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Y a-t-ils des détenus politiques au Cameroun ?



Pendant que le discours officiel ne reconnaît plus l’existence de ces damnés, certains acteurs soutiennent le contraire.
Lazare Kolyang


Les prisons camerounaises accueillent de plus en plus d’importantes personnalités de la République. Les chefs d’accusation, la conduite des procès et même les premiers verdicts déjà rendus dans certaines affaires concernant ces anciens dignitaires du pays : ministres, directeurs généraux de sociétés d’Etat et autres hauts commis de l’Etat, et bien que les infractions pour lesquelles ils sont condamnés ressortissent du droit commun, des voix s’élèvent de plus en plus pour parler "d’épuration politique". Une posture qui bat en brèche le discours officiel qui ne reconnaît plus l’existence au Cameroun de détenus politiques.

Même si, a priori, la définition du détenu politique que donne Amnesty international ne devrait pas laisser prospérer le débat. Pour cette organisation internationale de défense des Droits de l’homme, " un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour avoir défendu ses opinions politiques de quelque façon que ce soit. Cette personne n’est pas un criminel de droit commun, car elle défend des idées politiques ; mais elle peut recourir à l’usage de la violence ou à l’incitation à la violence pour atteindre ses buts ".

Dictature
Malgré ce qui précède, les avis restent partagés sur l’existence ou non de prisonniers politiques au Cameroun. Pour Aboya Endong Manassé, enseignant des Sciences politiques à la faculté de Sciences juridiques et politiques à l’université de Douala, un prisonnier politique est avant tout celui qui est arrêté pour délit d’opinion. " C’est celui qui critique le régime ", précise t-il. Avant de reconnaître qu’il n’existe plus à proprement parler de détenus politiques aujourd’hui au Cameroun. "C’est vrai que les avocats de Titus Edzoa et Pierre Désiré Engo avaient estimé, à l’époque, qu’ils sont des détenus politiques. Mais en réalité, c’est difficile de le prouver à la barre ". L’enseignant de droit poursuit que c’est la raison pour laquelle ceux qui ont été arrêtés en février dernier ont été relaxés pour éviter que l’on ne tombe dans le piège des détenus politiques.

Pour le président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), " chaque dictature a ses prisonniers politiques". Anicet Ekane pense notamment à Lapiro de Mbanga et Paul Eric Kingue qui sont en attente de jugement du côté de la prison principale de Nkongsamba. Mais il ne pense pas que les personnalités interpellées dans le cadre de l’opération Epervier peuvent être considérées comme des prisonniers politiques. " On a au moins la preuve que ceux là ont volé, donc on ne peut pas penser qu’il s’agit d’une affaire politique, même si, par ailleurs, l’opération elle-même est une décision politique ", estime t-il. Dans une récente déclaration faite au terme d’une réunion du bureau politique du Manidem à Douala, ce parti a soutenu que " les criminels que sont ces détourneurs des fonds publics doivent tous être inculpés et condamnés après une procédure judiciaire conforme aux lois du pays… ".

C’est un autre son de cloche qui vient de l’Action catholique des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). La coordinatrice de la branche camerounaise, Madeleine Afité, reste convaincue que ceux qui ont été interpellés dans le cadre de l’opération Epervier le sont davantage sur la base des préjugés politiques. " Si l’opération Epervier est objective, de nombreuses personnes devaient déjà se retrouver en prison ", pense t-elle. " Pourquoi on ne parvient pas à toucher tous ceux qui se sont rendus coupables de détournements fonds publics ? Cela veut dire qu’il y a un règlement de comptes. Je refuse de croire aux motifs de détournements que le gouvernement nous présente. C’est pour cela que nous avons constitué des avocats pour Lapiro et Paul Eric Kingue ", affirme la coordonnatrice de la branche camerounaise de cette structure dont les missions sont orientées, entre autres, vers la dénonciation " de l’injustice, les faux dossiers et fausses arrestations ".

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Pendant que le discours officiel ne reconnaît plus l’existence de ces damnés, certains acteurs soutiennent le contraire.
Lazare Kolyang


Les prisons camerounaises accueillent de plus en plus d’importantes personnalités de la République. Les chefs d’accusation, la conduite des procès et même les premiers verdicts déjà rendus dans certaines affaires concernant ces anciens dignitaires du pays : ministres, directeurs généraux de sociétés d’Etat et autres hauts commis de l’Etat, et bien que les infractions pour lesquelles ils sont condamnés ressortissent du droit commun, des voix s’élèvent de plus en plus pour parler "d’épuration politique". Une posture qui bat en brèche le discours officiel qui ne reconnaît plus l’existence au Cameroun de détenus politiques.

Même si, a priori, la définition du détenu politique que donne Amnesty international ne devrait pas laisser prospérer le débat. Pour cette organisation internationale de défense des Droits de l’homme, " un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour avoir défendu ses opinions politiques de quelque façon que ce soit. Cette personne n’est pas un criminel de droit commun, car elle défend des idées politiques ; mais elle peut recourir à l’usage de la violence ou à l’incitation à la violence pour atteindre ses buts ".

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Malgré ce qui précède, les avis restent partagés sur l’existence ou non de prisonniers politiques au Cameroun. Pour Aboya Endong Manassé, enseignant des Sciences politiques à la faculté de Sciences juridiques et politiques à l’université de Douala, un prisonnier politique est avant tout celui qui est arrêté pour délit d’opinion. " C’est celui qui critique le régime ", précise t-il. Avant de reconnaître qu’il n’existe plus à proprement parler de détenus politiques aujourd’hui au Cameroun. "C’est vrai que les avocats de Titus Edzoa et Pierre Désiré Engo avaient estimé, à l’époque, qu’ils sont des détenus politiques. Mais en réalité, c’est difficile de le prouver à la barre ". L’enseignant de droit poursuit que c’est la raison pour laquelle ceux qui ont été arrêtés en février dernier ont été relaxés pour éviter que l’on ne tombe dans le piège des détenus politiques.

Pour le président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), " chaque dictature a ses prisonniers politiques". Anicet Ekane pense notamment à Lapiro de Mbanga et Paul Eric Kingue qui sont en attente de jugement du côté de la prison principale de Nkongsamba. Mais il ne pense pas que les personnalités interpellées dans le cadre de l’opération Epervier peuvent être considérées comme des prisonniers politiques. " On a au moins la preuve que ceux là ont volé, donc on ne peut pas penser qu’il s’agit d’une affaire politique, même si, par ailleurs, l’opération elle-même est une décision politique ", estime t-il. Dans une récente déclaration faite au terme d’une réunion du bureau politique du Manidem à Douala, ce parti a soutenu que " les criminels que sont ces détourneurs des fonds publics doivent tous être inculpés et condamnés après une procédure judiciaire conforme aux lois du pays… ".

C’est un autre son de cloche qui vient de l’Action catholique des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). La coordinatrice de la branche camerounaise, Madeleine Afité, reste convaincue que ceux qui ont été interpellés dans le cadre de l’opération Epervier le sont davantage sur la base des préjugés politiques. " Si l’opération Epervier est objective, de nombreuses personnes devaient déjà se retrouver en prison ", pense t-elle. " Pourquoi on ne parvient pas à toucher tous ceux qui se sont rendus coupables de détournements fonds publics ? Cela veut dire qu’il y a un règlement de comptes. Je refuse de croire aux motifs de détournements que le gouvernement nous présente. C’est pour cela que nous avons constitué des avocats pour Lapiro et Paul Eric Kingue ", affirme la coordonnatrice de la branche camerounaise de cette structure dont les missions sont orientées, entre autres, vers la dénonciation " de l’injustice, les faux dossiers et fausses arrestations ".

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Pendant que le discours officiel ne reconnaît plus l’existence de ces damnés, certains acteurs soutiennent le contraire.
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Même si, a priori, la définition du détenu politique que donne Amnesty international ne devrait pas laisser prospérer le débat. Pour cette organisation internationale de défense des Droits de l’homme, " un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour avoir défendu ses opinions politiques de quelque façon que ce soit. Cette personne n’est pas un criminel de droit commun, car elle défend des idées politiques ; mais elle peut recourir à l’usage de la violence ou à l’incitation à la violence pour atteindre ses buts ".

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Malgré ce qui précède, les avis restent partagés sur l’existence ou non de prisonniers politiques au Cameroun. Pour Aboya Endong Manassé, enseignant des Sciences politiques à la faculté de Sciences juridiques et politiques à l’université de Douala, un prisonnier politique est avant tout celui qui est arrêté pour délit d’opinion. " C’est celui qui critique le régime ", précise t-il. Avant de reconnaître qu’il n’existe plus à proprement parler de détenus politiques aujourd’hui au Cameroun. "C’est vrai que les avocats de Titus Edzoa et Pierre Désiré Engo avaient estimé, à l’époque, qu’ils sont des détenus politiques. Mais en réalité, c’est difficile de le prouver à la barre ". L’enseignant de droit poursuit que c’est la raison pour laquelle ceux qui ont été arrêtés en février dernier ont été relaxés pour éviter que l’on ne tombe dans le piège des détenus politiques.

Pour le président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), " chaque dictature a ses prisonniers politiques". Anicet Ekane pense notamment à Lapiro de Mbanga et Paul Eric Kingue qui sont en attente de jugement du côté de la prison principale de Nkongsamba. Mais il ne pense pas que les personnalités interpellées dans le cadre de l’opération Epervier peuvent être considérées comme des prisonniers politiques. " On a au moins la preuve que ceux là ont volé, donc on ne peut pas penser qu’il s’agit d’une affaire politique, même si, par ailleurs, l’opération elle-même est une décision politique ", estime t-il. Dans une récente déclaration faite au terme d’une réunion du bureau politique du Manidem à Douala, ce parti a soutenu que " les criminels que sont ces détourneurs des fonds publics doivent tous être inculpés et condamnés après une procédure judiciaire conforme aux lois du pays… ".

C’est un autre son de cloche qui vient de l’Action catholique des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). La coordinatrice de la branche camerounaise, Madeleine Afité, reste convaincue que ceux qui ont été interpellés dans le cadre de l’opération Epervier le sont davantage sur la base des préjugés politiques. " Si l’opération Epervier est objective, de nombreuses personnes devaient déjà se retrouver en prison ", pense t-elle. " Pourquoi on ne parvient pas à toucher tous ceux qui se sont rendus coupables de détournements fonds publics ? Cela veut dire qu’il y a un règlement de comptes. Je refuse de croire aux motifs de détournements que le gouvernement nous présente. C’est pour cela que nous avons constitué des avocats pour Lapiro et Paul Eric Kingue ", affirme la coordonnatrice de la branche camerounaise de cette structure dont les missions sont orientées, entre autres, vers la dénonciation " de l’injustice, les faux dossiers et fausses arrestations ".

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Théâtre : bilan mitigé pour les scènes francophones

Organisation tatillonne, calendrier et programmation étirés… La joie des lauréats le week-end dernier doit bien sonner creux.
Alain TCHAKOUNTE –

C’était comme un signe, l’arrivée manquée de Christian Colin, l’expert commis pour les ateliers de formation à la mise en scène et au jeu d’acteur, durant les Scènes du théâtre francophone. Il a dû rebrousser chemin, à cause des événements de fin février. Ensuite, ce changement de dénomination, mais surtout de cap, opéré par les responsables du festival : des Scènes nationales du théâtre camerounais, on est passé aux Scènes du théâtre francophone. Sans que le public n’en soit véritablement informé. « C’est l’argent », criait une spectatrice dans la salle du CCF lors de la nuit des trophées samedi dernier. C’est clair, si on ne communique pas assez, avant, les interprétations peuvent effectivement aller dans tous les sens. Et comme pour confirmer cette incompréhension, la programmation de cette 4e édition n’a pas franchement répondu à l’élargissement et à l’ouverture à l’international souhaités. Et puis, la programmation. Quand les représentations s’étirent et devient lassantes, on a forcément du mal à suivre. Trois semaines de spectacles, ça use.

Tout s’est achevé avec cette soirée des trophées au Centre culturel François Villon de Yaoundé, marquée encore par un gros retard à l’allumage. Mais le palmarès lui, est sauf. Et si l’on en croit les organisateurs, l’équité a prévalu. Prix Jeanne Abanda de la meilleure actrice: Corine Kameni pour son rôle dans la pièce « Le temps d’une cigarette » ; Prix Jérôme Bolo du meilleur acteur : Ian Njitoyap dans la pièce « Ndokela, ou l’initiation avortée » ; Prix Jean Minguélé, de la meilleure mise en scène : « Orphée d’Afrique » de Were Were Liking ; le prix du meilleur texte, primé par les éditions Clé revient à Solange Bonono, dans « La princesse Phalloga ». Le grand prix Keki Manyo du meilleur spectacle a finalement échu à la compagnie Tam-Tam théâtre de l’université de Douala. « Nous sommes très contents, et espérons continuer dans la même voie », a exulté le metteur en scène David Désiré Onana.

Enfin, le prix d’honneur est revenu à André Bang, le metteur en scène, comédien et promoteur culturel qui aura formé plus de 50% des jeunes comédiens actuels. Dans un jeu improvisé sur scène il leur a conseillé: « Faites votre métier, et faites le bien ». La performance de Kayou, le saxophoniste président de Scène d’ébène, boursier du gouvernement camerounais, a clôturé une quatrième édition qui ne restera pas franchement dans les annales.

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