Patricia Hélène Ebah : Il m’a fallu rassembler plus de 20 millions Fcfa
La réalisatrice de « Les blessures inguérissables » parle de son film.
Propos recueillis par Eugène Dipanda –
La première diffusion de votre long métrage a eu lieu il y a quelques jours au Centre culturel français de Yaoundé. Les premiers échos vous satisfont-ils ?Les échos qui me parviennent généralement me font savoir qu’il s’agit d’un film différent. Différent dans le bon sens. La part belle y est faite aux femmes, mais les gens ont surtout apprécié le côté esthétique du film, même s’il est un peu trop blanc.
De quoi est-il exactement question dans "Les blessures inguérissables" ?
Le film présente six femmes de nature différente, de catégorie sociale et même d’âge différents, qui sont torturées par la vie et qui souffrent. On constatera que chacune d’elle a sa façon d’extérioriser cette souffrance. Notamment à travers la violence des mots, la grossièreté et la bestialité dans l’attitude face aux autre. Pam, l’héroïne principale, débarque donc dans ce milieu-là avec sa souffrance aussi. Une goutte d’eau de trop, qui crée des problèmes divers tout autour. On finit par se demander pourquoi ces femmes sont devenues ainsi agressives. Un comportement qu’on comprend finalement lorsqu’elle racontent chacune leurs blessures du passé…
Dans quelles conditions ce premier long métrage de votre carrière a-t-il été réalisé ? Avez-vous eu des difficultés particulières ?
Nous avons eu des grosses difficultés. A commencer par l’obtention des financements. Nous avons adressé plusieurs demandes de financements à des tiers, mais la réponse n’a pas toujours été favorable. J’y ai d’ailleurs finalement renoncé car étant encore à l’école, avec tous les problèmes que j’ai eus, j’ai compris qu’il n’était pas évident pour moi de faire un long métrage. Pour réussir ce coup, en tout cas, il était important que je dispose de moyens personnels. Mais, lorsque j’ai reçu l’aide du ministère de la Culture, cela m’a encouragée à débuter le tournage, surtout que je collabore toujours avec Jean Pierre Bekolo (le réalisateur de "Les Saignantes", où Patricia Hélène Ebah est assistante, Ndlr), qui est assez bien équipé.
C’est donc avec son matériel, l’argent reçu du ministère de la Culture et les emprunts divers que j’ai pu me jeter à l’eau, et le résultat est celui que vous avez vu en exclusivité au Ccf.
On parle beaucoup de cet appui que vous a accordé le ministère de la Culture. Il s’agit de quoi exactement ?
Pour faire un film, l’aide que nous a apporté le ministère de la Culture n’est pas considérable. Quatre millions de francs Cfa pour une réalisation comme celle que vous avez vue, c’est rien du tout. Mais ça encourage, ça fait plaisir, ça crédibilise ! Tout cela fait en sorte que d’autres personnes se sentent prêtes à voler à votre secours. Et puis, lorsque vous faites finalement appel à des techniciens et autres, vous discutez de votre projet et vous parvenez à un résultat acceptable, à produire un film de qualité moyenne.
L’œuvre générale, combien vous a-t-elle coûtée ?
Une vingtaine de millions ! Et ça, c’est parce que, à certains moments, il y a des choses que je n’ai pas payées, à l’instar des décors, des véhicules de transport, des costumes que j’empruntais chez mes cousines etc. Aux côtés des comédiens et des techniciens que j’ai plus ou moins rémunérés, je me suis également appuyée sur un groupe de stagiaires qui voulaient apprendre le cinéma et dont l’assistance s’est avérée importante pour l’équipe de professionnels que j’ai pu constituer.
Avez-vous déjà arrêté une date pour la sortie officielle de ce film ? Comment entendez-vous assurer sa promotion au Cameroun et ailleurs ?
Le problème de date, à un moment, ne dépend plus vraiment de moi. C’est un problème de programmation, qui est en rapport avec la disponibilité d’un cadre comme le Centre culturel français, qui dispose déjà d’un planning qui s’étend sur une longue période. Monsieur Bassek ba Kobhio n’a pas pu être là lors de la projection en première, parce qu’il est actuellement en tournage. Je compte toutefois le rencontrer prochainement afin que le film puisse être programmé aux prochains Ecrans Noirs du cinéma africain. Je tiens vraiment à ce que les Camerounais découvrent ce film à cette grande occasion. Et puis, selon les programmations, nous arrêterons une date pour la sortie officielle du film.

