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Alphonse Tonye : Les livres sont lus dans les journaux

Coordonnateur scientifique d’un colloque sur les littératures francophones, il juge la consommation des ouvrages littéraires.
Propos recueillis par Jean Baptiste Ketchateng – Vous venez de coordonner un colloque sur le thème de la critique et de la réception des littératures francophones. Dans l’environnement culturel camerounais, comment peut-on observer la critique ?
La critique dévoile au public les mécanismes de fonctionnement d’une œuvre, cette activité là se déploie de façon dense dans notre environnement immédiat. Elle se déploie davantage dans les pays francophones du nord, puisque notre colloque est dans l’univers de la Francophonie. En vérité, le critique lui-même est un lecteur. Mais c’est un lecteur expert, c’est-à-dire qu’il a plus d’expérience que le commun des lecteurs. Son rôle est d’emmener les autres qui sont moins compétents à comprendre que si tel livre est structuré de telle ou telle façon, cela pourrait signifier telle ou telle chose.
Dans notre environnement, on a remarqué après la longue léthargie des années 1990, qu’il y a un retour, une sorte de mise en mouvement des campus universitaires et que les critiques littéraires font véritablement leur travail. Ça fonctionne donc bien, il y a des débats aux centres culturels français, à l’université, il y a la Ronde des poètes. La critique est même actualisée compte tenu des évolutions récentes des sciences de la littérature et du langage.

Et que direz-vous de la réception des ouvrages par le public ?
En Afrique, le volet de la réception est moins dense parce qu’il n’y a pas véritablement un marché de la lecture. Qui lit au Cameroun ? Qui peut se procurer une œuvre pour la lire ? Très peu de gens parce que livre est un produit commercial, il est vendu et il faut pouvoir l’acheter. Les gens lisent quelques photocopies mais ce n’est pas cela la lecture. Je peux même vous dire qu’au département de français [de l’université de Yaoundé 1] que des étudiants de première année ne lisent que les œuvres qui sont au programme. Pourtant, ils devraient lire un maximum d’œuvres pour se forger leur propre vision du monde, leur propre expérience de la lecture.

En parler dans un colloque signifie que l’on pense à des solutions…
Il y a deux volets de la réception. Le premier volet c’est comment le public reçoit les œuvres qu’elles soient produites par des écrivains nationaux ou internationaux. Cet aspect-là n’est pas très présent. L’autre volet, c’est qu’à la sortie d’une œuvre, un journal comme le vôtre l’annonce dans sa page consacrée à la culture. C’est notoire chez nous. C’est par la recension dans les journaux que cette réception là se fait.
Au niveau universitaire, l’étude du comportement du lecteur par rapport à l’œuvre qu’il reçoit consiste encore en un tâtonnement parce que les critères n’ont pas été bien définis auparavant.

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Paradoxe : Et si Mendo Ze revenait !



Le " fantôme " de l’ancien Dg hante la tour de Mballa II.
Roger A. Taakam


C’est désormais un exercice facile auquel se livrent certains employés de la Crtv : faire le procès de la gestion Vamoulké. Ceux qui pourfendent ses méthodes ont déjà trouvé la sentence, presque irrévocable : "Vamoulké nous as déçus". L’argumentaire, très souvent, repose sur un expédient : la comparaison de deux époques, celle de Mendo Ze et celle de Vamoulke. Pour appuyer leur accusation, ils avancent arguments et contre arguments qui, en un mot, se résument en la perte des "acquis sociaux". Ce qu’un employé de la télévision nationale résume en ces termes : " On savait que Mendo Ze pillait la Crtv, mais au moins il nous en donnait, bref on s’en contentait. Vamoulké, lui, est venu fermer les vannes. Il boit de l’eau (en joignant le geste à la parole) en gardant les doigts serrés sous le menton… "

D’après les partisans de cette thèse, les employés de la Crtv auraient perdu de manière drastique ce que Mendo Ze leur offrait avec force prodigalité. Et si l’ancien Dg hante tant les mémoires, c’est justement à cause de cette "générosité" qu’on avait fini par ériger en mode de gestion. Il y a d’abord les régies, ces primes spéciales distribuées à une partie du personnel à l’occasion de certains événements. Il y en a qui estiment que ces régies étaient " justifiées ", pour la couverture des grands événements et les autres qui la jugent " discriminatoire " ou " fantaisiste ", d’autant, disent-ils, que l’ancien Dg en distribuait aux hommes du premier cercle comme prime à la "fidélité".
D’ailleurs, des signataires de la pétition du 28 août dernier ne s’en cachent pas, qui confessent aujourd’hui que : "Mendo Ze a enrichi beaucoup de gens, il donnait en argent des aides spéciales pour toutes sortes de services rendus, il en distribuait au gré de ses voyages privés et professionnels. Il a aidé des gens à se marier, à se construire une maison, à s’acheter des voitures, etc. Et selon la proximité, on pouvait s’assurer une assistance perpétuelle sans que cela repose spécialement sur des critères professionnels. Vamoulké, lui c’est le contraire".

L’un des exemples cités par les journalistes hostiles à la " régie ", c’est celui de leurs collègues, qui travaillaient à la brigade des reportages spéciaux, ce service de la Crtv (devenu division) qui a la charge de travailler sur l’activité du président de la République et de la Première dame. " Chaque sortie du chef de l’Etat étant un événement exceptionnel à la Crtv, explique un journaliste de la radio, les cadres de la brigade recevaient des régies très régulièrement, au point où l’un d’entre eux s’en foutait de son salaire mensuel. Pour moi, c’était une injustice dans la mesure où ces collègues faisaient le travail ordinaire du service dans lequel ils étaient affectés ".
Ensuite, il y a le fameux 13è mois, baptisé C40, payé quelques fois par Gervais Mendo Ze à la suite de mouvements d’humeur, mais qui avait fini par être institutionnalisé et que le personnel considérait désormais comme un acquis. Vamoulké, lui, n’a pas perpétué cette pratique. Tout au plus a-t-il consenti à payer 13% de ces " droits " il y a deux mois, et le personnel attend désespérément la suite.

Il y a enfin le personnage Vamoulké que les collaborateurs trouvent " cassant ", " rigide ", " avare ", " égoïste " et " condescendant ". Jusque-là on s’était habitué à un homme au cœur d’ange : Mendo Ze. Un Dg à la générosité débordante, dont le moindre passage dans les services tout comme dans les émissions était prétexte à démonstration en espèces sonnantes et trébuchantes. On peut dès lors comprendre que des nostalgiques rejette l’austérité de Vamoulke, en mettant en avant les privilèges d’une certaine époque qui célébrait le culte de la personnalité.
Toutefois, si personne ne voudrait ériger Mendo Ze en parangon de la gestion de la Crtv, convaincu que " on pourrait difficilement faire pire ", tout le monde reste convaincu que l’ère Mendo Ze est bel et bien révolue. Elles sont bien rares les personnes rencontrées qui souhaitent le voir revenir. Pourtant, son fantôme plane au dessus de la tour. Son ombre a subitement resurgi dans la mêlée des mécontentements actuels tel un deus ex machina. Il hante de sa présence invisible les conversations, arbitre les tranchées, habite les pensées, nourrit l’adversité des camps opposés et ne s’effacera véritablement que lorsqu’on aura sifflé la fin des hostilités.

En fait, tout se passe comme si les employés de la Crtv regrettaient le départ de Mendo Ze. Et c’est ça le grand paradoxe. Car, le départ de Gervais Mendo Ze en janvier 2005 avait été unanimement salué, tant par les acteurs de l’intérieur que par les téléspectateurs de la Crtv qui se sentaient enfin soulagés de l’emprise de 20 années de prestidigitation audiovisuelle. Aussi s’est-on voué, sans retenue, aux sirènes du changement qu’annonçait, un rien triomphal, le nouveau venu. Amadou Vamoulké promettait de nettoyer la citadelle. On y a cru. Autant les lésés de l’ancien système que les ouvriers sincères qui se remettaient à l’ouvrage, convaincus qu’une nouvelle Crtv est possible. Tout le monde, ou presque, a applaudi les réformes promises à l’aune du " management moderne ".

Très vite, les espoirs ont été déçus. L’ardeur des ouvriers sincères s’est attiédie, tandis que les habitués de la danse du ventre sont désormais interdits d’accès aux "endroits juteux ". Le directeur général adjoint, autrefois réduit à inaugurer des chrysanthèmes, a reçu une délégation de signature sur certains pans du management de l’entreprise. En passant de l’ère Mendo Ze à l’ère Vamoulké, on est passé de l’humanitaire au réglementaire, de la générosité à l’austérité. Et si, paradoxalement, on en vient à regretter l’époque Mendo Ze, c’est surtout que les personnalités sont l’une aux antipodes de l’autre. Les méthodes aussi. Peut-on en dire autant des résultats ? Voire.

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Paradoxe : Et si Mendo Ze revenait !



Le " fantôme " de l’ancien Dg hante la tour de Mballa II.
Roger A. Taakam


C’est désormais un exercice facile auquel se livrent certains employés de la Crtv : faire le procès de la gestion Vamoulké. Ceux qui pourfendent ses méthodes ont déjà trouvé la sentence, presque irrévocable : "Vamoulké nous as déçus". L’argumentaire, très souvent, repose sur un expédient : la comparaison de deux époques, celle de Mendo Ze et celle de Vamoulke. Pour appuyer leur accusation, ils avancent arguments et contre arguments qui, en un mot, se résument en la perte des "acquis sociaux". Ce qu’un employé de la télévision nationale résume en ces termes : " On savait que Mendo Ze pillait la Crtv, mais au moins il nous en donnait, bref on s’en contentait. Vamoulké, lui, est venu fermer les vannes. Il boit de l’eau (en joignant le geste à la parole) en gardant les doigts serrés sous le menton… "

D’après les partisans de cette thèse, les employés de la Crtv auraient perdu de manière drastique ce que Mendo Ze leur offrait avec force prodigalité. Et si l’ancien Dg hante tant les mémoires, c’est justement à cause de cette "générosité" qu’on avait fini par ériger en mode de gestion. Il y a d’abord les régies, ces primes spéciales distribuées à une partie du personnel à l’occasion de certains événements. Il y en a qui estiment que ces régies étaient " justifiées ", pour la couverture des grands événements et les autres qui la jugent " discriminatoire " ou " fantaisiste ", d’autant, disent-ils, que l’ancien Dg en distribuait aux hommes du premier cercle comme prime à la "fidélité".
D’ailleurs, des signataires de la pétition du 28 août dernier ne s’en cachent pas, qui confessent aujourd’hui que : "Mendo Ze a enrichi beaucoup de gens, il donnait en argent des aides spéciales pour toutes sortes de services rendus, il en distribuait au gré de ses voyages privés et professionnels. Il a aidé des gens à se marier, à se construire une maison, à s’acheter des voitures, etc. Et selon la proximité, on pouvait s’assurer une assistance perpétuelle sans que cela repose spécialement sur des critères professionnels. Vamoulké, lui c’est le contraire".

L’un des exemples cités par les journalistes hostiles à la " régie ", c’est celui de leurs collègues, qui travaillaient à la brigade des reportages spéciaux, ce service de la Crtv (devenu division) qui a la charge de travailler sur l’activité du président de la République et de la Première dame. " Chaque sortie du chef de l’Etat étant un événement exceptionnel à la Crtv, explique un journaliste de la radio, les cadres de la brigade recevaient des régies très régulièrement, au point où l’un d’entre eux s’en foutait de son salaire mensuel. Pour moi, c’était une injustice dans la mesure où ces collègues faisaient le travail ordinaire du service dans lequel ils étaient affectés ".
Ensuite, il y a le fameux 13è mois, baptisé C40, payé quelques fois par Gervais Mendo Ze à la suite de mouvements d’humeur, mais qui avait fini par être institutionnalisé et que le personnel considérait désormais comme un acquis. Vamoulké, lui, n’a pas perpétué cette pratique. Tout au plus a-t-il consenti à payer 13% de ces " droits " il y a deux mois, et le personnel attend désespérément la suite.

Il y a enfin le personnage Vamoulké que les collaborateurs trouvent " cassant ", " rigide ", " avare ", " égoïste " et " condescendant ". Jusque-là on s’était habitué à un homme au cœur d’ange : Mendo Ze. Un Dg à la générosité débordante, dont le moindre passage dans les services tout comme dans les émissions était prétexte à démonstration en espèces sonnantes et trébuchantes. On peut dès lors comprendre que des nostalgiques rejette l’austérité de Vamoulke, en mettant en avant les privilèges d’une certaine époque qui célébrait le culte de la personnalité.
Toutefois, si personne ne voudrait ériger Mendo Ze en parangon de la gestion de la Crtv, convaincu que " on pourrait difficilement faire pire ", tout le monde reste convaincu que l’ère Mendo Ze est bel et bien révolue. Elles sont bien rares les personnes rencontrées qui souhaitent le voir revenir. Pourtant, son fantôme plane au dessus de la tour. Son ombre a subitement resurgi dans la mêlée des mécontentements actuels tel un deus ex machina. Il hante de sa présence invisible les conversations, arbitre les tranchées, habite les pensées, nourrit l’adversité des camps opposés et ne s’effacera véritablement que lorsqu’on aura sifflé la fin des hostilités.

En fait, tout se passe comme si les employés de la Crtv regrettaient le départ de Mendo Ze. Et c’est ça le grand paradoxe. Car, le départ de Gervais Mendo Ze en janvier 2005 avait été unanimement salué, tant par les acteurs de l’intérieur que par les téléspectateurs de la Crtv qui se sentaient enfin soulagés de l’emprise de 20 années de prestidigitation audiovisuelle. Aussi s’est-on voué, sans retenue, aux sirènes du changement qu’annonçait, un rien triomphal, le nouveau venu. Amadou Vamoulké promettait de nettoyer la citadelle. On y a cru. Autant les lésés de l’ancien système que les ouvriers sincères qui se remettaient à l’ouvrage, convaincus qu’une nouvelle Crtv est possible. Tout le monde, ou presque, a applaudi les réformes promises à l’aune du " management moderne ".

Très vite, les espoirs ont été déçus. L’ardeur des ouvriers sincères s’est attiédie, tandis que les habitués de la danse du ventre sont désormais interdits d’accès aux "endroits juteux ". Le directeur général adjoint, autrefois réduit à inaugurer des chrysanthèmes, a reçu une délégation de signature sur certains pans du management de l’entreprise. En passant de l’ère Mendo Ze à l’ère Vamoulké, on est passé de l’humanitaire au réglementaire, de la générosité à l’austérité. Et si, paradoxalement, on en vient à regretter l’époque Mendo Ze, c’est surtout que les personnalités sont l’une aux antipodes de l’autre. Les méthodes aussi. Peut-on en dire autant des résultats ? Voire.

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Le " fantôme " de l’ancien Dg hante la tour de Mballa II.
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C’est désormais un exercice facile auquel se livrent certains employés de la Crtv : faire le procès de la gestion Vamoulké. Ceux qui pourfendent ses méthodes ont déjà trouvé la sentence, presque irrévocable : "Vamoulké nous as déçus". L’argumentaire, très souvent, repose sur un expédient : la comparaison de deux époques, celle de Mendo Ze et celle de Vamoulke. Pour appuyer leur accusation, ils avancent arguments et contre arguments qui, en un mot, se résument en la perte des "acquis sociaux". Ce qu’un employé de la télévision nationale résume en ces termes : " On savait que Mendo Ze pillait la Crtv, mais au moins il nous en donnait, bref on s’en contentait. Vamoulké, lui, est venu fermer les vannes. Il boit de l’eau (en joignant le geste à la parole) en gardant les doigts serrés sous le menton… "

D’après les partisans de cette thèse, les employés de la Crtv auraient perdu de manière drastique ce que Mendo Ze leur offrait avec force prodigalité. Et si l’ancien Dg hante tant les mémoires, c’est justement à cause de cette "générosité" qu’on avait fini par ériger en mode de gestion. Il y a d’abord les régies, ces primes spéciales distribuées à une partie du personnel à l’occasion de certains événements. Il y en a qui estiment que ces régies étaient " justifiées ", pour la couverture des grands événements et les autres qui la jugent " discriminatoire " ou " fantaisiste ", d’autant, disent-ils, que l’ancien Dg en distribuait aux hommes du premier cercle comme prime à la "fidélité".
D’ailleurs, des signataires de la pétition du 28 août dernier ne s’en cachent pas, qui confessent aujourd’hui que : "Mendo Ze a enrichi beaucoup de gens, il donnait en argent des aides spéciales pour toutes sortes de services rendus, il en distribuait au gré de ses voyages privés et professionnels. Il a aidé des gens à se marier, à se construire une maison, à s’acheter des voitures, etc. Et selon la proximité, on pouvait s’assurer une assistance perpétuelle sans que cela repose spécialement sur des critères professionnels. Vamoulké, lui c’est le contraire".

L’un des exemples cités par les journalistes hostiles à la " régie ", c’est celui de leurs collègues, qui travaillaient à la brigade des reportages spéciaux, ce service de la Crtv (devenu division) qui a la charge de travailler sur l’activité du président de la République et de la Première dame. " Chaque sortie du chef de l’Etat étant un événement exceptionnel à la Crtv, explique un journaliste de la radio, les cadres de la brigade recevaient des régies très régulièrement, au point où l’un d’entre eux s’en foutait de son salaire mensuel. Pour moi, c’était une injustice dans la mesure où ces collègues faisaient le travail ordinaire du service dans lequel ils étaient affectés ".
Ensuite, il y a le fameux 13è mois, baptisé C40, payé quelques fois par Gervais Mendo Ze à la suite de mouvements d’humeur, mais qui avait fini par être institutionnalisé et que le personnel considérait désormais comme un acquis. Vamoulké, lui, n’a pas perpétué cette pratique. Tout au plus a-t-il consenti à payer 13% de ces " droits " il y a deux mois, et le personnel attend désespérément la suite.

Il y a enfin le personnage Vamoulké que les collaborateurs trouvent " cassant ", " rigide ", " avare ", " égoïste " et " condescendant ". Jusque-là on s’était habitué à un homme au cœur d’ange : Mendo Ze. Un Dg à la générosité débordante, dont le moindre passage dans les services tout comme dans les émissions était prétexte à démonstration en espèces sonnantes et trébuchantes. On peut dès lors comprendre que des nostalgiques rejette l’austérité de Vamoulke, en mettant en avant les privilèges d’une certaine époque qui célébrait le culte de la personnalité.
Toutefois, si personne ne voudrait ériger Mendo Ze en parangon de la gestion de la Crtv, convaincu que " on pourrait difficilement faire pire ", tout le monde reste convaincu que l’ère Mendo Ze est bel et bien révolue. Elles sont bien rares les personnes rencontrées qui souhaitent le voir revenir. Pourtant, son fantôme plane au dessus de la tour. Son ombre a subitement resurgi dans la mêlée des mécontentements actuels tel un deus ex machina. Il hante de sa présence invisible les conversations, arbitre les tranchées, habite les pensées, nourrit l’adversité des camps opposés et ne s’effacera véritablement que lorsqu’on aura sifflé la fin des hostilités.

En fait, tout se passe comme si les employés de la Crtv regrettaient le départ de Mendo Ze. Et c’est ça le grand paradoxe. Car, le départ de Gervais Mendo Ze en janvier 2005 avait été unanimement salué, tant par les acteurs de l’intérieur que par les téléspectateurs de la Crtv qui se sentaient enfin soulagés de l’emprise de 20 années de prestidigitation audiovisuelle. Aussi s’est-on voué, sans retenue, aux sirènes du changement qu’annonçait, un rien triomphal, le nouveau venu. Amadou Vamoulké promettait de nettoyer la citadelle. On y a cru. Autant les lésés de l’ancien système que les ouvriers sincères qui se remettaient à l’ouvrage, convaincus qu’une nouvelle Crtv est possible. Tout le monde, ou presque, a applaudi les réformes promises à l’aune du " management moderne ".

Très vite, les espoirs ont été déçus. L’ardeur des ouvriers sincères s’est attiédie, tandis que les habitués de la danse du ventre sont désormais interdits d’accès aux "endroits juteux ". Le directeur général adjoint, autrefois réduit à inaugurer des chrysanthèmes, a reçu une délégation de signature sur certains pans du management de l’entreprise. En passant de l’ère Mendo Ze à l’ère Vamoulké, on est passé de l’humanitaire au réglementaire, de la générosité à l’austérité. Et si, paradoxalement, on en vient à regretter l’époque Mendo Ze, c’est surtout que les personnalités sont l’une aux antipodes de l’autre. Les méthodes aussi. Peut-on en dire autant des résultats ? Voire.

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Le " fantôme " de l’ancien Dg hante la tour de Mballa II.
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C’est désormais un exercice facile auquel se livrent certains employés de la Crtv : faire le procès de la gestion Vamoulké. Ceux qui pourfendent ses méthodes ont déjà trouvé la sentence, presque irrévocable : "Vamoulké nous as déçus". L’argumentaire, très souvent, repose sur un expédient : la comparaison de deux époques, celle de Mendo Ze et celle de Vamoulke. Pour appuyer leur accusation, ils avancent arguments et contre arguments qui, en un mot, se résument en la perte des "acquis sociaux". Ce qu’un employé de la télévision nationale résume en ces termes : " On savait que Mendo Ze pillait la Crtv, mais au moins il nous en donnait, bref on s’en contentait. Vamoulké, lui, est venu fermer les vannes. Il boit de l’eau (en joignant le geste à la parole) en gardant les doigts serrés sous le menton… "

D’après les partisans de cette thèse, les employés de la Crtv auraient perdu de manière drastique ce que Mendo Ze leur offrait avec force prodigalité. Et si l’ancien Dg hante tant les mémoires, c’est justement à cause de cette "générosité" qu’on avait fini par ériger en mode de gestion. Il y a d’abord les régies, ces primes spéciales distribuées à une partie du personnel à l’occasion de certains événements. Il y en a qui estiment que ces régies étaient " justifiées ", pour la couverture des grands événements et les autres qui la jugent " discriminatoire " ou " fantaisiste ", d’autant, disent-ils, que l’ancien Dg en distribuait aux hommes du premier cercle comme prime à la "fidélité".
D’ailleurs, des signataires de la pétition du 28 août dernier ne s’en cachent pas, qui confessent aujourd’hui que : "Mendo Ze a enrichi beaucoup de gens, il donnait en argent des aides spéciales pour toutes sortes de services rendus, il en distribuait au gré de ses voyages privés et professionnels. Il a aidé des gens à se marier, à se construire une maison, à s’acheter des voitures, etc. Et selon la proximité, on pouvait s’assurer une assistance perpétuelle sans que cela repose spécialement sur des critères professionnels. Vamoulké, lui c’est le contraire".

L’un des exemples cités par les journalistes hostiles à la " régie ", c’est celui de leurs collègues, qui travaillaient à la brigade des reportages spéciaux, ce service de la Crtv (devenu division) qui a la charge de travailler sur l’activité du président de la République et de la Première dame. " Chaque sortie du chef de l’Etat étant un événement exceptionnel à la Crtv, explique un journaliste de la radio, les cadres de la brigade recevaient des régies très régulièrement, au point où l’un d’entre eux s’en foutait de son salaire mensuel. Pour moi, c’était une injustice dans la mesure où ces collègues faisaient le travail ordinaire du service dans lequel ils étaient affectés ".
Ensuite, il y a le fameux 13è mois, baptisé C40, payé quelques fois par Gervais Mendo Ze à la suite de mouvements d’humeur, mais qui avait fini par être institutionnalisé et que le personnel considérait désormais comme un acquis. Vamoulké, lui, n’a pas perpétué cette pratique. Tout au plus a-t-il consenti à payer 13% de ces " droits " il y a deux mois, et le personnel attend désespérément la suite.

Il y a enfin le personnage Vamoulké que les collaborateurs trouvent " cassant ", " rigide ", " avare ", " égoïste " et " condescendant ". Jusque-là on s’était habitué à un homme au cœur d’ange : Mendo Ze. Un Dg à la générosité débordante, dont le moindre passage dans les services tout comme dans les émissions était prétexte à démonstration en espèces sonnantes et trébuchantes. On peut dès lors comprendre que des nostalgiques rejette l’austérité de Vamoulke, en mettant en avant les privilèges d’une certaine époque qui célébrait le culte de la personnalité.
Toutefois, si personne ne voudrait ériger Mendo Ze en parangon de la gestion de la Crtv, convaincu que " on pourrait difficilement faire pire ", tout le monde reste convaincu que l’ère Mendo Ze est bel et bien révolue. Elles sont bien rares les personnes rencontrées qui souhaitent le voir revenir. Pourtant, son fantôme plane au dessus de la tour. Son ombre a subitement resurgi dans la mêlée des mécontentements actuels tel un deus ex machina. Il hante de sa présence invisible les conversations, arbitre les tranchées, habite les pensées, nourrit l’adversité des camps opposés et ne s’effacera véritablement que lorsqu’on aura sifflé la fin des hostilités.

En fait, tout se passe comme si les employés de la Crtv regrettaient le départ de Mendo Ze. Et c’est ça le grand paradoxe. Car, le départ de Gervais Mendo Ze en janvier 2005 avait été unanimement salué, tant par les acteurs de l’intérieur que par les téléspectateurs de la Crtv qui se sentaient enfin soulagés de l’emprise de 20 années de prestidigitation audiovisuelle. Aussi s’est-on voué, sans retenue, aux sirènes du changement qu’annonçait, un rien triomphal, le nouveau venu. Amadou Vamoulké promettait de nettoyer la citadelle. On y a cru. Autant les lésés de l’ancien système que les ouvriers sincères qui se remettaient à l’ouvrage, convaincus qu’une nouvelle Crtv est possible. Tout le monde, ou presque, a applaudi les réformes promises à l’aune du " management moderne ".

Très vite, les espoirs ont été déçus. L’ardeur des ouvriers sincères s’est attiédie, tandis que les habitués de la danse du ventre sont désormais interdits d’accès aux "endroits juteux ". Le directeur général adjoint, autrefois réduit à inaugurer des chrysanthèmes, a reçu une délégation de signature sur certains pans du management de l’entreprise. En passant de l’ère Mendo Ze à l’ère Vamoulké, on est passé de l’humanitaire au réglementaire, de la générosité à l’austérité. Et si, paradoxalement, on en vient à regretter l’époque Mendo Ze, c’est surtout que les personnalités sont l’une aux antipodes de l’autre. Les méthodes aussi. Peut-on en dire autant des résultats ? Voire.

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