Controverse autour de la rafle des 46 «prostituées »
Une chasse ouverte contre les belles de nuit dans la ville de Douala sur instruction du préfet du Wouri fait des vagues.
Le hall du commissariat de sécurité publique de 1er arrondissement de Douala Bonanjo fait l’objet d’une très grande attraction depuis mardi 24 février 2009. 46 présumées prostituées sur la centaine de filles raflées vendredi 20 février 2009 dans les différentes artères de Douala par les patrouilles des commissariats du 1er et 2è arrondissement sont soupçonnées d’exercer dans les rues, proposant du plaisir aux passants, souvent de façon ostentatoire, déshonorante et agressive. «C’est dommage, on nous a sorties des cellules pour que les caméras des télévisions nous filment. Elles vont diffuser nos images comme étant des prostituées alors que nous ne le sommes pas toutes», s’inquiète Hortense. Ce à quoi une des ses camarades d’infortune répond, désabusée: «D’ailleurs un journal a déjà publié nos noms. Maintenant nous serons confondues dans les quartiers et considérées comme telles ».
Plusieurs parents et membres de famille accourus pour s’en quérir de la situation ont appris que les filles arrêtées sont sous le coup d’une détention administrative décidée par le préfet Bernard Okalia Bilaï. Officiellement, l’opération consiste à assainir les mœurs dans les rues de la capitale économique. Cette opération fait suite à une première, coercitive, engagée pendant les fêtes de fin d’année mais dont l’effet n’a pas suffi à décourager les professionnelles du plus vieux métier du monde. «Il y a parmi ces filles, celles qu’on avait déjà raflées pendant les fêtes de fin d’année 2008. Leurs lieux de prédilection sont la devanture des services, domiciles des autorités administratives et missions consulaires », explique Jean Claude Etoa Mballa, le sous-préfet de Douala 1er. Même étant dans votre véhicule avec votre épouse, elles vous hèlent comme une veille connaissance. Pis encore, elles insultent copieusement votre épouse».
Engagement sur l’honneur
Pourtant, chacune des filles en détention y va de son explication pour démontrer grande conviction pour les unes et sans être convaincante pour les autres, qu’elles sont des victimes collatérales d’une opération dont elles ne sont pas les cibles. Même si leurs accoutrements et attitudes suggèrent le contraire. «Les prostituées professionnelles ne sont pas arrêtées. Parce qu’elles ont des soutiens au sein de la police qui les avisent de leur arrivée», dénonce l’une d’elles qui ajoute : «Pour mon cas, je sortais du travail lorsque j’ai été interpellée alors que j’attendais le taxi. Subitement, j’ai vu une bande de filles s’enfuir, sans que je sache pourquoi». Pour sa part, Marie-Ange soutient qu’elle a été interpellée devant son kiosque à cigarettes et de call box devant Akwa Palace. Le gérant d’un night club a été aussi aperçu en train de négocier la libération de sa caissière. En revanche, une visiteuse venue assister une connaissance ne cache pas le statut de cette dernière. «L’opération de libération des emprises a fait détruire le kiosque de ma camarde qui est une veuve avec cinq enfants en charge. Depuis lors, elle est obligée de se prostituer pour essayer de se refaire une santé financière avant d’entreprendre une autre activité», soutient Sophie.
Après quatre jours de garde à vue, plusieurs personnes ont été autorisées à récupérer leurs filles, sœurs, compagnes ou épouses. En contrepartie, ils ont dû signer des fiches d’engagement qui mentionnent leurs filiations avec les présumées prostituées et leur domiciliation, mais aussi un engagement sur l’honneur qu’en cas de récidive, ils en répondront avec les concernées devant la justice conformément à la loi. «C’est le début d’une procédure judiciaire en bonne et due forme», précise Itone Besinga Ely, 3è adjoint préfectoral. Pour celles qui n’ont pas de parents pour signer cet engagement, leur sort reste incertain. Plusieurs filles disent vivre seules en tant que majeurs qui s’assument et par conséquent, elles ne peuvent bénéficier de l’intervention d’aucune personne. On peut tout de même regretter que des actes de corruption aient émaillé cette opération qui reste tout de même très controversée.

