Ekambi Brillant, artiste :
“ Il y a trop d’aventuriers dans la musique camerounaise ” –
Vous étiez à la tête d’une délégation d’artistes, musiciens, chanteurs, auteurs compositeurs camerounais qui a rendu visite au ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah, il y a quelques jours. Que vaut cette rencontre avec le Minefi ?
C’est une rencontre informelle. Il s’agissait d’abord de rendre une visite de courtoisie au ministre des Finances, qui est un ami. Mais l’occasion était aussi belle pour évoquer avec M. Polycarpe Abah Abah, les problèmes que nous rencontrons en tant qu’artistes musiciens, notamment dans la lutte contre la piraterie. Enfin, nous avons surtout parlé de la situation de la musique camerounaise aujourd’hui.
Quelle est justement cette situation ? Pouvez-vous nous en brosser un tableau même succinct au moment où l’on vient de commémorer le neuvième anniversaire de Eboa Lotin?
Après la disparition des dinosaures comme Eboa Lotin, j’ai l’impression que la musique camerounaise est un peu comme une pirogue qui est en train de couler doucement, mais sûrement. Les gens voient, mais ne disent ou ne font rien. Comme si tout le monde cherche à faire oublier ces grands noms de notre musique. Si on n’arrête pas la barque, elle va définitivement couler.
Comment expliquer cette longue descente aux enfers de la musique camerounaise et que faire pour sauver la barque afin de la préparer pour l’avenir ?
Il faut d’abord que chacun prenne conscience de la gravité de la situation, que chacun fasse son introspection. Puis, nous les artistes devons absolument balayer devant notre porte. Je veux dire qu’il y a trop de charlatans, d’aventuriers qui se lancent dans la musique parce qu’ils n’ont rien trouvé d’autre. Oubliant que la musique, comme tous les autres arts, est une discipline scientifique. On ne peut pas composer une chanson, écrire une musique si on ne la pense pas préalablement. C’est un peu comme si vous aviez une dissertation à rédiger. Il y a une introduction, le corps du sujet et la conclusion. La musique est une affaire de spécialistes. Mais nul ne doit perdre de vue que la musique fait partie de la culture et que quand on a tout oublié c’est ce qui reste.

