Centre Ville de Yaoundé : visite non guidée
Les efforts d’embellissement et d’assainissement se heurtent à quelques résistances. Résultat : une impression de désordre, notamment dans la configuration des constructions.
Les travaux de construction des clochers de la Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires ont considérablement réduit leur périmètre. Mais les vendeurs à la sauvette n’ont pas cherché à aller ailleurs. Dans cet espace réduit, ils ont décidé de se serrer en attendant la fin du chantier. Les passants doivent donc se faufiler entre les parasols, éviter de poser les pieds sur des Cd ou des DVD exposés sur le sol. Il y a aussi les spécialistes du « poteau », pionniers et éternels locataires de ces lieux pourtant réservés à des parkings payants, comme l’indique le marquage. Mais à moins d’occuper la place à 5h du matin, la possibilité de garer là ne s’offre presque jamais aux automobilistes.
Le visage du centre ville de Yaoundé est à l’image de l’esplanade de la cathédrale. Un chantier presque permanent, que côtoient sans gêne, des acteurs pas toujours disposés à accompagner le remarquable changement. Autre illustration : la Communauté urbaine a dressé des palissades métalliques pour délimiter la circulation des piétons entre le trottoir et la chaussée. Et c’est justement là que Djibril, vendeur de friperie et ses amis ont choisi d’exposer leurs t-shirts et leurs chaussures d’occasion. « C’est pour que les clients voient bien la marchandise avant de choisir », justifie le jeune homme.
La visite donc commence là. Un peu par hasard. Mais aussi parce que l’œil est attiré par un maillot authentique d’Alexandre Song Bilong. Au milieu des jean’s de toutes les coupes et de toutes les couleurs, la tunique du Lion indomptable exerce une espèce de magie. Le genre d’attrait qui vous oblige à descendre d’un taxi avant votre destination et à courir droit vers l’objet de votre attention. C’est combien ? « 25.000, prix taxé ! » La réponse du « sauveteur » fait l’effet d’un épouvantail. On circule. Dans ce supermarché en plein air, il y a d’autres choses à voir. Des maillots de grands clubs européens. Mais aussi des pochettes de films pornographiques, sciemment exposées à la portée des regards même les plus distraits. Bref, on voit de tout, sauf les aménagements de la municipalité pour rendre l’endroit plus fluide. En dehors des palissades transformées en penderie, le sol et les pavés sont presque invisibles. Occupés par une autre bonne partie de la marchandise.
Le spectacle est le même aux alentours du fameux « immeuble de la mort ». Où il faut ajouter
De la camelote. Brosses à dents, tire-bouchons, verres et autres fréquentent assidûment les CD, VCD et autres posters érotiques géants. Le portail de l’immeuble ministériel numéro un, juste en face de la Poste centrale, est ouvert. Une voiture est garée à l’intérieur. Celle d’un commerçant assis non loin. Dans l’enceinte, on peut également voir des marchandises entreposées. La clôture, seul élément attrayant jusque-là est depuis peu un lieu de prédilection pour l’affichage publicitaire.
Immeubles contre bâtisses coloniales
Vous voulez en savoir plus sur le tournée de Fally Ipupa, les dernières nouveautés musicales, les tradipraticiens à la mode… rendez-vous sur le mur d’enceinte de l’immeuble de la mort. En face, une station service désaffectée sert aujourd’hui de bar. Et aussi de prêt-à-porter. Spécialité : les vêtements en cuir. Dans ce tableau sombre, difficile d’échapper à la brillance jaune vif d’un immeuble flambant neuf. A peine achevé et déjà siège de la pharmacie du coin et de quelque autres commerces. La hauteur de cet édifice n’est pourtant pas des plus impressionnantes. Et l’on se dit que malgré sa beauté, il aurait davantage sa place loin du centre ville, où l’on prétend à des ouvrages d’une autre envergure.
Mais ce constat n’est pas spécifique à cet endroit. Dans son ensemble, l’architecture du centre ville de Yaoundé est une série de contrastes. Bien sûr, il y a quelques immeubles qui poussent. Mais ce n’est pas comme les champignons des nouveaux quartiers riches. Tiens ! Derrière la tribune du Boulevard du 20 mai, déjà en travaux pour la fête nationale, un impressionnant édifice se dresse depuis plusieurs mois. Le gros œuvre est en train d’être achevé. C’est clair, il apportera un plus dans le paysage. Ça nous changera des deux baraquements en matériau provisoire, situés non loin, juste à l’entrée du boulevard.
Mais en réalité, ce ne sera pas grand’ chose. Les grands chantiers immobiliers sont rares au centre ville. Yaoundé en a pourtant grand besoin. Et au lieu de cela, l’œil du visiteur se heurte à une majorité de vieilles bâtisses, dont plusieurs rappellent de l’époque coloniale ou post-coloniale. Les immeubles les plus jeunes datent des années 80, et commencent à perdre leur fraîcheur. Si certains ont été réfectionnés, carrelés, repeints, le changement n’est pas significatif. Parce que la majorité des autres propriétaires a visiblement décidé de limiter les dépenses en peinture. Et puis, ce sont presque des bâtiments de bas niveau (deux à trois étages maximum, avec parfois des tôles rougies par l’âge…
Du boulevard du 20 mai, on aperçoit les arrières de ces constructions. Pas spécialement attrayant comme spectacle. C’est peut-être ce qui attire les vendeuses de poisson braisé, de plantains et prunes grillés, et de beignets haricot. Dans ce décor, les personnages centraux des quartiers populaires ont fini par se trouver une place. Ils viennent se joindre aux laveurs de voitures et aux détaillants de téléphones portables… voilà le décor des alentours du marché central. Mais aussi de l’avenue Kennedy. Ici, d’importants travaux d’assainissement sont achevés. Prétexte tout trouvé pour que les anciens « locataires » reviennent sur les lieux. La place est donc rapidement redevenue le grand marché des produits et consommables électroniques. Au bout d’une heure de randonnée, on a vu pratiquement les mêmes défauts dans les coins du centre ville. A côté du Bois Sainte Anastasie, de la Place Charles Atangana, du grand carrefour de la Poste centrale, des beaux trottoirs recouverts de pavés, il faudra réfléchir un jour sur cette question d’harmonie architecturale. Sisyphe Tsimi Evouna a encore du boulot !
Yves ATANGA


