Paul Biya : 27 ans de règne et toujours de « grandes ambitions »
06 Nov 2009
Le chef de l’Etat vient de d’envoyer un message d’avenir éloquent à ceux qui espéraient le voir préparer sa sortie.
Quel que soit le bout par lequel on le prend, on doit reconnaître que pour ce 27e anniversaire de son accession à la magistrature suprême du pays, Paul Biya a réussi à prendre tout le monde de court, en publiant dans la presse quotidienne nationale une lettre "à tous les Camerounais et aux militants du Rdpc". Jusque-là habitué à délivrer ses messages traditionnels à la radio et télévision d’Etat et ses interviewes aux journalistes étrangers, il a incontestablement réussi là un indiscutable coup médiatique : il s’est rarement exprimé la veille du 06 novembre, et il n’a jamais accordé de "scoop" à la presse écrite nationale.
Pour ceux qui étaient jusque-là habitués à des discours stéréotypés délivrés le 10 février et le 31 décembre chaque année, où il recensait invariablement les réalisations annoncées (pas toujours accomplies) et les projets futurs, la nature de la stratégie a changé, mais pas fondamentalement le contenu. Dans sa "lettre à tous les Camerounais", il revient, comme d’habitude, sur "la nécessité de veiller spécialement et jalousement au renforcement de la paix, au raffermissement de la démocratie et à la consolidation de l’unité qui demeurent les piliers de la construction nationale".
Bien entendu, il revient sur les progrès accomplis dans de nombreux domaines malgré " nos propres insuffisances, en particulier l’inertie, la corruption et le détournement des biens publics qui affectent l’image de notre pays et nous privent de tant de satisfactions ".
Surtout, il confirme dans sa lettre ce que le secrétaire général du Rdpc, manifestement dans la confidence, avait déjà clairement indiqué l’avant-veille : "Bâtissons l’avenir avec Paul Biya". Enfin, l’objectif principal de Paul Biya dans cette lettre aux Camerounais était d’indiquer aux Camerounais, au moment où la communauté internationale s’étonne d’un si long exercice du pouvoir, un message fort : "Je veillerai de plus près à la mise en œuvre des grands chantiers identifiés (…) J’irai jusqu’au bout dans la recherche des solutions au douloureux problème de l’emploi des jeunes (…) J’irai jusqu’au bout dans la moralisation des comportements (…) J’irai jusqu’au bout parce que j’ai confiance en vous ".
Missions
Pour un chef d’Etat pratiquement en fin de mandat (moins de deux ans), le message est clair : il n’entend pas partir et a, plus que jamais, de grands projets pour le pays. Traduction : il entend bien se présenter à l’élection présidentielle prévue en octobre 2011, ou bien avant si l’on s’en tient à tous les indices qui annoncent son anticipation. En fait, Paul Biya confirme qu’il avait raison de dire, le 21 juillet 2006 lors du dernier congrès extraordinaire du Rdpc (celui qui lui avait permis de renouveler son mandat à la tête du parti) : " Je n’ai pas changé ". Comment pourrait-il en être autrement pour un homme de 76 ans qui, en dehors des lueurs d’espoirs nées de ses 18 premiers mois de règne (de novembre 1982 à avril 1984), s’est pratiquement recroquevillé sur lui-même pour ne consacrer l’essentiel de son énergie et de son intelligence qu’au meilleur moyen de conserver le pouvoir, la dernière astuce en date étant la fameuse opération Epervier, bien loin des missions que quelque membre du gouvernement a bien voulu lui assigner ?
Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication au secrétariat du comité central du Rdpc, ministre de l’Enseignement supérieur, indiquait en mai dernier chez nos confrères de Cameroun Tribune qu’" un chef est, par essence, imprévisible et difficilement décryptable ". Cependant que, comme en écho, François Mattei, hagiographe inattendu et portraitiste moyen du chef de l’Etat, définissait l’homme, dans " le Code Biya ", comme un " maître du temps ". Cela est sans doute vrai pour cet homme souvent caractérisé depuis le temps par ceux qui l’ont côtoyé jeune par le sens de la mesure, la force de l’équilibre, jusque dans sa tenue vestimentaire et ses attentions réputées courtoises.
Il serait superflu ici de revenir sur la naissance à Mvomeka’a un certain 13 février 1933 et le cursus scolaire et académique de cet homme. Ni, encore moins, sur sa carrière administrative et politique, inédite dans les hautes sphères de l’Etat dans le monde entier. Ce qu’on en retient cependant est que, d’avoir intégré la Fonction publique par le sommet et de ne s’être jamais éloigné de cet environnement pendant près d’un demi-siècle, ont fini par façonner l’homme et par faire comprendre aux observateurs avertis qu’il ne pourra plus jamais vivre ailleurs que dans un palais présidentiel.
Après le "coup" de la lettre aux Camerounais par la presse, on ignore s’il fera aujourd’hui, jour anniversaire, un autre coup médiatique. Mais on a déjà compris que le changement d’emballage (de communication) peut faire illusion mais ne peut pas changer le contenu, l’action et le bilan du Renouveau. Même après 27 ans de règne.
Alain B. Batongué


PARIS (AFP) – Il était un acteur à la sensibilité à fleur de peau, longtemps écrasé par la personnalité et la célébrité de son père, le comédien Gérard Depardieu.