La chanteuse décrie le manque d’enthousiasme pour le mécénat et se dit solidaire du mouvement rap au Cameroun.
Propos recueillis par Dorine Ekwè –
En décembre on vous a redécouverte auprès de Manu Dibango à l’occasion de l’hommage qui lui a été rendu et le week-end dernier s’est clôturé la résidence que vous avez organisée la semaine dernière à Yaoundé…Lorsqu’en décembre Papa m’a appelée, c’était dans la lignée des grands évènements que nous avions déjà eu à faire. C’était très important parce que, bien que je mène ma propre carrière, il a toujours plaisir à m’appeler à ses côtés, pour encadrer les chœurs. Ça fait toujours grand plaisir de vivre ces moments avec lui. Pour ce qui est des trois jours de résidence, vous savez qu’au Cameroun, tous les artistes n’ont pas les moyens de se produire dans de grandes salles. Notre pays étant encore à l’état embryonnaire au niveau du mécénat et du sponsoring, ce n’est pas facile. Il fallait donc trouver des tribunes pour les artistes comme nous qui venons de la diaspora pour que nous puissions faire un travail de proximité par rapport au public et nos fans qui rêvent de nous voir. Mais en attendant qu’un Wouri ou un Palais des congrès vienne, il faut bien que nous trouvions un espace d’expression pour parler de notre travail aux fans. C’est de là que m’est venu l’idée de cette résidence.
Pendant ces trois jours de résidence, vous avez partagé la scène avec Rachel Tsoungui, Krotal et Anne Marie Ndzié. Que représentent ces trois artistes dans votre univers musical?
Ce sont des personnes qui représentent des univers musicaux différents. Avec Krotal qui est un chanteur de hip-hop camerounais, il était question de marquer mon soutien par rapport à ce mouvement. Les trois jours de résidence ce sont terminés avec Anne Marie Ndzié. C’était symboliquement très fort parce que je voulais créer un pont entre les générations, entre les courants musicaux, pouvoir représenter tout ce que le Cameroun comporte en matière de musique et de diversité culturelle en trois soirs. C’était important, pour cette première édition de présenter Krotal à travers le hip hop, Rachel à travers le gospel et maman Anne Marie avec le bikutsi.
Quels sont les rapports que vous entretenez avec le rap?
Je suis une artiste du monde. Le rap et le gospel d’où je viens sont deux mouvements urbains qui sont très très proches. Au Sénégal où le mouvement du rap et du hip sont déjà très développés, je collabore déjà avec Dj Awadi. Pour cela, je pense que lorsque je suis interpellée au Cameroun par le hip hop qui en est encore à ses balbutiements, il faut que je donne un coup de pouce et apporte ma pierre à l’édifice. Et puis je pense qu’il serait temps que tous les courants musicaux camerounais cohabitent car le but est de servir notre musique et noter culture. Il faut qu’au niveau de la conscience collective, on se rende compte que les artistes veulent insuffler un mouvement collectif, une synergie entre les courants musicaux.
Vous êtes en studio avec Krotal dans l’album duquel vous devez collaborer…
Oui, Krotal est quelqu’un que j’apprécie énormément. C’est déjà assez difficile pour lui d’être le leader du mouvement rap au Cameroun c’est un combat pour la reconnaissance et je peux lui apporter mon soutien. Je suis un peu superstitieuse et je vais juste dire que l’album de Krotal devant sortir courant février, le public pourra très vite découvrir le travail que nous sommes en train de faire. Je vais quand même dire que ça va être quelque chose de très spirituel, de très ancré dans nos traditions puisque le souci que nous avons c’est de puiser dans les traditions camerounaises, faire le hip hop à la sauce camerounaise. C’est en cela que ma collaboration est intéressante car je vais pouvoir apporter le côté mélodieux par rapport aux textes.
Qu’en est-il du Fesnac?
En allant au Fespam et autre Fespaco, nous nous sommes rendus compte que le Cameroun est à la traîne et qu’il lui manque un espace pour montrer ce qu’il peut faire en matière de diversité culturelle à travers le monde. Nous, en tant qu’artistes de la diaspora, avons un carnet d’adresses et des connections. Nous avons décidé de drainer des artistes et le tourisme ceci à travers le festival des nuits atypiques du Cameroun qui sera un grand festival au cours duquel tous les arts camerounais se côtoieront.
A quand le prochain album de Queen?
Très bientôt. La préparation est déjà assez avancée.