Mal Njam : Le Musée national est une coquille vide
Le directeur du centre d’art contemporain Africréa parle de l’importance de la conservation du patrimoine culturel.
Propos recueillis par Jules Romuald Nkonlak – Au mois de juin dernier, le musée du quai Branly à Paris, consacré aux arts premiers d’Afrique et d’Océanie, était inauguré. Que pensez-vous de l’appellation arts premiers que ses initiateurs ont attribuée aux pièces qui y sont exposées?
C’est une appellation équivoque. Son caractère équivoque tient, d’une part, au fait qu’elle sonne bien à l’oreille, qu’elle affiche une délicate attention en direction du patrimoine culturel issu de l’aire non occidentale, mais en même temps, elle renforce l’ethnocentrisme que l’Europe a toujours voulu faire valoir. Elle englobe sans discernement les oeuvres d’art et les objets d’art comme si, s’agissant de contrées non occidentales, il n’y ait pas lieu de s’embarrasser de distinction et d’appréciation particulières. Est-ce que vous imaginez un musée d’arts premiers européens ? Vous ne trouvez pas curieux que l’Occident qui soit si jaloux de sa culture n’ait jamais édifié un musée d’arts premiers d’Europe, mais qu’il s’empresse de se glorifier, à travers le musée du Quai Branly, d’être si soucieux des civilisations et des cultures des autres ?
Quels peuvent être les enjeux d’une telle réalisation ?
Cela nous donne l’occasion d’attirer l’attention de tous les Africains, et des Camerounais en particulier, sur le fait que la culture est un enjeu de toute première importance. Il y a des intérêts politiques : la France se glorifie encore d’être le maître de ses colonies. Il y a également un enjeu économique, car beaucoup d’argent a été investi, et un enjeu civilisationnel, puisqu’il s’agit de nous aligner, voire de nous aliéner à un art de vivre qui n’est pas le nôtre et dans lequel on veut nous formater comme simples consommateurs.
Il y a tout de même 70 000 pièces venues d’Afrique dans ce musée. En plus, peu de temps avant, le masque Ngil du Gabon était vendu en France, devenant l’oeuvre d’art la plus chère au monde. Ne doit-on pas se féliciter de cet intérêt pour l’art de notre continent ?
Tout dépend du point de vue à partir duquel on se place pour apprécier la question. Toutefois, il importe pour la communauté internationale, de plus en plus soucieuse du droit universel, de reconnaître que ce bien appartient à l’Afrique, qu’il est la propriété de l’Afrique, que ce bien est une propriété collective. Tous les Africains doivent pouvoir y avoir librement accès, comme toute personne jouissant d’un patrimoine qu’elle a reçu en legs. C’est indubitablement une bonne chose que notre patrimoine ancestral soit préservé, mais on ne saurait se féliciter qu’il soit conservé par d’autres, ailleurs que chez nous, nous privant de sa jouissance aux quotidien, nous excluant du bénéfice matériel et immatériel qu’il génère. Ce musée qu’ils présentent simplement pour la valorisation des civilisations anciennes des pays du Sud, reste avant tout un atout touristique et une promotion de l’ingenierie culturelle française, ceci à nos dépens.
Avions-nous les moyens de préserver ce patrimoine chez nous ?
Je ne mets pas de côté les questions fondamentales telles que : "si on vous l’avait laissé, qu’en auriez vous fait ? Si on vous le donne aujourd’hui, où le garderez-vous ? Comment le conserverez-vous ? Comment ferez-vous pour le verser au patrimoine de l’universel ? Ces questions sont légitimes. Il nous appartient de les examiner avec le plus grand sérieux et d’apporter des réponses claires et plausibles. Nous sommes de plus en plus d’Africains à nous en soucier et à nous outiller pour y répondre.
Est-ce que la France, ou l’Occident en général, ne profite pas du manque d’intérêt que l’on semble observer au Cameroun, par exemple, pour l’art ?
Cela est vrai. Il faut des efforts à trois niveaux. Au niveau des pouvoirs publics, qui devraient avoir une action plus visible, et proposer un vaste projet capable de mobiliser toutes les énergies et toutes les contributions au niveau des pays et du continent. Au niveau de l’intelligentsia africaine, qui doit conduire un travail d’inventaire, un travail d’éducation, et trouver des procédures pour conserver et promouvoir ce patrimoine. Les opérateurs culturels, enfin, ne devant pas tout attendre de l’Etat, doivent sensibiliser les collectivités. Il y a des efforts, mais parce qu’ils demeurent épars, ils manquent d’impact et de visibilité.
Le Musée national du Cameroun, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, participe-t-il de cette oeuvre de conservation de notre patrimoine culturel ?
C’est un début de réponse, mais est-ce la bonne réponse à la grande question ? Je le vois comme un initiateur, parce que l’enjeu pour nous est de conduire l’inventaire de notre patrimoine, c’est de multiplier les lieux pour le conserver et pour l’exposer. Le Musée national tel qu’il apparaît aujourd’hui est encore une coquille vide, que les autorités de tutelle ont sans doute à coeur de remplir progressivement. Si nous n’y prenons garde, dans 50 ans, notre mémoire collective ne gardera aucune trace de notre histoire, de notre production matérielle et immatérielle qui témoigne de notre vécu. La question ne se limite donc pas à un établissement, mais à une vision globale de la gestion de notre patrimoine.
Pour ma part, je me propose, dans les jours qui viennent, de contribuer à mon modeste niveau à multiplier les initiatives visant à faire comprendre à nos concitoyens l’importance de la culture dans notre problématique de développement et l’importance de situer la culture dans le débat citoyen.
Quotidienmutations


Vamos Trinidad ! Let’s go Tobago ! Puissent, ce soir à Nuremberg, les " steel drums " envoûter et faire déjouer les anglais. Pourquoi pas un second miracle ! Pourquoi pas une suite à la belle histoire ! Et histoire dans l’histoire, puisse Shaka Hislop, gardien de second plan en Angleterre et héros en Allemagne, détourner tous les tirs de l’armada britannique.