Non classé

Désastre annoncé au Chantier naval

Transition :


Le climat social au sein de l’entreprise se délite. Grèves, démissions de cadres, calomnies… meublent le quotidien du seul fleuron dont peut se prévaloir le Renouveau.
Christophe Bobiokono


Le 08 mai 2008, c’était l’euphorie au Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic). Zacchaeus Forjindam, l’un des bâtisseurs de l’entreprise, vient de tomber en disgrâce. Déchargé de ses fonctions de directeur général quelques minutes plus tôt, il quitte discrètement le siège de l’entreprise sous escorte policière. Pour répondre des accusations de malversations financières portées contre sa gestion. Dans le même temps, Antoine Bikoro Alo’o, nommé quelques mois plus tôt comme directeur général adjoint pour préparer cette fin de carrière douloureuse, était désigné pour assumer l’intérim du Dg déchu. Il était porté en triomphe par le personnel. Les images parcoururent le pays. Le sauveur était arrivé, pensaient ces derniers.

A peine trois mois après, le tableau a changé. Les scènes de joie affichées le 8 mai ont cédé la place à l’inquiétude. L’incertitude. Le personnel du Chantier naval est soucieux pour son avenir. Ce changement est moins dû au départ de M. Forjindam qu’à l’arrivée d’un nouveau commandant de bord. En effet, les premiers actes du Dg par intérim ont semé le désarroi sur toute la plateforme. Avant même d’avoir été confirmé au poste, M. Bikoro a décidé de construire sa propre cour et de démanteler l’organisation laissée par son prédécesseur. Les collaborateurs internes sont sous pression. Les entreprises sous-traitantes sont déstabilisées. Le Cnic a renoué avec le cycle des mouvements d’humeur. Et, pour nombre d’observateurs, la survie de l’entreprise est en danger.

"La stratégie du nouveau Dg est simple, explique un employé qui a requis l’anonymat. Il assèche la trésorerie des entreprises sous-traitantes en bloquant le paiement de leurs factures et en sachant qu’elles rencontreront des problèmes sociaux. Il recrute de nouvelles entreprises qui embauchent dans les rangs des entreprises en difficulté. Ces dernières abandonnent leur business. Et le tour est joué". Les exemples ne manquent pas pour illustrer le propos. Aquavita, qui livrait de l’eau potable au Cnic, a résilié le contrat pour arriérés incompatibles avec la poursuite de son activité. Group for Security (G4S) – plus connu sous son ancien nom de Wackenhut – ne s’occupe plus de la sécurité des locaux du Cnic, pour les mêmes raisons. Désormais, ce sont les agents de la sécurité incendie qui s’en chargent, en attendant, selon des informations puisées à bonne source, que le Chantier naval recrute ses propres gardiens pour internaliser l’activité.

Revendications
Cbe, une entreprise de manutentionnaires qui s’occupait du nettoyage et de la propreté des bateaux, avant que les techniciens du Cnic n’entrent en œuvre pour les réparations, a été notifié de l’arrêt de son activité le 18 juillet. L’entreprise accusait pratiquement 11 mois de prestations impayées selon ses responsables, quatre mois selon la direction du Chantier naval. Zoum Travaux publics [entreprise arrivée et appartenant à un certain Eric Engamba, frère aîné de l’épouse du Dg de la Snh d’où est parti le nouveau Dg du Cnic], lui a succédé. Avant ce dénouement, Zoum TP avait débauché des agents de Cbe après lui avoir arraché ses "marchés". Et le reste du personnel de Cbe était entré en grève le 24 juin et avait renouvelé l’expérience le 14 juillet dernier.
Avant Cbe, ce sont les 200 stagiaires du Cnic qui avaient manifesté leur mal vivre le 16 juin 2008. Sélectionnés par l’ancien Dg et mis en formation pour préparer l’augmentation du volume des sollicitations de son entreprise, notamment du fait des retombées attendues de la mise en service du Yard pétrolier de Limbé, ils ont été priés de prendre la porte du jour au lendemain. "Faute de personnels qualifiés à la fin des années 90, explique un cadre du Cnic qui connaît le dossier, le Chantier naval avait dû faire venir des Asiatiques pour faire face à l’accroissement de ses activités. L’ancien Dg a pensé mettre à niveau des jeunes Camerounais recrutés dans toutes les provinces du pays par une formation interne pour qu’ils soient opérationnels le moment venu, au lieu de recourir encore à la main d’œuvre extérieure. Les meilleurs allaient être recrutés".

Au lendemain de la décision de jeter les stagiaires dans la rue, l’actuel Dg par intérim avançait une thèse financière pour se justifier : "Ils avaient un salaire mensuel moyen qui variait entre 100 et 150 mille Fcfa, soit 25 millions Fcfa par mois au total, hormis les charges salariales connexes", avait-il confié au reporter du Messager. Et de poursuivre : "La gestion des stagiaires au sein de l’entreprise n’obéissait à aucune règle. Il n’y avait aucune convention qui dit clairement ce que les stagiaires doivent faire. En fait, il n’y avait pas de contrat. Ils étaient donc reconduits de manière tacite. Il était donc normal que je m’interroge sur ce genre de fonctionnement et y mette fin. Je m’y attelle. Ce d’autant plus que je dois veiller aux résultats de l’entreprise […]. J’ai posé la question au directeur de la production pour savoir s’il avait besoin de tout ce beau monde. Il m’a répondu [qu’il n’a] jamais su pourquoi on a embauché ces jeunes".

Le directeur de la production dont parle Antoine Bikoro Alo’o s’appelle Jean Alain Dorier. Ce cadre expatrié, qui cumule plus de 10 ans au Chantier naval, est devenu le principal inspirateur des décisions prises par le Dg dans tous les domaines techniques, y compris ceux qui sont éloignés de la mécanique, sa propre spécialité. "En s’appuyant sur un système de renseignement mis en place depuis son arrivée dans l’entreprise qui l’alimente en rumeurs non fondées sur tous les protégés supposés de l’ancien Dg, explique un cadre, M. Bikoro a mis les choses sens dessus dessous". C’est ainsi que M. Fokam, le directeur des opérations, a été déchargé de ses prérogatives au profit de M. Dorier. Aimé Ayissi Nkoa, un ancien cadre de la Section juridique, a été promu directeur de l’administration et des ressources humaines par intérim après l’interpellation par la police judiciaire de Mme Njoh, l’ancien titulaire du poste, avant d’être rattrapé lui aussi par une affaire de détournement présumé d’un climatiseur…

Brimades
Plusieurs anciens responsables se sont retrouvés du jour au lendemain au Centre de formation, pourtant vidé de ses pensionnaires, et ont été remplacés par des hommes sous contrôle "ne remplissant pas nécessairement les critères de compétence requis pour le niveau des fonctions qu’elles doivent assumer", selon un informateur de Mutations. Le chef de service de la chaudronnerie, de la tuyauterie et de la soudure, le chef de la section chaudronnerie, le responsable de la logistique sur le chantier de Limbé, le chef de la section traitement des surfaces, le responsable de la grue flottante du Cnic… sont ainsi rangés dans un placard.

Ulcéré par des actes de gestion qui ne peuvent aboutir qu’à "un désastre annoncé", selon ses propres termes, Ali Dembri, Canadien de nationalité et assistant technique de la Banque africaine de développement (Bad) qui travaille depuis le début sur le projet et le chantier du Yard pétrolier de Limbé, a rendu sa démission en dénonçant le "climat délétère" et les "brimades administratives à la limite de la xénophobie". L’ingénieur canadien ne comprend pas que le Dg par intérim mette sous le boisseau les "100 ans d’expérience diversifiée dans les travaux maritimes", qu’il cumule avec M. Pondy et M. Merouchi, deux autres collègues de la Direction de la Task-Force, en privilégiant les avis de M. Dorier, "qui n’a aucune idée du déroulement des travaux et ne s’est jamais impliqué dans le projet".

Jean Alain Dorier avait un duo comme pendant au plan administratif et financier : ce dernier a volé en éclats du fait de sa "moralité douteuse". M. Ayissi Nkoa vient d’être limogé de la direction de l’administration et des ressources humaines où il assumait l’intérim depuis mai dernier et Parfait Emmanuel Moneze, un cadre du Contrôle supérieur de l’Etat détaché à la demande écrite d’Antoine Bikoro Alo’o, qui envisageait d’en faire le directeur des affaires financières, a été quant à lui rayé des effectifs du Chantier naval le 18 juillet 2008 selon les termes d’un communiqué rendu public par le "directeur général" (Sic) dans Cameroon Tribune du 23 juillet dernier. Il lui est officiellement reproché d’avoir extorqué "7 millions de Fcfa à un fournisseur pour débloquer le paiement de ses factures".

" Monsieur le DG, comment se porte le Chantier naval, un peu plus de 3 mois après votre nomination à sa tête ? " ; " Des sources internes à la maison font cependant état d’un climat délétère fait de calomnies, démissions de cadres… Qu’en est-il ? " ; " Ali Dembri un de vos cadres, a ainsi démissionné en vous adressant une lettre où il dénonce des " brimades administratives à la limite de la xénophobie " et confirme le climat délétère… " ; " On parle de plus en plus de chasse aux sorcières, avec plusieurs responsables relevés de leurs fonctions et qui se retrouvent au centre de formation, et qui sont remplacés par des hommes sous votre contrôle… " ; " Quelle est votre feuille de route pour le chantier naval qui serait, aux yeux de certains observateurs, en train de foncer droit au mur?" Voilà quelques unes des questions que nous avons adressé au Dg, Antoine Bikoro Alo’o, par écrit, après une semaine de tentatives infructueuses de le joindre au téléphone. La correspondance a bel et bien été déchargée par sa secrétaire en début de semaine dernière, qui a promis de nous rappeler aussitôt que le Dg aurait pris connaissance du courrier. L’échange, pensions-nous, aurait permis, au-delà de toute polémique, de donner au Dg la possibilité de répondre à ses détracteurs et de donner sa vision du Chantier naval. Chacun interprétera son silence à sa manière…

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Le climat social au sein de l’entreprise se délite. Grèves, démissions de cadres, calomnies… meublent le quotidien du seul fleuron dont peut se prévaloir le Renouveau.
Christophe Bobiokono


Le 08 mai 2008, c’était l’euphorie au Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic). Zacchaeus Forjindam, l’un des bâtisseurs de l’entreprise, vient de tomber en disgrâce. Déchargé de ses fonctions de directeur général quelques minutes plus tôt, il quitte discrètement le siège de l’entreprise sous escorte policière. Pour répondre des accusations de malversations financières portées contre sa gestion. Dans le même temps, Antoine Bikoro Alo’o, nommé quelques mois plus tôt comme directeur général adjoint pour préparer cette fin de carrière douloureuse, était désigné pour assumer l’intérim du Dg déchu. Il était porté en triomphe par le personnel. Les images parcoururent le pays. Le sauveur était arrivé, pensaient ces derniers.

A peine trois mois après, le tableau a changé. Les scènes de joie affichées le 8 mai ont cédé la place à l’inquiétude. L’incertitude. Le personnel du Chantier naval est soucieux pour son avenir. Ce changement est moins dû au départ de M. Forjindam qu’à l’arrivée d’un nouveau commandant de bord. En effet, les premiers actes du Dg par intérim ont semé le désarroi sur toute la plateforme. Avant même d’avoir été confirmé au poste, M. Bikoro a décidé de construire sa propre cour et de démanteler l’organisation laissée par son prédécesseur. Les collaborateurs internes sont sous pression. Les entreprises sous-traitantes sont déstabilisées. Le Cnic a renoué avec le cycle des mouvements d’humeur. Et, pour nombre d’observateurs, la survie de l’entreprise est en danger.

"La stratégie du nouveau Dg est simple, explique un employé qui a requis l’anonymat. Il assèche la trésorerie des entreprises sous-traitantes en bloquant le paiement de leurs factures et en sachant qu’elles rencontreront des problèmes sociaux. Il recrute de nouvelles entreprises qui embauchent dans les rangs des entreprises en difficulté. Ces dernières abandonnent leur business. Et le tour est joué". Les exemples ne manquent pas pour illustrer le propos. Aquavita, qui livrait de l’eau potable au Cnic, a résilié le contrat pour arriérés incompatibles avec la poursuite de son activité. Group for Security (G4S) – plus connu sous son ancien nom de Wackenhut – ne s’occupe plus de la sécurité des locaux du Cnic, pour les mêmes raisons. Désormais, ce sont les agents de la sécurité incendie qui s’en chargent, en attendant, selon des informations puisées à bonne source, que le Chantier naval recrute ses propres gardiens pour internaliser l’activité.

Revendications
Cbe, une entreprise de manutentionnaires qui s’occupait du nettoyage et de la propreté des bateaux, avant que les techniciens du Cnic n’entrent en œuvre pour les réparations, a été notifié de l’arrêt de son activité le 18 juillet. L’entreprise accusait pratiquement 11 mois de prestations impayées selon ses responsables, quatre mois selon la direction du Chantier naval. Zoum Travaux publics [entreprise arrivée et appartenant à un certain Eric Engamba, frère aîné de l’épouse du Dg de la Snh d’où est parti le nouveau Dg du Cnic], lui a succédé. Avant ce dénouement, Zoum TP avait débauché des agents de Cbe après lui avoir arraché ses "marchés". Et le reste du personnel de Cbe était entré en grève le 24 juin et avait renouvelé l’expérience le 14 juillet dernier.
Avant Cbe, ce sont les 200 stagiaires du Cnic qui avaient manifesté leur mal vivre le 16 juin 2008. Sélectionnés par l’ancien Dg et mis en formation pour préparer l’augmentation du volume des sollicitations de son entreprise, notamment du fait des retombées attendues de la mise en service du Yard pétrolier de Limbé, ils ont été priés de prendre la porte du jour au lendemain. "Faute de personnels qualifiés à la fin des années 90, explique un cadre du Cnic qui connaît le dossier, le Chantier naval avait dû faire venir des Asiatiques pour faire face à l’accroissement de ses activités. L’ancien Dg a pensé mettre à niveau des jeunes Camerounais recrutés dans toutes les provinces du pays par une formation interne pour qu’ils soient opérationnels le moment venu, au lieu de recourir encore à la main d’œuvre extérieure. Les meilleurs allaient être recrutés".

Au lendemain de la décision de jeter les stagiaires dans la rue, l’actuel Dg par intérim avançait une thèse financière pour se justifier : "Ils avaient un salaire mensuel moyen qui variait entre 100 et 150 mille Fcfa, soit 25 millions Fcfa par mois au total, hormis les charges salariales connexes", avait-il confié au reporter du Messager. Et de poursuivre : "La gestion des stagiaires au sein de l’entreprise n’obéissait à aucune règle. Il n’y avait aucune convention qui dit clairement ce que les stagiaires doivent faire. En fait, il n’y avait pas de contrat. Ils étaient donc reconduits de manière tacite. Il était donc normal que je m’interroge sur ce genre de fonctionnement et y mette fin. Je m’y attelle. Ce d’autant plus que je dois veiller aux résultats de l’entreprise […]. J’ai posé la question au directeur de la production pour savoir s’il avait besoin de tout ce beau monde. Il m’a répondu [qu’il n’a] jamais su pourquoi on a embauché ces jeunes".

Le directeur de la production dont parle Antoine Bikoro Alo’o s’appelle Jean Alain Dorier. Ce cadre expatrié, qui cumule plus de 10 ans au Chantier naval, est devenu le principal inspirateur des décisions prises par le Dg dans tous les domaines techniques, y compris ceux qui sont éloignés de la mécanique, sa propre spécialité. "En s’appuyant sur un système de renseignement mis en place depuis son arrivée dans l’entreprise qui l’alimente en rumeurs non fondées sur tous les protégés supposés de l’ancien Dg, explique un cadre, M. Bikoro a mis les choses sens dessus dessous". C’est ainsi que M. Fokam, le directeur des opérations, a été déchargé de ses prérogatives au profit de M. Dorier. Aimé Ayissi Nkoa, un ancien cadre de la Section juridique, a été promu directeur de l’administration et des ressources humaines par intérim après l’interpellation par la police judiciaire de Mme Njoh, l’ancien titulaire du poste, avant d’être rattrapé lui aussi par une affaire de détournement présumé d’un climatiseur…

Brimades
Plusieurs anciens responsables se sont retrouvés du jour au lendemain au Centre de formation, pourtant vidé de ses pensionnaires, et ont été remplacés par des hommes sous contrôle "ne remplissant pas nécessairement les critères de compétence requis pour le niveau des fonctions qu’elles doivent assumer", selon un informateur de Mutations. Le chef de service de la chaudronnerie, de la tuyauterie et de la soudure, le chef de la section chaudronnerie, le responsable de la logistique sur le chantier de Limbé, le chef de la section traitement des surfaces, le responsable de la grue flottante du Cnic… sont ainsi rangés dans un placard.

Ulcéré par des actes de gestion qui ne peuvent aboutir qu’à "un désastre annoncé", selon ses propres termes, Ali Dembri, Canadien de nationalité et assistant technique de la Banque africaine de développement (Bad) qui travaille depuis le début sur le projet et le chantier du Yard pétrolier de Limbé, a rendu sa démission en dénonçant le "climat délétère" et les "brimades administratives à la limite de la xénophobie". L’ingénieur canadien ne comprend pas que le Dg par intérim mette sous le boisseau les "100 ans d’expérience diversifiée dans les travaux maritimes", qu’il cumule avec M. Pondy et M. Merouchi, deux autres collègues de la Direction de la Task-Force, en privilégiant les avis de M. Dorier, "qui n’a aucune idée du déroulement des travaux et ne s’est jamais impliqué dans le projet".

Jean Alain Dorier avait un duo comme pendant au plan administratif et financier : ce dernier a volé en éclats du fait de sa "moralité douteuse". M. Ayissi Nkoa vient d’être limogé de la direction de l’administration et des ressources humaines où il assumait l’intérim depuis mai dernier et Parfait Emmanuel Moneze, un cadre du Contrôle supérieur de l’Etat détaché à la demande écrite d’Antoine Bikoro Alo’o, qui envisageait d’en faire le directeur des affaires financières, a été quant à lui rayé des effectifs du Chantier naval le 18 juillet 2008 selon les termes d’un communiqué rendu public par le "directeur général" (Sic) dans Cameroon Tribune du 23 juillet dernier. Il lui est officiellement reproché d’avoir extorqué "7 millions de Fcfa à un fournisseur pour débloquer le paiement de ses factures".

" Monsieur le DG, comment se porte le Chantier naval, un peu plus de 3 mois après votre nomination à sa tête ? " ; " Des sources internes à la maison font cependant état d’un climat délétère fait de calomnies, démissions de cadres… Qu’en est-il ? " ; " Ali Dembri un de vos cadres, a ainsi démissionné en vous adressant une lettre où il dénonce des " brimades administratives à la limite de la xénophobie " et confirme le climat délétère… " ; " On parle de plus en plus de chasse aux sorcières, avec plusieurs responsables relevés de leurs fonctions et qui se retrouvent au centre de formation, et qui sont remplacés par des hommes sous votre contrôle… " ; " Quelle est votre feuille de route pour le chantier naval qui serait, aux yeux de certains observateurs, en train de foncer droit au mur?" Voilà quelques unes des questions que nous avons adressé au Dg, Antoine Bikoro Alo’o, par écrit, après une semaine de tentatives infructueuses de le joindre au téléphone. La correspondance a bel et bien été déchargée par sa secrétaire en début de semaine dernière, qui a promis de nous rappeler aussitôt que le Dg aurait pris connaissance du courrier. L’échange, pensions-nous, aurait permis, au-delà de toute polémique, de donner au Dg la possibilité de répondre à ses détracteurs et de donner sa vision du Chantier naval. Chacun interprétera son silence à sa manière…

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Désastre annoncé au Chantier naval

Transition :


Le climat social au sein de l’entreprise se délite. Grèves, démissions de cadres, calomnies… meublent le quotidien du seul fleuron dont peut se prévaloir le Renouveau.
Christophe Bobiokono


Le 08 mai 2008, c’était l’euphorie au Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic). Zacchaeus Forjindam, l’un des bâtisseurs de l’entreprise, vient de tomber en disgrâce. Déchargé de ses fonctions de directeur général quelques minutes plus tôt, il quitte discrètement le siège de l’entreprise sous escorte policière. Pour répondre des accusations de malversations financières portées contre sa gestion. Dans le même temps, Antoine Bikoro Alo’o, nommé quelques mois plus tôt comme directeur général adjoint pour préparer cette fin de carrière douloureuse, était désigné pour assumer l’intérim du Dg déchu. Il était porté en triomphe par le personnel. Les images parcoururent le pays. Le sauveur était arrivé, pensaient ces derniers.

A peine trois mois après, le tableau a changé. Les scènes de joie affichées le 8 mai ont cédé la place à l’inquiétude. L’incertitude. Le personnel du Chantier naval est soucieux pour son avenir. Ce changement est moins dû au départ de M. Forjindam qu’à l’arrivée d’un nouveau commandant de bord. En effet, les premiers actes du Dg par intérim ont semé le désarroi sur toute la plateforme. Avant même d’avoir été confirmé au poste, M. Bikoro a décidé de construire sa propre cour et de démanteler l’organisation laissée par son prédécesseur. Les collaborateurs internes sont sous pression. Les entreprises sous-traitantes sont déstabilisées. Le Cnic a renoué avec le cycle des mouvements d’humeur. Et, pour nombre d’observateurs, la survie de l’entreprise est en danger.

"La stratégie du nouveau Dg est simple, explique un employé qui a requis l’anonymat. Il assèche la trésorerie des entreprises sous-traitantes en bloquant le paiement de leurs factures et en sachant qu’elles rencontreront des problèmes sociaux. Il recrute de nouvelles entreprises qui embauchent dans les rangs des entreprises en difficulté. Ces dernières abandonnent leur business. Et le tour est joué". Les exemples ne manquent pas pour illustrer le propos. Aquavita, qui livrait de l’eau potable au Cnic, a résilié le contrat pour arriérés incompatibles avec la poursuite de son activité. Group for Security (G4S) – plus connu sous son ancien nom de Wackenhut – ne s’occupe plus de la sécurité des locaux du Cnic, pour les mêmes raisons. Désormais, ce sont les agents de la sécurité incendie qui s’en chargent, en attendant, selon des informations puisées à bonne source, que le Chantier naval recrute ses propres gardiens pour internaliser l’activité.

Revendications
Cbe, une entreprise de manutentionnaires qui s’occupait du nettoyage et de la propreté des bateaux, avant que les techniciens du Cnic n’entrent en œuvre pour les réparations, a été notifié de l’arrêt de son activité le 18 juillet. L’entreprise accusait pratiquement 11 mois de prestations impayées selon ses responsables, quatre mois selon la direction du Chantier naval. Zoum Travaux publics [entreprise arrivée et appartenant à un certain Eric Engamba, frère aîné de l’épouse du Dg de la Snh d’où est parti le nouveau Dg du Cnic], lui a succédé. Avant ce dénouement, Zoum TP avait débauché des agents de Cbe après lui avoir arraché ses "marchés". Et le reste du personnel de Cbe était entré en grève le 24 juin et avait renouvelé l’expérience le 14 juillet dernier.
Avant Cbe, ce sont les 200 stagiaires du Cnic qui avaient manifesté leur mal vivre le 16 juin 2008. Sélectionnés par l’ancien Dg et mis en formation pour préparer l’augmentation du volume des sollicitations de son entreprise, notamment du fait des retombées attendues de la mise en service du Yard pétrolier de Limbé, ils ont été priés de prendre la porte du jour au lendemain. "Faute de personnels qualifiés à la fin des années 90, explique un cadre du Cnic qui connaît le dossier, le Chantier naval avait dû faire venir des Asiatiques pour faire face à l’accroissement de ses activités. L’ancien Dg a pensé mettre à niveau des jeunes Camerounais recrutés dans toutes les provinces du pays par une formation interne pour qu’ils soient opérationnels le moment venu, au lieu de recourir encore à la main d’œuvre extérieure. Les meilleurs allaient être recrutés".

Au lendemain de la décision de jeter les stagiaires dans la rue, l’actuel Dg par intérim avançait une thèse financière pour se justifier : "Ils avaient un salaire mensuel moyen qui variait entre 100 et 150 mille Fcfa, soit 25 millions Fcfa par mois au total, hormis les charges salariales connexes", avait-il confié au reporter du Messager. Et de poursuivre : "La gestion des stagiaires au sein de l’entreprise n’obéissait à aucune règle. Il n’y avait aucune convention qui dit clairement ce que les stagiaires doivent faire. En fait, il n’y avait pas de contrat. Ils étaient donc reconduits de manière tacite. Il était donc normal que je m’interroge sur ce genre de fonctionnement et y mette fin. Je m’y attelle. Ce d’autant plus que je dois veiller aux résultats de l’entreprise […]. J’ai posé la question au directeur de la production pour savoir s’il avait besoin de tout ce beau monde. Il m’a répondu [qu’il n’a] jamais su pourquoi on a embauché ces jeunes".

Le directeur de la production dont parle Antoine Bikoro Alo’o s’appelle Jean Alain Dorier. Ce cadre expatrié, qui cumule plus de 10 ans au Chantier naval, est devenu le principal inspirateur des décisions prises par le Dg dans tous les domaines techniques, y compris ceux qui sont éloignés de la mécanique, sa propre spécialité. "En s’appuyant sur un système de renseignement mis en place depuis son arrivée dans l’entreprise qui l’alimente en rumeurs non fondées sur tous les protégés supposés de l’ancien Dg, explique un cadre, M. Bikoro a mis les choses sens dessus dessous". C’est ainsi que M. Fokam, le directeur des opérations, a été déchargé de ses prérogatives au profit de M. Dorier. Aimé Ayissi Nkoa, un ancien cadre de la Section juridique, a été promu directeur de l’administration et des ressources humaines par intérim après l’interpellation par la police judiciaire de Mme Njoh, l’ancien titulaire du poste, avant d’être rattrapé lui aussi par une affaire de détournement présumé d’un climatiseur…

Brimades
Plusieurs anciens responsables se sont retrouvés du jour au lendemain au Centre de formation, pourtant vidé de ses pensionnaires, et ont été remplacés par des hommes sous contrôle "ne remplissant pas nécessairement les critères de compétence requis pour le niveau des fonctions qu’elles doivent assumer", selon un informateur de Mutations. Le chef de service de la chaudronnerie, de la tuyauterie et de la soudure, le chef de la section chaudronnerie, le responsable de la logistique sur le chantier de Limbé, le chef de la section traitement des surfaces, le responsable de la grue flottante du Cnic… sont ainsi rangés dans un placard.

Ulcéré par des actes de gestion qui ne peuvent aboutir qu’à "un désastre annoncé", selon ses propres termes, Ali Dembri, Canadien de nationalité et assistant technique de la Banque africaine de développement (Bad) qui travaille depuis le début sur le projet et le chantier du Yard pétrolier de Limbé, a rendu sa démission en dénonçant le "climat délétère" et les "brimades administratives à la limite de la xénophobie". L’ingénieur canadien ne comprend pas que le Dg par intérim mette sous le boisseau les "100 ans d’expérience diversifiée dans les travaux maritimes", qu’il cumule avec M. Pondy et M. Merouchi, deux autres collègues de la Direction de la Task-Force, en privilégiant les avis de M. Dorier, "qui n’a aucune idée du déroulement des travaux et ne s’est jamais impliqué dans le projet".

Jean Alain Dorier avait un duo comme pendant au plan administratif et financier : ce dernier a volé en éclats du fait de sa "moralité douteuse". M. Ayissi Nkoa vient d’être limogé de la direction de l’administration et des ressources humaines où il assumait l’intérim depuis mai dernier et Parfait Emmanuel Moneze, un cadre du Contrôle supérieur de l’Etat détaché à la demande écrite d’Antoine Bikoro Alo’o, qui envisageait d’en faire le directeur des affaires financières, a été quant à lui rayé des effectifs du Chantier naval le 18 juillet 2008 selon les termes d’un communiqué rendu public par le "directeur général" (Sic) dans Cameroon Tribune du 23 juillet dernier. Il lui est officiellement reproché d’avoir extorqué "7 millions de Fcfa à un fournisseur pour débloquer le paiement de ses factures".

" Monsieur le DG, comment se porte le Chantier naval, un peu plus de 3 mois après votre nomination à sa tête ? " ; " Des sources internes à la maison font cependant état d’un climat délétère fait de calomnies, démissions de cadres… Qu’en est-il ? " ; " Ali Dembri un de vos cadres, a ainsi démissionné en vous adressant une lettre où il dénonce des " brimades administratives à la limite de la xénophobie " et confirme le climat délétère… " ; " On parle de plus en plus de chasse aux sorcières, avec plusieurs responsables relevés de leurs fonctions et qui se retrouvent au centre de formation, et qui sont remplacés par des hommes sous votre contrôle… " ; " Quelle est votre feuille de route pour le chantier naval qui serait, aux yeux de certains observateurs, en train de foncer droit au mur?" Voilà quelques unes des questions que nous avons adressé au Dg, Antoine Bikoro Alo’o, par écrit, après une semaine de tentatives infructueuses de le joindre au téléphone. La correspondance a bel et bien été déchargée par sa secrétaire en début de semaine dernière, qui a promis de nous rappeler aussitôt que le Dg aurait pris connaissance du courrier. L’échange, pensions-nous, aurait permis, au-delà de toute polémique, de donner au Dg la possibilité de répondre à ses détracteurs et de donner sa vision du Chantier naval. Chacun interprétera son silence à sa manière…

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Opération Epervier : De quoi souffre le patient Abah Abah ?

L’ancien ministre interpellé par la police est à l’hôpital Central de Yaoundé depuis hier matin.
Jean Baptiste Ketchateng –




Tout à côté du service de réanimation de l’hôpital Central de Yaoundé où Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’Economie et des Finances a été admis hier matin, une chambre de malades porte une indication qui fait rigoler l’infirmier occupé à perdre tous ceux qui souhaitent avoir des nouvelles de l’illustre malade. L’affiche, surplombée par une photographie d’Urbain Olanguena Awono à la mine sévère et menaçante, avertit le public de la volonté de l’ancien ministre de la Santé de faire des services hospitaliers un lieu où il n’y a pas de corruption.
Sur la corruption à l’hôpital, notre infirmier est prêt " à en raconter des tonnes ". " C’est bien parce qu’il a écrit ça qu’on lui demande à lui aussi des comptes non ?

", lâche-t-il dans un sourire goguenard en parlant de l’ancien patron de tous les hôpitaux publics camerounais. Quid d’Abah Abah ? " On va le transférer au haut standing ", pense une de ses collègues, aussi sûre d’elle que le directeur de l’hôpital Central, Magloire Biwole Sida, s’enfuit en entendant la moindre requête d’informations de la presse au sujet de ce patient dont parle tout l’hôpital.
Pour certains cependant, Polycarpe Abah Abah a bien été réanimé. Le médecin qui serait chargé de veiller sur la réanimation du patient Abah Abah lui-même ne veut pas dire le moindre mot. " Ah ! Vous les journalistes… ", laisse-t-il entendre avant de se retirer derrière les grilles de son service surveillées par des policiers qui entendent eux aussi ne rien laisser filtrer. Un " proche du ministre " souhaite-t-il lui remettre une bouteille d’eau ? Sa carte d’identité lui est bruyamment exigée.

Repoussé en dehors des lieux, l’homme qui veut " simplement donner de l’eau au ministre " est ramené sur ses pas. De force. On s’engueule. On s’invective. La tension monte. Un autre " proche du ministre " interpellé à son tour pour décliner son identité se défile en indiquant qu’il doit d’abord appeler quelqu’un. L’intervention d’un médecin précisera la volonté du patient Abah Abah : " C’est une palette (de bouteilles) d’eau qu’il faut acheter… " Aussitôt dit, aussitôt fait. Les policiers et le commissionnaire finissent par sympathiser. Ce ne sera pas le cas de la presse. " Vous voulez qu’on vous dise quoi, dit un gardien de la paix. Nous ne sommes pas médecins. " " Contentez-vous de ce que vous savez ", conseille un officier de police. " On ne vous dira rien. Allez voir le directeur ", intime un autre. A 17h, alors que le nombre des policiers a sensiblement augmenté -du fait de la présence d’une équipe de relève ?- il paraît alors probable que l’on va veiller encore quelque temps sur le patient Abah Abah.

L’infirmière qui ricanait sur la maladie du réanimé rappelle alors qu’après le pavillon haut standing qui se trouve à deux pas du service de réanimation, " ce sera peut-être une évacuation sanitaire comme sa femme en avait bénéficié". Caroline Abah Abah, interpellée il y a quelques années, comme son mari aujourd’hui, pour son implication dans des détournements de deniers publics, avait en effet été momentanément tirée d’affaire par un voyage sanitaire en Europe. Qu’en sera-t-il pour l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, qui s’est retrouvé depuis lundi dernier devant des policiers qui l’interrogeaient notamment sur les reversements des crédits Tva au Crédit foncier, du temps où il dirigeait la direction générale des Impôts ? C’est d’ailleurs devant ses interrogateurs, indiquent diverses sources, que Polycarpe Abah Abah se serait effondré. Peu avant, indiquent enfin des sources, une ancienne collaboratrice d’Urbain Olanguena, la directrice de la Maladie au ministère de la Santé, Lucienne Bela, a également été interpellée.

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