Cabarets : La programmation en plusieurs gammes
Les nuits chaudes sont souvent le terrain d’intenses déploiements, de filouterie des artistes et propriétaires.
L’on se souvient encore de cette plainte des responsables du Fini Hôtel à Limbe, qui avaient accusé en début d’année deux artistes camerounais parmi les meilleurs aujourd’hui, Lady Ponce et Aï Jo Mamadou, pour filouterie. Ils évoquaient le non respect des clauses du contrat de prestations artistiques. Ils devaient y prester dans la nuit du 31 décembre 2008 au 1er janvier 2009 dans le cadre de "la nuit de l’océan". "J’ai dû user de beaucoup de tact pour maintenir la clientèle en émoi. Lady Ponce après avoir fait une prestation de moins d’une heure [deux chansons, selon un client ayant assisté à la soirée, ndlr], accompagnée de son manager Tchop Tchop, seront surpris par les agents de sécurité de l’hôtel entrain de filer à l’anglaise", confiait sur ces mêmes colonnes Serges Angoni, le responsable Commercial et Marketing de Fini Hotel.
Même si les artistes concernés s’en défendent, il reste constant que de telles pratiques révèlent les réalités de la programmation des artistes toutes les semaines dans les différents cabarets du Cameroun où ils évoluent. "Tout dépend de la politique de la maison. Il y en a qui décident de faire venir les artistes toutes les semaines et d’autres qui choisissent des dates fortes tel que lors des fêtes", explique James Essi, ancien directeur artistique d’un cabaret de Yaoundé. Pour d’autres encore, ils travaillent avec des artistes de l’écurie comme c’est le cas avec le cabaret Le Carosel à Yaoundé, qui compte parmi ses poulains les meilleurs musiciens de Bikutsi. "Chaque maison a son règlement. Pour celles qui ont leurs artistes, pas besoin de leur demander leur avis pour la programmation", explique Aï Jo Mamadou, ancien directeur artistique de Carosel et de la Fiesta. Il précise néanmoins que, "si un artiste a une prestation quelque part, il signale. Car, les artistes sont salariés. Il y a des sanctions." Les directeurs artistiques essaient de faire une différence entre les cabarets. Notamment les cabarets populaires et les piano bars, qui privilégient la musique d’écoute, où "la programmation est faite à la demande du public. Même si on peut lui offrir une surprise", souligne Mayo Mevio, le directeur artistique du cabaret La Réserve.
"Lorsqu’un artiste a été contacté, les deux parties s’entendent sur le contenu du contrat. Notamment le cachet et l’heure. Car, il y en a qui se produisent à plusieurs endroits le même soir", confie James Essi. "Et si vous vous êtes bien entendu avec l’artiste, il n’y a pas de raison qu’il ne vienne pas ou qu’il vienne en retard", pense Mayo Mevio pour qui cela peut arriver du fait que l’artiste doute du promoteur du cabaret qui peut le "lober". le marché bien négocié, les deux parties se mettent dans la même gamme, l’artiste peut alors commencer les répétitions afin de mieux préparer sa prestation. Mais, si les négociations n’ont pas pu aboutir et que les deux parties peuvent encore s’entendre jusqu’à la dernière heure, "on considère cela comme une surprise. On n’annonce pas l’artiste aux spectateurs et le présente comme une surprise", explique James Essi pour qui, de cette manière, le promoteur évite de se mettre à dos le public. Aï Jo Mamadou a une autre démarche : "quand l’artiste programmé n’est pas là, on bouche le trou par un autre".
Les directeurs artistiques et promoteurs des cabarets accusent les artistes d’être à l’origine des manquements souvent observés à l’instar de leurs retards sur le plateau ou, tout simplement leur absence, bien qu’ayant été annoncés soit sur l’affiche du cabaret, soit par le présentateur de la soirée. "Il peut arriver qu’un artiste soit programmé de gauche à droite. Dès lors, il doit assumer la qualité de sa prestation", pense Mayo Mévio, qui conseille que, "en tant que musicien, les artistes sérieux devraient avoir un poste fixe ou alors un seul rendez-vous par soirée". il rappelle même que certains contrats prévoient que l’artiste ne se produise qu’à un seul endroit. Or, ces derniers disent vouloir être réalistes. "On cherche l’argent, au lieu de se prostituer", lance Véronik Facture, chanteuse de Bikutsi.
Cabarets
Elle reconnaît avoir déjà été programmée à quatre cabarets différents en une seule soirée. Contrairement à Bisso Solo, sociétaire du Carosel. "Je peux évoluer n’importe où. Mais, je préfère rester dans mon cabaret du fait que nous nous connaissons et faisons de bons spectacles. C’est pour cette raison que le Bikutsi évolue", croit-il. Nono Flavy, diva du Makossa, se souvient qu’elle "évoluait" dans les cabarets lorsqu’elle pastichait encore les chansons des autres artistes. Mais, depuis qu’elle a mis ses albums sur le marché, elle est devenue la cible des promoteurs des cabarets. "Il vous passe un coup de fil. Même si vous ne vous êtes pas entendu, il vous programme et les consommateurs de ces cabarets seront déçus, rejetant la faute aux artistes", confie-t-elle. Nono Flavy se souvient "qu’il peut vous arriver de passer quelque part et de vous voir programmé sans que vous ne soyez informé.
Qu’allez-vous faire, leur porter plainte?" se demande-t-elle avant de tempérer en confiant qu’elle préfère laisser. Quant à sa responsabilité, "il ne m’est jamais arrivé d’être programmée et que je ne vienne pas", se défend-elle. Les deux parties semblent faire preuve de filouterie au regard de la demande. Les montants des contrat, à cet effet, inspirent quelques réflexion. "Je paie bien mes artistes", se vante Mayo Mévio pour qui la fourchette oscille entre 200.000 Fcfa et 400.000 Fcfa pour une prestation généralement faite de deux ou trois chansons. Ailleurs, l’on parle de 50.000 Fcfa. "Tout dépend de l’aura de l’artiste et des négociations", explique-t-il. Et l’on comprend alors pourquoi les artistes peuvent faire le tour des cabarets tous les weekends, arrivant souvent en retard au rendez-vous ou, sont simplement absents.
Justin Blaise Akono

