Auteur de plusieurs ouvrages, il explique le bien fondé du nouveau recueil de livres qu’il vient de superviser.
Propos recueillis par Lazare Kolyang –
Comment s’est opéré le choix des auteurs qui interviennent dans ce recueil de livres : " Intellectuels africains face à la mondialisation " ?J’ai choisi les intervenants qui en mon sens semblaient être des praticiens, même si c’est vrai que le titre du livre c’est " Intellectuels africains face à la mondialisation ". Je dirai en fait intellectuels entre parenthèses, je voulais surtout parler de ces personnes qui ont cette singularité, non seulement d’avoir fait des études, pour le moins convenables, mais aussi d’avoir créé des choses sur le terrain. Et je voulais que cette expérience puisse être une source d’inspiration pour les jeunes Africains et pour tous les autres Africains en dernière analyse, afin que ceux-ci puissent en être motivés pour faire la même chose, sinon aller plus loin.
Vous parlez, dans votre contribution, d’une transition épidémiologique et d’une transition vers la productivité agricole. Vous n’évoquez pas la question de la gouvernance, qui est un problème sérieux à tous les pays africains. Pourquoi n’avoir pas évoqué cette question, comme un frein pour le développement de l’Afrique?
Je n’ai pas voulu taire la question de gouvernance et vous avez parfaitement raison. C’est une question assez importante. En revanche, il faut le dire, c’est une question qui a été traitée par beaucoup déjà. Partout on voit des ouvrages sur la bonne gouvernance. Et je voudrai ici mettre un accent sur un aspect qu’on néglige très souvent, c’est que je ne pense pas que les politiques puissent tout faire. Je pense qu’il faut que nos compatriotes africains puissent comprendre qu’il va falloir faire des efforts. Des efforts parfois individuels pour pouvoir réussir. Tout ne vient pas nécessairement des efforts d’un gouvernement, même s’il est vrai qu’il doit donner le ton, le signal, afin que le reste puisse suivre et savoir dans quelle direction s’orienter.
Ce n’est pas le premier ouvrage que vous rédigez sur la question du développement de l’Afrique. On est resté jusqu’ici dans les idées. A quand l’étape de la phase concrète de ces idées ?
C’est inexact, en ce qui me concerne de dire qu’on est resté dans les idées. C’est vrai la plupart de livres qui sont écrits par d’autres sont restés à l’étape d’idées. Mais dans mon cas, je me permets de dire, sans aucune présomption, qu’on n’est pas resté dans les idées. La plupart de mes livres relatent mes expériences de terrain. J’ai voyagé beaucoup, surtout en Afrique comme vous savez, et je dirai qu’il y a à peine cinq pays en Afrique que je n’ai pas visités sur les cinquante deux. Chaque fois que j’étais dans un pays, ce n’était pas pour résider dans les hôtels, rester en ville, me contenter de voir ce qui se passe en ville. Mais c’est d’aller dans les coins les plus reculés pour comprendre les besoins des Africains. C’est ainsi que les expériences que je relate sont les expériences de terrain. Mon livre " L’Afrique du 21e siècle ", je l’ai écrit entièrement lorsque je passais mon année de profession à Abidjan. J’ai travaillé pendant un an en Côte d’ivoire, c’était un choix personnel parce que j’ai travaillé en Afrique et qui plus c’était au moment où ce pays connaissait sa crise. J’ai même été évacué un jour à cause de l’intensification de la crise. C’est pour vous dire que j’ai toujours voulu être un homme de terrain, parler de quelque que je pratique en fait.
N’y a-t-il pas, toutefois, un décalage entre vos idées et la matérialisation de celles-ci ? Vous avez reconnu, par exemple, que les dirigeants africains n’ont pas réservé un bon accueil à l’Université virtuelle africaine (Uva)…
C’est vrai les dirigeants africains pour la plupart n’ont pas pris l’université virtuelle africaine au sérieux. Certains estimaient que c’était simplement une vue de l’esprit, mais lorsque le projet s’est concrètement réalisé sur le terrain, nous avons commencé à avoir de plus en plus d’adhésion. Et encore une fois, on parle d’université africaine, c’est un projet qui existe et qui continue de grandir. C’est un projet sur le terrain qui a formé plus de cinquante mille étudiants africains et qui possède plus de 50 centres en Afrique, repartis dans plus de 25 pays africains francophones, anglophones et lusophones. Nous estimons que c’est une réussite assez particulière. C’était là un projet que nous avons transposé du papier sur le terrain. J’estime qu’on peut faire de même dans beaucoup d’autres domaines.