incendiées.
Ce lourd bilan subi par le service public est complété par les pertes énormes enregistrées par les opérateurs économiques privés. Sur le plan matériel, sans être exhaustif et à titre d’illustration, on peut noter que trente trois (33) stations-service ont été entièrement ou partiellement détruites. A cela, il faut ajouter le pillage des centres de distribution des sociétés brassicoles. Il en est de même de l’incendie ou du pillage des sièges sociaux de certaines entreprises, des officines pharmaceutiques, des kiosques divers ou encore la destruction des exploitations agro-industrielles. En outre, plusieurs véhicules privés ont été vandalisés ou incendiés.
Ici également comme dans le cas du bilan des personnes blessées, nous disposons des statistiques détaillées. Elles ont été transmises aux divers services compétents pour exploitation. En outre, les structures victimes de destruction sont en train d’évaluer les pertes très lourdes et très importantes qu’elles ont subies et qui se chiffrent en dizaines de milliards de francs Cfa. A cela, il faudra ajouter l’important préjudice causé à l’économie nationale par l’arrêt ou le ralentissement des activités économiques, ainsi qu’à l’image de marque de notre pays à l’extérieur.
Mesdames et Messieurs les professionnels de la communication,
En votre qualité d’historiens du présent, nous avons voulu vous livrer ces statistiques pour que, vous puissiez les répercuter tant sur le plan national qu’à l’extérieur afin que nul n’en ignore. A cet égard, et à la suite de la Déclaration radiotélévisée du Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Paul Biya en date du 27 février 2008, nous invitons tous les citoyens Camerounais à tirer par eux-mêmes, les leçons du bilan que nous venons de dresser. Quant au reste, les investigations qui se poursuivent permettront à toutes celles et à tous ceux qui, sans exception, sont impliqués dans ces émeutes, de répondre de leurs actes devant les instances juridictionnelles appropriées. Je suis heureux de constater avec vous que depuis une dizaine de jours, le calme est revenu sur l’ensemble du territoire national et que les populations vaquent normalement à leurs occupations. Je vous remercie de votre bienveillante attention et me mets à votre disposition pour vos questions éventuelles.”

