Antoine Marie Ngono commet un reportage qui révèle quelques travers de la tour en aluminium.
Alain B. Batongue –
Qu’aurait-il fait s’il avait su que la situation socio politique du Cameroun allait s’embraser du fait d’une grève des transporteurs qui a dégénéré en émeutes dans plusieurs villes du Cameroun ? Aurait-il maintenu son projet éditorial ou l’aurait-il décalé pour ne pas prêter le flanc à des interprétations tendancieuses ? Antoine Marie Ngono répondra lui-même un jour à cette question. Toujours est-il que le livre qu’il a fait paraître fin février a coïncidé avec la mise en avant de quelques confrères de la Crtv venus, sur les consignes pressantes du gouvernement, " défendre la patrie en danger ", comme il l’avait déjà lui-même fait à plusieurs reprises il y a quelques années.
Antoine Marie Ngono le dit sans fioritures lorsqu’il invite le lecteur de " Souvenirs d’un chevalier du micro ", " derrière le rideau de fer, dans le jardin secret des reines et des barons du micro et du tube cathodique et de leurs compères que sont les hommes politiques (…) pour vous faire découvrir un autre visage, la face cachée, l’arrière-cour d’une maisonnée qui n’aime pas qu’on se mêle de ses affaires, mais qui se retrouve régulièrement projeté devant les spot lights de l’actualité ".
Parce que, dit l’auteur, journaliste chevronné qui a occupé pratiquement toutes les responsabilités dans la maison pour être aujourd’hui conseiller technique du Dg, les journalistes qu’on oblige toujours à monter au créneau sont aujourd’hui frustrés : " Frustrés d’une ligne éditoriale à géométrie variable, frustrés de n’avoir pas voix au chapitre, d’être manipulés, instrumentalisés, que leur expertise ne soit pas reconnue, et de recevoir chaque jour des leçons, y compris de leurs admirateurs d’hier. Frustrés d’être d’éternels gros enfants à qui il faut dicter la conduite à suivre. Frustrés d’être obligés de taire, au nom de la raison d’Etat, des informations exclusives en leur possession, de se voir exclus de certains champs d’investigation, et de se voir traités de griots et de menteurs. Frustrés de ne pas recevoir la juste rétribution de leur loyalisme, de leur engagement et de leur contribution décisive à l’effort de préservation de la paix sociale, de la démocratisation de la société et de la construction nationale ". Un coup de sang sur les conditions de travail des journalistes de la Crtv hier et aujourd’hui, et dont l’actualité ne permet pas de dire qu’elles seront meilleures demain.
Mais " Souvenirs d’un chevalier du micro " est également une longue ballade à travers près de trois ans d’expérience professionnelle qui ont entraîné Antoine marie Ngono dans le monde entier, lui ont permis de côtoyer les dirigeants parmi les plus importants de la planète lorsque, chef de service des reportages, il s’est souvent retrouvé aux côtés du président Paul Biya. Le Vatican et le Pape Jean Paul II, la France, la Belgique, le Canada, la Guinée Equatoriale, il aura tout connu, avec des souvenirs parfois heureux, tantôt malheureux qu’il raconte avec des anecdotes croustillantes, dans le ton de ces histoire qu’on se raconte au village, au coin du feu tard le soir, entre gorgées de vin de palme et éclats de rire.
Antoine Marie Ngono, pas toujours garçon de cœur, profite également de cet ouvrage pour régler, en passant quelques problèmes qu’il avait visiblement gros sur le cœur : " ces journalistes qui ont récemment fait visiter leurs gardes robes et leur villa cossue, ou déclaré leurs biens aux reporters d’un magazine people de la place ", mais aussi " certains confrères et certaines consoeurs qui ont donné leurs noms à certains carrefours au quartiers où ils ont construit de petits chateaux "…
Au-delà des mémoires ou des souvenirs sur les moments professionnels vécus ça et là, " Souvenirs d’un chevalier du micro" reste un essai engagé et pose le problème du devenir de la Crtv, aujourd’hui " ballottée entre les attentes d’un public de plus en plus exigeant d’une part, et les besoins d’encensement sans cesse croissants des pouvoirs d’autre part, et menacée d’asphyxie financière ", ce qui entraîne l’auteur à demander " un appel d’air pour que l’étau se desserre, afin que la vieille dame puisse retrouver du souffle. Objet de tous les appétits et de toutes les convoitises, détournée au quotidien de ses missions régaliennes pour se confiner aux tâches de thuriféraires, de polissage d’image et de tremplin pour accéder aux postes ou s’y maintenir, la Crtv court le risque d’être rejetée. La Crtv pourra-t-elle changer un jour ? L’auteur en doute, qui rappelle que peu après l’arrivée du président Biya à la magistrature suprême, un mémorandum (un vrai, signé par l’ensemble des cadors de la radio diffusion de l’époque), lui avait été adressé et il avait répondu en disant qu’il avait compris. Sans que rien n’ait bougé depuis plus de 20 ans. A moins de terminer par où Antoine Marie Ngono a commencé. Une épitaphe signée Urbain Olanguena Awono qui, en juin 2004, déclarait : " Les Camerounais croiront au changement quand la Crtv changera "…