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Ornementation et abstraction dans la peinture Bamoun

 

 

L’art contemporain, européen ou nord-américain, est loin d’être étranger à l’ornementation. Des artistes comme Kandisky ou Mondrian ont considéré l’ornementation comme « le péché originel » de l’abstraction. D’autres, au contraire, se sont inspirés de l’histoire millénaire de l’ornementation dans les civilisations non européennes, en particulier africaines, pour produire une œuvre abstraite.

Le goût pour l’ornemental dans l’art de l’après-guerre témoigne de manière visible et sensible des affinités entre ornementation et abstraction. Sur le plan formel et conceptuel, l’ornement apparaît comme un élément clé de la compréhension de l’abstraction des années quatre-vingt et quatre vingt dix. Qu’en est-il en Afrique et, plus précisément, en pays bamoun ?

1. Naissance de la peinture Bamoun Le dix-septième mfon des Bamoun, le sultan Njoya, qui accède au trône vers 1890, est un novateur éclairé dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique et culturelle. C’est ainsi que, dans le domaine des techniques, il favorisera l’introduction du fer en artisanat, la fabrication des briques ou encore l’usage du cheval.

Les mutations voulues par Njoya sont plus significatives encore dans le domaine religieux et culturel. Le sultan développe un islam national qui n’hésite pas à emprunter au christianisme. Alors que l’image est condamnée par la religion musulmane, Njoya se montre particulièrement sensible à la représentation, à l’image. En entrant en 1902 dans le royaume bamoun, les Européens introduisent le papier, l’encre, les crayons mais aussi les nouveaux modes de diffusion, le livre imprimé ou la photographie. Le sultan perçoit l’importance de ces supports de communication pour le renforcement de son pouvoir tout autant que pour le développement du pays bamoun.

Si Njoya conçoit l’écriture bamoun avant la colonisation, sous l’influence de l’arabe coranique pratiquée par les peuls, les révisions successives de l’alphabet sont le fait de l’influence européenne. En particulier le passage d’une écriture idéogrammatique à une écriture syllabique va dans le sens de la simplification nécessaire à l’enseignement, à l’utilisation de l’écrit dans la bureaucratie (tenue de registres commerciaux, état civil) voulu par Njoya. Le sultan fait rédiger des livres sur l’éducation, la médecine, l’agriculture, des plans et des cartes, mais aussi des chroniques des rois, une histoire et coutumes des Bamoun destinés à asseoir son pouvoir.

2. L’œuvre d’Ibrahim Njoya et son école L’œuvre artistique d’Ibrahim Njoya est inséparable du règne du sultan Njoya dont il est le chroniqueur et ce dans les différentes formes d’art qu’il pratique, écriture, dessin, architecture. De lignée royale, Ibrahim Njoya naît au début du règne du sultan Njoya. Il apprend l’écriture bamoun à l’école royale puis fréquente l’école de la mission protestante. Au palais, il est serviteur intime puis trésorier du roi. Dès son jeune âge, il dessine sur le sol et les murs des dessins géométriques, esquissant des personnages et des animaux. Son premier dessin au crayon sur papier aurait été celui d’une femme bamoun, habillée à l’allemande.

Pour le roi, il rédige en écriture bamoun des textes bibliques dont il orne les manuscrits de formes géométriques, dessine des cartes du pays bamoun, pratique la calligraphie et la sculpture sur panneaux. Ibrahim Njoya contribue à l’édification de la mosquée que le sultan fait bâtir pendant les quelques mois de la présence anglaise (entre décembre 1916 et juin 1917), à partir d’un plan dessiné par un officier britannique. A partir de 1917, il dirige une partie des travaux du palais d’inspiration européenne que le sultan fait construire. A la mort du sultan Njoya (1933), Ibrahim Njoya se consacre au dessin, à l’aquarelle et à la sculpture. Son œuvre sera poursuivie par ses élèves, dans une tradition encore vivante aujourd’hui.

Deux périodes peuvent être distinguées dans l’œuvre du maître du dessin bamoun. La première (1925-1933) est celle du chroniqueur royal. Les dessins figuratifs réalisés sur papier et très souvent inspirés de photographies constituent une défense et illustration de l’œuvre du sultan Njoya et de l’histoire bamoun (batailles victorieuses, épopées héroïque…). Avec l’effondrement du royaume traditionnel bamoun qui suit la mort du sultan, l’œuvre de Njoya prend un tour esthétique et ethnographique. Dans cette seconde période, Ilbrahim Njoya met en scène le passé précolonial (portraits des rois sous forme généalogique, architecture traditionnelle…) mais aussi le quotidien du peuple bamoun (travail artisanal, coutumes…). Il répond aux commandes d’une clientèle étrangère ou des nouveaux maîtres du pouvoir (chefs supérieurs nommés par l’administration).

Le style d’Ibrahim Njoya (une centaine de dessins polychromes recensés) et de son école est aisément reconnaissable. Caractérisé par l’hétérogénéité et l’hybridation, il donne sens à l’évolution du monde bamoun au contact des peuples voisins et des colonisateurs successifs et à la modernisation voulue par le sultan Njoya.Les dessins d’Ibrahim Njoya sont des compositions métissées qui recourent à l’emprunt, à la citation et à la combinatoire d’éléments importés et locaux. Parmi les éléments exogènes, on retiendra les matériaux (encre, crayons, papier d’importation), les techniques de représentation (photographie, dessin à main levée), les codes (calligraphie arabe, frises islamiques, iconographie égyptienne). Les réalités figurées, quant à elles, sont locales (dignitaires, habitations, objets cultuels, faune et flore…), de même que les couleurs où le rouge et le bleu, dans la tradition du perlage des objets, sont associés aux rois.

Pourtant, s’il y a bien emprunt, référence à la culture de l’Autre, les dessins de Njoya ne se réduisent pas à l’alliage de composants hétérogènes. Ils constituent une création originale, porteuse de significations propres sur la transformation du monde bamoun. Cette représentation personnelle du monde bamoun est le produit de l’action d’une multiplicité d’éléments qui crée, génère une scénographie originale de la société, du pouvoir et de l’histoire. En ce sens, les dessins de Njoya sont des hybrides, lesquels agencent des réalités locales (objets matériels, coutumes, techniques…), des systèmes de signes (écriture bamoun, figures géométriques, calligraphies), des territoires réels (lieux, habitations…), des déterritorialisations réelles (issues de la colonisation) ou mythiques (l’historiographie bamoun a cherché à établir une généalogie égyptienne ou syrienne au peuple bamoun).

Voici une série de dignitaires bamoun figurés en pied et dont les traits empruntent au code de l’Egypte ancienne utilisé pour la représentation des pharaons. Leur coiffe, leurs parures, les éléments de contexte (habitation, paysage), quant à eux, renvoient aux réalités du monde bamoun. Les motifs sont empruntés à la calligraphie arabe, au répertoire des motifs royaux ou des objets emblématiques (trompe d’appel, armes…). Les personnages, hiératiques, figurent sous un fronton géométrisé, encadrés de frises qui délimitent l’espace et spectacularisent leur puissance.

Dans d’autres dessins, les frises ornementales n’apparaissent pas comme un élément de cadrage de la scène, indices porteurs d’un supplément de sens, mais constituent la figuration. C’est ainsi qu’on verra la barbe d’un roi bamoun sous la forme d’un entrelacs de traits calligraphiés, les jambes d’un guerrier confondus avec un arrière plan de formes géométriques, une façade de maison bamoun constituée d’un treillis de droites et de courbes ou dessinée en plan d’architecte, des intérieurs tapissés de tapis et de tissus ornés qui absorbent les personnages.

Dans ces oeuvres hybrides où l’ornement et la forme abstraite participent à la production des significations, l’alphabet bamoun en tant que répertoire de signes constitue une ressource de choix pour les artistes. L’écriture est très souvent présente dans les dessins, avec une fonction symbolique, référentielle ou émotive mais, comme dans l’art pariétal, jamais anecdotique.

Source : http://www.ambafrance-cm.org/

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Ornementation et abstraction dans la peinture Bamoun

 

 

L’art contemporain, européen ou nord-américain, est loin d’être étranger à l’ornementation. Des artistes comme Kandisky ou Mondrian ont considéré l’ornementation comme « le péché originel » de l’abstraction. D’autres, au contraire, se sont inspirés de l’histoire millénaire de l’ornementation dans les civilisations non européennes, en particulier africaines, pour produire une œuvre abstraite.

Le goût pour l’ornemental dans l’art de l’après-guerre témoigne de manière visible et sensible des affinités entre ornementation et abstraction. Sur le plan formel et conceptuel, l’ornement apparaît comme un élément clé de la compréhension de l’abstraction des années quatre-vingt et quatre vingt dix. Qu’en est-il en Afrique et, plus précisément, en pays bamoun ?

1. Naissance de la peinture Bamoun Le dix-septième mfon des Bamoun, le sultan Njoya, qui accède au trône vers 1890, est un novateur éclairé dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique et culturelle. C’est ainsi que, dans le domaine des techniques, il favorisera l’introduction du fer en artisanat, la fabrication des briques ou encore l’usage du cheval.

Les mutations voulues par Njoya sont plus significatives encore dans le domaine religieux et culturel. Le sultan développe un islam national qui n’hésite pas à emprunter au christianisme. Alors que l’image est condamnée par la religion musulmane, Njoya se montre particulièrement sensible à la représentation, à l’image. En entrant en 1902 dans le royaume bamoun, les Européens introduisent le papier, l’encre, les crayons mais aussi les nouveaux modes de diffusion, le livre imprimé ou la photographie. Le sultan perçoit l’importance de ces supports de communication pour le renforcement de son pouvoir tout autant que pour le développement du pays bamoun.

Si Njoya conçoit l’écriture bamoun avant la colonisation, sous l’influence de l’arabe coranique pratiquée par les peuls, les révisions successives de l’alphabet sont le fait de l’influence européenne. En particulier le passage d’une écriture idéogrammatique à une écriture syllabique va dans le sens de la simplification nécessaire à l’enseignement, à l’utilisation de l’écrit dans la bureaucratie (tenue de registres commerciaux, état civil) voulu par Njoya. Le sultan fait rédiger des livres sur l’éducation, la médecine, l’agriculture, des plans et des cartes, mais aussi des chroniques des rois, une histoire et coutumes des Bamoun destinés à asseoir son pouvoir.

2. L’œuvre d’Ibrahim Njoya et son école L’œuvre artistique d’Ibrahim Njoya est inséparable du règne du sultan Njoya dont il est le chroniqueur et ce dans les différentes formes d’art qu’il pratique, écriture, dessin, architecture. De lignée royale, Ibrahim Njoya naît au début du règne du sultan Njoya. Il apprend l’écriture bamoun à l’école royale puis fréquente l’école de la mission protestante. Au palais, il est serviteur intime puis trésorier du roi. Dès son jeune âge, il dessine sur le sol et les murs des dessins géométriques, esquissant des personnages et des animaux. Son premier dessin au crayon sur papier aurait été celui d’une femme bamoun, habillée à l’allemande.

Pour le roi, il rédige en écriture bamoun des textes bibliques dont il orne les manuscrits de formes géométriques, dessine des cartes du pays bamoun, pratique la calligraphie et la sculpture sur panneaux. Ibrahim Njoya contribue à l’édification de la mosquée que le sultan fait bâtir pendant les quelques mois de la présence anglaise (entre décembre 1916 et juin 1917), à partir d’un plan dessiné par un officier britannique. A partir de 1917, il dirige une partie des travaux du palais d’inspiration européenne que le sultan fait construire. A la mort du sultan Njoya (1933), Ibrahim Njoya se consacre au dessin, à l’aquarelle et à la sculpture. Son œuvre sera poursuivie par ses élèves, dans une tradition encore vivante aujourd’hui.

Deux périodes peuvent être distinguées dans l’œuvre du maître du dessin bamoun. La première (1925-1933) est celle du chroniqueur royal. Les dessins figuratifs réalisés sur papier et très souvent inspirés de photographies constituent une défense et illustration de l’œuvre du sultan Njoya et de l’histoire bamoun (batailles victorieuses, épopées héroïque…). Avec l’effondrement du royaume traditionnel bamoun qui suit la mort du sultan, l’œuvre de Njoya prend un tour esthétique et ethnographique. Dans cette seconde période, Ilbrahim Njoya met en scène le passé précolonial (portraits des rois sous forme généalogique, architecture traditionnelle…) mais aussi le quotidien du peuple bamoun (travail artisanal, coutumes…). Il répond aux commandes d’une clientèle étrangère ou des nouveaux maîtres du pouvoir (chefs supérieurs nommés par l’administration).

Le style d’Ibrahim Njoya (une centaine de dessins polychromes recensés) et de son école est aisément reconnaissable. Caractérisé par l’hétérogénéité et l’hybridation, il donne sens à l’évolution du monde bamoun au contact des peuples voisins et des colonisateurs successifs et à la modernisation voulue par le sultan Njoya.Les dessins d’Ibrahim Njoya sont des compositions métissées qui recourent à l’emprunt, à la citation et à la combinatoire d’éléments importés et locaux. Parmi les éléments exogènes, on retiendra les matériaux (encre, crayons, papier d’importation), les techniques de représentation (photographie, dessin à main levée), les codes (calligraphie arabe, frises islamiques, iconographie égyptienne). Les réalités figurées, quant à elles, sont locales (dignitaires, habitations, objets cultuels, faune et flore…), de même que les couleurs où le rouge et le bleu, dans la tradition du perlage des objets, sont associés aux rois.

Pourtant, s’il y a bien emprunt, référence à la culture de l’Autre, les dessins de Njoya ne se réduisent pas à l’alliage de composants hétérogènes. Ils constituent une création originale, porteuse de significations propres sur la transformation du monde bamoun. Cette représentation personnelle du monde bamoun est le produit de l’action d’une multiplicité d’éléments qui crée, génère une scénographie originale de la société, du pouvoir et de l’histoire. En ce sens, les dessins de Njoya sont des hybrides, lesquels agencent des réalités locales (objets matériels, coutumes, techniques…), des systèmes de signes (écriture bamoun, figures géométriques, calligraphies), des territoires réels (lieux, habitations…), des déterritorialisations réelles (issues de la colonisation) ou mythiques (l’historiographie bamoun a cherché à établir une généalogie égyptienne ou syrienne au peuple bamoun).

Voici une série de dignitaires bamoun figurés en pied et dont les traits empruntent au code de l’Egypte ancienne utilisé pour la représentation des pharaons. Leur coiffe, leurs parures, les éléments de contexte (habitation, paysage), quant à eux, renvoient aux réalités du monde bamoun. Les motifs sont empruntés à la calligraphie arabe, au répertoire des motifs royaux ou des objets emblématiques (trompe d’appel, armes…). Les personnages, hiératiques, figurent sous un fronton géométrisé, encadrés de frises qui délimitent l’espace et spectacularisent leur puissance.

Dans d’autres dessins, les frises ornementales n’apparaissent pas comme un élément de cadrage de la scène, indices porteurs d’un supplément de sens, mais constituent la figuration. C’est ainsi qu’on verra la barbe d’un roi bamoun sous la forme d’un entrelacs de traits calligraphiés, les jambes d’un guerrier confondus avec un arrière plan de formes géométriques, une façade de maison bamoun constituée d’un treillis de droites et de courbes ou dessinée en plan d’architecte, des intérieurs tapissés de tapis et de tissus ornés qui absorbent les personnages.

Dans ces oeuvres hybrides où l’ornement et la forme abstraite participent à la production des significations, l’alphabet bamoun en tant que répertoire de signes constitue une ressource de choix pour les artistes. L’écriture est très souvent présente dans les dessins, avec une fonction symbolique, référentielle ou émotive mais, comme dans l’art pariétal, jamais anecdotique.

Source : http://www.ambafrance-cm.org/

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Ornementation et abstraction dans la peinture Bamoun

 

 

L’art contemporain, européen ou nord-américain, est loin d’être étranger à l’ornementation. Des artistes comme Kandisky ou Mondrian ont considéré l’ornementation comme « le péché originel » de l’abstraction. D’autres, au contraire, se sont inspirés de l’histoire millénaire de l’ornementation dans les civilisations non européennes, en particulier africaines, pour produire une œuvre abstraite.

Le goût pour l’ornemental dans l’art de l’après-guerre témoigne de manière visible et sensible des affinités entre ornementation et abstraction. Sur le plan formel et conceptuel, l’ornement apparaît comme un élément clé de la compréhension de l’abstraction des années quatre-vingt et quatre vingt dix. Qu’en est-il en Afrique et, plus précisément, en pays bamoun ?

1. Naissance de la peinture Bamoun Le dix-septième mfon des Bamoun, le sultan Njoya, qui accède au trône vers 1890, est un novateur éclairé dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique et culturelle. C’est ainsi que, dans le domaine des techniques, il favorisera l’introduction du fer en artisanat, la fabrication des briques ou encore l’usage du cheval.

Les mutations voulues par Njoya sont plus significatives encore dans le domaine religieux et culturel. Le sultan développe un islam national qui n’hésite pas à emprunter au christianisme. Alors que l’image est condamnée par la religion musulmane, Njoya se montre particulièrement sensible à la représentation, à l’image. En entrant en 1902 dans le royaume bamoun, les Européens introduisent le papier, l’encre, les crayons mais aussi les nouveaux modes de diffusion, le livre imprimé ou la photographie. Le sultan perçoit l’importance de ces supports de communication pour le renforcement de son pouvoir tout autant que pour le développement du pays bamoun.

Si Njoya conçoit l’écriture bamoun avant la colonisation, sous l’influence de l’arabe coranique pratiquée par les peuls, les révisions successives de l’alphabet sont le fait de l’influence européenne. En particulier le passage d’une écriture idéogrammatique à une écriture syllabique va dans le sens de la simplification nécessaire à l’enseignement, à l’utilisation de l’écrit dans la bureaucratie (tenue de registres commerciaux, état civil) voulu par Njoya. Le sultan fait rédiger des livres sur l’éducation, la médecine, l’agriculture, des plans et des cartes, mais aussi des chroniques des rois, une histoire et coutumes des Bamoun destinés à asseoir son pouvoir.

2. L’œuvre d’Ibrahim Njoya et son école L’œuvre artistique d’Ibrahim Njoya est inséparable du règne du sultan Njoya dont il est le chroniqueur et ce dans les différentes formes d’art qu’il pratique, écriture, dessin, architecture. De lignée royale, Ibrahim Njoya naît au début du règne du sultan Njoya. Il apprend l’écriture bamoun à l’école royale puis fréquente l’école de la mission protestante. Au palais, il est serviteur intime puis trésorier du roi. Dès son jeune âge, il dessine sur le sol et les murs des dessins géométriques, esquissant des personnages et des animaux. Son premier dessin au crayon sur papier aurait été celui d’une femme bamoun, habillée à l’allemande.

Pour le roi, il rédige en écriture bamoun des textes bibliques dont il orne les manuscrits de formes géométriques, dessine des cartes du pays bamoun, pratique la calligraphie et la sculpture sur panneaux. Ibrahim Njoya contribue à l’édification de la mosquée que le sultan fait bâtir pendant les quelques mois de la présence anglaise (entre décembre 1916 et juin 1917), à partir d’un plan dessiné par un officier britannique. A partir de 1917, il dirige une partie des travaux du palais d’inspiration européenne que le sultan fait construire. A la mort du sultan Njoya (1933), Ibrahim Njoya se consacre au dessin, à l’aquarelle et à la sculpture. Son œuvre sera poursuivie par ses élèves, dans une tradition encore vivante aujourd’hui.

Deux périodes peuvent être distinguées dans l’œuvre du maître du dessin bamoun. La première (1925-1933) est celle du chroniqueur royal. Les dessins figuratifs réalisés sur papier et très souvent inspirés de photographies constituent une défense et illustration de l’œuvre du sultan Njoya et de l’histoire bamoun (batailles victorieuses, épopées héroïque…). Avec l’effondrement du royaume traditionnel bamoun qui suit la mort du sultan, l’œuvre de Njoya prend un tour esthétique et ethnographique. Dans cette seconde période, Ilbrahim Njoya met en scène le passé précolonial (portraits des rois sous forme généalogique, architecture traditionnelle…) mais aussi le quotidien du peuple bamoun (travail artisanal, coutumes…). Il répond aux commandes d’une clientèle étrangère ou des nouveaux maîtres du pouvoir (chefs supérieurs nommés par l’administration).

Le style d’Ibrahim Njoya (une centaine de dessins polychromes recensés) et de son école est aisément reconnaissable. Caractérisé par l’hétérogénéité et l’hybridation, il donne sens à l’évolution du monde bamoun au contact des peuples voisins et des colonisateurs successifs et à la modernisation voulue par le sultan Njoya.Les dessins d’Ibrahim Njoya sont des compositions métissées qui recourent à l’emprunt, à la citation et à la combinatoire d’éléments importés et locaux. Parmi les éléments exogènes, on retiendra les matériaux (encre, crayons, papier d’importation), les techniques de représentation (photographie, dessin à main levée), les codes (calligraphie arabe, frises islamiques, iconographie égyptienne). Les réalités figurées, quant à elles, sont locales (dignitaires, habitations, objets cultuels, faune et flore…), de même que les couleurs où le rouge et le bleu, dans la tradition du perlage des objets, sont associés aux rois.

Pourtant, s’il y a bien emprunt, référence à la culture de l’Autre, les dessins de Njoya ne se réduisent pas à l’alliage de composants hétérogènes. Ils constituent une création originale, porteuse de significations propres sur la transformation du monde bamoun. Cette représentation personnelle du monde bamoun est le produit de l’action d’une multiplicité d’éléments qui crée, génère une scénographie originale de la société, du pouvoir et de l’histoire. En ce sens, les dessins de Njoya sont des hybrides, lesquels agencent des réalités locales (objets matériels, coutumes, techniques…), des systèmes de signes (écriture bamoun, figures géométriques, calligraphies), des territoires réels (lieux, habitations…), des déterritorialisations réelles (issues de la colonisation) ou mythiques (l’historiographie bamoun a cherché à établir une généalogie égyptienne ou syrienne au peuple bamoun).

Voici une série de dignitaires bamoun figurés en pied et dont les traits empruntent au code de l’Egypte ancienne utilisé pour la représentation des pharaons. Leur coiffe, leurs parures, les éléments de contexte (habitation, paysage), quant à eux, renvoient aux réalités du monde bamoun. Les motifs sont empruntés à la calligraphie arabe, au répertoire des motifs royaux ou des objets emblématiques (trompe d’appel, armes…). Les personnages, hiératiques, figurent sous un fronton géométrisé, encadrés de frises qui délimitent l’espace et spectacularisent leur puissance.

Dans d’autres dessins, les frises ornementales n’apparaissent pas comme un élément de cadrage de la scène, indices porteurs d’un supplément de sens, mais constituent la figuration. C’est ainsi qu’on verra la barbe d’un roi bamoun sous la forme d’un entrelacs de traits calligraphiés, les jambes d’un guerrier confondus avec un arrière plan de formes géométriques, une façade de maison bamoun constituée d’un treillis de droites et de courbes ou dessinée en plan d’architecte, des intérieurs tapissés de tapis et de tissus ornés qui absorbent les personnages.

Dans ces oeuvres hybrides où l’ornement et la forme abstraite participent à la production des significations, l’alphabet bamoun en tant que répertoire de signes constitue une ressource de choix pour les artistes. L’écriture est très souvent présente dans les dessins, avec une fonction symbolique, référentielle ou émotive mais, comme dans l’art pariétal, jamais anecdotique.

Source : http://www.ambafrance-cm.org/

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L’art contemporain, européen ou nord-américain, est loin d’être étranger à l’ornementation. Des artistes comme Kandisky ou Mondrian ont considéré l’ornementation comme « le péché originel » de l’abstraction. D’autres, au contraire, se sont inspirés de l’histoire millénaire de l’ornementation dans les civilisations non européennes, en particulier africaines, pour produire une œuvre abstraite.

Le goût pour l’ornemental dans l’art de l’après-guerre témoigne de manière visible et sensible des affinités entre ornementation et abstraction. Sur le plan formel et conceptuel, l’ornement apparaît comme un élément clé de la compréhension de l’abstraction des années quatre-vingt et quatre vingt dix. Qu’en est-il en Afrique et, plus précisément, en pays bamoun ?

1. Naissance de la peinture Bamoun Le dix-septième mfon des Bamoun, le sultan Njoya, qui accède au trône vers 1890, est un novateur éclairé dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique et culturelle. C’est ainsi que, dans le domaine des techniques, il favorisera l’introduction du fer en artisanat, la fabrication des briques ou encore l’usage du cheval.

Les mutations voulues par Njoya sont plus significatives encore dans le domaine religieux et culturel. Le sultan développe un islam national qui n’hésite pas à emprunter au christianisme. Alors que l’image est condamnée par la religion musulmane, Njoya se montre particulièrement sensible à la représentation, à l’image. En entrant en 1902 dans le royaume bamoun, les Européens introduisent le papier, l’encre, les crayons mais aussi les nouveaux modes de diffusion, le livre imprimé ou la photographie. Le sultan perçoit l’importance de ces supports de communication pour le renforcement de son pouvoir tout autant que pour le développement du pays bamoun.

Si Njoya conçoit l’écriture bamoun avant la colonisation, sous l’influence de l’arabe coranique pratiquée par les peuls, les révisions successives de l’alphabet sont le fait de l’influence européenne. En particulier le passage d’une écriture idéogrammatique à une écriture syllabique va dans le sens de la simplification nécessaire à l’enseignement, à l’utilisation de l’écrit dans la bureaucratie (tenue de registres commerciaux, état civil) voulu par Njoya. Le sultan fait rédiger des livres sur l’éducation, la médecine, l’agriculture, des plans et des cartes, mais aussi des chroniques des rois, une histoire et coutumes des Bamoun destinés à asseoir son pouvoir.

2. L’œuvre d’Ibrahim Njoya et son école L’œuvre artistique d’Ibrahim Njoya est inséparable du règne du sultan Njoya dont il est le chroniqueur et ce dans les différentes formes d’art qu’il pratique, écriture, dessin, architecture. De lignée royale, Ibrahim Njoya naît au début du règne du sultan Njoya. Il apprend l’écriture bamoun à l’école royale puis fréquente l’école de la mission protestante. Au palais, il est serviteur intime puis trésorier du roi. Dès son jeune âge, il dessine sur le sol et les murs des dessins géométriques, esquissant des personnages et des animaux. Son premier dessin au crayon sur papier aurait été celui d’une femme bamoun, habillée à l’allemande.

Pour le roi, il rédige en écriture bamoun des textes bibliques dont il orne les manuscrits de formes géométriques, dessine des cartes du pays bamoun, pratique la calligraphie et la sculpture sur panneaux. Ibrahim Njoya contribue à l’édification de la mosquée que le sultan fait bâtir pendant les quelques mois de la présence anglaise (entre décembre 1916 et juin 1917), à partir d’un plan dessiné par un officier britannique. A partir de 1917, il dirige une partie des travaux du palais d’inspiration européenne que le sultan fait construire. A la mort du sultan Njoya (1933), Ibrahim Njoya se consacre au dessin, à l’aquarelle et à la sculpture. Son œuvre sera poursuivie par ses élèves, dans une tradition encore vivante aujourd’hui.

Deux périodes peuvent être distinguées dans l’œuvre du maître du dessin bamoun. La première (1925-1933) est celle du chroniqueur royal. Les dessins figuratifs réalisés sur papier et très souvent inspirés de photographies constituent une défense et illustration de l’œuvre du sultan Njoya et de l’histoire bamoun (batailles victorieuses, épopées héroïque…). Avec l’effondrement du royaume traditionnel bamoun qui suit la mort du sultan, l’œuvre de Njoya prend un tour esthétique et ethnographique. Dans cette seconde période, Ilbrahim Njoya met en scène le passé précolonial (portraits des rois sous forme généalogique, architecture traditionnelle…) mais aussi le quotidien du peuple bamoun (travail artisanal, coutumes…). Il répond aux commandes d’une clientèle étrangère ou des nouveaux maîtres du pouvoir (chefs supérieurs nommés par l’administration).

Le style d’Ibrahim Njoya (une centaine de dessins polychromes recensés) et de son école est aisément reconnaissable. Caractérisé par l’hétérogénéité et l’hybridation, il donne sens à l’évolution du monde bamoun au contact des peuples voisins et des colonisateurs successifs et à la modernisation voulue par le sultan Njoya.Les dessins d’Ibrahim Njoya sont des compositions métissées qui recourent à l’emprunt, à la citation et à la combinatoire d’éléments importés et locaux. Parmi les éléments exogènes, on retiendra les matériaux (encre, crayons, papier d’importation), les techniques de représentation (photographie, dessin à main levée), les codes (calligraphie arabe, frises islamiques, iconographie égyptienne). Les réalités figurées, quant à elles, sont locales (dignitaires, habitations, objets cultuels, faune et flore…), de même que les couleurs où le rouge et le bleu, dans la tradition du perlage des objets, sont associés aux rois.

Pourtant, s’il y a bien emprunt, référence à la culture de l’Autre, les dessins de Njoya ne se réduisent pas à l’alliage de composants hétérogènes. Ils constituent une création originale, porteuse de significations propres sur la transformation du monde bamoun. Cette représentation personnelle du monde bamoun est le produit de l’action d’une multiplicité d’éléments qui crée, génère une scénographie originale de la société, du pouvoir et de l’histoire. En ce sens, les dessins de Njoya sont des hybrides, lesquels agencent des réalités locales (objets matériels, coutumes, techniques…), des systèmes de signes (écriture bamoun, figures géométriques, calligraphies), des territoires réels (lieux, habitations…), des déterritorialisations réelles (issues de la colonisation) ou mythiques (l’historiographie bamoun a cherché à établir une généalogie égyptienne ou syrienne au peuple bamoun).

Voici une série de dignitaires bamoun figurés en pied et dont les traits empruntent au code de l’Egypte ancienne utilisé pour la représentation des pharaons. Leur coiffe, leurs parures, les éléments de contexte (habitation, paysage), quant à eux, renvoient aux réalités du monde bamoun. Les motifs sont empruntés à la calligraphie arabe, au répertoire des motifs royaux ou des objets emblématiques (trompe d’appel, armes…). Les personnages, hiératiques, figurent sous un fronton géométrisé, encadrés de frises qui délimitent l’espace et spectacularisent leur puissance.

Dans d’autres dessins, les frises ornementales n’apparaissent pas comme un élément de cadrage de la scène, indices porteurs d’un supplément de sens, mais constituent la figuration. C’est ainsi qu’on verra la barbe d’un roi bamoun sous la forme d’un entrelacs de traits calligraphiés, les jambes d’un guerrier confondus avec un arrière plan de formes géométriques, une façade de maison bamoun constituée d’un treillis de droites et de courbes ou dessinée en plan d’architecte, des intérieurs tapissés de tapis et de tissus ornés qui absorbent les personnages.

Dans ces oeuvres hybrides où l’ornement et la forme abstraite participent à la production des significations, l’alphabet bamoun en tant que répertoire de signes constitue une ressource de choix pour les artistes. L’écriture est très souvent présente dans les dessins, avec une fonction symbolique, référentielle ou émotive mais, comme dans l’art pariétal, jamais anecdotique.

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Le Rdpc et l’Undp valident le vœu de Paul Biya

Le projet de loi portant modification de la Constitution a été adoptée hier, jeudi 10 avril 2008 à l’Assemblée nationale –

Lorsque le député Rdpc Kamsouloum Abba Kabir prend la parole ce jeudi 10 avril 2008 à l’Assemblée nationale à Yaoundé lors des discussions générales ayant précédé l’adoption du projet de loi portant révision de la Constitution, il vient trahir un secret de polichinelle : le projet de loi déposé sur la table des députés le 04 avril dernier portant révision de la loi constitutionnelle au Cameroun est une volonté du chef de l’Etat. L’élu du peuple utilise une image un peu grossière, mais qui a l’avantage de préciser le vœu de Paul Biya. En substance, le parlementaire laisse entendre que lorsque l’on est boucher, on se réserve les meilleurs morceaux. Traduction : Paul Biya, tenant actuellement le pouvoir, ne pouvait être mieux servi que par lui-même. “ L’alinéa 2 de l’article 6 (nouveau) rend rééligible le président de la République en fonction ”, précise le rapport de la Commission des lois constitutionnelles de l’Assemblée nationale.
Si le président du groupe parlementaire Rdpc, Jean Bernard Ndongo Essomba, se réjouit que le président de la République ait choisi la voie parlementaire. Il est surtout très enthousiaste dans son propos parce que, dit-il, c’est “ le président de la République qui a initié ce projet ”. Le président du groupe parlementaire ayant déjà parlé, les autres députés du parti au pouvoir savent exactement ce qu’ils doivent dire lorsque la parole leur est donnée lors des discussions générales. Ce d’autant que Ndongo Essomba a fait un choix global sous forme de suggestion : “ je vous invite au vote sans réserve de ce projet ”. Comme dans un meeting populaire, les orateurs se succèdent au pupitre. Mais la rengaine est la même : l’apologie de la non limitation des mandats et le soutien qu’il faut accorder à Paul Biya. D’aucuns tentent de justifier les élans révisionnistes du parti au pouvoir en brandissant les appels à la modification attribués, à tort ou à raison, à la base du parti des flammes. Certaines langues vont plus loin en disant que ce ne sont pas seulement les zélateurs du Rdpc qui ont demandé la révision de la Constitution : certains partis politiques de l’opposition, les confessions religieuses, la société civile… ont estimé que la loi constitutionnelle de 1996 comportait trop d’insuffisances. Donc qu’il fallait la modifier.

Ni la Bible, ni le Coran
“ La constitution n’est pas un texte intouchable. Ce n’est pas la Bible ; ce n’est pas le Coran non plus ”, sérine Alioum Fadil, député Rdpc. Le parti des flammes est serein, car il sait que sa majorité écrasante est un acquis qui va militer pour l’adoption du projet. Jean Jacques Ekindi, le seul député du Mouvement progressiste (Mp) tente un contre-pied. Il affirme que les idées fortes triomphent sur le décalage numérique. Il suggère qu’il y ait débat. Pour lui, il faut interroger le fondement de la légitimité du projet de loi portant révision de la Constitution. Le président du Mp rappelle que les députés et le président de la République doivent faire la volonté du peuple ; ils ne doivent pas se substituer au peuple. Sur le décalage numérique, J.J Ekindi dit : “ quand une main est petite, elle doit savoir qu’elle est petite. La grosse main doit savoir qu’elle ne peut pas attacher, seule, le paquet ”. Donc, le Rdpc ne doit pas tout faire seul.
“ Le chasseur du Lion ” donne sa position, devant tout le monde : il va voter contre. Lors des opérations électorales, les voix de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), qui n’a rien dit lors des débats, s’ajoute à celle de Jean Jacques Ekindi. Le vote global du projet de loi enregistre cinq bulletins rouges, synonymes de rejet. Sur les 162 votants du projet dans son ensemble, le camp des “ pour ” engrange 167 voix : ces suffrages sont ceux du Rdpc et de l’Undp. Le parti de Bello Bouba a pourtant estimé que le Rdpc devrait tenir compte de son point de vue en tant que partenaire politique. Cette formation politique a suggéré un amendement : le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois. Mais le parti de Bello Bouba a voté favorablement sans que le Rdpc ne donne suite à sa requête. Ce n’était qu’un manège. 

Par Christian LANG

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