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Jean Marc Ela / Père Mveng : Paul Biya et le devoir de vérité *



Il existe une nécessité de rupture avec l’Etat post colonial où l’intellectuel dissident devrait être persisté.
Par Sindjoun Pokam*


Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet à l’ordre du jour politique et éthique la question de l’assassinat du Père Mveng. Celui qui incarne l’Etat est solennellement et publiquement mis en accusation. Jean Marc ELA écrit : " Biya sait qui a assassiné le Père MVENG et doit le dire aux Camerounais. Biya a toutes les preuves, tous les faits pour dire qui a assassiné le Père Mveng " (2). L’accusation est grave. Elle vient d’une des figures éthiques les plus exigeantes de notre histoire post-coloniale. Elle vient d’un penseur de renommée mondiale. Elle vient d’une conscience théologico-éthique particulièrement sensible au destin des pauvres d’Afrique noire. Elle vient d’un écrivain talentueux dont l’œuvre immense a porté à un haut dégré d’intelligibilité les multiples défis auxquels est confronté le continent noir et la nécessité de les affronter lucidement. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir face au malheur de l’Afrique. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir philosophiquement et théologiquement fondé. Qu’un tel homme déclare péremptoirement que le Chef de l’Etat, Monsieur Biya, sait qui a tué le Père Mveng, nous ouvre tous à un droit de vérité. Notre conscience morale nous y oblige et le Président de la République ne peut plus continuer à se taire. Sa responsabilité est solennellement et publiquement interpellée.

Nous savons, certes que l’Etat post colonial qu’incarne M. Paul Biya est fondé sur la violence et se perpétue dans et par la violence. Mais nous doutions que M. Paul Biya, fils d’un catéchiste et chrétien catholique fût capable d’ordonner l’assassinat d’un prêtre catholique. D’où nos questions à l’époque de l’assassinat du Père Mveng. " A quel degré de violence et de cynisme a-t-il fallu que l’Etat Biya parvienne pour que l’exil soit possible comme chemin de salut et que l’intellectuel camerounais en invente le concept ? Ou encore : que c’est donc passé dans le devenir historique des intellectuels que nous sommes pour que le discours de dissidence et de résistance dont Jean Marc Ela est la figure totémique s’efface de notre horizon intellectuel et que celui de l’exil formulé par Achille Mbembe vienne au premier plan pour porter seul l’exigence éthique ? […]

Avec l’exil de Jean Marc Ela, nous entrons dans la phase ultime où la monté aux extrêmes est à l’ordre du jour du rapport entre l’Etat post colonial et l’intellectuel dissident. De là, l’urgence à constituer, ici et maintenant, une masse critique éthico intellectuelle de rupture brutale d’avec l’Etat post colonial. Telle est notre tâche actuelle c’est une exigence éthique qui suppose la rupture avec la logique de l’exil qui dans sa forme achevée est une défaite de la pensée. Accepter l’exil comme mode vie c’est reconnaître que l’Etat post colonial, dans sa phase de décomposition finale, de violence extrême, de cynisme avéré, a défié et défait la raison. Notre choix doit être celui d’une présence effective de l’intellectuel au sein de son peuple. Cette logique et celle qui a gouverné la vie et l’œuvre de Jean Marc ELA jusqu’à son exil forcé. Elle est la nôtre. Désormais nous savons que l’Etat post colonial a installé autour de l’intellectuel dissident l’ombre de la mort. Mais nous n’avons pas peur de la mort. (3)

En plaçant le Président de la République au cœur du mystère qui entoure l’assassinat du Père Mveng, Jean Marc Ela nous oblige à repenser le rapport que le Père Mveng entretenait avec l’Etat. Dans un texte posthume, publié quelque temps après sa mort, le Père Mveng dit : " […] En tant que citoyen vivant dans une société organisée en Etat, j’ai également mon expérience, mes réactions, mes responsabilités de citoyen. Je suis responsable de mon destin. Et la société organisée en Etat, a d’abord pour mission, je crois, de m’aider à accomplir ma vie et mon destin de façon la meilleure possible. Je ne suis par conséquent pas prêt à me laisser entraîner à la dérive de quelque système politique, de gouvernement et de n’importe quelle conception de pouvoir .Que l’on soit politicien ou non, on a quelque chose à dire sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de nos pays… " (4)

Ce texte posthume manifeste au plus haut point l’exigence éthico politique du Père Mveng. Il refuse avec vigueur que l’intellectuel puisse se soumettre à la dérive autoritaire de l’Etat. Le devoir de l’intellectuel comme celui du citoyen est de s’opposer sans concession à cet Etat quel que soit le prix à payer. Je considère ce texte posthume du Père Mveng comme un testament politique et éthique qu’il nous a légué. C’est à propos de cet homme que l’écrivain théologien et sociologue Jean Marc Ela accuse le Président Paul Biya de savoir qui l’a assassiné et d’en avoir les preuves et les faits. C’est la première fois qu’une telle accusation est portée à la plus haute figure de l’Etat au cameroun. Une telle situation, inédite dans notre histoire politique récente fait obligation au Chef de l’Etat de rendre publique la vérité sur l’assassinat du Révérend Père Mveng. Le peuple doit savoir, sinon le doute va s’installer dans l’opinion publique et, avec le doute, l’angoisse et l’anxiété deviendront notre lot quotidien.
Mais en attendant que le Chef de l’Etat accomplisse, par un geste solennel, ce devoir de vérité, il s’impose à la société civile, dans ses composantes essentielles, de constituer de toute urgence un comité de vérité sur la mort du Révérend Père Mveng.
Dans cette circonstance, l’Eglise catholique a un rôle déterminant à jouer. Ce message de Jean Marc Ela interpelle cette église dans une radicalité nouvelle.

" Devant les situations dramatiques que vivent les peuples d’Afrique, l’on risque de succomber à la tentation du découragement. Nous sommes dans l’impasse. Mais, en dépit des apparences, nous ne pouvons oublier que l’Afrique espère plus que jamais une réponse des Eglises. A partir des attentes des Africains plongés dans les situations où les conflits internes, les pillages organisés, la violence et la corruption généralisées portent atteinte à la vie, comment lisons- nous l’Evangile et annonçons le salut en Jésus-Christ ? Ce qui se passe autour de nous n’oblige- t-il pas les Eglises à repenser leurs formules de foi, les formes de célébration du culte, les institutions et les structures, les relations avec les pouvoirs, bref la mission dans l’Afrique aujourd’hui ? Il est désormais difficile d’esquiver ces questions. Elles s’imposent par leur ampleur et leur radicalité. Elles travaillent en profondeur de nombreux chrétiens dans les bouillonnements en cours. Nous devons les aborder avec courage. Ces questions nous font comprendre la nécessité de nous dépouiller des vieilles structures et des modes de pensée hérités du christianisme bourgeois. Les Eglises d’Afrique doivent accepter de courir des risques dans les sociétés où l’avenir des peuples épuisés par la colonisation et la violence de l’Etat post colonial passe par une transformation radicale des conditions de vie " (5)

*Yaoundé, le 5 Mai 1999

*Philosophe

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Jean Marc Ela / Père Mveng : Paul Biya et le devoir de vérité *



Il existe une nécessité de rupture avec l’Etat post colonial où l’intellectuel dissident devrait être persisté.
Par Sindjoun Pokam*


Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet à l’ordre du jour politique et éthique la question de l’assassinat du Père Mveng. Celui qui incarne l’Etat est solennellement et publiquement mis en accusation. Jean Marc ELA écrit : " Biya sait qui a assassiné le Père MVENG et doit le dire aux Camerounais. Biya a toutes les preuves, tous les faits pour dire qui a assassiné le Père Mveng " (2). L’accusation est grave. Elle vient d’une des figures éthiques les plus exigeantes de notre histoire post-coloniale. Elle vient d’un penseur de renommée mondiale. Elle vient d’une conscience théologico-éthique particulièrement sensible au destin des pauvres d’Afrique noire. Elle vient d’un écrivain talentueux dont l’œuvre immense a porté à un haut dégré d’intelligibilité les multiples défis auxquels est confronté le continent noir et la nécessité de les affronter lucidement. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir face au malheur de l’Afrique. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir philosophiquement et théologiquement fondé. Qu’un tel homme déclare péremptoirement que le Chef de l’Etat, Monsieur Biya, sait qui a tué le Père Mveng, nous ouvre tous à un droit de vérité. Notre conscience morale nous y oblige et le Président de la République ne peut plus continuer à se taire. Sa responsabilité est solennellement et publiquement interpellée.

Nous savons, certes que l’Etat post colonial qu’incarne M. Paul Biya est fondé sur la violence et se perpétue dans et par la violence. Mais nous doutions que M. Paul Biya, fils d’un catéchiste et chrétien catholique fût capable d’ordonner l’assassinat d’un prêtre catholique. D’où nos questions à l’époque de l’assassinat du Père Mveng. " A quel degré de violence et de cynisme a-t-il fallu que l’Etat Biya parvienne pour que l’exil soit possible comme chemin de salut et que l’intellectuel camerounais en invente le concept ? Ou encore : que c’est donc passé dans le devenir historique des intellectuels que nous sommes pour que le discours de dissidence et de résistance dont Jean Marc Ela est la figure totémique s’efface de notre horizon intellectuel et que celui de l’exil formulé par Achille Mbembe vienne au premier plan pour porter seul l’exigence éthique ? […]

Avec l’exil de Jean Marc Ela, nous entrons dans la phase ultime où la monté aux extrêmes est à l’ordre du jour du rapport entre l’Etat post colonial et l’intellectuel dissident. De là, l’urgence à constituer, ici et maintenant, une masse critique éthico intellectuelle de rupture brutale d’avec l’Etat post colonial. Telle est notre tâche actuelle c’est une exigence éthique qui suppose la rupture avec la logique de l’exil qui dans sa forme achevée est une défaite de la pensée. Accepter l’exil comme mode vie c’est reconnaître que l’Etat post colonial, dans sa phase de décomposition finale, de violence extrême, de cynisme avéré, a défié et défait la raison. Notre choix doit être celui d’une présence effective de l’intellectuel au sein de son peuple. Cette logique et celle qui a gouverné la vie et l’œuvre de Jean Marc ELA jusqu’à son exil forcé. Elle est la nôtre. Désormais nous savons que l’Etat post colonial a installé autour de l’intellectuel dissident l’ombre de la mort. Mais nous n’avons pas peur de la mort. (3)

En plaçant le Président de la République au cœur du mystère qui entoure l’assassinat du Père Mveng, Jean Marc Ela nous oblige à repenser le rapport que le Père Mveng entretenait avec l’Etat. Dans un texte posthume, publié quelque temps après sa mort, le Père Mveng dit : " […] En tant que citoyen vivant dans une société organisée en Etat, j’ai également mon expérience, mes réactions, mes responsabilités de citoyen. Je suis responsable de mon destin. Et la société organisée en Etat, a d’abord pour mission, je crois, de m’aider à accomplir ma vie et mon destin de façon la meilleure possible. Je ne suis par conséquent pas prêt à me laisser entraîner à la dérive de quelque système politique, de gouvernement et de n’importe quelle conception de pouvoir .Que l’on soit politicien ou non, on a quelque chose à dire sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de nos pays… " (4)

Ce texte posthume manifeste au plus haut point l’exigence éthico politique du Père Mveng. Il refuse avec vigueur que l’intellectuel puisse se soumettre à la dérive autoritaire de l’Etat. Le devoir de l’intellectuel comme celui du citoyen est de s’opposer sans concession à cet Etat quel que soit le prix à payer. Je considère ce texte posthume du Père Mveng comme un testament politique et éthique qu’il nous a légué. C’est à propos de cet homme que l’écrivain théologien et sociologue Jean Marc Ela accuse le Président Paul Biya de savoir qui l’a assassiné et d’en avoir les preuves et les faits. C’est la première fois qu’une telle accusation est portée à la plus haute figure de l’Etat au cameroun. Une telle situation, inédite dans notre histoire politique récente fait obligation au Chef de l’Etat de rendre publique la vérité sur l’assassinat du Révérend Père Mveng. Le peuple doit savoir, sinon le doute va s’installer dans l’opinion publique et, avec le doute, l’angoisse et l’anxiété deviendront notre lot quotidien.
Mais en attendant que le Chef de l’Etat accomplisse, par un geste solennel, ce devoir de vérité, il s’impose à la société civile, dans ses composantes essentielles, de constituer de toute urgence un comité de vérité sur la mort du Révérend Père Mveng.
Dans cette circonstance, l’Eglise catholique a un rôle déterminant à jouer. Ce message de Jean Marc Ela interpelle cette église dans une radicalité nouvelle.

" Devant les situations dramatiques que vivent les peuples d’Afrique, l’on risque de succomber à la tentation du découragement. Nous sommes dans l’impasse. Mais, en dépit des apparences, nous ne pouvons oublier que l’Afrique espère plus que jamais une réponse des Eglises. A partir des attentes des Africains plongés dans les situations où les conflits internes, les pillages organisés, la violence et la corruption généralisées portent atteinte à la vie, comment lisons- nous l’Evangile et annonçons le salut en Jésus-Christ ? Ce qui se passe autour de nous n’oblige- t-il pas les Eglises à repenser leurs formules de foi, les formes de célébration du culte, les institutions et les structures, les relations avec les pouvoirs, bref la mission dans l’Afrique aujourd’hui ? Il est désormais difficile d’esquiver ces questions. Elles s’imposent par leur ampleur et leur radicalité. Elles travaillent en profondeur de nombreux chrétiens dans les bouillonnements en cours. Nous devons les aborder avec courage. Ces questions nous font comprendre la nécessité de nous dépouiller des vieilles structures et des modes de pensée hérités du christianisme bourgeois. Les Eglises d’Afrique doivent accepter de courir des risques dans les sociétés où l’avenir des peuples épuisés par la colonisation et la violence de l’Etat post colonial passe par une transformation radicale des conditions de vie " (5)

*Yaoundé, le 5 Mai 1999

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Il existe une nécessité de rupture avec l’Etat post colonial où l’intellectuel dissident devrait être persisté.
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Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet à l’ordre du jour politique et éthique la question de l’assassinat du Père Mveng. Celui qui incarne l’Etat est solennellement et publiquement mis en accusation. Jean Marc ELA écrit : " Biya sait qui a assassiné le Père MVENG et doit le dire aux Camerounais. Biya a toutes les preuves, tous les faits pour dire qui a assassiné le Père Mveng " (2). L’accusation est grave. Elle vient d’une des figures éthiques les plus exigeantes de notre histoire post-coloniale. Elle vient d’un penseur de renommée mondiale. Elle vient d’une conscience théologico-éthique particulièrement sensible au destin des pauvres d’Afrique noire. Elle vient d’un écrivain talentueux dont l’œuvre immense a porté à un haut dégré d’intelligibilité les multiples défis auxquels est confronté le continent noir et la nécessité de les affronter lucidement. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir face au malheur de l’Afrique. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir philosophiquement et théologiquement fondé. Qu’un tel homme déclare péremptoirement que le Chef de l’Etat, Monsieur Biya, sait qui a tué le Père Mveng, nous ouvre tous à un droit de vérité. Notre conscience morale nous y oblige et le Président de la République ne peut plus continuer à se taire. Sa responsabilité est solennellement et publiquement interpellée.

Nous savons, certes que l’Etat post colonial qu’incarne M. Paul Biya est fondé sur la violence et se perpétue dans et par la violence. Mais nous doutions que M. Paul Biya, fils d’un catéchiste et chrétien catholique fût capable d’ordonner l’assassinat d’un prêtre catholique. D’où nos questions à l’époque de l’assassinat du Père Mveng. " A quel degré de violence et de cynisme a-t-il fallu que l’Etat Biya parvienne pour que l’exil soit possible comme chemin de salut et que l’intellectuel camerounais en invente le concept ? Ou encore : que c’est donc passé dans le devenir historique des intellectuels que nous sommes pour que le discours de dissidence et de résistance dont Jean Marc Ela est la figure totémique s’efface de notre horizon intellectuel et que celui de l’exil formulé par Achille Mbembe vienne au premier plan pour porter seul l’exigence éthique ? […]

Avec l’exil de Jean Marc Ela, nous entrons dans la phase ultime où la monté aux extrêmes est à l’ordre du jour du rapport entre l’Etat post colonial et l’intellectuel dissident. De là, l’urgence à constituer, ici et maintenant, une masse critique éthico intellectuelle de rupture brutale d’avec l’Etat post colonial. Telle est notre tâche actuelle c’est une exigence éthique qui suppose la rupture avec la logique de l’exil qui dans sa forme achevée est une défaite de la pensée. Accepter l’exil comme mode vie c’est reconnaître que l’Etat post colonial, dans sa phase de décomposition finale, de violence extrême, de cynisme avéré, a défié et défait la raison. Notre choix doit être celui d’une présence effective de l’intellectuel au sein de son peuple. Cette logique et celle qui a gouverné la vie et l’œuvre de Jean Marc ELA jusqu’à son exil forcé. Elle est la nôtre. Désormais nous savons que l’Etat post colonial a installé autour de l’intellectuel dissident l’ombre de la mort. Mais nous n’avons pas peur de la mort. (3)

En plaçant le Président de la République au cœur du mystère qui entoure l’assassinat du Père Mveng, Jean Marc Ela nous oblige à repenser le rapport que le Père Mveng entretenait avec l’Etat. Dans un texte posthume, publié quelque temps après sa mort, le Père Mveng dit : " […] En tant que citoyen vivant dans une société organisée en Etat, j’ai également mon expérience, mes réactions, mes responsabilités de citoyen. Je suis responsable de mon destin. Et la société organisée en Etat, a d’abord pour mission, je crois, de m’aider à accomplir ma vie et mon destin de façon la meilleure possible. Je ne suis par conséquent pas prêt à me laisser entraîner à la dérive de quelque système politique, de gouvernement et de n’importe quelle conception de pouvoir .Que l’on soit politicien ou non, on a quelque chose à dire sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de nos pays… " (4)

Ce texte posthume manifeste au plus haut point l’exigence éthico politique du Père Mveng. Il refuse avec vigueur que l’intellectuel puisse se soumettre à la dérive autoritaire de l’Etat. Le devoir de l’intellectuel comme celui du citoyen est de s’opposer sans concession à cet Etat quel que soit le prix à payer. Je considère ce texte posthume du Père Mveng comme un testament politique et éthique qu’il nous a légué. C’est à propos de cet homme que l’écrivain théologien et sociologue Jean Marc Ela accuse le Président Paul Biya de savoir qui l’a assassiné et d’en avoir les preuves et les faits. C’est la première fois qu’une telle accusation est portée à la plus haute figure de l’Etat au cameroun. Une telle situation, inédite dans notre histoire politique récente fait obligation au Chef de l’Etat de rendre publique la vérité sur l’assassinat du Révérend Père Mveng. Le peuple doit savoir, sinon le doute va s’installer dans l’opinion publique et, avec le doute, l’angoisse et l’anxiété deviendront notre lot quotidien.
Mais en attendant que le Chef de l’Etat accomplisse, par un geste solennel, ce devoir de vérité, il s’impose à la société civile, dans ses composantes essentielles, de constituer de toute urgence un comité de vérité sur la mort du Révérend Père Mveng.
Dans cette circonstance, l’Eglise catholique a un rôle déterminant à jouer. Ce message de Jean Marc Ela interpelle cette église dans une radicalité nouvelle.

" Devant les situations dramatiques que vivent les peuples d’Afrique, l’on risque de succomber à la tentation du découragement. Nous sommes dans l’impasse. Mais, en dépit des apparences, nous ne pouvons oublier que l’Afrique espère plus que jamais une réponse des Eglises. A partir des attentes des Africains plongés dans les situations où les conflits internes, les pillages organisés, la violence et la corruption généralisées portent atteinte à la vie, comment lisons- nous l’Evangile et annonçons le salut en Jésus-Christ ? Ce qui se passe autour de nous n’oblige- t-il pas les Eglises à repenser leurs formules de foi, les formes de célébration du culte, les institutions et les structures, les relations avec les pouvoirs, bref la mission dans l’Afrique aujourd’hui ? Il est désormais difficile d’esquiver ces questions. Elles s’imposent par leur ampleur et leur radicalité. Elles travaillent en profondeur de nombreux chrétiens dans les bouillonnements en cours. Nous devons les aborder avec courage. Ces questions nous font comprendre la nécessité de nous dépouiller des vieilles structures et des modes de pensée hérités du christianisme bourgeois. Les Eglises d’Afrique doivent accepter de courir des risques dans les sociétés où l’avenir des peuples épuisés par la colonisation et la violence de l’Etat post colonial passe par une transformation radicale des conditions de vie " (5)

*Yaoundé, le 5 Mai 1999

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Jean Marc Ela / Père Mveng : Paul Biya et le devoir de vérité *



Il existe une nécessité de rupture avec l’Etat post colonial où l’intellectuel dissident devrait être persisté.
Par Sindjoun Pokam*


Jean Marc Ela, de son exil canadien, remet à l’ordre du jour politique et éthique la question de l’assassinat du Père Mveng. Celui qui incarne l’Etat est solennellement et publiquement mis en accusation. Jean Marc ELA écrit : " Biya sait qui a assassiné le Père MVENG et doit le dire aux Camerounais. Biya a toutes les preuves, tous les faits pour dire qui a assassiné le Père Mveng " (2). L’accusation est grave. Elle vient d’une des figures éthiques les plus exigeantes de notre histoire post-coloniale. Elle vient d’un penseur de renommée mondiale. Elle vient d’une conscience théologico-éthique particulièrement sensible au destin des pauvres d’Afrique noire. Elle vient d’un écrivain talentueux dont l’œuvre immense a porté à un haut dégré d’intelligibilité les multiples défis auxquels est confronté le continent noir et la nécessité de les affronter lucidement. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir face au malheur de l’Afrique. Jean Marc Ela est en même temps habité par un espoir philosophiquement et théologiquement fondé. Qu’un tel homme déclare péremptoirement que le Chef de l’Etat, Monsieur Biya, sait qui a tué le Père Mveng, nous ouvre tous à un droit de vérité. Notre conscience morale nous y oblige et le Président de la République ne peut plus continuer à se taire. Sa responsabilité est solennellement et publiquement interpellée.

Nous savons, certes que l’Etat post colonial qu’incarne M. Paul Biya est fondé sur la violence et se perpétue dans et par la violence. Mais nous doutions que M. Paul Biya, fils d’un catéchiste et chrétien catholique fût capable d’ordonner l’assassinat d’un prêtre catholique. D’où nos questions à l’époque de l’assassinat du Père Mveng. " A quel degré de violence et de cynisme a-t-il fallu que l’Etat Biya parvienne pour que l’exil soit possible comme chemin de salut et que l’intellectuel camerounais en invente le concept ? Ou encore : que c’est donc passé dans le devenir historique des intellectuels que nous sommes pour que le discours de dissidence et de résistance dont Jean Marc Ela est la figure totémique s’efface de notre horizon intellectuel et que celui de l’exil formulé par Achille Mbembe vienne au premier plan pour porter seul l’exigence éthique ? […]

Avec l’exil de Jean Marc Ela, nous entrons dans la phase ultime où la monté aux extrêmes est à l’ordre du jour du rapport entre l’Etat post colonial et l’intellectuel dissident. De là, l’urgence à constituer, ici et maintenant, une masse critique éthico intellectuelle de rupture brutale d’avec l’Etat post colonial. Telle est notre tâche actuelle c’est une exigence éthique qui suppose la rupture avec la logique de l’exil qui dans sa forme achevée est une défaite de la pensée. Accepter l’exil comme mode vie c’est reconnaître que l’Etat post colonial, dans sa phase de décomposition finale, de violence extrême, de cynisme avéré, a défié et défait la raison. Notre choix doit être celui d’une présence effective de l’intellectuel au sein de son peuple. Cette logique et celle qui a gouverné la vie et l’œuvre de Jean Marc ELA jusqu’à son exil forcé. Elle est la nôtre. Désormais nous savons que l’Etat post colonial a installé autour de l’intellectuel dissident l’ombre de la mort. Mais nous n’avons pas peur de la mort. (3)

En plaçant le Président de la République au cœur du mystère qui entoure l’assassinat du Père Mveng, Jean Marc Ela nous oblige à repenser le rapport que le Père Mveng entretenait avec l’Etat. Dans un texte posthume, publié quelque temps après sa mort, le Père Mveng dit : " […] En tant que citoyen vivant dans une société organisée en Etat, j’ai également mon expérience, mes réactions, mes responsabilités de citoyen. Je suis responsable de mon destin. Et la société organisée en Etat, a d’abord pour mission, je crois, de m’aider à accomplir ma vie et mon destin de façon la meilleure possible. Je ne suis par conséquent pas prêt à me laisser entraîner à la dérive de quelque système politique, de gouvernement et de n’importe quelle conception de pouvoir .Que l’on soit politicien ou non, on a quelque chose à dire sur la situation politique, économique, sociale et culturelle de nos pays… " (4)

Ce texte posthume manifeste au plus haut point l’exigence éthico politique du Père Mveng. Il refuse avec vigueur que l’intellectuel puisse se soumettre à la dérive autoritaire de l’Etat. Le devoir de l’intellectuel comme celui du citoyen est de s’opposer sans concession à cet Etat quel que soit le prix à payer. Je considère ce texte posthume du Père Mveng comme un testament politique et éthique qu’il nous a légué. C’est à propos de cet homme que l’écrivain théologien et sociologue Jean Marc Ela accuse le Président Paul Biya de savoir qui l’a assassiné et d’en avoir les preuves et les faits. C’est la première fois qu’une telle accusation est portée à la plus haute figure de l’Etat au cameroun. Une telle situation, inédite dans notre histoire politique récente fait obligation au Chef de l’Etat de rendre publique la vérité sur l’assassinat du Révérend Père Mveng. Le peuple doit savoir, sinon le doute va s’installer dans l’opinion publique et, avec le doute, l’angoisse et l’anxiété deviendront notre lot quotidien.
Mais en attendant que le Chef de l’Etat accomplisse, par un geste solennel, ce devoir de vérité, il s’impose à la société civile, dans ses composantes essentielles, de constituer de toute urgence un comité de vérité sur la mort du Révérend Père Mveng.
Dans cette circonstance, l’Eglise catholique a un rôle déterminant à jouer. Ce message de Jean Marc Ela interpelle cette église dans une radicalité nouvelle.

" Devant les situations dramatiques que vivent les peuples d’Afrique, l’on risque de succomber à la tentation du découragement. Nous sommes dans l’impasse. Mais, en dépit des apparences, nous ne pouvons oublier que l’Afrique espère plus que jamais une réponse des Eglises. A partir des attentes des Africains plongés dans les situations où les conflits internes, les pillages organisés, la violence et la corruption généralisées portent atteinte à la vie, comment lisons- nous l’Evangile et annonçons le salut en Jésus-Christ ? Ce qui se passe autour de nous n’oblige- t-il pas les Eglises à repenser leurs formules de foi, les formes de célébration du culte, les institutions et les structures, les relations avec les pouvoirs, bref la mission dans l’Afrique aujourd’hui ? Il est désormais difficile d’esquiver ces questions. Elles s’imposent par leur ampleur et leur radicalité. Elles travaillent en profondeur de nombreux chrétiens dans les bouillonnements en cours. Nous devons les aborder avec courage. Ces questions nous font comprendre la nécessité de nous dépouiller des vieilles structures et des modes de pensée hérités du christianisme bourgeois. Les Eglises d’Afrique doivent accepter de courir des risques dans les sociétés où l’avenir des peuples épuisés par la colonisation et la violence de l’Etat post colonial passe par une transformation radicale des conditions de vie " (5)

*Yaoundé, le 5 Mai 1999

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Oumarou Fadil : Il n’y a pas que les faits divers chez nous

Le Maire de Douala 3ème présente sa commune et annonce de nouveaux chantiers.
Propos recueillis par Eric Roland Kongou –




Presque un an après votre second mandat, quel bilan faites-vous ?
Lors de notre installation, nous avons rappelé que nous avons eu cinq ans pour maîtriser entièrement les rouages d’une mairie. Ce second mandat, il est question de passer aux actes concrets. Depuis un an déjà, nous avons réalisé un site Internet qui permet à nos usagers de connaître les pièces à fournir pour se délivrer tous les documents administratifs au niveau de la mairie. Nos populations peuvent aller à l’adresse www.douala3.com pour avoir toutes nos informations en temps réel. Nous avons formé gratuitement près de 450 étudiants de notre centre multimédia de la mairie de Douala 3ème. Les formations sont axées sur les connaissances de base en informatique. Le centre est opérationnel depuis 2003 mais il a été inauguré en 2005 par le ministre Bapès Bapès et l’ancien ambassadeur des Etats-Unis de l’époque Niels Marquadt. Aujourd’hui, nous sommes à notre 10ème promotion. Nous avons beaucoup de témoignages de ces étudiants qui ont trouvé du boulot grâce à leur formation en informatique. Dans l’année, nous avons reçu 500 ordinateurs des Etats-Unis que nous pourrons également distribuer dans les écoles de Douala 3ème et également, par solidarité municipale, voir les mairies nouvellement créées pour leur apporter notre aide pour que les mairies soient informatisées. Nous avons également acquis une Pick-up pour le recouvrement. Nous aurons bientôt une dizaine des motos pour renforcer ce parc automobile. Nous allons acquérir une pelle chargeuse et une niveleuse pour décanter les routes secondaires. On attend juste la commission de passation des marchés. L’argent est déjà disponible.

Lorsqu’on a 113 km_ et une population de 1,3 millions d’habitants, on imagine que ce n’est pas facile de gérer tout ce monde là…
Evidement ! C’est très complexe et c’est ça qui fait notre charme. Nous avons une mairie semi-urbaine, semi-rurale car en plus de la ville, nous avons sept villages ruraux (Japoma, Yassa, Ngodi, Dibamba, etc.). Douala 3ème est le Cameroun en miniature. Les populations sont capricieuses. Il y a l’incivisme et le désordre urbain. Et nous constatons que c’est très difficile de changer les mentalités. Avec la sensibilisation, nous pensons montrer aux populations que c’est pour l’intérêt de tous d’être propres et civiques.

Votre commune, notamment le quartier ‘’Village’’ est riche en faits divers au quotidien. Que comptez-vous faire pour remédier à cette insécurité?
Douala 3ème regorge les quartiers les plus peuplés de Douala. Quand on a une population de 1,3 millions habitants, forcément les faits divers ne peuvent pas y manquer. Avec tout ce mélange dans un panier, ça bouge, la ville vit. Vous comprendrez que la gestion de proximité se pose avec acuité.

N’y-t-il pas en réalité un problème d’insuffisance des forces de l’ordre ou d’éclairage public ?
Nous avons crée des comités de vigilance dans les quartiers que nous finançons, que nous encourageons en leur fournissant du matériel de sécurité à ces jeunes qui sont des volontaires. A Douala 3ème, il n’y a pas plus de bandits que d’hommes honnêtes. Je pense qu’en nous organisant, en sensibilisant, en réinsérant ces jeunes dans la société, nous allons y arriver. Mais, je voudrais signaler qu’il y a assez de postes de police à Douala 3ème. Nous avons un commissariat spécial qui comprend quatre commissariats (11ème, 8ème, 13ème, 14ème). Nous avons également plus de quatre brigades de gendarmeries. Dans l’avenir, nous aurons des postes de police de proximité. Il y aura quatre postes de police dans les carrefours.

Quelles perspectives ?
Le budget de 2008 s’élève à près d’un milliard. Ce qui est important, ce n’est pas le budget puisqu’il est prévisionnel. Ce qui est important, ce qu’à la fin de mon mandat, il est question de finir la construction d’un hôtel, c’est fait. De manière générale, nos perspectives pour le reste de notre mandat, c’est de travailler pour que nos administrés vivent à l’aise en matière de sécurité, santé, éducation, éclairages publics, etc. En bref, l’amélioration du niveau de vie des populations sera notre cheval de bataille.

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